Fiches méthode Bac de français 2021

Il n’y a rien de mieux qu’un roman, pour faire comprendre que la réalité est mal faite, qu’elle n’est pas suffisante pour satisfaire les désirs, les appétits, les rêves humains.

je veux défendre la thèse de l'auteur , mais je n'arrive pas à trouver des idées de plan détaillé pour la rédaction de mon essai argumentatif , en prenant compte des œuvres du programme qui sont : l'ensorcelée Barbey d'Aurevilly , la religieuse de Diderot et nouvelle histoire de mouchette de Bernanos 

Merci d'avance pour votre aide , je me sens perdu , je veux juste un éclaircissement par rapport au plan 


Réponses

  • Si on considère la réalité comme décevante, le roman peut combler certaines attentes. Besoin d'évasion ? Besoin d'absolu ?

    "L'existence du roman prouve qu'il nous manque quelque chose sur la terre puisque le roman existe pour combler ce manque".

    Jacques Laurent

    • I. Le roman est compensation
    • II. Le roman est exorcisme
    • III. Le roman est re-création et parfois sublimation
  • Je ne connais bien que La Religieuse de Diderot.

    Quelques idées autour de la satire des couvents (problème de société du temps) :

    * voracité des couvents et des familles : on sauve des patrimoines par une vocation mensongère : « Pour quelques religieuses bien appelées, que de mal appelées ! »

    * nombreuse jeunes filles, enfants naturelles ou non, victimes de l’institution, sont carrément enfermées dans des cloîtres dont on imagine les rigueurs. Abus social que dénonce Diderot.

    * deux types de couvents : les mondains (papotages, jeux et rires, musique et broderie, friandises et liqueurs, caresses furtives, confort) et les austères.

    * physiologie : évanouissements, syncopes, états seconds dus à la vie contre nature des religieuses. États morbides proches de la folie, névroses (la supérieure illuminée, la sadique mère Sainte-Christine et la maniaque sexuelle). Hystérie, notion courante au 18e siècle.

    http://www.ecrivaines17et18.com/pages/18e-siecle/heroines-litteraires/autres/genese-de-la-religieuse-diderot.html

  • Au vu des titres étudiés, on doute que la réalité proposée dans ces romans soit plus agréable que la nôtre ;-)

    J'aime bien le plan proposé par floreal. À la limite, je proposerai à la place de l'axe I : "Le roman comme tentative de compréhension".

    I. Le roman ne serait pas une fin en soi, mais une action, une pratique - parmi d'autres - pour comprendre un fait humain, soit que l'auteur éprouve lui-même de sa propre expérience, soit qu'il veuille seulement l'explorer et le comprendre. L'expérience de la conception du roman serait une expérience du réel et en proposerait une lecture (tout comme la poésie peut être un accès à la connaissance du réel). Écrire serait donc une quête du sens, un sens que l'on suppose pré-existant à l'acte d'écrire. On peut opposer à cette conception l'idée d'un sens entièrement artificiel imposé, inoculé dans l'œuvre par son créateur.

    Dans les exemples mobilisés, les personnages marginaux qui sont dévoilés au lecteur offrent une perspective nouvelle, instructive, sur les "monstres" dont la société peut accoucher. Au-delà de leur complexité morale, ils sont surtout des preuves que la société (et surtout la culture) est inopérante à satisfaire l'Homme.

    II. Le roman est un exorcisme, donc une catharsis, qui tire son efficacité de la perfection de sa mise en scène. On s'approche du rituel (qui est par ailleurs aux origines du théâtre, voire de la poésie) et comme rituel le roman a aussi ses codes et ses permanences. Au-delà de cette esthétique, l'idée d'un exorcisme suppose aussi une approche presque psychanalytique du roman : celui-ci serait un moyen d'évacuer, en l'exprimant, une charge insupportable. Pour qui ? L'auteur ? La société ? Si on se limite à l'auteur, alors on entretient l'approche unilatérale et individuelle de l'œuvre, qui est très discutable. Dès lors, le roman - comme d'autres manifestations de l'art - pourrait-il être l'émanation d'une préoccupation collective, plus ou moins consciente ? L'œuvre de Bernanos (dans son ensemble) et L'Ensorcelée de Barbey D'Aurevilly ouvrent des pistes en ce sens.

    S'agissant de L'Ensorcelée, l'idée d'exorcisme est bien à propos, tant l'ombre de la sorcellerie et de la pensée magique plane sur le récit. Il s'agira de définir, au moins esquisser, les rôles de Jeanne et de l'abbé de la Croix-Jugan dans cette "mise en scène", sans négliger l'arrière-plan historique du récit. C'est surtout l'ancien monde qui empoisonne le nouveau, ce dernier croyant oublier les vieux symboles, l'imaginaire collectif et séculaire, simplement en fermant les yeux... Une dialectique récurrente dans l'œuvre de Barbey d'Aurevilly.

