M1 MEEF lettres modernes après une licence d'anglais

Bonjour,

Je suis actuellement en 1ère année de Llcer Anglais. C'est une filière qui me plaît énormément avec un programme très intéressant. Mais voilà, j'ai pour projet de devenir professeure de français. J'ai l'intention de prendre l'option Fle en 3ème année et ensuite je souhaiterais faire un Master MEEF parcours Lettres Modernes, si c'est possible.

J'aimerais donc savoir si c'est possible après une licence d'anglais de pouvoir être admise en master MEEF lettre Modernes ou si il n'y a aucune chance ? Est-ce que quelqu'un a déjà été confronté à type de choix ?

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Réponses

  • Lucid_LynxLucid_Lynx Membre
    14 nov. modifié

    Bonjour,

    Vous avez toutes vos chances pour entrer en Master MEEF, la sélection n'y est pas vraiment sévère. Déjà que la France manque de professeurs, s'il fallait en plus sélectionner dès l'entrée en Master ! Le concours se charge (mais plus pour très longtemps...) de pratiquer une véritable sélection.

    De plus, un Master MEEF mention "Lettres modernes" n'est pas comparable à un véritable Master de Lettres modernes.

    Autre point, j'ai l'impression que vous commettez une petite confusion, causé par un abus de langage malheureusement courant : vous évoquez l'idée de devenir "professeur(e) de français" et suivre une option FLE en L3. Fort bien, mais le CAPES ou l'Agrégation de Lettres modernes évaluent avant tout vos acquis dans le champ littéraire, et dans une moindre mesure linguistique. Dans la pratique, un certifié, et a fortiori un agrégé, en lettres modernes, et bien que dénommé "prof de français", sera surtout professeur de littérature. Autrement dit, les enjeux et les techniques du FLE n'ont aucune place dans les programme de "français" au collège, au lycée, en prépa ou en BTS (tous niveaux dans lesquels un professeur titulaire peut exercer). Vous pouvez vérifier en regardant les programmes sur le site Eduscol de l'Éducation Nationale.

    Alors, bien sûr, une personne formée aux techniques du FLE peut apporter des propositions pédagogiques pertinentes, notamment au collège, mais c'est un bénéfice collatéral.

    Si c'est l'enseignement de la langue française (FLE, FLS, FOS,...) qui vous intéresse (à l'adresse d'un public étranger ou non-francophone), il me semble inutile de faire un Master MEEF. Mieux vaut s'orienter vers un vrai Master FLE, bien plus valorisé et utile sur le marché du travail (réseau des Alliances Françaises, CIEP, centres de langues, associations, centres d'accueil des migrants, insertion, etc.). Vous pourrez aussi valoriser efficacement vos études FLE par des formations du CIEP, certifiantes ou non.

    A souligner également que pour se présenter à un concours de l'enseignement du 2nd degré, seul le niveau Master est requis. Avec un Master FLE, vous pourrez tout aussi bien tenter les concours ! Je crois donc que la filière FLE ferme moins de portes et en ouvrent encore plus !

  • Le concours se charge (mais plus pour très longtemps...) de pratiquer une véritable sélection.

    Comment ça ?

  • @Hippocampe : J'émettais des doutes quant à la capacité du concours du CAPES, récemment réformé, à sélectionner efficacement des candidats pouvant potentiellemment devenir des professeurs compétents. Du moins dans l'idée que je me fais de ce qu'est un professeur.

    Les épreuves du CAPES semblent de plus en plus s'intéresser aux capacités d'animateur du candidat qu'à sa maîtrise des contenus disciplinaires. Après des décennies à passer la didactique et la pédagogie sous le tapis, voilà que cela occupe toute la place, au détriment des contenus réels. La gouvernance de l'éducation n'a jamais brillé par son pragmatisme, mais se distingue par son dogmatisme, toujours dans l'air du temps, au gré des retournements de veste. Je suis radical, mais un petit tour sur les forums enseignants et les sites dédiés vous confirmeront ce que le CAPES est en train de devenir.

  • HippocampeHippocampe Membre
    14 nov. modifié

    Je sais que ce n'est pas fameux non plus en maths, j'ai lu un jour qu'on avait été obligé, une année, de donner le CAPES à des élèves ayant eu 5 de moyenne. Peut-être une exagération.

