Passionné des lettres, j'hésite à passer le Capes de lettres modernes

Bonjour,

Je suis un jeune trentenaire (à vous de me dire si c'est ou non un oxymore ;) ) qui a eu une existence un peu complexe et pas très classique au niveau du parcours scolaire et professionnel.

Pour faire court, nous dirons que je ne suis pas un ex normalien et que je ne suis pas passé par la prépa littéraire.

Après un échec en tant qu'enseignant en philosophie (licencié à la fin de l'année de stage pour de multiples raisons) j'enseigne les lettres en cours à domicile et je suis en parallèle en Khâgne (oui, vous avez bien lu, je suis en khâgne à mon âge car je suis devenu AESH, j'accompagne une élève en cours pour l'aider dans sa gestion matérielle : prise de notes, affaires...)

Je suis assez heureux en tant qu'aidant mais j'ai le sentiment que ça ne peut être que provisoire du point de vue de l'accomplissement personnel. Par ailleurs, je crains de retourner dans l'éducation nationale en tant que prof mais malgré tout, j'ai le sentiment profond que je serais meilleur prof de lettres que de philo (mon tuteur a jugé que je n'avais pas le niveau académique et que mes cours n'étaient pas bien calibrés d'un point de vue disciplinaire et trop orientés vers la transversalité littéraire et cinématographique). Je pense que j'aurais pu obtenir un autre stage en insistant mais j'ai préféré renoncer après cette année difficile. En tout cas, je suis de plus en plus passionné par les lettres (en fait je l'ai toujours été mais je le suis de plus en plus académiquement parlant : c'est-à-dire que je m'intéresse même à la grammaire et à l'appareillage critique technique depuis environ deux ans. J'avais d'ailleurs commencé une préparation à Paris VII au début de l'année scolaire 2019 (au capes de lettres modernes) que j'ai laissé tomber : j'ai trouvé toutes les sous-disciplines (grammaire, ancien français, didactique...) trop difficiles et j'ai été découragé par mes lacunes et un peu trop angoissé par mes soucis matériels de l'époque car je n'avais pas encore trouvé ce poste d'AESH qui fut pour moi complètement salvateur (ça a été un soulagement de réintégrer l'EN car c'est vraiment ce que je souhaite et surtout dans une mission d'accompagnement si intéressante).

Seulement voilà, je m'accroche à ce projet intellectuel qui me réjouit autant qu'il me frustre : je sue à grosses gouttes sur les manuels de grammaire, c'est vraiment très difficile pour moi de comprendre les attendus des épreuves (j'essaie de faire des annales) et j'ai beaucoup de lacunes. Pourtant, je fais de la grammaire depuis deux ans (pour aider les lycéens) et j'ai quand même progressé sur les bases mais on est loin du niveau du capes de lettres modernes.

Je suis pourtant assez bon dans mon accompagnement personnel de collégiens et de lycéens mais c'est différent du projet de devenir enseignant dans l'EN et avec eux je m'appuie sur des manuels voire sur des documents d'enseignants de collège/lycée pris sur internet.

Je précise que j'ai eu les concours en philosophie en dilettante totale et sans faire du tout de didactique : grâce à ma culture et un minimum de maîtrise conceptuelle. J'ai été admissible à l'agrégation (non admis) et reçu très honorablement au capes (2ème décile). Avec le recul, je trouve que c'était assez dangereux d'être reçu sur la simple base du plaisir de lire, de voir des films et en fait sans aucune contrainte sinon celle de se lever le jour des épreuves.

Bosser sérieusement un concours est donc nouveau pour moi et quelque part, je préfère me "casser les dents" maintenant plutôt que vivre une énorme désillusion lors de l'entrée dans le métier comme lors de mon stage d'enseignant de philosophie.


