Fiches méthode Bac de français 2021

Bonsoir

je suis persuadée que ce poème qui célèbre la grandeur de la nature et sa fécondité est un poème érotique.

je m'explique:

le titre du poème peut être traduit de la façon suivante "et le mugissement des bœufs". cet animal est sanctifié dans les religions et dans la pensée grec. c'est aussi une bête robuste et forte qui aide l'agriculteur à labourer ses terres.

la tonalité prescriptive du vers liminal doit attirer notre attention: qui s'adresse à ces êtres et à ces objets? est-ce le poète ou une voix transcendante qui observe la nature d'en haut?

le verbe "vivre" ici est un synonyme d'"exister". il faut donner sens à son existence en s’éloignant de tout ce qui nous rapproche de l'idée de la mort (le deuil et la peur).

le deuxième vers me parait comme une invitation à l'amour: "le sourire vermeil" est une image insinuative puisque la couleur vermeil qui affleure sous la peau est la couleur de la vie. associée au mot sourire, l'expression devient une célébration de la jouissance qui seule peut vivifier les êtres.

je ne comprends pas l'analogie faite entre l'homme et le bœuf.

les vers 4, 5, 6, 7, 8, 9 sont des vers insinuatifs car ils présentent une invitation subtile à la copulation/ accouplement. l'amour chanté ici n'est pas seulement un amour spirituel, c'est aussi un amour charnel entre les êtres et les éléments de la nature.

les vers 10, 11,12,13,14 nous rappellent la vision platonicienne de l'amour: on passe de l'amour charnel à l'amour spirituel, car l'union entre la nature et les êtres est aussi une union entre le créateur "l’être illimité" et ses créations.

la dernière strophe fait du poète un contemplateur lucide qui observe la nature vivante.

je ne comprends pas très bien la portée de cette dernière strophe.

j'ai besoin de vos avis.

voici le texte:

Hugo : « Mugitusque boum »

[…] Êtres ! Choses ! vivez ! Sans peur, sans deuil, sans nombre !

Que tout s'épanouisse en sourire vermeil !

Que l'homme ait le repos et le bœuf le sommeil !

Vivez ! Croissez ! Semez le grain à l'aventure !

Qu'on sente frissonner dans toute la nature,

Sous la feuille des nids, au seuil blanc des maisons,

Dans l'obscur tremblement des profonds horizons,

Un vaste emportement d'aimer, dans l'herbe verte,

Dans l'antre, dans l'étang, dans la clairière ouverte,

D'aimer sans fin, d'aimer toujours, d'aimer encor,

Sous la sérénité des sombres astres d'or !

Faites tressaillir l'air, le flot, l'aile, la bouche,

Ô palpitations du grand amour farouche !

Qu'on sente le baiser de l'être illimité !

Et paix, vertu, bonheur, espérance, bonté,

Ô fruits divins, tombez des branches éternelles !

 

 –Ainsi vous parliez, voix, grandes voix solennelles ;

Et Virgile écoutait comme j'écoute, et l'eau

Voyait passer le cygne auguste, et le bouleau

Le vent, et le rocher l'écume, et le ciel sombre

L'homme... - Ô nature ! Abîme ! Immensité de l'ombre


Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    4 nov. modifié

    Bonsoir,

    Dans ce poème, Hugo se rattache aux Géorgiques de Virgile (cité au début et à la fin), il s'inscrit dans une poétique bucolique. Cette évocation champêtre a une double fonction :

    • Hugo prétend être le Virgile français, il développe des descriptions et une musicalité qui ont fait la gloire du poète latin,
    • il y ajoute une méditation romantique sur la nature par des couples opposés, travail - repos, vie - mort, mouvement - stabilité, inanimé - animé, nature - homme... Le poète est celui qui entend et amplifie les "voix".

    Sur le fond, c'est une méditation sur la place de l'homme et son rapport au temps. L'homme transforme la nature par son travail mais doit "passer", il se perpétue en s'inscrivant dans le grand courant vital de l'amour universel. Cet idéal de vie champêtre paisible est quand même marqué par la domination d'un "ciel sombre". Hugo introduit-il alors la vision pessimiste de la Genèse en évoquant le châtiment de la faute originelle ?

  • JocrisseJocrisse Membre
    3 nov. modifié

    C'est un de mes poèmes préférés de Hugo, à égalité avec quelques autres, Tristesse d'Olympio, A Villequier, Booz endormi usw., tous les grands classiques. La fin, avec les enjambements qui modifient le rythme, est très réussie.

    Ce qui m'étonne, c'est votre étonnement. Pardonnez-moi l'expression, mais Hugo a été de tout temps, et au regard de l'Eternité (quoi ? L'Eternité) un fouteur d'élite et n'a pas cherché à le cacher. Toutes ses maîtresses - je n'ose pas parler d'Adèle, son épouse - ont été multitrompées dans toute la panoplie et les positions les plus improbables du kama soutra. Une bibliothèque entière. Interminable spicilège.

    Même devenu extrêmement vieux, il a tenu le compte de ses aventures, racontées dans Choses vues, une autre de ses grandes oeuvres, que j'ai déjà eu l'occasion de recommander chaudement (si j'ose cet adverbe, en l'espèce). Il mentionne tout, jusqu'aux sommes les plus ridicules données à des filles de passage, pour caresser un sein ou tripoter un peu une vulve, quand il ne pouvait plus aller au-delà, (fort tard) tout ceci est soigneusement comptabilisé.