    Pour m'occuper alors que je chôme, je donne des cours de Word et d'Excel dans une association d'entraide de quartier. Je suis en désaccord avec le personnel car je veux donner des connaissances réelles à des chômeurs de sorte qu'ils trouvent plus facilement du boulot mais on veut que, plutôt, je m'occupe de les distraire en faisant du papotage. Bref, être un animateur et non un prof. Je rejoins donc ce que tu dis.

  • jade1501jade1501 Membre

    Lucid-Lynx merci pour vos réponses !

    C'est vrai que mon poste peut paraître un peu confus. En fait je souhaiterais enseigner le français à l'étranger, d'où l'envie de prendre l'option FLE, mais j'ai un peu peur de fermer des portes plutôt que d'en ouvrir avec un Master FLE. C'est surtout au niveau de la préparation du CAPES que cela me fait hésiter. Est-ce qu'il n'est pas mieux de faire un Master MEEF pour le préparer ?

    Si j'ai compris votre poste, je peux donc à l'issue de ma licence d'anglais faire un Master Meef Lettres Modernes ? C'est vraiment cette partie qui me pousse à prendre le fle, en option L3, afin d'avoir le Master FLE de secours.

    Quand j'en parle autour de moi, on me dit que pour un master MEEF il faut avoir fait une licence dans la discipline dans laquelle on souhaite se spécialiser, mais est-ce que c'est seulement un conseil ou non ?

  • jade1501jade1501 Membre

    Hippocampe et Lucid-Lynx

    Donc d'après vous, la préparation du CAPES n'est plus aussi dur qu'auparavant et même sans avoir fait de licence ou de master Lettres Modernes, ce n'est pas très grave ?

    J'ai jeté un oeil à certain sujet, et pour l'instant je serai incapable s'y répondre, d'où le fait que je pencherais plus sur un master MEEF Lettres, si je suis admise.

    C'est vrai que la plupart des profs d'aujourd'hui, surtout les jeunes profs, on plutôt tendance à être là pour faire du babysitting ou être animateur comme vous dîtes que pour enseigner.

    L'an dernier j'en avais un qui nous donnait des photocopies et attendait que l'on fasse les exos pendant qu'il faisait de l'ordi, et ensuite corrigé vite fait, c'était quand même un prof d'anglais...

  • Donc d'après vous, la préparation du CAPES n'est plus aussi dur qu'auparavant et même sans avoir fait de licence ou de master Lettres Modernes, ce n'est pas très grave ?

    Attention, nous n'avons jamais dit cela. Il est évident qu'une licence et un master dans la discipline d'un concours sont de sérieux atouts, pour ne pas dire indispensables.

    Autre rappel : un Master MEEF mention "lettres modernes", ce n'est pas la même chose qu'un Master Lettres modernes !

    Quant à savoir si les profs sont là pour faire la garderie... il est vrai que la société tend à les considérer ainsi, l'agacement de certaines familles face à leurs propres enfants durant le confinement l'a bien révélé, certes, mais gardons-nous de généraliser. La majorité des enseignants en exercice aujourd'hui en France sont des personnes de bonne volonté, soucieuse de transmettre une forme d'intelligence, dans une société qui les discrédite sans cesse. Il ne faut pas caricaturer les enseignants à cause de quelques spécimens. Il ne faut pas non plus confondre les gens du terrain et l'institution ou la gouvernance politique qui en déterminent les conditions d'exercice.

    Il ne tient qu'à la jeune génération de cultiver l'excellence et de défendre l'exigence intellectuelle en s'engageant dans sa discipline (promotion, formation, encadrement, publications,...). En l'absence de repères, chaque homme est sa boussole.

    Je voudrais également ajouter que chacun est maître de ses choix. C'est à vous qu'il reviendra de déterminer vos conditions d'exercice. En début de carrière, vos possibilités sont limitées, mais si vous avez la force de caractère, la faculté d'adaptation, que vous faites autorité dans votre discipline, vous pouvez rapidement changer vos conditions d'emploi. Ce métier peut être un paradis ou un enfer (le corps enseignant est proche de la Police en ce qui concerne le nombre de suicides...), il ne tient qu'à vous de bien le vivre ou non. Cette détermination est d'autant plus importante que l'institution elle-même n'aura de cesse de vous pourrir la vie, il faut donc lui résister ou profiter des failles.

