Fiches méthode Bac de français 2021

Bonsoir, je dois faire un développement argumenté mais je n'arrive pas à trouvé des arguments. Serait-il possible de m'aider ? Voici le sujet :"Comment Maylis de Kerangal renouvelle le motif de la rencontre amoureuse, de la séduction, et du coup de foudre dans ce texte."

Juste après le vol du téléphone sur la Plate, la jeune voleuse est convoquée par Eddy et la bande pour un plongeon sur le Just Do It en guise de « sanction ». Il s’est placé dans le flux de sa lumière, et l’accompagne, intelligent, puisque c’est l’heure, après tout, heure pyromane , nuit/jour, tic tac, tic tac, cliquètement du monde terrestre, dominos, tout cela est affaire de course orbitale, rien de plus régulier. Par ailleurs il n’est pas certain qu’elle soit si moche. T’as peur, t’as peur, mais tu l’as jamais fait, comment tu peux savoir ? Comment tu peux savoir ce que ça fait le vertige si tu as si peur ? Il a parlé dans un souffle, depuis quelques secondes, la fille resplendit sous le soleil horizontal, ciblée en pleine tête comme le naos au fond du temple, et sa peau s’est dorée d’un coup, peau d’héritière, lisse et douce, irisée d’ambre solaire, pieds bronzés, ongles nacrés, un paréo tahitien, trois glaçons dans un verre à orangeade, tchin-tchin, va faire ton piano chérie, Eddy trouve qu’il n’y a rien de plus passionnant à cette minute que cette peau de fille, là, toute concrète, membrane qui palpite, absorbe et transmet, tissu qui capte et décongestionne, rien de plus troublant que cette peau. Il réagit, n’est pas dupe, se demande pourquoi cette fille chourave dans les sacs, il y a quelque chose qui cloche, il n’aime pas trop ces histoires-là, se méfie des tordues, vaguement inquiet donc, ça ne correspond pas, mais précisément —on s’en doute—, cette torsion le mobilise. Aussi, l’écoute-t-il comme s’il nageait à contre-courant, et prend la mesure de chacune de ces paroles quand elle lui répond je peux le savoir parce que justement, le vide, ça m’attire, c’est pour ça. Eddy hausse les épaules. Cette réponse lui déplaît. Dix minutes qu’ils sont seuls sur le Just Do It , l’air fermente la lumière du soir décolore peu à peu le Cap, faut faire quelque chose, faut y aller maintenant. A contre-jour les peaux s’assombrissent quand les dents rutilent d’un blanc de céruse. Eddy coupe court à la conversation, se racle la gorge et annonce d’une voix ferme ouais, ouais, alors on est pareils, t’as qu’à me suivre, t’as qu’à faire comme moi — il hésite à se rétracter soudain, sait qu’il joue gros : s’il saute le premier, il prend le risque que la fille s’échappe par l’arrière du Cap et atteigne la quatre voies avant que les autres soient remontés à temps pour la retenir, il sait aussi que ceux qui l’observent comme on s’obsède du chef ne seront pas dupes, et qu’il met en jeu son autorité. La fille l’interroge, t’as peur alors ? Eddy jette un œil en bas, lui aussi mordoré maintenant, la peau brune piquetée de minuscules auréoles blanches et poudreuses que le sel séché aura déposées, et qui sent le Big Mac, la Marlboro et la mer à cargos, lui aussi les boucles épaisses, mais la dent de requin sur le ras du cou coquillages, et souple, nerveux, mobile, les yeux vifs sous les paupières gonflées, il lui plaît tout autant, vu de près, que lorsqu’elle l’épiait à s’en brûler les prunelles derrière sa fenêtre. Il opte pour précipiter le mouvement, elle fait tout pour prolonger leur face-à-face, il le sent et elle l’entend qui approuve. Ils savent tout et, forts de cet axiome sensible —une autre attraction, latérale celle-là —, ils mélangent leurs présences physiques et aléatoires, entremêlent leur force, s’agencent et se combinent sans même se toucher ; sont comme les fauves qui se cherchent dans le bruissement des clairières tropicales : leurs corps sont leur messager, leurs mouvements leur porte-parole. C’est le grand rodéo qui se met en branle, qui prend corps entre eux et dilate leur cœur. Ouais j’ai le vertige, c’est sûr, Eddy rigole, quand je saute, j’hallucine, je me disloque, je deviens gigantesque, puis il regarde au loin et ajoute, s’enfoncer là-dedans, j’aime ça. Elle l’écoute, ajuste son maillot — les index lissent l’ourlet de la culotte, à même la peau des fesses —, puis il déclare ok, on va y aller en même temps. Elle hoche la tête, et un frisson la parcourt tout entière, passe sous sa peau, des picots chair de poule apparaissent, les minipoils se dressent au garde-à-vous. Une fois en position de départ, d’un coup la voilà pâle, les cernes creusés, elle est exsangue . Eddy ne dit rien. Il voudrait tout arrêter mais sur le Just Do It, le scénario s’est emballé. Il vient à son tour se mettre en place à côté d’elle, ils font la même taille, trente centimètres les séparent. Ils prennent leur respiration, décomptent les secondes, trois, deux, un… go !, se précipitent alors dans le ciel, dans la mer, dans toutes les profondeurs possible, et quand ils sont dans l’air, hurlent ensemble, un même cri, accueillis soudain plus vivants et plus vastes dans un plus vaste monde.  

