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MelampusMelampus Membre
26 janv. modifié dans La filière littéraire

Bonjour à toutes et tous,


Je fais actuellement face à un dilemme. J'ai fait des études de physique, au cours desquelles je me suis longtemps demandé à quel point j'aimais la physique. Je n'ai tout d'abord pas souhaité faire de thèse, j'ai refait un deuxième M2 supplémentaire ne trouvant pas de travail, M2 achevé récemment. On me propose aujourd'hui une thèse pas inintéressante (mais je doute), un poste d'ingé plus léger mais un peu moins intéressant.

Pourquoi cela ici ? Parce que depuis le lycée j'hésite fortement entre physique et littérature/philo. Par défaut je suis parti dans les sciences dures (on me disait qu'il y avait des débouchés) en me disant que je ferais des choses à côté.

Pas évident d'être vraiment actif dans ces à-côtés lettrés tout en faisant un doctorat de physique.

Alors je songeais aux passerelles de physique à littérature/philo. Je crois avoir lu quelque part qu'avec un M2 on peut faire un doctorat dans une autre discipline, en pratique comment cela se passe-t-il ? Présenter un travail personnel peut-il aider et à quel point ? Si je connais plutôt bien les modalités d'inscription en thèse en sciences dures, je les connais très mal en lettres.

Y'a-t-il une limite d'âge pour obtenir un poste d'(enseignant-)chercheur en université, est-ce très défavorable de postuler plus tard que la normale comme c'est le cas pour les cursus en physique (si vous n'avez pas fait telle école avec des bonnes notes puis tout de suite après un doctorat vous ne méritez pas de vivre) ?

Je précise que la réponse m'intéresse aussi bien à court/moyen terme que pour mes jours de retraite futurs.

Réponses

  • LaoshiLaoshi Membre
    26 janv. modifié

    ...si vous n'avez pas fait telle école avec des bonnes notes puis tout de suite après un doctorat vous ne méritez pas de vivre ?

    C'est cela oui !!!😂

    Plus sérieusement, courage ! On connaît des réorientations, et de Sciences à Lettres, c'est un peu plus facile. Et je ne connais pas de limites d'âge pour enseigner sinon l'âge légal de la retraite.

    Sur le forum, certains sont des encyclopédies et vont pouvoir te renseigner.

  • loglog Membre

    Bonjour,

    Il me semble difficile d'obtenir de fait une équivalence entre un M2 de physique et un M2 de lettres, sans avoir fait et justifié, en gros, l'équivalent des 5 ans d'études que demande le M2 de lettres.

    Il est vrai qu'il y a des équivalences. Dans mon cas, mon doctorat de maths me permettait en théorie, selon le secrétariat du département de lettres classiques à ma fac, d'entrer en L3 directement, me donnant en gros une équivalence avec le DEUG. Je crois, mais je ne suis pas sûr, que c'est le niveau de M2 qui permet cette passerelle. J'ai choisi d'entrer en L2 plutôt, parce que, de toute manière, on m'aurait obligé à suivre un paquet de cours de rattrapage.

    Personnellement, je trouve qu'il est intéressant, et même agréable, d'être actif à la fois dans des sciences dites dures et dans des sciences humaines. Mais il faut reconnaître qu'il n'y a pas beaucoup de raccourcis. Je pense que c'est aussi vrai au sein des sciences dures : je sais qu'il ne me serait pas possible de rentrer en M1 de physique directement, par exemple.

  • MelampusMelampus Membre
    26 janv. modifié

    Merci des réponses et encouragements.

    Plus sérieusement, courage ! On connaît des réorientations, et de Sciences à Lettres, c'est un peu plus facile. Et je ne connais pas de limites d'âge pour enseigner sinon l'âge légal de la retraite.

    Sur le forum, certains sont des encyclopédies et vont pouvoir te renseigner.

    En quoi est-ce plus facile ? Pas d'âge légal et pas de chances drastiquement diminuées donc, selon vous, j'avoue que cela m'étonne - en physique vous pouvez bien faire une thèse à 80 ans (si vous n'avez pas fait le M2 à 25 ans mais plutôt à 79) mais pour un poste de permanent c'est cuit (à des pouillèmes "quantiques" près bien sûr:) ).

    Il est vrai qu'il y a des équivalences. Dans mon cas, mon doctorat de maths me permettait en théorie, selon le secrétariat du département de lettres classiques à ma fac, d'entrer en L3 directement, me donnant en gros une équivalence avec le DEUG.

    C'est très possible, j'avais un jour essayé avec mon bac+5 de postuler en L3 de lettres, j'avais été pris mais à Saint-Denis uniquement (je suis en IDF), avec des UEs de L2 à rattraper.