    III. Le roman comme sublimation des étapes précédentes, soit : comment le roman peut-il à son tour et en retour agir sur le réel ? Comment le roman peut-il agir sur ces "désirs, appétits et rêves humains" ? En les apaisant ? En les entretenant ? En les sublimant littéralement, c'est-à-dire en les dépossédant de leur nocivité pour les transformer en élan constructif, en tentative esthétique, en "Beau" ?

    Le roman peut-il "re-créer" le réel ? Le "ré-enchanter" comme disent certains ? Si le réel reste une notion bien vague sur laquelle s'acharne des générations de philosophes (oui : les philosophes se reproduisent, croyez-le ou non), la perception du réel est déjà quelque chose de plus précis. Le roman ne se substitue pas au réel (sauf dérives fantasmatiques et autres bovarysme, ce qui n'est pas hors sujet non plus, ici), mais en propose une autre lecture. C'est en agissant sur nous, sur notre perception, que le roman littéralement s'actualise. Nous devenons son instrument : en agissant sur nos perceptions, il agit sur le réel lorsque nous passons à l'acte. Diderot a cet égard fut d'une efficacité redoutable, grâce à La Religieuse comme à d'autres de ses œuvres.

    En espérant que vous me pardonnerez mes délires. J'ai souvent une approche assez influencée par la génétique textuelle et les débats sur la fonction de l'œuvre, l'acte créateur, l'autonomie du livre, etc.

    🙂

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    17 janv. modifié

    Bonjour,

    Les interventions précédentes ont ouvert des pistes très intéressantes.

    J'insisterais sur le "il n'y a rien de mieux". Pourquoi le récit est-il efficace dans ces dénonciations des malfaçons de la réalité ? Pour l'essentiel il ne se sert pas d'idées mais se contente de montrer en dramatisant. Nous sommes dans l'argumentation indirecte qui cherche à persuader.

    Si l'on prend la Nouvelle Histoire de Mouchette de Bernanos, nous entrons de plain pied dans le monde du mal, la réalité décrite est celle des structures de péché : pauvreté, alcoolisme, enfants exploités… L'auteur veut plus que nous émouvoir, il veut nous choquer. L'histoire de Mouchette est non seulement injuste, elle est insupportable, révoltante. Le récit entend faire changer le lecteur. Tout l'art du romancier est de créer un monde inoubliable et répugnant, un univers nocturne et boueux…


  • On peut se poser la question : au fond, de quoi rêve Mouchette ?

  • AkamAkam Membre
    17 janv. modifié

    je vous remercie toutes et tous pour vos réponses qui me sont d'une aide incommensurable.

  • Mario Vargas Llosa : « Il n’y a rien de mieux qu’un roman, pour comprendre que la réalité est mal faite, qu’elle n’est pas suffisante pour satisfaire les désirs, les appétits, les rêves humains ». 

    Bonsoir,

    Je dois faire un plan détaillé pour la rédaction de mon essai argumentatif mais je n'arrive pas à trouver des idées, je dois prendre compte des œuvres du programme : La Religieuse de Diderot, Nouvelle histoire de mouchette de Bernanos, l'ensorcelée Barbey d'Aurevilly.

    PS : je veux défendre la thèse de l'auteur

    Merci d'avance

  • AkamAkam Membre

    on est dans le même cas apparemment , êtes vous étudiant(e) à jean jaurès

  • Oui :), vous aussi ?

  • AkamAkam Membre

    oui je le suis , j'y suis toujours et je n'arrive pas encore à terminer le travail

  • moi encore moins, je ne comprends rien du tout surtout ma prof ne faisait pas tout le temps de zoom pour nous expliquer en détail :(

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Bonjour,

    Une proposition pour simplifier votre travail.

    Utilisez un plan analytique :

    1 - une photo de l'existant : montrez comment les trois œuvres décrivent une réalité mal faite laissant les personnages insatisfaits

    2 - pourquoi le choix d'un récit plutôt que d'un essai ? argumentation indirecte, la persuasion, l'implication du lecteur

    3 - Appréciation sur la réussite du projet : les univers créés vous ont-ils touchés ? comment ? par quels procédés artistiques ?

  • Le plan avancé par Jean-Luc fait sens. Pour la partie 3, il conviendrait de réfléchir au sens que l'on donne à "touchés". Il y a matière à réflexion(s) dans ce simple terme.

    C'est quoi "Jean-Jaurès" ? Une université, un lycée ?

  • AkamAkam Membre

    Bonjour

    c'est une université

  • D'accord merci. Je viens de faire une recherche et j'ai compris : c'est l'université du Mirail à Toulouse, qui est tout de même assez connue ! J'ignorais le changement de nom.

  • Bonjour,

    Comment je pourrais conclure ma rédaction svp ?

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Bonjour,

    Une conclusion synthétise le cheminement de l'argumentation, c'est un résumé du développement avec d'autres termes en principe très percutants.

    On lui adjoint une ouverture qui offre un nouveau point de vue, mais il dépend bien sûr de ce qui a été démontré dans le corps du devoir. Une idée possible à partir d'un éventuel point commun aux trois œuvres : le malheur d'être femme…

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