Voilà, je ne sais pas si - au-delà de mes difficultés disciplinaires - c'est une bonne idée de retenter le professorat, de toute façon, je me donne du temps puisque j'ai mon poste d'AESH mais j'aimerais savoir ce que vous pensiez de ce parcours et de mon envie (qui est beaucoup lié, je l'avoue, au désir mimétique suscité par des enseignants de littérature qui me passionnent au lycée et dont j'admire les cours)

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Réponses

  • AscagneAscagne Membre

    Bonsoir,

    Je n'arrive pas vraiment à déterminer dans votre message si vous avez apprécié le métier dans sa dimension concrète (travailler face à - et avec - des élèves, gérer une classe, etc.).

    Les éléments à considérer :

    • la pratique effective du métier. Je suppose que votre stage s'est passé devant une ou des terminales. Or, en lettres, vous serez surtout devant des élèves de seconde et de première. C'est assez différent.
    • ce que vous dites à propos de vos lacunes. J'ai un peu de mal à tout suivre : vous vous intéressez beaucoup à la grammaire, mais vous indiquez aussi que vous avez eu du mal dans cette matière lorsque vous avez envisagé autrefois de préparer le CAPES de lettres.
    • la nature de votre inclination : vous évoquez vous-même un "désir mimétique". Je peux tout à fait comprendre cela. Mais parlez-vous des enseignants de prépa ou du lycée dans votre dernière phrase ? C'est très différent. Je vais me faire taper sur les doigts en l'écrivant ici, mais les cours de français au lycée, ça ressemble à l'usine, notamment en première où il faut préparer le bac. En prépa ou à la fac, on fait de vrais cours de lettres.
  • TonioKrögerTonioKröger Membre
    26 sept. modifié

    Merci pour cette réponse très claire et qui m'invite à clarifier mon désir et mes lacunes.

    J'avais plusieurs classes de terminales scientifiques, sciences de l'ingénieur. La plupart des élèves n'étaient pas intéressés par les matières littéraires (mais c'était aussi un point de désaccord avec mon tuteur qui me soutenait mordicus que la philosophie n'était pas une matière littéraire mais scientifique et que c'était une chance de commencer avec des élèves scientifiques), j'ai clairement eu du mal à tenir mes classe (plus que le stagiaire moyen on va dire, d'où - aussi - mon licenciement), mon cours était un peu la récréation. Je n'ai pas vraiment détesté le métier mais ça m'épuisait de réclamer tout le temps le silence, mais bon, comme beaucoup de débutants (qui continuent tout de même).

    Et oui, je suis nul en grammaire avec beaucoup de lacunes mais je persiste et je progresse (lentement, certes), je ne vois pas ce qu'il y a de contradictoire entre difficulté et intérêt.

    Je pense cependant que la maîtrise est problématique pour envisager de prendre un poste de contractuel demain par exemple. Il ne s'agit pas seulement de comprendre moi-même mais de savoir expliquer ces exercices de grammaire que je trouve déjà difficiles même si encore une fois, j'ai clairement fait des progrès.

    Effectivement, quand je parlais de désir mimétique, je parlais des enseignants de prépa que je côtoie dans le cadre de mon travail. C'est impressionnant, ils font vraiment feu de tout bois quand ils analysent un texte, en lui rendant toute sa profondeur, ils sont brillants et on va vraiment très loin - tout en utilisant les outils grammaticaux, stylistiques, les procédés narratifs...que je travaille mais au service d'une véritable analyse.

    Donc ça me motive car j'aimerais vraiment réussir à faire ça devant une classe même si ce serait sans doute avec des classes moins intéressées et plus remuantes.

    Je pense donc qu'il faut que je continue à travailler et pas dans l'objectif d'avoir le concours car s'il est très exigeant sur le papier, en réalité, ils acceptent les candidats faibles par besoin d'enseignants (en fait je pense que je pourrais décrocher une bonne note à la composition française ce qui comblerait mes lacunes sur la seconde épreuve écrite mais je ne veux pas l'avoir dans ces conditions puisque ce serait pour galérer après).


    Avez-vous des conseils pour progresser?

