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nyctalopenyctalope Membre
30 mars modifié dans La filière littéraire

Salutations,

Si vous tolérez cet étalement de vie (après tout, on est sur un forum), je viens de Terminale Scientifique et suis aujourd'hui en khâgne à Fénelon. Les concours approchent dangereusement, et je pense les passer. Ma "demande" est plutôt psychologique : en plus du découragement, j'ai un complexe d'infériorité par rapport aux sciences, et lié à la filière littéraire.

Je m'explique : je viens d'une famille de scientifiques de "haut" niveau, et les sciences y sont jugées plus prestigieuses. Je considère que les scientifiques vont soigner des personnes : à côté d'eux, tout ce que peut faire un littéraire, c'est pipauter. Même si eux m'admirent pour étudier les lettres, je ne peux pas m'empêcher de ressentir ce complexe, et ce depuis assez longtemps. Si bien que j'assume moyennement d'être quelqu'un de littéraire (à supposer qu'il existe des littéraires et des scientifiques).

Il faut dire que ce complexe possède une part de social : une Marocaine plutôt scientifique m'a un jour dit que chez elle, la filière littéraire n'est pas du tout valorisée. En France, c'est un peu plus le cas, mais les scientifiques jouissent d'un prestige, qui selon moi est mérité. Je veux dire, les sciences demandent de réelles capacités techniques, ce qui est moins le cas des lettres.

Avez-vous déjà été confrontés à ce complexe ? Quel est votre avis à ce sujet ?

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Réponses

  • LaoshiLaoshi Membre

    Selon moi aussi. Du moins pour les grands scientifiques à l’intelligence percutante dont la largeur de vue dépasse leur domaine précis.

    Je ne crois pas pour autant qu’il y ait lieu d’être complexé si ton goût, ton choix ou les circonstances t’ont dirigé vers des études littéraires. Il est des scientifiques bornés comme il est des littéraires à l’esprit étroit.

    Pour moi, ce qui compte vraiment, c’est de porter à l’excellence ce que l’on fait, et cela dans quelque domaine que ce soit.

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Bonjour,

    Tu as raison Laoshi.

    Dans cette rivalité supposée, chacun doit trouver sa place en fonction de ses goûts, de ses aptitudes, de son désir d'être créatif, du plaisir rencontré, de l'épanouissement possible, du sentiment de pouvoir donner tout son potentiel. Qu'est-ce qui me fait vivre le plus intensément ?

    Il est bien possible que @nyctalope n'ait pas trouvé encore à nourrir son besoin d'être reconnu. Il est important de se savoir utile, d'apprendre dans le regard d'autrui que nous avons de la valeur.

  • loglog Membre

    À mon avis, l'opposition entre les deux n'a de sens que si l'on s'interdit toute évolution et tout apprentissage ou étude futurs. Il me semble qu'on peut admettre qu'il n'est pas possible de tout apprendre en même temps immédiatement. Donc il faut bien commencer quelque part. Que ce soit par les lettres, la physique, la grammaire italienne ou la sociologie, je ne vois pas en quoi cela limiterait la capacité d'apprendre d'autres choses par la suite. S'il doit y avoir un classement entre les domaines de connaissance que l'on peut maîtriser, je dirais qu'il devrait plutôt s'établir selon l'étendue des domaines auxquels on s'intéresse, pas selon la nature de ces domaines. En prépa littéraire, cette étendue est très large il me semble et c'est donc tout à l'honneur de @nyctalope.

    Alors le prestige aussi peut jouer, mais qu'est ce qui est le plus important ? Ce qu'on a dans la tête, ou ce qu'en pensent les autres ?

  • lamaneurlamaneur Modérateur

    Si bien que j'assume moyennement d'être quelqu'un de littéraire (à supposer qu'il existe des littéraires et des scientifiques).

    Je suis très opposé à cette dichotomie entre littéraires et scientifiques, entretenue par une certaine ignorance ou une forme de paresse nous satisfaisant de vivre cloisonnés. En tout cas, de très nombreux scientifiques ont été aussi de bons littéraires.

    Il faut dire que ce complexe possède une part de social : une Marocaine plutôt scientifique m'a un jour dit que chez elle, la filière littéraire n'est pas du tout valorisée.