  • jade1501jade1501 Membre

    C'est évident oui qu'il ne faut pas tout généraliser, néanmoins il faut reconnaître que certains professeurs ne sont pas très impliqués dans le travail. Bien sûr et et heureusement ce n'est pas le cas de tous. C'est aussi pour ça que je souhaite devenir enseignante. Je suis tombée sur certains professeurs qui m'ont un peu dégoûtée de l'école, que ce soit dans leur façon d'enseigner , mais aussi de se comporter. Et puis j'ai une deux profs absolument fantastique, qui même quand j'étais en difficulté, ont continué de me pousser à réussir. C'était des profs qui avaient vraiment à cœur d'aider et transmettre leurs connaissances aux élèves, et de toujours être là pour les tirer vers le haut. Tandis que d'autres s'en fichaient pas mal.

    Mais en tout cas je comprends tout à fait ce que vous dîtes et je suis entièrement d'accord avec vous.

    En tout cas je vous remercie pour vos réponses. Je pense que je tenterais le Master MEEF parcours Lettres car même si oui c'est différent d'un master LM, je pense que pour le capes ça sera toujours mieux qu'un master Fle. D'autant plus que j'ai fait quelques recherches sur ce dernier, et de ce que j'en ai compris, il est difficile de trouver un emploi disons stable, avec.

    J'espère juste que je pourrais y être admise malgré une licence d'anglais.

  • TheRedRoomTheRedRoom Modérateur

    Petit aparté (parce que je n'y connais rien aux masters de lettres modernes, qu'ils soient MEEF ou non...) : moi je suis admirative du travail des professeurs de ma fille, qui est au collège. Je trouve que ce qu'ils font est très intéressant, adapté à leur niveau, bien construit et ce qu'il s'agisse de professeurs jeunes ou... aguérris. Je leur tire mon chapeau et je regrette que le métier ne soit pas plus attractif, en termes de rémunération comme de reconnaissance sociale.

    Et c'est vrai que certaines matières souffrent d'un déficit de vocation tel que tous les postes ne sont pas toujours pourvus, ou alors qu'ils le sont par des candidats qui ne sont pas les plus brillants...

  • LaoshiLaoshi Membre

    ou alors qu'ils le sont par des candidats qui ne sont pas les plus brillants...

    C‘est un fait.

    Pour devenir professeur de français, à ce que je lis, on peut faire n’importe quelle licence ! En fait, il suffit de parler le français et de l’écrire…à peu près.

    Les élèves les plus brillants aujourd’hui, s’ils n‘ont pas la vocation d’enseigner aux enfants chevillée au corps, préféreront se tourner vers une profession plus lucrative, où l’on ne s’acharnera pas à leur pourrir la vie dès le début de leur carrière.

  • jade1501jade1501 Membre

    TheRedRoom. Votre fille a de la chance d'avoir de bon professeurs.

    Pour ma part j'en ai eu des très bons comme des très mauvais. Certains disaient parfois : faîtes ce que vous voulez je serais payé pareil à la fin du mois. Quand on a des profs comme ça, ben ça décourage un peu et on se demande comment ça se fait qu'ils soient profs eux...

    C'est dommage, parce que le métier de professeur est très intéressant je trouve. C'est ce que je souhaite faire depuis que je suis au collège. J'ai envie de transmettre mes connaissances, d'aider les élèves, que ce soit sur le plan scolaire ou personnel. Parce que c'est ça être professeur, aider les autres et les soutenir, et je trouve ça désolant de tomber sur certains pour qui être prof c'est un peu comme la "planque", c'est l'impression que ça donne...

    Quant à Laoshi, ce n'est pas parce que les gens ne font pas de licence de Lettres qu'ils maîtrisent seulement à peu près le français. Je peux même vous dire que certains qui ont suivi des études de lettres font encore des fautes en classes.