  • AscagneAscagne Membre

    Il est normal et logique d'apprécier les explications et commentaires de textes pointus du supérieur, que ce soit en prépa ou à l'université. Mais, eh bien, c'est le supérieur : le public est censé être déjà formé aux fondamentaux, on enseigne les matières universitaires et par leurs versions scolaires, on est en mesure de tirer le fil du texte à des degrés insoupçonnés. C'est très enrichissant, c'est très intéressant. On demande bien sûr, aux concours, d'être capable d'une analyse universitaire approfondie : pour enseigner efficacement, il faut savoir bien davantage que le seul strict nécessaire face aux élèves. Cela ne veut pas dire que c'est ce qu'on va faire avec les élèves... Loin de là. D'autant plus qu'il ne faut pas oublier que le secondaire inclut le collège.

    On ne fait pas, globalement, au lycée, la même chose qu'en fac ou en prépa mais avec des gens "plus remuants et moins intéressés" en face : il y a des différences partout (de nature, de public, d'enjeux). À moins d'être dans un établissement de haut niveau et de grand prestige, peut-être. C'est très différent. D'où une disjonction entre les attentes disciplinaires et la réalité du terrain (cf. supra), qui n'est pas une mauvaise chose en soi, mais peut susciter des frustrations, comme c'est, à plus forte raison, le cas de la différence entre le goût pour les lettres, les matières universitaires et la transmission en général d'une part... et les matières scolaires et l'enseignement/la pédagogie/la didactique de terrain d'autre part.

    Je reviens au lycée après deux années comme ATER à la fac : je renoue avec les dictées de rentrée à 40-50 points-fautes, avec les réponses d'une ligne à des questions nécessitant justification, avec les élèves de série technologique, calmes pour une fois, mais pour qui le moindre texte est une montagne (et il faut en expliquer une douzaine pour le bac, et lire plusieurs œuvres intégrales alors que certains ne lisent "jamais" pour le plaisir - "jamais"). It's the job. Mieux vaut être bien armé disciplinairement pour le faire, bien sûr. Mais le reste (gérer les élèves, par exemple), c'est une autre paire de manches. Et ce métier-là, dans le secondaire, je n'envisage pas sérieusement de le faire toute ma carrière.

    "je ne vois pas ce qu'il y a de contradictoire entre difficulté et intérêt"

    Ce n'est pas la question, et c'est un très bon signe de s'intéresser à quelque chose malgré difficulté et malgré difficultés. Tout dépend du degré de ces dernières, puisqu'il s'agit, dans le cas présent, d'enseigner.

    Je ne veux pas que mon message paraisse sévère ou acrimonieux. C'est une invitation à réfléchir sur ces quelques points.

    Avec de la volonté, du goût, de la motivation, vous pouvez progresser. Un regard extérieur sera nécessaire à un moment donné, sans doute. Reste à savoir ce que vous voulez effectivement.

  • LaoshiLaoshi Membre

    Je ne veux pas que mon message paraisse sévère ou acrimonieux. C'est une invitation à réfléchir sur ces quelques points.

    Il ne l’est pas. Ce message et cette invitation me paraissent vraiment pleins de bon sens. Je suis du même avis.

  • TonioKrögerTonioKröger Membre
    28 sept. modifié

    Rester AESH en continuant à enseigner un peu en cours particuliers à côté et être heureux est sûrement possible pour moi qui me satisfait d'un train de vie modeste au moins pour les trois prochaines années donc ça me laisse le temps de progresser et de voir venir. Et puis même si je ne deviens jamais enseignant de lettres devant des classes, ce n'est pas du temps perdu que de faire des annales du capes de lettres modernes.

    De toute façon, j'imaginais attendre ad minima deux ans pour rempiler en tant qu'enseignant dans l'éducation nationale et plus probablement trois ans. Je pense aussi que 6 ans de service dans l'éducation nationale (c'est ce que j'aurais cumulé à ce moment là si je réalise effectivement ce projet) et une quinzaine d'années d'accompagnement de collégiens/lycéens en cours particuliers me rendront peut-être plus légitime au moins à mes propres yeux si ce n'est à ceux de l'institution mais je sais que la gestion de classe demeure difficile et que ça ne va pas aller en s'améliorant. Néanmoins je retirais quand même une certaine satisfaction de mes cours (satisfaction gâchée par mon tuteur qui disait systématiquement qu'ils étaient mal calibrés et que c'est même pour cela que les élèves n'écoutaient pas et j'avoue que ça m'a vraiment découragé surtout que j'étais moins expérimenté à l'époque : je suis lauréat 2017 donc ça fait quand même un moment).

