Fiches méthode Bac de français 2021

Bonjour! J'ai une dissertation à rendre est le sujet est : En quoi Baudelaire est un chiffonnier de la modernité poétique? Je bloque surtout sur la comparaison entre le chiffonnier et le poète, sans parler de son poème. Avez-vous des idées?

Merci

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Bonjour,

    La difficulté du sujet réside dans le terme chiffonnier.

    Le métier de récupérateur

    «On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête,

    Buttant, et se cognant aux murs comme un poète»

    (Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Le vin des chiffoniers)

    Le meuble

    Soit l'un, soit l'autre à moins que ce soit les deux à la fois.

    Dans le premier sens, c'est le thème de la boue et de l'or. Baudelaire s'intéresse à des réalités triviales et les recycle dans l'univers poétique.

    Pour le second sens, Baudelaire a placé dans une forme classique des points de vue nouveaux, dérangeants, voire choquants. Les Fleurs du mal seraient un meuble (un herbier) contenant dans ses tiroirs un certain nombre de procédés modernes...

  • Il faut pourtant choisir. J'opterais pour le premier sens.

    Je pense en effet à la pièce LXXVIII - Spleen où il fit allusion au buffet, "... Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans, / de vers, de billets doux, de procès, de romances, avec de lourds cheveux... Qui contient plus de morts que la fosse commune...", etc. Très 18e siècle, rien de moderne.

  • florealefloreale Membre
    7 janv. modifié

    "Conscient de vivre dans un monde désormais sans aura, il aurait compris – c’est là sa modernité – que c’est en revêtant les habits du chiffonnier que le poète peut exercer son art : la beauté viendra désormais d’en bas, de l’éphémère, des déchets du citadin."


    https://www.philomag.com/livres/baudelaire-0

    http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Bibliotheque-des-Histoires/illustree/Les-Chiffonniers-de-Paris

  • JocrisseJocrisse Membre

    J'ai connu ce qu'on nommait des chiffonniers encore dans les années 1960. Ils existent encore mais personne ne les désigne sous ce vocable. Il s'agit en effet de gens qui récupèrent des objets modestes dont les gens ne veulent plus, pour les revendre à des prix extrêmement bas. L'Abbé Pierre avait fondé "les chiffonniers d'Emmaus". On prend donc un objet qui ne vaut pas grand chose, qui a été rejeté, et on le redonne (ou le vend tellement pas cher que ce n'est pas la peine d'en parler) à ceux qui en ont besoin.

    Des gens misérables, toujours étrangers dans mon souvenir (Gitans, Italiens, Espagnols, Arméniens), souvent puant la vinasse, seul sens que je trouve à l'idée qu'ils buttent et se cognent aux murs comme des poètes. Le point commun est le pinard, à mon avis.

    Le chiffonnier est donccelui qui refile quelque chose qui ne vaut presque rien à quelqu'un qui ne peut presque rien, un passeur, un médiateur entre le médiocre et le minable. C'est sévère pour parler de la poésie que Baudelaire a héritée, plus sévère encore pour celle qu'il a suscitée, inspirée, influencée.

  • Lucid_LynxLucid_Lynx Membre
    11 janv. modifié

    Au niveau 1ère, il me semble que nous pouvons nous limiter à une définition, simple, du chiffonnier que nous appliquerions ensuite à Baudelaire. Il semble assez aisé de relier ce sujet à l'intitulé du parcours "La boue et l'or", prescrit par le programme.

    Le chiffonnier serait donc celui qui "recycle", qui redonne vie et surtout sens aux éléments négligés de la réalité : un faubourg populaire au lever du jour, un cadavre de chienne au bord de la route, etc.

    C'est ce rôle de médiateur qu'il faudrait démontrer.

    Le lien avec la "modernité poétique" est à creuser également : comment Baudelaire se positionne-t-il entre filiation et innovation ? Entre les anciens et les modernes ? Comme se positionne-t-il lui-même ou quelle est la position qu'on lui attribue, a posteriori ? Autant de pistes, mais qui restent ardues, à moins que des éléments spécifiques n'aient été vus en classe.

    Pour simplifier à l'extrême, Baudelaire est celui qui emprunte des formes classiques (quoique avec quelques entorses savamment entretenues...) tout en mobilisant des sujets nouveaux (jugés indécents ou négligeables auparavant - on retrouve la fonction du chiffonnier) ou des perspectives originales. Tout cela est bien entendu discutable. Les thèmes abordés par Baudelaire ne sont pas fondamentalement nouveaux. Sa véritable originalité résiderait plutôt dans la richesse de ce jeu de "correspondances", qui fait force de définition de l'acte poétique, dans la perspective baudelairienne.

    Aller plus loin (je pense au chiffonnier, le meuble), me paraît dépasser le cadre d'une simple dissertation de 1ère.

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