    Il est possible que dans les pays en voie de développement, cette préférence soit justifiée par le fait qu'on trouvait plus facilement un emploi avec un bagage scientifique plutôt qu'un bagage littéraire. De mes lointaines années d'enseignement au Maghreb, je me rappelle effectivement le prestige incomparable d'un prof de maths par rapport à un prof de français ou un prof d'arabe.

  • Rien à rajouter aux réponses pleines de bon sens de mes prédécesseurs.

    En revanche, je peux témoigner. Sans parler de « complexe », j'ai ressenti plus ou moins la même chose mais dans la situation inverse. De formation scientifique, j'ai longtemps ressenti un manque de culture littéraire. Ce n'était pas en rapport avec un quelconque besoin d'être reconnu par quiconque - parfois on n'est jamais si méconnu que par ceux qui nous entourent -, mais plutôt par rapport avec un ressenti personnel, une sorte d'intuition que la littérature permettait de s'ouvrir à une culture à laquelle j'aspirais.

    Avec le temps, j'ai compris que, comme l'explique lamaneur, l'opposition des scientifiques et des littéraires n'a de sens que dans les compétitions inter-classes au lycée 😁. J''ai pu m'ouvrir plus tard à la littérature comme autodidacte. Par chance, il n'est jamais trop tard pour lire. En revanche, soyons francs, si l'on veut suivre de réelles études littéraires ou scientifiques à l'âge adulte, il faudra beaucoup de motivation, de travail et de temps. C'est pourquoi il faut profiter des études tant que l'on a l'âge et la chance de les suivre et il vaudrait mieux choisir ses études en rapport avec ce que l'on est et ce que l'on aime - mais ceci n'est pas toujours possible.

  • ArtzArtz Membre

    Je suis d'accord avec ce qui a été dit plus haut. J'ajoute mon expérience personnelle : de formation littéraire (prépa à Fénelon), je suis ensuite allé vers la science politique où on retrouve au sein de la discipline la même division entre les scientifiques (méthodes quantitatives) et les littéraires (méthodes qualitatives). Je ne doute pas un instant de l'intérêt des méthodes quantitatives pour approcher certains objets. Mais avec le recul, j'ai tout de même l'impression qu'il y a un gros problème des méthodes quantitatives qui ne prennent pas le temps de théoriser leurs objets. Bref, la fascination pour une certaine scientificité ne doit pas nous faire oublier l'intérêt de ce que nous faisons aussi et ce que nous apprenons aussi.

    Et puis, par ailleurs, omnis determinatio est negatio. Il faut donc à un moment donné voir qui tu veux être toi, et non pas ce qui est le plus utile abstraitement.

  • mikomasrmikomasr Membre

    Je considère que les scientifiques vont soigner des personnes : à côté d'eux, tout ce que peut faire un littéraire, c'est pipauter.

    Oui mais ça sert à quoi de soigner des gens qui n’ont pas d’autre horizon que celui de leur survie matérielle ? C’est très bien d’avoir une bonne santé, mais ce n’est certainement pas une fin en soi. C’est un moyen. Et c’est à partir de là que les disciplines littéraires peuvent prendre le relais et offrir à une personne en bonne santé physique un certain épanouissement intellectuel, qu’un médecin est bien incapable de garantir.

  • HippocampeHippocampe Membre
    30 mars modifié

    Les littéraires pipeautent ? Mmmmh.

     

    J'ai fait des études dites scientifiques, à savoir que j'ai eu un diplôme d'ingénieur. Comme je ne suis plus un jeunot, j'ai fait mon service militaire et je l'ai fait dans une entité où le niveau scolaire des appelés était bien élevé. Je pourrais décrire notre groupe d'une quarantaine de gus en le divisant en trois groupes d'effectifs semblables :

    _ des ingénieurs,

    _ des normaliens (Ulm) littéraires (différentes filières : français, langues anciennes, philo, histoire), les normaliens étaient presque tous des littéraires,

    _ d'autres gens : des littéraires non normaliens, des normaliens non littéraires...