Corniche Kennedy

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Bonsoir,

    Quelques pistes :

    • un lieu banal, un moment indécis,
    • le doute, les interrogations,
    • la conscience d'une différence sociale a priori rédhibitoire,
    • le défi personnel qui doit lever les doutes, la mise à l'épreuve qui implique le juge, le chef qui remet en jeu son autorité,
    • la focalisation épidermique et les marqueurs d'identité,
    • l'ironie
    • l'animalité des comportements
    • l'absence de contact
    • des acteurs prisonniers d'une mise en scène
    • la pression du groupe
    • la synchronisation signe d'acord
    • un cri sauvage libérateur et fondateur
  • Bonjour, je voudrais savoir si vous pourriez me faire un plan sur ce sujet et me donner un argument pour chaque partie : Comment Maylis de Kerangal renouvelle le motif de la rencontre amoureuse, de la séduction, et du coup de foudre. Vous montrerez notamment comment MDK utilise certains stéréotypes romanesques tout en adoptant une démarche, un style et un point de vue plus moderne que dans les quatre autres romans (la Princesse de Cleves, Manon Lescaut, L'Éducation Sentimentale et Belle du seigneur). J'en ai vraiment besoin s'il vous plaît, c'est à rendre pour Jeudi. J'ai réussi à trouvé faire l'introduction (sans l'annonce des parties) et quelques arguments, mais sans le plan, je ne peux rien faire...

    Voici le texte de Corniche Kennedy:

    Il s’est placé dans le flux de sa lumière, et l’accompagne, intelligent, puisque c’est l’heure, après tout, heure pyromane , nuit/jour, tic tac, tic tac, cliquètement du monde terrestre, dominos, tout cela est affaire de course orbitale, rien de plus régulier. Par ailleurs il n’est pas certain qu’elle soit si moche. T’as peur, t’as peur, mais tu l’as jamais fait, comment tu peux savoir ? Comment tu peux savoir ce que ça fait le vertige si tu as si peur ? Il a parlé dans un souffle, depuis quelques secondes, la fille resplendit sous le soleil horizontal, ciblée en pleine tête comme le naos au fond du temple, et sa peau s’est dorée d’un coup, peau d’héritière, lisse et douce, irisée d’ambre solaire, pieds bronzés, ongles nacrés, un paréo tahitien, trois glaçons dans un verre à orangeade, tchin-tchin, va faire ton piano chérie, Eddy trouve qu’il n’y a rien de plus passionnant à cette minute que cette peau de fille, là, toute concrète, membrane qui palpite, absorbe et transmet, tissu qui capte et décongestionne, rien de plus troublant que cette peau. Il réagit, n’est pas dupe, se demande pourquoi cette fille chourave dans les sacs, il y a quelque chose qui cloche, il n’aime pas trop ces histoires-là, se méfie des tordues, vaguement inquiet donc, ça ne correspond pas, mais précisément —on s’en doute—, cette torsion le mobilise. Aussi, l’écoute-t-il comme s’il nageait à contre-courant, et prend la mesure de chacune de ces paroles quand elle lui répond je peux le savoir parce que justement, le vide, ça m’attire, c’est pour ça. Eddy hausse les épaules. Cette réponse lui déplaît.