    La question ne peut pas être de savoir s'il y a du fion dans Victor Hugo, enfin ! Ce serait plutôt de savoir s'il y a autre chose. Je vous invite à une révolution copernicienne : ce que vous présentez comme périphérique (comme tournant autour de l'axe), voyez-le plutôt comme le centre, et ce que vous voyez comme central, essayez de le périphériser.

  • soso1945soso1945 Membre
    3 nov. modifié

    Donc il n'y a pas d'érotisme. c'est juste une célébration de l’élan vital qui meut la nature. l'homme fait partie de ces êtres invités à vivre, mais il ne peut retrouver le repos. le "baiser de l’être illimité" ne lui accorde pas le salut.

    @Jocrisse je ne suis pas surprise. c'est un tres beau hympne à la gloire de la nature et c'est pour cela que j'ai envie de comprendre vraiment ce qu'il dit.

  • JocrisseJocrisse Membre

    Vous pouvez peut-être aller voir Yves Gohin, je crois me souvenir qu'il y a des choses chez lui : une approche psycho-critique (mais non psychanalytique, il n'aime pas trop, si je me souviens bien). Charles Baudouin, se situant explicitement d'un point de vue psychanalytique, lui, avait proposé quelque chose de plus cohérent peut-être et séduisant intellectuellement. Je m'en suis éloigné cependant avec l'impression désagréable que la méthode consiste à transformer les problèmes en autant de "complexes", complexes eux-mêmes accrédités par des mythes, mais ceux-ci étant forgés pour l'occasion par Baudouin lui-même. Mais le mythe supporte mal le fait d'apparaître comme une pure invention de l'aède

  • soso1945soso1945 Membre

    Bonsoir

    Je voudrais revenir sur ce "vaste emportement d'aimer", je ne comprends pas très bien ce qu'il veut dire par cette expression.

    Merci d'avance pour vos réponses.

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    C'est l'élan vital universel qui anime la nature, qui la fait croître et prospérer.

  • JocrisseJocrisse Membre
    16 nov. modifié

    Sentiment océanique, en quelque sorte. Dimension cosmique. L'idée que le Monde est maintenu ensemble par une force, qu'on peut appeler l'amour, n'est pas nouvelle, ou que le Principe qui engendre toutes choses est l'amour (dans une acception chrétienne ou bien d'autres, sans nous attarder sur le fait que l'amour pris en son sens le plus physique, a puissamment contribué à e que nous soyons là, vous et moi...) itou. Que Hugo, qui parle couramment le cosmologique, qu'il a étudié comme LV1 à l'école, poursuivi en cours de SVT en prétant l'oreille aux murmures de l'araignée et de l'ortie, nous en touche un mot, c'est bien dans sa manière.

  • soso1945soso1945 Membre

    Merci pour ces réponses.

    Veuillez me dire si j'ai bien saisi l'idée: l'emportement d'aimer" réfère à un amour cosmique qui unit le divin aux créatures. C'est une force mystérieuse qui anime le monde et qui s'oppose à la mort.

    C'est juste que ce poème est un peu difficile.

    Merci encore fois pour votre aide précieuse.

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Bonsoir,

    l'emportement d'aimer" réfère à un amour cosmique qui unit le divin aux créatures

    Pas vraiment. Cet "emportement" est une force cosmique et universelle, un élan vital sans doute voulu par le créateur. Mais il n'est pas décrit dans le poème comme une union entre le divin et sa création.

    La seule citation du divin figure dans ces deux vers

    Et paix, vertu, bonheur, espérance, bonté,

    Ô fruits divins, tombez des branches éternelles !

    L'amour n'y figure pas. Il est récompensé par ces "cadeaux" caractéristiques de l'âge d'or.

    Pour les Anciens cette période fut caractérisée par une prospérité généralisée. C'était l'âge où les hommes ne travaillaient pas la terre et vivaient de la cueillette des produits abondants que la Nature leur fournissait généreusement. Les animaux sauvages et les animaux domestiques ainsi que les hommes vivaient en paix en harmonie avec les dieux et la nature. Le climat favorisait trois récoltes dans l'année (ce qui n'arrive pas dans les régions méditerranéennes où est né ce mythe). Les hommes qui respectaient les dieux ne connaissaient ni le malheur, ni la maladie, ni la mort qui n'était qu'un endormissement. C'était une sorte de paradis où régnaient la justice, la paix, l'abondance et le bonheur.

    Wikipedia

    https://fr.vikidia.org/wiki/%C3%82ge_d%27or

  • JocrisseJocrisse Membre
    27 nov. modifié

    Bonsoir,

    l'emportement d'aimer" réfère à un amour cosmique qui unit le divin aux créatures

    Pas vraiment. Cet "emportement" est une force cosmique et universelle, un élan vital sans doute voulu par le créateur. Mais il n'est pas décrit dans le poème comme une union entre le divin et sa création.


    Hypothèse de lecture : l'emportement, peu importe ce vers quoi il nous emporte. Ce n'est pas tellement la destination du voyage que le voyage lui-même qui importe. L'emportement de l'amour, il m'emporte peut-être vers un mauvais terminus (par exemple pas vers la bonne personne), mais dans l'amour, c'est l'émotion, pas l'objet qui est en cause et qui est cause. Pour ce qui est de son contenu, il m'emporte au-delà de moi, après, que cet au-delà de moi soit bien terrestre (la rencontre de l'autre) ou purement spirituel, ce ne sont pas des détails, mais c'est subordonné.

  • soso1945soso1945 Membre

    Je vous remercie du fond de mon âme pour ces explications. 🙏🏼

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