    En M1 de physique oui ça serait délicat. Mais impossible ? Je n'en sais rien, mais je pense aussi qu'il y a des choses qui se négocient.

  • loglog Membre

    Melampus,

    Notez que quelques universités proposent des cursus à distance, et donc vous pouvez tenter d'y entrer en L2 ou L3 + rattrapage, et ensuite faire un master, tout en poursuivant votre thèse en physique, si c'est ce qui vous tente. En licence, les examens sont toujours en présentiel (sauf en ce moment bien sûr), mais en master, dans de nombreux cas ils sont sous forme de dossiers à rendre, ce qui n'exige pas de devoir se déplacer - c'est bien pratique.

    Au passage, il y a quelques ponts entre la physique et la littérature - dans Physica A on voit de temps en temps des papiers sur des modèles liés à la linguistique (lois de Zipf etc), sur les applications des modèles de réseaux à la structure des interactions entre personnages dans diverses œuvres - bon, pas de quoi faire carrière, mais c'est ludique.

  • Lucid_LynxLucid_Lynx Membre
    27 janv. modifié

    Bonjour,

    Je vais y aller de mon petit témoignage, en prenant garde à ne pas généraliser. Je pense que chaque "dossier" est différent et que chaque université à sa façon de gérer les demandes particulières et a sa propre vision de ce que serait la transversalité...

    Si j'ai grandi et vécu un peu partout (profil "international" comme on dit maintenant), j'ai effectué mon lycée et mes études supérieures en France.

    Après un Bac S, j'ai suivi des études de biologie : d'abord un DEUG (2 ans) suivi d'une Licence (3 ans), en biologie générale, puis une Maîtrise (4 ans) en biologie des écosystèmes. C'était avant la réforme LMD, donc. À mi-cursus, j'avais déjà en tête de changer d'orientation, lassé par un paradigme, une lecture du monde, qui ne me satisfaisaient pas (ou plus...). Toutefois, je ne voulais pas clore mon cursus scientifique sans un diplôme conséquent, j'ai donc insisté jusqu'à la Maîtrise. Ce ne fut pas une épreuve, la biologie (du moins certains de ses domaines) reste une passion forte, encore à ce jour. Au terme de ce parcours, j'ai cherché du travail et voyagé. J'ai pu me rendre compte de l'inutilité absolue de ma Maîtrise en biologie sur le marché du travail... Entre voyages et petits jobs, j'ai mûri un nouveau projet, qui correspondait à mes intérêts : la littérature.

    En revenant en France et tout en continuant à travailler, je me suis inscrit en Licence de Lettres modernes dans une grande ville du sud-ouest (choix purement arbitraire, quasiment un hasard). Je n'ai pu obtenir aucune équivalence, à l'exception de l'anglais, UE obligatoire en lettres modernes, que j'avais déjà validée en fac de sciences.

    J'ai donc repris des études à zéro et accompli tout le cursus, d'abord Licence de Lettres modernes, puis un Master (recherche) en Littérature contemporaine, dans la même université. Bien que sortant d'une scolarité et d'un cursus scientifique, je n'ai pas ressenti de difficulté à ces études de lettres, à l'exception peut-être du latin et de la linguistique, à l'instar de la plupart des étudiants de la promotion. 🤣

    En toute honnêteté, j'étais dans la tête du classement dès le second semestre, ce que je lis - chacun sa lecture - comme une justification de la pertinence de mon choix ou comme une révélation du faible niveau des étudiants en premier cycle. Au regard du taux d'échec à chaque partiel, la réponse était, selon moi, claire. La chute des effectifs chaque année était assez impressionnante également.

    L'effort fourni en Lettres était bien moindre que celui j'avais dû fournir en fac de sciences. La quotité hebdomadaire sans commune mesure également : en sciences, environ 30 à 35 heures par semaine (CM, TD, TP, langues, informatique,...) ; en lettres, environ 14 heures par semaine...

    Je regrette de n'avoir pas accompli la L1 et la L2 en même temps, en une année. Avec le recul, cela aurait été largement possible. Autrement dit, j'ai jugé la licence de lettres modernes intéressante certes, mais un peu longue et fort diluée...

    Le Master a représenté un défi plus excitant et une charge de travail plus importante, m'offrant également une liberté de choix bienvenue (choix des séminaires, travaux plus libres et moins académiques). Après ma soutenance, mon directeur m'a proposé un contrat doctoral, que j'ai refusé. Cela est une autre histoire.

