Prépa littéraire Licence lettres modernes
Capes lettres modernes

Bonjour :)

j'ai hésité entre poster dans cette rubrique et dans "café philo", j'espère que c'est bon...

Comme le titre l'indique je souhaite me présenter à l'agrégation de philo. Que je n'ai jamais tentée. Y a t il ici des gens qui l'ont déjà préparée et/ou réussie? Pour me donner quelques conseils ? Niveau organisation particulièrement.

Titulaire d'un Master recherche en philo, j'ai déjà une expérience des concours (bonnes notes en philo au concours de l'ENS), et j'ai tenté une fois le capes où j'ai eu 9 de moyenne sans avoir rien préparé. Mais je ne le repasserai pas car travailler sur un programme ciblé correspond beaucoup plus à mon état d'esprit. Donc l'agreg!

Et j'avais par rapport à cette agrégation une question un peu technique et mathématique mais je crois que n'importe qui connaissant bien l'univers des concours pourra me répondre:

J'ai lu qu'en commission d'harmonisation certaines notes pouvaient pas mal varier... est ce à dire qu'un 10 plus ou moins objectif à l'issue de la double correction, peut monter à 12, mais aussi descendre à 8, en fonction du niveau global des prestations?

Du coup j'ai un peu une inquiétude par rapport à ça et je me demandais si des variations lors de l'harmonisation , surtout dans le mauvais sens pouvaient être fréquentes. En fait ma note dépendra plus du rapport de force avec les autres candidats que de la copie elle même?

Je sais bien que dans un concours les copies sont comparées les unes aux autres, mais bon quand même, il faut un repère fiable de notation non?

CE que je comprends pas c'est comment en commission harmonisation le jury procède pour choisir les prestations dont ils vont monter la note et celles dont ils vont la baisser?

Voilà,

au plaisir de vous lire

Aristote

Réponses

  • Bonjour,

    Je ne suis pas sûr de pouvoir répondre vraiment avec précision, mais j'ai une certaine habitude des concours (j'ai été admis à l'ENS Ulm après avoir passé deux fois le concours, et je suis agrégé de LC).

    Chaque paquet de copie est confié à un binôme qui est chargé de le corriger en double correction : concrètement chaque copie est corrigée deux fois et une note est attribuée par le binôme. Sauf que : avant de distribuer les copies à corriger, chaque jury (entendre, les membres du jury qui vont corriger une épreuve déterminée) se réunit et on corrige un certain nombre de copies ensemble pour établir des critères, une moyenne souhaitable et l'échelonnement qu'il faudrait avoir. Chaque binôme a donc une grille mentale préconçue sur la façon dont il doit corriger son paquet : avoir à peu près telle moyenne (par exemple entre 8 et 9), avec tel nombre de copies bien classées etc. (cela a un sens parce que les paquets sont gros, je dirais environ 100-200 copies, donc la loi de distribution statistique devrait rendre tous les paquets semblables sur une Gaussienne, mais je ne suis pas statisticien, loin de là).

    Qui passe donc en commission d'harmonisation? Les cas problématiques : si un binôme corrige une copie et l'un veut mettre 7 et l'autre 9, simple, on mettra probablement 8, mais si l'un veut attribuer la note de 5 et l'autre de 12, on ne mettra pas 8,5 : la commission d'harmonisation interviendra avec une troisième correction. Autre cas : les binômes trop hors norme. Si un binôme n'a pas respecté les critères établis en commission, il faut réajuster les notes (souvent vers le haut) pour que les candidats ayant été corrigés par ce binôme ne soient pas désavantagés.

    Pour répondre concrètement à la question : pas de panique concernant la correction, ce n'est pas quelque chose qui peut défavoriser un candidat, au contraire : tout est fait pour que la chose se passe de la manière la plus équitable possible.

    En espérant ne pas avoir dit d'âneries (corrigez-moi si vous en savez plus, j'ai reporté ce que je sais à peu près)...

    Courage pour la préparation!

  • Aristote77Aristote77 Membre
    8 févr. modifié


    Merci pour ces précisions. Je suppose que dans toutes les matières littéraires les modalités sont proches

    Donc meme en dehors des matières scientifiques il y a bel et bien un barème, au moins informel. Tu parles de grille mentale...