    Pour ma part, j'ai toujours été très bonne élève en français, que ce soit la grammaire ou la conjugaison. J'adore la littérature et j'adore écrire, c'est ma passion. C'est pour ça que je souhaite devenir enseignante de lettres. Après si j'ai choisi de faire anglais c'est pour ouvrir d'autres portes pour enseigner et avoir de nouvelles connaissances. À côté de ça, j'ai acheté des bouquins de grammaires, etc... À défaut de pas faire de licence de Lettres, je veux quand même avoir les connaissances adéquates pour enseigner. Et comme j'adore la littérature, j'ai déjà lu tous les livres qui sont au programmes de L1 Lettres Modernes dans ma fac.

    Donc vous voyez, il ne faut pas faire une généralité de tout. Et puis, tous les professeurs de Lettres que j'ai interrogé ont tous fait Lettres Modernes, sans exception, et pourtant certains d'entre eux ne maîtrisaient pas correctement la grammaire.

  • jade1501jade1501 Membre

    Laoshi. Après je rejoins ce que vous dîtes dans le sens où lorsque l'on veut devenir professeur, il faut vraiment vraiment en avoir l'envie, la vocation. Et c'est vrai que dans ce domaine, il faut être très motivé et s'accrocher.

  • Bonjour,

    Je suis en master meef lettres à l’inspé de Paris et je peux t’assurer que tu n’as pas besoin d’avoir fait de licence de lettres pour intégrer ce cursus. Tandis que certaines personnes de ma promo ont par exemple rejoint le master après une ou plusieurs année en grande école, certaines l’ont rejoint alors qu’elles étaient déjà dans la vie active.

    Effectivement la sélection pour entrer en master meef n’est pas très rude, mais il faut tout de même disposer d’une excellente maîtrise du français pour réussir le concours, une part non négligeable de la notation globale reposant sur la correction de la langue. Si tu as décidé de suivre une licence d’anglais, j’imagine que c’est parce que tu as un intérêt pour la maîtrise de la langue en général et nécessairement un bon niveau en français, je ne me fais donc pas de souci pour toi. En M1, on reprend pas mal de bases (ce qui peut être assez frustrant) donc tu auras le temps de combler certaines lacunes que tu auras forcément. Tu peux aussi regarder les programmes et les cours libres d’accès de licence de lettres pour tenter d’assimiler un peu ce qui est enseigné durant ces trois années.

    Toutefois, si tu souhaites enseigner exclusivement à l’étranger, je ne suis pas certaine qu’un master meef soit adapté. En effet, il me semble que suite à l’obtention du CAPES, tu es nécessairement affectée en France métropolitaine ou dans les DOM (si tu en fais la demande). Peut-être que tu peux formuler des voeux à l’étranger, mais à mon avis les postes sont très durs à obtenir car cela relève d’un détachement particulier. À vérifier.

    J’espère t’avoir aidée un peu.

  • LaoshiLaoshi Membre
    16 nov. modifié

    Et puis, tous les professeurs de Lettres que j'ai interrogéS ont tous fait Lettres Modernes, sans exception, et pourtant certains d'entre eux ne maîtrisaient pas correctement la grammaire.

    1. Bon. Tu ne m‘as pas interrogée.
    2. Qu‘un professeur de lettres ne maîtrise pas correctement la grammaire n’est pas particulièrement rassurant.
    3. Conseil : lire L’enseignement en détresse de Jacqueline de Romilly. Cela n’a rien perdu de son actualité.
  • TheRedRoomTheRedRoom Modérateur

    @jade1501 je ne sais pas si j'ai de la chance... Il y a toujours eu des "bons" profs et des "mauvais" profs, je crois simplement qu'il faut aussi savoir le dire quand les choses vont bien.

    Si l'on écoute ce qui se dit sur l’Éducation Nationale, les élèves seraient tous plus nuls les uns que les autres, quand ils ne menacent pas leurs profs avec un pistolet, voire pire ; et les profs aussi seraient tous plus nuls les uns que les autres, recrutés parmi tous ceux qui ont échoué ailleurs. (Forcément, ce n'est pas en tenant ce type de discours qu'on va recruter du monde ! 😅 ) Or ce n'est pas ce que je constate au quotidien dans mon lycée et dans le collège de ma fille. Certes, elle n'a pas que des profs exceptionnels, mais dans l'ensemble, je trouve qu'ils travaillent bien.

