Fiches méthode Bac de français 2021

Bonjour,

Je dois effectuer le plan de ce commentaire composé. Que penseriez-vous de celui-ci ? Sinon, avez-vous des idées ?

  1. Le monde intérieur de Mary
  2. Le récit: une forme de prédiction, de fatalité
  3. Le jeu paradoxal des contrastes


Somri est arrivée et s'approche. Soudain, les yeux mi-clos, elle se met à chanter,

"Le feu de Holi, la la

Viens à la maison voir

Le feu de Holi

N'oublie donc pas."

Les autres reprennent le refrain avec elle. Les toutes jeunes, les femmes d'âge mûr et quatre vieilles femmes décrépites chantent des refrains d'amour. Le soleil tape, l'ivresse augmente et au loin résonne le bruit des trompes et des cornes.

Mary hâte le pas. Toutes les filles ont gravi les collines de Kuruda, sont entrées dans la forêt, ont longé la rivière. Mary sourit. La chasse, ce ne sera pas pour elle. Tous les sports ont leurs règles, même celui-là. Tuer des porcs-épics, des lièvres ou des perdrix, pff! C'est le gros gibier qui l'intéresse mais, pour cela, il faut un appât.

Vêtue d'un sari coloré et d'un corsage rouge, Mary ressemble à un flamboyant poussé par le vent. Des flamboyants de tous côtés. Tous plus rouges les uns que les autres. Un lapin passe à toute vitesse. Mary sait quel terrier est le sien. “Vas-y! N'aie pas peur!” s'exclame-t-elle en riant. Ah, quelle folie dans l'ivresse! Dans ses veines danse une soif intense. Tahsildar me voilà! Tahsildar la désire infiniment. En ce moment, Jalim n'est plus rien pour elle. Quelle est l'intensité du désir de Tahsildar ? Combien de degrés Fahrenheit? A-t-il du sang sauvage comme Mary? Autant de courage?

Tiens un port-épic! Va, va-t'en! Un autre jour, Mary l'aurait tué, et mangé. Aujourd'hui, son esprit n'a que faire de choses aussi insignifiantes que cela. Elle veut une proie, et une grosse! Elle veut un homme, Tahsildar. De loin, elle distingue le rocher. Une pente raide et rocailleuse. Du sommet, le rocher s'avance comme une corniche. De là, un lierre descend, créant comme un rideau emmêlé parsemé de fleurs jaunes. Derrière se trouve la cachette. En y pensant, le sang de Mary fait un bond. Quand on avance, dissimulé par les herbes, se trouve une crevasse et, au bord, une pierre branlante. Personne ne sait quelle en est la profondeur. Nul n'est jamais descendu voir. Et si quelqu'un descendait dans cette nuit sombre et froide. Tahsildar par exemple ! Elle aperçoit la chemise rouge sombre de ce dernier.

De l'alcool étranger, des cigarettes, Tahsildar.

“Viens donc à l'intérieur chéri.

- Où ça à l'intérieur ? De toi ?

- Oui, oui.”

Ils sont au bord du précipice, dissimulés par le rideau d'herbes.

"D'abord bois un peu de liqueur.

- Pourquoi juste de la liqueur ? Donne une cigarette.

- Comment a été la chasse ?

- Fantastique.

- Ne bois pas si vite.

- Mais je veux me soûler.

- Jusqu'à quel point ?

- Je veux être très très soûle.”

Encore de l'alcool. Ca y est, elle est ivre. Des étoiles clignotent dans sa tête. Ah, elle voit des étincelles. Elles scintillent. Et à travers ces étincelles, le visage de Tahsildar. Encore de l'alcool. La bouteille est tombée. Au fond du trou. Sans un bruit. Quelle est sa profondeur ? Cette fois, oui cette fois, le visage de Tahsildar ressemble à une vraie proie.

Mary passe tendrement la main sur le visage de Rahsildar, lui bécote les lèvres. Il y a du feu dans les yeux de Tahsildar, sa bouche est entrouverte, ses lèvres sont humides, ses dents luisent. Mary regarde, regarde encore tandis que le visage se transforme, se transforme en, oui, cette fois, devient un animal.

“Tu me prends maintenant ?

En riant, Mary l'attrape, l'allonge sur le sol. Tahsildar sourit. Alors Mary lève sa machette, la baisse, la lève encore, plus haut, la baisse.

Une éternité passe. Mary se lève. Du sang sur son corsage ? Sur son sari ? Elle les lavera à la rivière. Elle prend le portefeuille de la poche de Tahsildar avec dextérité. De l'argent. Beaucoup d'argent. Elle sort de sa ceinture le porte-monnaie où elle garde ses économies et y ajoute cet argent. Puis elle pousse Tahsildar dans le ravin, son portefeuille, ses cigarettes, son mouchoir. Pierre après pierre. Attirés par l'odeur du sang, les hyènes viendront, ainsi que les loups. Ou ne viendront pas. Elle sort et se dirige vers le ruisseau. Nue, elle entre dans le cours d'eau et s'y baigne et son visage reflète une joie profonde. Comme après l'infinie satisfaction d'un orgasme.