    Dans le cas d'une troisième correction, il n'y a pas de règle sur l'issue je suppose? C'est pas forcement la note la plus élevée proposée qui l'emporte?

    En lisant le rapport d’agrégation de 2019 je remarque que sur la première épreuve la meilleure copie n'a "que" 16. Je trouve ça curieux. En théorie le jury met 20 à la meilleure copie. Alors pourquoi restreindre ainsi l'étalonnage? Est ce que ce n'est pas la preuve que le jury tient compte d'une valeur en soi de la copie, en plus de l a comparaison?

    Le jury a tout intérêt à faire croire, par exemple dans ses rapports , que l'équité est la plus grande possible. Mais personnellement, dès mon début en prépa j'ai entendu la rumeur continuelle comme quoi à un concours, la part d'aléatoire est difficilement réductible.

    Bon, tout ceci dit ça change pas grand chose au fond, faut faire en sorte d’être le meilleur à chaque épreuve, ainsi on sera le moins possible l'objet de débats internes.

  • Oui en effet, le jury a une grille mentale qu'il utilise pour corriger ou, si tu veux, un barème très général qui lui permet d'orienter l'échelonnement.

    Concernant la meilleure note, il y a une grosse différence entre le concours de l'ENS (tel qu'il est après les modifications de 2009) et l'agrégation : dans la BEL on note les meilleures copies à 20 et le reste suit, à l'agrégation on note les meilleures copies à leur valeur (estimée par le jury) et le reste suit. C'est la raison pour laquelle à l'ENS l'admissibilité est désormais à 15 (ou peu s'en faut) alors qu'à l'agrégation elle tourne autour de 6 (en LC) ou de 8 en philo, du moins je crois : 11 à l'agrégation est une BONNE note!

    La comparaison entre copies est cruciale, mais on ne notera pas une copie, quoique la meilleure, à 20 si le jury estime que sa valeur est de 16 : le reste du paquet s'adaptera, ce qui fait que les notes très basses augmentent.


    Il est vrai que la part d'aléatoire à un concours est difficilement réduite à néant, mais la double correction (donc deux corrections indépendantes, disons-le haut et fort) et en cas litigieux la triple (qui ne privilégie aucune des deux notes, puisqu'elle est faite sans que le troisième correcteur sache quelles notes ont été attribuées afin qu'il ne soit pas influencé) garantissent une forme d'équité qui protège les candidats.

  • Aristote77Aristote77 Membre
    9 févr. modifié

    il y a une grosse différence entre le concours de l'ENS (tel qu'il est après les modifications de 2009) et l'agrégation

    C'est la raison pour laquelle à l'ENS l'admissibilité est désormais à 15

    C'est peut être pour ça qu'une personne m'avait dit qu'un 13 en philo à l'ENS ce n'était pas vraiment formidable. Quand j'ai tenté ce concours en 2006, c'est ce que j'ai obtenu, et dans ma khâgne on tournait souvent pour les disserts à 7-8 de moyenne. Seules quelques fortes pointures arrivaient à aligner des 10-12, rarement au delà. Je crois que la barre d’admissibilité était autour de 9

    mais on ne notera pas une copie, quoique la meilleure, à 20 si le jury estime que sa valeur est de 16 : le reste du paquet s'adaptera, ce qui fait que les notes très basses augmentent.

    Si le meilleur est à 16 les copies faibles ne pourront pas augmenter beaucoup car ce faisant la plage de classement se réduit... et ça prive le jury d'un vivier d’admissibles assez large, non?

    D'ailleurs nous ne parlons là que pour l'écrit, si on intègre l'oral, le facteur humain en plus est tel que l'aléatoire grandit encore, heureusement tempéré la plupart du temps par la possibilité de choix de sujets.