    Je ne trouve pas le message sévère mais plutôt ignorant de quelques unes de mes expériences (mais c'est lié à mes messages précédents aussi) :

    -J'enseigne à des lycéens y compris à des lycéens de niveau très faible et parfois en section technologique depuis maintenant pas mal d'année en cours particuliers et je suis interrogateur et correcteur (oraux et écrits) aux examens blancs de français depuis maintenant quatre ans - et de manière plutôt régulière; au moins 8 missions d'oraux à l'année- par un organisme privé, je connais donc bien les exigences relatives au bac de français et la manière de le préparer ainsi que le niveau général des élèves (qui effectivement lisent très peu pour le plaisir voire jamais).

    J'ai également une connaissance du programme de collège grâce à un voisin que je suis en français (de manière vraiment hyper régulière) depuis la classe de 6ème et qui est maintenant en classe de 3ème.

    -N'étant pas issu d'un parcours glorieux, je n'ai pas vraiment d'exigence sur le public que j'aurai (ce qui est à la fois une faiblesse et une force puisqu'une telle lucidité ne permet une autorité verticale -lorsqu'elle est nécessaire - qu'à grand renfort d'artifices). Je veux dire par là que je n'ai pas ce "mépris pédagogique" qu'on trouve souvent chez les enseignants et qui les aide à prendre le dessus sur la classe en créant la distance enseignant/élèves.

    Bref, beaucoup de questionnements aussi sur ce dernier point : le rapport élève/enseignant, l'autorité professorale...

    Mais en fait, je ne vois pas d'autres voies à part devenir enseignant (ou rester AESH). J'écris des critiques d'œuvres mais je ne suis même pas payé pour cela : j'ai juste accès gratuitement aux œuvres en contrepartie.

    En attendant tout cela n'est pas d'actualité : presque tout ce qui concerne le second écrit de l'épreuve du capes de lettres modernes me paraît obscur, faute d'avoir suivi des cours portant sur les attendus. J'ai une chance : je suis entouré d'enseignants de lettres (pas ma famille, certainement pas, mais mes amis et les collègues du lycées).


    Merci, Ascagne, d'avoir pris le temps de me répondre de façon si prolixe en tout cas.

  • LaoshiLaoshi Membre
    28 sept. modifié

    Je ne trouve pas le message sévère mais plutôt ignorant de quelques unes de mes expériences

    J'enseigne à des lycéens y compris à des lycéens de niveau très faible et parfois en section technologique depuis maintenant pas mal d'année en cours particuliers et je suis interrogateur et correcteur (oraux et écrits) aux examens blancs de français depuis maintenant quatre ans - et de manière plutôt régulière; au moins 8 missions d'oraux à l'année- par un organisme privé.

    ….

    J'ai également une connaissance du programme de collège grâce à un voisin que je suis en français (de manière vraiment hyper régulière) depuis la classe de 6ème et qui est maintenant en classe de 3ème.

    Pour ma part, à la lecture de tes messages précédents, et notamment du premier où tu nous dis que tu as réussi la partie théorique du concours en philosophie, et que tu as été admissible à l’agrégation, je ne crois pas que tu manques des connaissances requises, et ta réussite au CAPES de lettres me paraît probable.

    Ce qui semble poser problème, et ce dont tu n’as qu’une expérience apparemment malheureuse, c’est l’enseignement devant une classe. Et cela, quelle que soit la discipline, un enseignant doit l’assumer sans que sa classe ressemble à une cours de récréation, chose très dommageable pour l’apprentissage des élèves et également à long terme, je crois, sur l’état de santé du professeur.