    Plusieurs années plus tard, après une parenthèse sans lien aucun avec mes études, je suis devenu enseignant en obtenant un concours de l'éducation et j'exerce aujourd'hui à l'étranger. Toujours pressé (trop probablement) de multiplier les vies, j'œuvre à une reconversion professionnelle, qui ne sera pas la première mais que j'espère bien la dernière !

    Si bien sûr je ferais aujourd'hui d'autres choix d'études si l'opportunité m'en était donnée, mon double parcours m'a ouvert des possibilités et des perspectives fructueuses. Mes intérêts littéraires m'ont naturellement porté vers les relations de l'homme à son environnement, l'écriture de la nature, le rapport aux espaces sauvages, la persistance des substances naturelles dans l'imaginaire collectif (Gaston Bachelard), etc.

    Nous avons longtemps démembré la connaissance et la pratique en catégories et étiquettes, s'excluant les unes les autres. Je crois que nous commençons à revenir de cette spécialisation à outrance des savoirs, des perspectives s'ouvrent et nous cessons d'opposer systématiquement les sciences aux "humanités". À mes yeux, un physicien qui entre en littérature, c'est une chance inespérée d'ouvrir les possibilités, un nouveau terrain de jeu !

    À terme, un tel profil sera valorisé, tout particulièrement dans d'autres pays que la France.

  • Je me reconnais dans votre message, comme je pense que vous vous êtes reconnu dans le mien (hélas comme un c** je n'ai pas fait de grands voyages, à 26 piges il serait temps - par ailleurs je ne suis pas (pas encore?) en thèse).

    Effectivement les débouchés en bio ont de quoi faire pâlir, la situation me semble même grave dans des sujets qui font rêver comme la biotech.

    A quel niveau enseignez-vous (université?) ?:) Je serais curieux de connaître votre pays de résidence, et aussi au passage si vous savez si on accède plus facilement à ces postes d'enseignant/enseignant-chercheur qu'en France.

  • J'enseigne dans le secondaire (lycée français à l'étranger) et un ou deux cours à l'université (cela dépend des semestres) pour garder la forme ! Je ne suis pas un enseignant-chercheur, loin de là, mais un simple vacataire (en 1er cycle, une fois en 2nd cycle) en charge de quelques cours, dans le cadre de mes domaines de spécialité. J'ai œuvré une fois au sein d'une université française. Pour le reste, il s'agissait d'universités étrangères.

    Je préfère ne pas spécifier mon pays de résidence car je tiens à l'anonymat. Toutefois, le pays où je réside actuellement n'est pas un pays de cocagne pour un enseignant français qui souhaiterait travailler à l'université. Vous y seriez certes reconnu, mais avec une rémunération limitée (sans être dérisoire) et une effarante proportion de complications administratives, de petites corruptions, etc. J'ai clairement connu mieux outre-atlantique... Je continue d'enseigner à l'université pour m'entretenir autant que par goût pour le public : les étudiants y sont sympathiques, motivés et curieux, malgré les rudes conditions que certains affrontent au quotidien. L'idée de sacrifice prend ici tout son sens. Bien sûr, il est facile pour moi de n'en retenir que les aspects positifs puisque ce n'est pas mon cœur de métier et que ma solde n'en dépend pas entièrement... L'optimisme est toujours facile pour celui qui a plusieurs cordes à son arc !

    Au sujet des postes universitaires, certains membres de ce forum sauront vous renseigner mieux que moi. Je connais plutôt les perspectives offertes par les systèmes universitaires de quelques pays américains. Dans l'ensemble, oui, je pense qu'en littérature les possibilités sont bien meilleures à l'étranger si votre objectif reste d'obtenir un poste à l'université. Tout dépend du pays ciblé.

    Si j'ai refusé le contrat doctoral qui m'était proposé, c'est pour plusieurs raisons que je ne détaillerai pas ici. Parmi celles-ci, la répulsion que j'avais éprouvée face au milieu de la recherche universitaire française en littérature et face à une certaine forme de dogmatisme qui y règne. J'avais à mon actif quelques publications et un projet de thèse cohérent. Néanmoins, je n'étais pas prêt aux compromissions, aux petits calculs et aux trafics d'influence que cela impliquait. Cela dit, au-delà de mon inaptitude chronique au compromis, enseigner l'objet de ses passions à l'université demeure un rêve évidemment séduisant ! Mes quelques expériences de l'enseignement dans le supérieur me l'ont confirmé. Encore une fois, certains estimeront mon avis un peu trop tranché, chacun voit midi à sa porte ! Il ne s'agit aucunement de généraliser une expérience individuelle.