    NB : je suis dans un lycée de banlieue parisienne, et ma fille est dans un collège de banlieue parisienne...

    Je partage l'analyse d' @Unefleurauprintemps concernant le fait de passer le CAPES.

  • Lucid_LynxLucid_Lynx Membre
    16 nov. modifié

    je regrette que le métier ne soit pas plus attractif, en termes de rémunération comme de reconnaissance sociale

    C'est souvent le cas, si on se limite aux postes ordinaires en France métropolitaine et pour une majorité de professeurs, malheureusement. Les choses changent, en termes de rémunération comme de reconnaissance, si on se choisit des conditions d'exercice plus saines (poste spécifique, étranger, autres ministères, autres fonctions, etc.). Encore une fois, chacun est maître de son destin et il faut avoir le courage de ses choix. Il est évident que pour une personne portée à la soumission, sans force de caractère, se laissant balloter par l'institution, l'enfer est au rendez-vous. La peur de l'inconnu, le manque d'expériences dans d'autres professions, le manque de maturité, etc. sont autant de freins à une possible reconversion professionnelle, condamnant l'enseignant en souffrance à s'enfermer dans un métier qu'il vivra de plus en plus mal.

    certaines matières souffrent d'un déficit de vocation tel que tous les postes ne sont pas toujours pourvus, ou alors qu'ils le sont par des candidats qui ne sont pas les plus brillants

    Le mythe de la "vocation" a vécu. On ne devient pas enseignant par "vocation". Ce n'est pas une fonction spirituelle ! Il faut arrêter avec ce lieu commun. Chacun a son propre parcours, on devient enseignant pour de multiples raisons, à la suite de différentes expériences de vies. Certes, beaucoup le deviennent en passant les concours immédiatement après leurs études (ce que je déplore, mais c'est un autre débat), mais simplement parce que ce métier convient à leurs aspirations intellectuelles et économiques. Nul besoin d'avoir la "vocation" pour être un excellent professeur : il suffit de bien faire son métier, de se former continuellement et d'avoir une éthique. Le goût du travail bien fait et de solides valeurs morales sont bien plus effectifs qu'une prétendue "vocation". Dans le cadre de mes fonctions, j'accompagne quotidiennement des enseignants débutants et en général la justification par l'appel de la "vocation" mène à la catastrophe sur le terrain...

    Oui, certaines matières souffrent d'une pénurie d'enseignants. Oui, la limite basse des critères d'admission aux concours peut varier et, parfois, impacter le "niveau" des candidats. Toutefois, en aucun cas les "candidats qui ne sont pas les plus brillants" ne seront retenus ! Si on peut constater une baisse du "niveau" — mais qu'entendons-nous par "niveau" ? — des nouveaux enseignants, elle est multifactorielle et nécessite d'être replacée dans la question plus large d'une société en pleine mutation dans ses rapports au savoir et à l'école.

    tous les professeurs de Lettres que j'ai interrogés ont tous fait Lettres Modernes, sans exception, et pourtant certains d'entre eux ne maîtrisaient pas correctement la grammaire

    Vous n'avez pas interrogé tous les professeurs de lettres modernes 😁. Certains proviennent de classes préparatoires, ou même de l'ENS, ou encore de lettres classiques. Beaucoup de diplômés en lettres classiques choisissent de passer les concours de lettres modernes pour ne pas être enfermés à vie dans des niveaux collège (enseignement de langues anciennes, latin/grec), surtout pour les certifiés. Sans compter les parcours atypiques. Encore une fois, seul le grade master est exigé pour présenter les concours, indépendamment de toute mention ou spécialité.