Dans le groupe des filles, c'est Mary qui boit le plus, chante, danse, mange de la viande et du riz avec le meilleur appétit. Comme elle n'a rien attrapé, toutes lui font des remarques caustiques. Puis, Budhni s'exclame : “Regardez-la manger! On dirait que c'est elle qui a tué la plus grosse proie.” Mary l'embrasse. La bouche pleine. Puis, prenant deux bouteilles vides, elle se met à danser en les frappant l'une contre l'autre. L'air de l'après-midi est frais. Sanichari allume un feu. Alcool et chanson. Chansons et alcool. Elles chantent, tout en dansant autour du feu:

O Hamamdeo

Donne-nous tous les ans un Holi pareil

Donne-nous tous les ans une chasse pareille

Nous te donnerons de l'alcool,

Nous te donnerons de l'alcool.

Puis, tout en dansant, Mary recule. Elle s'enfonce dans la nuit. Elles dansent, dansent beaucoup. Mary part en courant dans l'obscurité. Elle connaît le chemin par coeur. A travers les collines de Kuruda, elle parcourra cette nuit plus de dix kilomètres pour rejoindre Tahri. Elle ira chercher Jalim. De Tohri partent les cars et les camions à bois. Ils s'en iront. A Rânchi, Harâribâgh, Gomo ou Patna. Aujrd'hui, après la grande chasse, elle a besoin de Jalim. Au loin luit le feu de Holi. Dans la nuit, elle marche le long des rails à la lumière des étoiles et n'éprouve aucune crainte, aucune crainte des animaux. Cette peur ancestrale, coutumière, des animaux sauvages a disparu depuis qu'aujourd'hui elle a tué le plus gros de tous.

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    8 janv. modifié

    Bonjour,

    Je ne réagis pas comme toi à la lecture de ce texte.

    J'ai eu l'impression d'être mené en bateau par l'auteur. Tout commence comme un récit érotique pour se terminer dans l'horreur à la façon de Basic instinct. On comprend alors le titre de la nouvelle. Le meurtre est sans doute un rituel de revanche, pas simplement un crime crapuleux.

    Ma lecture d'Occidental aurait tendance à y voir une image dégradée de Diane chasseresse, une féminité dangereuse.

  • ArthurrrArthurrr Membre

    Bonjour Jean-Luc,

    Merci pour ces éclaircissements. Je parlerais du titre de la nouvelle dans la partie 2. Concernant le récit érotique, je décele plutot une annonce prochaine d'une catastrophe au début du récit (la couleur rouge faisant réference à la fois au désir et à la mort) . Ce début érotique souligne ce sentiment malsain. Le meurtre est effectivement une sorte de revanche, le prétendant étant trop harcelant. Pourriez-vous eclaircir votre interprétation ? Comment auriez-vous organisé le plan ?

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Ma lecture a été faite hors contexte. Il est donc probable que je n'ai pas perçu certains indices.

    Pour le plan, dans une analyse linéaire, je verrais bien une montée, une acmé (le meurtre), suivie d'une descente (un retour à la réalité) puis une nouvelle ivresse due non à l'alcool mais à une victoire sur les déterminismes. Il faut mettre en évidence l'effet de surprise. Ce qui est étonnant, c'est que Mary n'agit pas dans un état second malgré l'ivresse. Elle gère très bien sa transe. Il y a en elle aussi de la Lady Macbeth.

  • ArthurrrArthurrr Membre

    Je trouve votre analyse intéressante. Toutefois le commentaire est composé et non linéaire. En ce qui concerne l'état de surprise pour le lecteur, j'ajouterai que l'assassinat (et ses préparatifs) sont associés liés à la joie intense, au bonheur, à l'ivresse, à la couleur rouge, au soleil, tandis que le après, mettant en exergue l'avenir promettant de Mary (son enrichissement, son projet de mariage avec Jalim, la disparition de sa crainte envers les hommes) est curieusement mis en parallèle avec la nuit, la froideur, l'obscurité. C'est du moins mon interprétation.

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Comme Lady Macbeth ou Diane, elle est sans doute un être nocturne. Son meurtre est vécu comme un rite de passage. Désormais sa victoire la rend indestructible. Le chasseur qui a vaincu son ennemi devient un guerrier reconnu dans les sociétés primitives. En Afrique il fallait tuer un lion. Ici c'est l'homme qui est le défi à relever.

  • Bonjour,

    Dans le cas d'un commentaire composé, quel plan auriez-vous proposé ? Sinon, quelles améliorations auriez-vous rapporté au mien ?

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