    Nous mangions à des tablées de huit. Souvent les ingénieurs se mettaient entre eux et les normaliens idem. Quant à moi je variais les plaisirs mais j'aimais le plus être avec les littéraires d'Ulm. J'aimais leur conversation, ils parlaient de choses diverses et intéressantes. Leur parcours leur permettait de parler de littérature, d'histoire etc. Mais les ingénieurs, eux, ne pouvaient pas parler de tel théorème de maths par exemple, ça ne serait venu à l'idée de personne. Ils ne parlaient pas de littérature ou d'histoire non plus. Alors ? Alors, par rapport aux littéraires ils avaient tendance… à pipeauter.

     

    Je précise que je n'étais pas complexé quand j'étais avec des littéraires car la compagnie de gens que je trouve supérieurs à moi, suivant tel ou tel critère, ne me gêne pas et je la trouve même enrichissante.

     

    Autre chose. Si dans une société on ne réfléchit qu'à comment construire des trucs, on est comme des castors en plus costaud, sans parler des termites. Je me dis que c'est peut-être quand l'homme s'est mis à avoir des préoccupations artistiques dont littéraires qu'il a pris une place bien particulière, bien humaine, dans le règne animal. Bon, c'est lapidaire, je dis ça sans réfléchir. Mais ça mérite réflexion.

  • Le pipeau (et excusez l'orthographe ;)), c'était un peu provocateur de ma part, je le concède.

    En tout cas, vos réponses rejoignent un peu ce que dit ma grand mère à ce sujet, à savoir que nous ne sommes pas que des êtres biologiques.

  • sandm77sandm77 Membre
    31 mars modifié

    J'ajouterai aussi que, bien que les sciences "dures" peuvent s'appuyer sur un formalisme sans doute plus robuste (les mathématiques notamment) pour rendre leurs contenus plus concrets, cela ne leur évite pas tout travers de "pipeautage". De l'aveu d'une connaissance ayant réalisé des recherches dans le champ des sciences appliquées, la maîtrise des chiffres permet parfois à certains travaux d'user d'une rhétorique "mathématique" pour tenter de faire admettre des conclusions manifestement pipeautées.

    En tout état de cause, je pense qu'il est vain de chercher à comparer sciences dures et sciences sociales, lettres et humanités. D'autant que, contrairement à une représentation courante, les disciplines littéraires s'appuient aussi sur des méthodes, une théorie de la connaissance et un formalisme qui les rendent tout sauf "pipeau". Comme dit par les participants avant, ce qui compte c'est de bien faire ce sur quoi l'on s'engage. On peut tout aussi bien étudier rigoureusement les lettres que la biologie, il n'y a pas de connaissance de rang inférieur.

    Dirait-on par ailleurs des artistes que la crise sanitaire actuelle empêche d'exercer dans le champ des arts du spectacle ne produisent rien/que du vent ? Le manque manifeste que représente la culture en ce moment même est une belle preuve de la place nécessaire des arts et des lettres dans notre société.

  • ArthurArthur Membre

    Bonjour,

    Si vous recherchez davantage de scientificité tout en ayant une fibre littéraire, et que vous avez été déçu comme moi par le manque de rigueur de certains enseignants en littérature, il y a tout le champ des sciences humaines qui s'offre à vous, de la linguistique (sans doute la plus formalisée, au moins dans certains domaines de la discipline) à la géographie, de l'histoire à la philosophie et à la théologie, etc. ; elles peuvent peut-être vous intéresser et présentent davantage de garanties d'objectivité.

    Cordialement.

  • C'est amusant que tu fasses ce commentaire, j'ai envie d'être linguiste ;)

    Merci pour vos réponses en tout cas

  • LaoshiLaoshi Membre

    Alors, ça, c’est pas du pipeau 😂

  • KyrtuKyrtu Membre
    2 avril modifié

    khâgneux B/L Ici !

    C'est une question que je me suis longtemps posée, et sans doute une mécompréhension profonde de ma part.

    Brièvement, j'ai toujours fait des mathématiques, depuis mon plus jeune âge, et tous mes profs m'ont encouragé à partir en Prépa scientifique. Grâce aux conseils de ma prof de latin, j'ai opté pour le B/L parce qu'elle proposait de l'histoire, de la ses et des maths, 3 matières qui me semblaient pouvoir expliquer le plus efficacement le monde, le mesurer, le quantifier.