  • ArtzArtz Membre

    C'est peut être pour ça qu'une personne m'avait dit qu'un 13 en philo à l'ENS ce n'était pas vraiment formidable. Quand j'ai tenté ce concours en 2006, c'est ce que j'ai obtenu, et dans ma khâgne on tournait souvent pour les disserts à 7-8 de moyenne. Seules quelques fortes pointures arrivaient à aligner des 10-12, rarement au delà. Je crois que la barre d’admissibilité était autour de 9

    Il y a eu pendant plusieurs années, et peut-être encore maintenant (?), un décalage entre les notes en prépa et au concours, si bien qu'au cours de l'année, la moyenne de la classe devait tourner autour de 8-9 et les meilleures moyennes étaient autour de 11-12, je pense, alors que la barre d'admissibilité était effectivement autour de 14 avec le concours. Bref, la cohabitation du vieux monde et du nouveau.

    A l'époque, on spéculait beaucoup sur les conséquences de ces changements, et notamment sur le fait que ça privilégiait les profils plus généraux, puisqu'une excellente note dans une seule discipline avait relativement moins d'importance (si vous obtenez 20 avec une admissibilité à 14, cela vous aide moins à faire la différence qu'un 17 avec une admissibilité à 9, en gros). Bref.

  • Je préparais pour l'ENS de Lyon. Mais il me semble pas que la barre était aussi élevée, bref, peut être que je me trompe!

  • ArtzArtz Membre

    Ah, non, comme ça a été dit, ça a été une réforme introduite en 2009 qui a amené à un changement des barèmes. Donc en 2006, ça devait être différent, effectivement.

  • ArthurArthur Membre

    Je crois que c'est surtout à partir de 2010 que les notes de l'ENS ont nettement remonté (mais je dis peut-être ça parce que je suis de la promotion 2009 😁).

  • Theriakos96Theriakos96 Membre
    11 févr. modifié

    Oui la décision a été prise en 2009 avec les premiers effets sur 2010 je crois! Ici un tableau avec la note du premier admis/dernier admis, la barre d'admissibilité en gras (du coup la moyenne du dernier admissible) et la barre de sous-admissibilité en italique. Il y a clairement eu une volonté nette de changement entre 2009 et 2010. [Pour info je suis rentré en 2018].

    Et l'écart entre moyenne en prépa et moyenne au concours existait encore en 2018 : au concours blanc en khâgne j'avais été classé 8 ou 9 et je viens de regarder ma moyenne, c'était 12,78, alors qu'aux écrits j'ai eu plus que 16,5 de moyenne, en étant loin d'être parmi les meilleurs...

    2008 15,47/11,44 10,83 9

    2009 15,98/11,66 11,17 9,25

    2010 17,02/12,83 13,33 11

    2011 18,61/13,81 14,25 11,75

    2012 17,67/13,94 14,50 12

    2013 17,56/14,36 14,42 12

    2014 17,52/14,30 14,75 12

    2015 17,46/13,87 14,75 12

    2016 17,21/13,97 14,58 12

    2017 17,67/14,21 14,58 12

    2018 17,51/14,16 14,92 12,75

    2019 18,17/14,12 14,50 12,25

  • ArthurArthur Membre
    11 févr. modifié

    Merci pour ces chiffres, ça confirme mes souvenirs : avec un bon classement en 2009 j'aurais été admissible ou recalé de justesse quelques années plus tard ! Étonnant.

    Avec mes étudiants de licence, j'ai désormais pour coutume de mettre 20 à la meilleure copie (lorsqu'elle est de qualité suffisante, tout de même) et de noter les autres en proportion de la meilleure (ce qui permet de ne pas ajouter arbitrairement des points). Cela me semble un bon compromis pour gagner un format d'épreuve exigeant sans plomber les moyennes par rapport à d'autres disciplines (et d'autres collègues) où l'évaluation est réputée plus facile.

    La notation à l'agrégation (du moins dans la section où je l'ai passée, en 2013) semble encore fidèle aux habitudes anciennes.

  • Theriakos96Theriakos96 Membre
    11 févr. modifié

    J'ai la coutume de noter aussi de cette manière, mais (hormis les devoirs avec points) je m'arrête à 19 ou 18 pour la meilleure copie, à moins que celle-ci ne soit vraiment remarquable ; cela est d'autant plus vrai en version, où il est rare d'avoir une copie à moins de 15-20 points-faute.

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