    Pour „tenir“ les élèves, je déconseille fortement le mépris. À mon sens, il n‘a jamais aidé à asseoir l’autorité professorale, mais plutôt à instaurer une ambiance de détestation réciproque. On n’est pas les copains des enfants, mais on n’est pas là non plus pour les accabler de notre supériorité, bien relative d’ailleurs, mais pour leur apprendre quelques choses que l’on sait et dont ils auront besoin. Comme l‘a dit Ascagne, les classes sont diverses, parfois difficiles, peu réceptives. Ils s’en fichent, ils n’ont pas envie, ils ne sont pas motivés. Si tu veux absolument être enseignant, dans un collège ou dans un lycée, il faut que tu sois conscient de cela avant tout, et d’y aller en connaissance de cause. Ce ne sera pas un seul individu que tu auras face à toi, mais un groupe. À toi de les persuader de l’utilité de ce qui leur paraît inutile, et qui l’est…car à part boire et manger…n’est-ce pas ? Ce n’est pas facile, mais un certain nombre de règles étant précisées dès le début de l’année, un programme étant établi, on se sent moins démuni.

    Quelques années ayant passé depuis ton année de stage, tu auras probablement gagné en maturité et en assurance.

  • Bonjour,

    J'ai bien lu la discussion et il me semble que vous avez déjà beaucoup réfléchi, trop peut-être.

    J'ai l'habitude de parler franchement, au risque d'être parfois un peu vexant, je vous demande d'avance de me pardonner, car mes intentions sont bonnes. Je ne peux qu'encourager ceux qui veulent devenir professeurs de lettres, étant dans mes fonctions confronté quotidiennement à la pénurie d'enseignants et à ses conséquences désastreuses.

    1. Je crois que toute réflexion s'amorçant sur des questions et des doutes, du type "Ai-je le niveau ? Je ne suis pas assez bon. Je suis nul en grammaire, etc." part sur une mauvaise piste et ne peut rien apporter de réellement constructif.

    Le CAPES vous intéresse ? Fort bien. Procurez-vous une bibliographie de départ (même Amazon formule des suggestions en ce sens désormais) sur un forum d'enseignants (comme neoprofs par ex. ou un blog / site spécialisé). On parle là de 10 à 15 livres, des précis ou des ouvrages synoptiques de référence (en littérature comme en étude de la langue). Ici Google est votre ami.

    Complément indispensable : procurez-vous les rapports de jury et les sujets des années précédentes.

    Une fois ceci fait : potassez et foncez.

    L'autre condition est de s'être construit un solide parcours de lecteur afin que vous soyez apte à mobiliser des références patrimoniales ou "classiques" tout autant que contemporaines. À vous lire, vous semblez déjà avoir un peu de bouteille dans le domaine, donc la fréquentation de la littérature ne me paraît pas un problème pour vous.

    Il n'y a aucun danger à obtenir un concours en dilettante ! Le contenu académique des concours ne présage en rien des exigences du terrain. De brillants lauréats se révèlent des enseignants désastreux, et inversement. Ce n'est à pas à vous de juger de ce que vous valez ou non. Les jurys ne décident pas de votre capacité à enseigner. On commet souvent cette erreur de jugement. Ils évaluent votre capacité à apprendre ce métier. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Si les jurys estiment que vous pouvez devenir un enseignant compétent, ils vous en donneront la chance. Les paramètres qui peuvent les influencer en ce sens sont bien loin d'être strictement académiques (je pense aux épreuves orales d'admission).

    2. Passer le concours implique plusieurs conséquences et choix de vie, que vous n'avez pas évoqués jusqu'ici. J'ignore donc si vous en êtes bien conscient.

    D'abord, si vous obtenez le CAPES, vous avez très peu de chances d'exercer en lycée. La probabilité est très forte pour que vos premières affectations, comme stagiaire et surtout comme néo-titulaire, soient des collèges.

    Ensuite, devenir titulaire, c'est-à-dire fonctionnaire, par le biais d'un concours national implique des compromis quant à votre mobilité professionnelle. Ces compromis peuvent être difficiles et impacter lourdement votre vie personnelle, vos finances, votre santé, pour les années à venir. S'il y a bien une réalité qui fait l'unanimité, c'est celle-ci : ce sont les moments après l'obtention du concours qui sont les plus difficiles, et non les efforts préalables pour l'obtenir ! Êtes-vous prêts à exercer dans un établissement difficile, à subir les humiliations d'une administration moralement défaillante ? Êtes-vous prêts à déménager à l'autre bout du pays pour vivre dans une ville, une zone, un quartier qui ne vous correspond pas forcément ? Êtes-vous prêts à supporter un salaire limité au regard du temps et des efforts consacrés à l'exercice de cette fonction, salaire qui peut même se révéler insuffisant dans une grande ville ? Et j'en passe (affectation TZR, etc.).