    La maîtrise de la grammaire peut en effet poser problème pour certains enseignants, et c'est préoccupant. Encore faut-il affiner le diagnostic pour ne pas tomber dans les généralités et les simplifications. Ont-ils réellement été formés à la grammaire ? Je dois également ouvrir les perspectives suivantes :

    • Les élèves (ou anciens élèves) et les familles ont-ils les moyens de juger de la compétence d'un professeur, a fortiori dans un domaine aussi complexe que la grammaire ?
    • Savez-vous que la grammaire est un champ en perpétuel évolution, pour ne pas dire en polémique permanente ? Bien des points ne font pas consensus. L'Éducation Nationale elle-même ne se risque pas à publier un cadre de référence normatif. Il existe bien un guide de "terminologie", mais il n'est qu'indicatif.
    • La grammaire comme champ disciplinaire ne doit pas être confondue avec la terminologie grammaticale, justement. La confusion est fréquente. Ai-je besoin de connaître les termes grammaticaux (qui forment un véritable métalangage) pour écrire correctement ? Les élèves français passent des années à souligner des subordonnées complétives et à distinguer épithète et attribut, ils n'écrivent pas mieux ! Ce serait même plutôt le contraire. L'approche systématique de la grammaire dès le plus jeune âge tend à générer des conflits dans le rapport à la langue, quand ce ne sont pas des complexes. La place accordée à la grammaire se fait souvent au détriment des véritables actes d'écriture, qui sont au moins tout aussi formateurs. Une compétence ne peut être confondue avec la terminologie de ses composants observables.

    Toutefois, si tu souhaites enseigner exclusivement à l’étranger, je ne suis pas certaine qu’un master meef soit adapté. En effet, il me semble que suite à l’obtention du CAPES, tu es nécessairement affectée en France métropolitaine ou dans les DOM (si tu en fais la demande). Peut-être que tu peux formuler des voeux à l’étranger, mais à mon avis les postes sont très durs à obtenir car cela relève d’un détachement particulier. À vérifier.

    Suite à l'admission au concours, vous deviendrez stagiaire, durant un an. Votre titularisation ne deviendra effective qu'après avoir validé votre année de stage, sur avis du chef d'établissement et de l'IA-IPR ("inspecteur") de votre discipline. Une prolongation d'un an peut être accordée s'il a été jugé que vous étiez en difficulté ou que vos pratiques sont insuffisantes (ce qui peut se manifester à plusieurs niveaux). Ensuite, il vous faudra exercer 2 ans minimum comme titulaire en France métropolitaine ou en DOM pour être éligible à un détachement à l'étranger. C'est la loi. Toutefois, certaines académies imposent des conditions supplémentaires (par ex. 3 ans au lieu de 2 ans) pour l'obtention d'un détachement à l'étranger. Ces conditions peuvent être claires et officielles, ou encore non dites et officieuses. Recteur et DASEN (et parfois sur consultation de l'IA-IPR) ont toute discrétion pour signer, ou non, votre détachement. Dans la pratique, il existe parfois d'autres biais, sur lesquels je ne m'étalerai pas ici.

    Bref, il vous faudra exercer au moins 3 ans en France ou DOM pour espérer obtenir un détachement à l'étranger (1 an stage + 2 ans titulaire). Il va de soi qu'une académie en pénurie dans votre matière vous opposera plus facilement le motif de la nécessité de service pour refuser votre demande.

    Une fois ces conditions acquises, non, les postes ne sont pas si difficiles à obtenir. Il existe différents statuts, qui permettent de nuancer la difficulté supposée à partir enseigner à l'étranger. Le détachement dont nous parlons n'est en rien "particulier", c'est un détachement conventionnel, identique à celui que vous obtiendriez si vous partiez enseigner en prison ou faire de la formation au ministère des finances. 🙂

    Il existe également une autre modalité qui vous permet de partir à l'étranger, sans obtenir de détachement : la disponibilité.

    @TheRedRoom a raison d'appeler à la modération et à la nuance. N'écoutez pas les on-dits, souvent relayés par les médias ou les postures consensuelles. Bien souvent, les propos de ce genre masquent une méconnaissance du sujet.

    L'avènement d'une société de la transparence et de la subjectivité (Byung Chul-Han) a conduit chacun à s'estimer digne de juger de tout, en doutant aussi, et paradoxalement, de tout. Il n'y a rien de plus biaisé que de se référer à sa propre expérience d'élève ou à la généralisation d'un modèle pédagogique sous prétexte qu'il a "pour moi" fonctionné...