    Dix minutes qu’ils sont seuls sur le Just Do It , l’air fermente la lumière du soir décolore peu à peu le Cap, faut faire quelque chose, faut y aller maintenant. A contre-jour les peaux s’assombrissent quand les dents rutilent d’un blanc de céruse.

    Eddy coupe court à la conversation, se racle la gorge et annonce d’une voix ferme ouais, ouais, alors on est pareils, t’as qu’à me suivre, t’as qu’à faire comme moi — il hésite à se rétracter soudain, sait qu’il joue gros : s’il saute le premier, il prend le risque que la fille s’échappe par l’arrière du Cap et atteigne la quatre voies avant que les autres soient remontés à temps pour la retenir, il sait aussi que ceux qui l’observent comme on s’obsède du chef ne seront pas dupes, et qu’il met en jeu son autorité. La fille l’interroge, t’as peur alors ? Eddy jette un œil en bas, lui aussi mordoré maintenant, la peau brune piquetée de minuscules auréoles blanches et poudreuses que le sel séché aura déposées, et qui sent le Big Mac, la Marlboro et la mer à cargos, lui aussi les boucles épaisses, mais la dent de requin sur le ras du cou coquillages, et souple, nerveux, mobile, les yeux vifs sous les paupières gonflées, il lui plaît tout autant, vu de près, que lorsqu’elle l’épiait à s’en brûler les prunelles derrière sa fenêtre.

    Il opte pour précipiter le mouvement, elle fait tout pour prolonger leur face-à-face, il le sent et elle l’entend qui approuve. Ils savent tout et, forts de cet axiome sensible —une autre attraction, latérale celle-là —, ils mélangent leurs présences physiques et aléatoires, entremêlent leur force, s’agencent et se combinent sans même se toucher ; sont comme les fauves qui se cherchent dans le bruissement des clairières tropicales : leurs corps sont leur messager, leurs mouvements leur porte-parole.

    C’est le grand rodéo qui se met en branle, qui prend corps entre eux et dilate leur cœur. Ouais j’ai le vertige, c’est sûr, Eddy rigole, quand je saute, j’hallucine, je me disloque, je deviens gigantesque, puis il regarde au loin et ajoute, s’enfoncer là-dedans, j’aime ça. Elle l’écoute, ajuste son maillot — les index lissent l’ourlet de la culotte, à même la peau des fesses —, puis il déclare ok, on va y aller en même temps. Elle hoche la tête, et un frisson la parcourt tout entière, passe sous sa peau, des picots chair de poule apparaissent, les minipoils se dressent au garde-à-vous. Une fois en position de départ, d’un coup la voilà pâle, les cernes creusés, elle est exsangue . Eddy ne dit rien. Il voudrait tout arrêter mais sur le Just Do It, le scénario s’est emballé. Il vient à son tour se mettre en place à côté d’elle, ils font la même taille, trente centimètres les séparent. Ils prennent leur respiration, décomptent les secondes, trois, deux, un… go !, se précipitent alors dans le ciel, dans la mer, dans toutes les profondeurs possible, et quand ils sont dans l’air, hurlent ensemble, un même cri, accueillis soudain plus vivants et plus vastes dans un plus vaste monde.

  • Bonsoir, je voudrais savoir si ce cadre spatio-temporel de cet extrait de Corniche Kennedy est stéréotypé de la rencontre amoureuse. Sachant que la scène se déroule au coucher du soleil à la Corniche.

