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Se constituer une culture de spécialiste digne de ce nom

Bonjour,

Je suis étudiante en licence de lettres modernes. Chaque année, je lis les ouvrages obligatoires au programme et je n'ai pas vraiment le temps de lire plus que ces oeuvres, c'est-à-dire de lire des ouvrages datant d'époques littéraires différentes. Les professeurs conseillent souvent des dizaines d'ouvrages à lire si possible, en littérature française, que je n'ai jamais le temps d'étudier.

Est-ce suffisant, pour travailler dans le secteur littéraire, d'avoir lu et appris une anthologie entière comme les Lagarde et Michard ? (+ les lectures obligatoires de la faculté, une trentaine de livres).

Comment mettre à profit une lecture pour en faire une référence dans une dissertation ou une conversation?

Merci pour vos réponses

A bientôt

Réponses

  • Les bibliographies remises par le professeur pour chaque cours / UE sont à prendre avec du recul... Certaines sont parfois démentielles. Chaque professeur perçoit la réalité par la fenêtre de sa spécialité et cela peut, à l'occasion, devenir une illusion d'optique. Il ne s'agit pas de tout lire de ces bibliographies.

    D'abord, il me semble important de différencier, d'une part les œuvres littéraires proprement dites, d'autre part les ouvrages critiques ou théoriques.

    Sélectionnez en fonction de :

    • votre projet de recherche (L3, M1-M2).
    • vos affinités personnelles, les champs littéraires, époques, mouvements, etc. dans lesquels vous souhaitez vous spécialiser ou qui ont votre préférence.
    • du rapport entre l'ouvrage critique, théorique et les œuvres que vous êtes en train d'étudier. Par exemple, vous pouvez pratiquer l'approche suivante : "Comment cet ouvrage de Mme Catherine XXXXX vient-il éclairer ma lecture des Essais de Montaigne ?"
    • la disponibilité des ouvrages (BU, commandes, librairies, prix...). C'est prosaïque mais c'est une réalité de l'étudiant également.

    Concentrez-vous sur quelques ouvrages "généralistes" qui pourront renforcer votre polyvalence et votre culture littéraire au sens large, ou encore sur les ouvrages qui peuvent vous fournir une "grille de lecture", c'est-à-dire dont l'approche peut faire système, en s'appliquant à plusieurs œuvres, fournissant des clés d'entrée ou d'interprétation pertinentes.

    On ne peut pas être spécialiste en tout, même si l'objectif reste de posséder une culture littéraire assez vaste et une polyvalence qui, le cas échéant nous permettront d'approfondir un champ littéraire dans l'avenir et d'en apprendre plus.

    Lire une anthologie, comme les Lagarde et Michard, ne me semble pas très efficace, au niveau du rendement pédagogique... Lisez plutôt les Mémoires d'outre-tombe ou Victor Hugo ! Cela sera plus utile.

    Personnellement, j'estime que le plus important reste de lire les œuvres, de se frotter pour de vrai à la littérature, en s'attardant longuement sur les pensées que cela fait surgir en nous. Beaucoup d'étudiants ou de candidats aux concours lisent énormément d'ouvrages critiques ou théoriques (dont je ne nie pas l'importance ni la pertinence), au détriment d'un véritable parcours de lecteur parmi les œuvres elles-mêmes.

    L'ambition d'acquérir une culture de spécialiste à toutes les époques, dans tous les genres, me paraît démesurée et assez peu utile lorsqu'on pratique par la suite la littérature "sur le terrain". Si vous faites de la recherche, vous aurez tout loisir d'approfondir (et plus encore...) un domaine de spécialité. Si vous enseignez, la polyvalence sera un atout, mais pas la maîtrise approfondie, à moins que vous n'enseigniez à l'université, auquel cas cela suppose que vous avez fait de la recherche et nous retombons sur la première possibilité (soit cours généraliste en 1er cycle, soit cours de spécialité à partir de L3 puis en M1-M2 ou doctorat). Si vous choisissez d'autres voies (métiers de la culture, écriture créative, etc.), alors vous comprendrez rapidement que c'est bien la lecture des auteurs qui importe le plus, non la mémorisation de l'appareil critique ou théorique.

    Que serais-je devenu si j'avais vraiment lu un essai de 250 pages à propos de la poésie pastorale au XVIe et XVIIe s. qui m'était prescrit en L2 ? 😁

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