  • fandixhuitfandixhuit Membre
    17 nov. modifié

    Une remarque : la linguistique ayant envahi de nombreux domaines, nous avons été obligés d'utiliser le schéma actanciel , le schéma narratif (d'après La Morphologie des contes de Propp, ramenée à cinq étapes) et tout ce qui a transformé l'enseignement du français en une technique guère littéraire.

    J'ai assisté à la naissance de "complément d'objet second" et de tant d'autres termes…

    J'ai assisté à la fin des dictées.

    J'ai assisté à la fin de l'enseignement chronologique et à la naissance des séquences et des séances.

    Bref, j'ai assisté à la fin de "l'enseignement des lettres".

    Question de génération. Et, oui, j'ose affirmer que "c'était mieux avant". La nostalgie, si décriée aujourd'hui, n'est pas un péché mortel.

    _ _ _ Fin de ma révolte. 😡

  • Lucid_LynxLucid_Lynx Membre
    17 nov. modifié

    J'ai assisté à la naissance de "complément d'objet second" et de tant d'autres termes…

    J'ai assisté à la fin des dictées.

    J'ai assisté à la fin de l'enseignement chronologique et à la naissance des séquences et des séances.

    Bref, j'ai assisté à la fin de "l'enseignement des lettres".

    Moi aussi et je n'ai pas encore 40 ans. 🤣

    En revanche, je ne suis pas aussi nostalgique que toi. Certaines anciennes pratiques ont montré leurs limites et certaines nouveautés sont pertinentes, je pense notamment à la notion de séquence qui permet de construire une progression autour d'une unité thématique, dans une approche inspirée non de la linguistique, mais à vrai dire de la littérature comparée (= approche comparatiste). Ce n'est pas pour me déplaire !

  • @Lucid_Lynx

    En revanche, je ne suis pas aussi nostalgique que toi. Certaines anciennes pratiques ont montré leurs limites et certaines nouveautés sont pertinentes, je pense notamment à la notion de séquence qui permet de construire une progression autour d'une unité thématique, dans une approche inspirée non de la linguistique, mais à vrai dire de la littérature comparée (= approche comparatiste). Ce n'est pas pour me déplaire !

    Sans doute. Mais la littérature comparée, en 6e par exemple, je dis non. Par ailleurs, j'insiste sur le manque d'approche chronologique.

    J'avoue que c'est passionnant (pour nous, les profs) de construire une séquence et les séances afférentes. Mais les élèves y trouvent-il leur compte ? Ils te disent quelques années après : ah ou, c'était la séquence sur le théâtre ou ceci ou cela. Mais savent-ils qu'ils ont fait de la littérature comparée ? Pour comparer, il est nécessaire, me semble-t-il, d'avoir quelques notions de base sur tel ou tel sujet.

    Quant à la vraie littérature comparée, pour moi, elle concerne le français / autres langues. Là, oui, c'est passionnant. Mais on ne peut pas demander cela aux élèves, bien sûr.

  • Lucid_LynxLucid_Lynx Membre
    17 nov. modifié

    @fandixhuit Je n'ai pas dit qu'il y avait de la littérature comparée en 6e. J'ai dit que la notion de "séquence", telle que comprise au sein des programmes et préconisations de l'EN, est inspirée, pour cette matière, de l'approche comparatiste.

    L'approche chronologique, qui ne concernait en vérité que l'enseignement de l'histoire et de la littérature, a eu ses mauvais côtés. Elle consacrait une vision unilatérale et forcément biaisée de ce que devait être la littérature patrimoniale, elle réduisait la littérature à l'histoire littéraire, etc. Cette construction était, il faut le reconnaître, également très structurante, avec des repères clairs. Mais les élèves étaient-ils de meilleurs lecteurs pour autant ? Qu'en était-il de la qualité de leurs analyses ? Quelle leçon de vie retenaient-ils de leur fréquentation de la littérature ? Quelle était la place de la création et de l'écriture dans ces programmes (la littérature, en France, est le seul art qui s'enseigne sans être adossé à une pratique !) ? Si j'en crois les dernières générations ayant été formées ainsi, je ne constate pas vraiment de goût pour les choses de l'esprit et de l'art, ni chez eux, ni chez leurs enfants... On voit la société scientiste, matérialiste et désincarnée que cela a engendré. En revanche, je constate chez mes anciens élèves ou étudiants l'idée persistante que la littérature et l'art ont quelque chose à dire à propos du monde et de l'Homme, et cela malgré leur apparente médiocrité dans la maîtrise des codes techniques, des terminologies, des méthodes et de l'histoire littéraire. Ce n'est déjà pas si mal. Il sera toujours temps d'être exigeant dans le supérieur, pour ceux (rares...) qui poursuivront des études de lettres ou sciences humaines. Concernant le supérieur, je reste parmi les plus exigeant et partisan d'une sélection, qu'on se le tienne pour dit.