    J'ai longtemps eu cet amour pour les maths et la physique, j'avais les larmes aux yeux quand j'ai compris la subtilité et la beauté. En ce sens là, on peut vite penser que les sciences dures sont "supérieures" aux autres sciences puisqu'elles expliquent efficacement et relativement objectivement le monde.

    Mais quelle ne fut pas la révélation quand j'ai découvert la littérature. Pour moi, c'était simplement une matière annexe, qui m'aurait appris à écrire correctement. Je me suis trompé sur toute la ligne. Elle problématise le monde, engage un rapport existentiel, réflexif qui, à mes yeux, est inégalable. Alors bien sûr, tu n'auras jamais une théorie sociologie interactionniste qui explique pertinemment les mécanismes sociaux ( Notamment le terme de "négociation" ou de "rôle"), mais par la littérature tu as accès à une vérité, où du moins à un sentiment de vérité, de fusion avec le monde que je n'ai trouvé nulle part. Alors bien sûr tu ne construis pas une politique par la littérature, quand la littérature socio-économique te permet de penser l'action politique, la mesurer, la quantifier. Tu rentres difficilement dans l'universel ou simplement dans le prescriptif, mais c'est justement ce qui fait la beauté de la discipline.

    Je suis rentré en prépa avec l'intime conviction que les maths pouvaient m'expliquer le monde, m'aider à le comprendre. J'en sors avec le désir absolu de le problématiser, de l'interroger, par la littérature.

    Dans ma famille, mon choix a été difficilement compris, et ne sera peut-être jamais complètement saisi parce que justement, ce sont deux façons d'aller au monde totalement différentes, mais pas pour autant incompatibles.

  • J'ai failli aller en B/L, et j'admire les B/Lien(ne)s. Merci pour ce témoignage.

  • LaoshiLaoshi Membre

    Ces avis tranchés sur les scientifiques et les littéraires me gênent un peu.

    Je connais des polytechniciens également pianistes ou violonistes virtuoses ou encore plus passionnés de littérature qu’un professeur agrégé de lettres.

  • @Laoshi C'est exactement ce que je pense et ressens. Je n'ai donc pas participé à cette discussion qui me semble viciée depuis le commencement.

  • Je comprends que cela puisse gêner, je caricature volontairement car ces "portraits" correspondent à mes impressions (davantage qu'à la réalité).

  • LaoshiLaoshi Membre

    Eh bien inutile de caricaturer volontairement et exagérément, en négligeant la réalité . Cette dichotomie entre littéraires et scientifiques est heureusement souvent dépassée lorsqu’on passe par dessus les spécialités pour s’intéresser aux intelligences.

    Cela me rappelle le sujet d’un fil sur ce même forum : Les littéraires sont-ils plus ouverts d’esprit que les scientifiques ?

    Que répondre ? Que cela dépend...et du scientifique... et du littéraire. Des crétins, enfermés dans leurs certitudes, on en trouve dans tous les domaines, et à quelque niveau que ce soit.

    Et puis pourquoi séparer l’humanité entre littéraires et scientifiques ? Les musiciens, les chanteurs, les danseurs, les artisans, les peintres, les ouvriers, les comédiens, les agriculteurs, et tous les autres sont-ils donc hors de la cité ?

  • AmmyAmmy Membre
    3 avril modifié

    La disparition des filières au lycée est d'ailleurs très représentative. Contrairement à ce que l'on avait d'abord envisagé, peu d'élèves reproduisent fidèlement le schéma de l'ex filière S ou L. Dans les lycées qui jouent le jeu et laissent une totale liberté de choix, de futurs élèves de prépa scientifiques ou de médecine gardent parfois HLP, arts ou géopolitique en première, et inversement (les mélanges HLP-SVT par exemple). Je vois des mélanges langue, géopolitique, maths, et pas mal d'élèves prennent arts ou musique en spécialité (ou option théâtre), pas uniquement de "purs profils littéraires". C'est une bonne surprise pour moi.

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