  • MelampusMelampus Membre
    27 janv. modifié

    Merci pour votre écrit détaillé.

    La situation n'est donc pas toujours rose "outre-atlantique".

    Un peu dommage néanmoins pour le pays, du coup vous m'aidez moins (je ne serais pas venu je vous rassure).

  • Lucid_LynxLucid_Lynx Membre
    28 janv. modifié

    Pour ma part, j'ai plutôt tendance à admirer le système éducatif américain (j'ai bien dit américain, et non exclusivement états-unien, puisqu'on retrouve des constantes dans la plupart des pays du continent américain), car il correspond à mes principes. Il a toutefois ses faiblesses, bien sûr. Les États-Unis demeurent un cas à part... comme pour beaucoup de sujets ! 😅

    Je suis actuellement dans un pays du Maghreb, mais j'œuvre à retourner en Amérique (Canada ou Colombie).

  • mattlevmattlev Membre

    En vrai...


    Si tu envisages sans souci d'enseigner dans le secondaire, lance toi dans l'aventure de la thèse. Si c'est hors de question, laisse tomber. Fais de la philo et de la littérature à côté.


    Il est fort peu probable que tu arrives à trouver un poste de MCF. La situation est extrêmement tendue. Je ne connais pas ton niveau et je ne te connais pas, mais c'est ce qu'il risque d'arriver.


    Désolé d'être pessimiste comme ça mais je crois être assez juste.

  • Je partage le pessimisme de mattlev : espérer un poste dans le supérieur en France est un doux rêve, en particulier MCF.

    Les concours publics (CAPES, Agrégation) continuent d'offrir de belles opportunités, à condition de consentir quelques efforts et de se fixer des principes précis. Le métier d'enseignant peut être un enfer comme un paradis, il faut rester maître de nos conditions d'exercice et faire ce qu'il faut en ce sens. C'est ma philosophie.

    Faire "de la philo et de la littérature à côté", c'est un conseil un peu radical, mais qui fait sens.

    Il est possible de publier des articles sans pour autant être affilié à un labo ou une UMR., en dilettante en quelque sorte. Ces articles ne pourront toutefois pas être réellement pris en compte dans la perspective d'une future carrière dans le supérieur.

    Renoncer aux études (littéraires), c'est aussi se priver d'une ouverture, d'une approche technique et d'une exigence, dont il est difficile de jouir dans une approche autodidacte. Aurais-je saisi l'importance historique de La Princesse de Clèves ou le sens du Nouveau Roman dans une découverte uniquement personnelle ?

    La culture littéraire et le parcours d'un lecteur gagnent parfois à ce qu'on leur force un peu la main...

    Il faut bien réfléchir à ce que représente pour vous la littérature et vers quoi vous portent vos intérêts : êtes-vous intéressé à devenir un analyste ou un enseignant de la littérature ? Ou êtes-vous attiré par la création littéraire elle-même ? Il y a bien une ligne rouge entre ces deux paradigmes. L'idéal étant de pratiquer les deux.

    De mon côté, j'ai ressenti une lassitude à cette approche critique et analytique de la littérature et je n'écris plus d'articles de fond, à l'exception de quelques chroniques littéraires ou de vulgarisation dans une revue locale. Je pratique l'écriture créative, j'ai franchi la ligne rouge. Mon rapport à la littérature, ma vie en général, en furent radicalement changés. L'émotion ressentie à la publication d'un texte authentiquement personnel est sans commune avec les lauriers académiques.

  • "Alors je songeais aux passerelles de physique à littérature/philo. Je crois avoir lu quelque part qu'avec un M2 on peut faire un doctorat dans une autre discipline, en pratique comment cela se passe-t-il ? Présenter un travail personnel peut-il aider et à quel point ? Si je connais plutôt bien les modalités d'inscription en thèse en sciences dures, je les connais très mal en lettres.

    Y'a-t-il une limite d'âge pour obtenir un poste d'(enseignant-)chercheur en université, est-ce très défavorable de postuler plus tard que la normale comme c'est le cas pour les cursus en physique (si vous n'avez pas fait telle école avec des bonnes notes puis tout de suite après un doctorat vous ne méritez pas de vivre) ?"

    Tu parles de poste d’enseignant chercheur en philo et lettres? La sélection se fait bien sûr sur agrégation + doctorat. En théorie l'agrégation n'est pas obligatoire pour faire un doctorat en lettres ou sciences humaines, mais en fait , la sélection se fait sur ce critère.

    En outre, faut distinguer philo et lettres. Venant de physique c'est sans doute plus facile que vers lettres, vu que tu peux te spécialiser en épistémologie et philosophie des sciences.

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