    L'école secondaire a prodonfément changé et la pédagogie du Lagarde et Michard a vécu (ce qui n'ôte rien à la qualité de certaines de leurs analyses). Si nous devions, en poésie, parcourir l'ensemble de l'histoire poétique, disons du XVIe à nos jours, cela serait tout bonnement impossible. Les emplois du temps ont évolué, avec de nouvelles matières, des heures supplémentaires, qui n'existaient pas avant. La pertinence de ce genre d'enseignement (de type universaire, en vérité) est presque nulle au regard des attentes de l'examen (DNB ou Baccalauréat). De plus, l'ampleur océanique du sujet a de grandes chances d'imposer une approche forcément superficielle. Si l'enseignant pourra en être fort satisfait, je ne crois pas que les élèves puissent retenir quoi que ce soit de cette mise en musée du monde. Quant à pouvoir l'appliquer à leur propre vie... Pour moi, défendre l'enseignement chronologique de la littérature au secondaire, c'est d'une part réduire les lettres à l'histoire littéraire, d'autre part s'enfermer dans le même mode qui consiste à réduire l'Histoire aux dates (1515-Marignan, tout ça tout ça)...

    En revanche, si nous nous choisissons un thème et que nous montrons aux élèves que de tout temps l'homme s'est préoccupé de cet enjeu, alors nous pouvons explorer l'amplitude autant que la variété des productions, y compris de façon chronologique si on le souhaite. Il m'importe à moi de rendre sensible les plus jeunes à ce que les arts peuvent révéler de l'universalité de l'humaine condition. Oui, rien que ça. Si je peux contribuer à faire sauter les verrous, les complexes et les préjugés qui entourent la littérature et l'écriture, alors c'est gagné ; victoire forcément fragmentaire, éphémère, on s'en doute. Au regard de mes objectifs pragmatiques et sensibles, j'ai encore bien des griefs à formuler contre les anciennes pédagogies. Qu'on ne se méprenne pas, je suis encore plus critique à propos des nouvelles pédagogies. Dans mon travail, on me considère habituellement comme un "réactionnaire". Je ne le prends pas mal et c'est en partie vraie, mais cela ne m'empêche pas de constater les faiblesses des anciens modèles.

    Selon moi, ce ne sont ni la "séquence" ou la "séance" qui posent problème actuellement (elles ne sont que des modes d'organisation), mais l'approche techniciste à laquelle on veut réduire la littérature. Par facilité, la communauté éducative se réfugie dans une conception purement technique de l'analyse et de la pratique littéraire. Le relevé des incontournables "procédés d'écriture", les "schémas" narratifs, les champs lexicaux, les mouvements littéraires comme autant d'étiquettes arbitraires, l'insistance sur la "méthodologie" râbachée par les formateurs, etc. Ces outils sont efficaces, mais, justement, ce ne sont que des outils, non une fin en soi et un objectif. Au fond, tout le monde voudrait bien que l'étude des textes et des auteurs soit aussi mécanique et systématique que... la grammaire ! D'où ma diatribe précédente. C'est un signe des temps, que tu as, @fandixhuit , probablement constaté.

    À noter que dans le cadre de certaines spécialités nouvellement créées par la réforme du lycée (dite du "bac 2021"), nous pouvons étudier des textes et auteurs de langues différentes, discuter des traductions différentes, etc. ce qui est passionnant et très formateur.

    Finalement, comme toujours, tout repose sur le professeur... Dans le désir de mettre en équation le réel, l'humain restera toujours une variable, jamais une constante, et c'est heureux ainsi ! 😀

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