    Ce métier peut devenir un enfer comme un paradis, à l'aune de vos conditions de travail et de la façon dont vous en organisez l'exercice. Je tends à une philosophie de vie dans laquelle chacun est maître de ses choix et de sa vie. Il appartient à chacun de poser ses limites, de définir ce qu'il accepte ou non et, partant, de construire seul les conditions d'exercice de son métier. Je vous parle du point de vue d'un agrégé (avec une note en grammaire probablement lamentable;-) qui a toujours refusé d'exercer en France (ainsi qu'en collège), un choix de vie qui est la manifestation de ce principe.

  • TonioKrögerTonioKröger Membre
    29 sept. modifié

    Bonjour,

    Et oui! C'est justement parce que je ne sais que trop bien tout cela que je me contente de mon poste d'AESH pour le moment dans une mission qui me satisfait pleinement (et comme dit précédemment, j'en suis très heureux). ;)

    Le CAPES de lettres modernes peut être une voie de secours (je ne pense pas, en revanche, avoir besoin de me constituer un programme de lectures : je suis déjà un très grand lecteur passionné par des auteurs comme Zola ou Balzac et autres épreuves passionnantes au programme telles que La princesse de Clèves. A la limite, il y a peut-être quelques classiques du moyen-âge que je devrais lire pour enseigner en collège, c'est une période au programme que je connais beaucoup moins bien (étant plus intéressé par le XVIIème, XIXème et XXème siècle) mais je n'envisage pas de passer le concours en ayant des lacune en grammaire.

    Vous ne me croyez peut-être pas mais je le redis : je ne suis absolument RIEN capable de faire de la seconde épreuve écrite pour le moment. Donc c'est un bon challenge de le travailler sur plusieurs années tout en travaillant à côté, sans compter que ça améliore aussi ma pratique actuelle en cours particuliers et comme examinateur (avec le retour de la grammaire à l'oral depuis deux ans!) :)

    En tout cas comme je le disais, je n'envisage pas de refaire une rentrée en tant qu'enseignant stagiaire avant septembre 2023 et plus probablement septembre 2024 et après mon premier déboire, je ne pense pas foncer (d'autant moins que j'ai la chance de ne pas être dans l'urgence). C'est plus une hypothèse professionnelle.


    Merci d'avoir pris le temps de me répondre en tout cas.


    A bientôt.

  • Lorsque j'évoquais un programme de lecture, j'ai bien précisé qu'il s'agissait de livres techniques, de manuels et autres précis, et non des œuvres elles-mêmes. Comme je l'ai bien perçu, vous avez déjà un parcours de lecteur que je ne remets pas en doute !

    Vos expériences vous donnent une longueur d'avance, vous avez déjà un pied dans le "système" de l'éducation nationale et vous en connaissez le fonctionnement. Cela apparaît dans vos propos.

    La grammaire et la didactique, cela s'apprend, par des manuels ou une préparation CAPES (université, CNED,...).

    J'ai bien compris qu'il n'y avait pas d'urgence et que vous réfléchissez à moyen terme. Mais justement, c'est quand nous sommes tranquilles, avec un job, une routine, une stabilité, qu'il est judicieux de préparer les concours. Au contraire, quand quelqu'un a le couteau sous la gorge, sans revenus, stressé par l'enjeu, là sont réunies les pires circonstances pour préparer un concours.

    Si d'aventure vous souhaitez revenir à l'enseignement, notamment secondaire, mais sans obtenir le CAPES (pour l'instant !) et en changeant de vie ("l'aventure, c'est l'aventure", pour citer un film de légende), je vous invite à me contacter par message privé.

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