    Il s’est placé dans le flux de sa lumière, et l’accompagne, intelligent, puisque c’est l’heure, après tout, heure pyromane , nuit/jour, tic tac, tic tac, cliquètement du monde terrestre, dominos, tout cela est affaire de course orbitale, rien de plus régulier. Par ailleurs il n’est pas certain qu’elle soit si moche. T’as peur, t’as peur, mais tu l’as jamais fait, comment tu peux savoir ? Comment tu peux savoir ce que ça fait le vertige si tu as si peur ? Il a parlé dans un souffle, depuis quelques secondes, la fille resplendit sous le soleil horizontal, ciblée en pleine tête comme le naos au fond du temple, et sa peau s’est dorée d’un coup, peau d’héritière, lisse et douce, irisée d’ambre solaire, pieds bronzés, ongles nacrés, un paréo tahitien, trois glaçons dans un verre à orangeade, tchin-tchin, va faire ton piano chérie, Eddy trouve qu’il n’y a rien de plus passionnant à cette minute que cette peau de fille, là, toute concrète, membrane qui palpite, absorbe et transmet, tissu qui capte et décongestionne, rien de plus troublant que cette peau. Il réagit, n’est pas dupe, se demande pourquoi cette fille chourave dans les sacs, il y a quelque chose qui cloche, il n’aime pas trop ces histoires-là, se méfie des tordues, vaguement inquiet donc, ça ne correspond pas, mais précisément —on s’en doute—, cette torsion le mobilise. Aussi, l’écoute-t-il comme s’il nageait à contre-courant, et prend la mesure de chacune de ces paroles quand elle lui répond je peux le savoir parce que justement, le vide, ça m’attire, c’est pour ça. Eddy hausse les épaules. Cette réponse lui déplaît.

    Dix minutes qu’ils sont seuls sur le Just Do It , l’air fermente la lumière du soir décolore peu à peu le Cap, faut faire quelque chose, faut y aller maintenant. A contre-jour les peaux s’assombrissent quand les dents rutilent d’un blanc de céruse.

    Eddy coupe court à la conversation, se racle la gorge et annonce d’une voix ferme ouais, ouais, alors on est pareils, t’as qu’à me suivre, t’as qu’à faire comme moi — il hésite à se rétracter soudain, sait qu’il joue gros : s’il saute le premier, il prend le risque que la fille s’échappe par l’arrière du Cap et atteigne la quatre voies avant que les autres soient remontés à temps pour la retenir, il sait aussi que ceux qui l’observent comme on s’obsède du chef ne seront pas dupes, et qu’il met en jeu son autorité. La fille l’interroge, t’as peur alors ? Eddy jette un œil en bas, lui aussi mordoré maintenant, la peau brune piquetée de minuscules auréoles blanches et poudreuses que le sel séché aura déposées, et qui sent le Big Mac, la Marlboro et la mer à cargos, lui aussi les boucles épaisses, mais la dent de requin sur le ras du cou coquillages, et souple, nerveux, mobile, les yeux vifs sous les paupières gonflées, il lui plaît tout autant, vu de près, que lorsqu’elle l’épiait à s’en brûler les prunelles derrière sa fenêtre.

    Il opte pour précipiter le mouvement, elle fait tout pour prolonger leur face-à-face, il le sent et elle l’entend qui approuve. Ils savent tout et, forts de cet axiome sensible —une autre attraction, latérale celle-là —, ils mélangent leurs présences physiques et aléatoires, entremêlent leur force, s’agencent et se combinent sans même se toucher ; sont comme les fauves qui se cherchent dans le bruissement des clairières tropicales : leurs corps sont leur messager, leurs mouvements leur porte-parole.

    C’est le grand rodéo qui se met en branle, qui prend corps entre eux et dilate leur cœur. Ouais j’ai le vertige, c’est sûr, Eddy rigole, quand je saute, j’hallucine, je me disloque, je deviens gigantesque, puis il regarde au loin et ajoute, s’enfoncer là-dedans, j’aime ça. Elle l’écoute, ajuste son maillot — les index lissent l’ourlet de la culotte, à même la peau des fesses —, puis il déclare ok, on va y aller en même temps. Elle hoche la tête, et un frisson la parcourt tout entière, passe sous sa peau, des picots chair de poule apparaissent, les minipoils se dressent au garde-à-vous. Une fois en position de départ, d’un coup la voilà pâle, les cernes creusés, elle est exsangue . Eddy ne dit rien. Il voudrait tout arrêter mais sur le Just Do It, le scénario s’est emballé. Il vient à son tour se mettre en place à côté d’elle, ils font la même taille, trente centimètres les séparent. Ils prennent leur respiration, décomptent les secondes, trois, deux, un… go !, se précipitent alors dans le ciel, dans la mer, dans toutes les profondeurs possible, et quand ils sont dans l’air, hurlent ensemble, un même cri, accueillis soudain plus vivants et plus vastes dans un plus vaste monde.


  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Bonsoir,

    Le coucher de soleil est plus propice à une déclaration amoureuse. En revanche l'environnement bétonné est peu romantique.

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