Le bord de la mer de Victor Hugo

Je recherche une idée de plan pour ce texte : Le bord de la mer issu des Châtiments, s'il vous plaît.

Merci beaucoup !

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    AU BORD DE LA MER

    Vois, ce spectacle est beau. - Ce paysage immense
    Qui toujours devant nous finit et recommence;
    Ces blés, ces eaux, ces prés, ce bois charmant aux yeux;
    Ce chaume où l'on entend rire un groupe joyeux;
    L'océan qui s'ajoute à la plaine où nous sommes;
    Ce golfe, fait par Dieu, puis refait par les hommes,
    Montrant la double main empreinte en ses contours,
    Et des amas de rocs sous des monceaux de tours;
    Ces landes, ces forêts, ces crêtes déchirées;
    Ces antres à fleur d'eau qui boivent les marées;
    Cette montagne, au front de nuages couvert,
    Qui dans un de ses plis porte un beau vallon vert,
    Comme un enfant des fleurs dans un pan de sa robe;
    La ville que la brume à demi nous dérobe,
    Avec ses mille toits bourdonnants et pressés;
    Ce bruit de pas sans nombre et de rameaux froissés,
    De voix et de chansons qui par moments s'élève;
    Ces lames que la mer amincit sur la grève,
    Où les longs cheveux verts des sombres goëmons
    Tremblent dans l'eau moirée avec l'ombre des monts;
    Cet oiseau qui voyage et cet oiseau qui joue;
    Ici cette charrue, et là-bas cette proue,
    Traçant en même temps chacune leur sillon;
    Ces arbres et ces mâts, jouets de l'aquilon;
    Et là-bas, par delà les collines lointaines,
    Ces horizons remplis de formes incertaines;
    Tout ce que nous voyons, brumeux ou transparent,
    Flottant dans les clartés, dans les ombres errant,
    Fuyant, debout, penché, fourmillant, solitaire,
    Vagues, rochers, gazons, - regarde, c'est la terre !

    Et là-haut, sur ton front, ces nuages si beaux
    Où pend et se déchire une pourpre en lambeaux;
    Cet azur, qui ce soir sera l'ombre infinie;
    Cet espace qu'emplit l'éternelle harmonie;
    Ce merveilleux soleil, ce soleil radieux
    Si puissant à changer toute forme à nos yeux
    Que parfois, transformant en métaux les bruines,
    On ne voit plus dans l'air que splendides ruines,
    Entassements confus, amas étincelants
    De cuivres et d'airains l'un sur l'autre croulants,
    Cuirasses, boucliers, armures dénouées,
    Et caparaçons d'or aux croupes des nuées;
    L'éther, cet océan si liquide et si bleu,
    Sans rivage et sans fond, sans borne et sans milieu,
    Que l'oscillation de toute haleine agite,
    Où tout ce qui respire, ou remue, ou gravite,
    A sa vague et son flot, à d'autres flots uni,
    Où passent à la fois, mêlés dans l'infini,
    Air tiède et vents glacés, aubes et crépuscules,
    Bises d'hiver, ardeur des chaudes canicules,
    Les parfums de la fleur et ceux de l'encensoir,
    Les astres scintillant sur la robe du soir,
    Et les brumes de gaze, et la douteuse étoile,
    Paillette qui se perd dans les plis noirs du voile,
    La clameur des soldats qu'enivre le tambour,
    Le froissement du nid qui tressaille d'amour,
    Les souffles, les échos, les brouillards, les fumées,
    Mille choses que l'homme encor n'a pas nommées,
    Les flots de la lumière et les ondes du bruit,
    Tout ce qu'on voit le jour, tout ce qu'on sent la nuit;
    Eh bien ! nuage, azur, espace, éther, abîmes,
    Ce fluide océan, ces régions sublimes
    Toutes pleines de feux, de lueurs, de rayons,
    Où l'âme emporte l'homme, où tous deux nous fuyons,
    Où volent sur nos fronts, selon des lois profondes,
    Près de nous les oiseaux et loin de nous les mondes,
    Cet ensemble ineffable, immense, universel,
    Formidable et charmant, - contemple, c'est le ciel !

    Oh oui ! la terre est belle et le ciel est superbe;
    Mais quand ton sein palpite et quand ton œil reluit,
    Quand ton pas gracieux court si léger sur l'herbe
    Que le bruit d'une lyre est moins doux que son bruit;

    Lorsque ton frais sourire, aurore de ton âme,
    Se lève rayonnant sur moi qu'il rajeunit,
    Et de ta bouche rose, où naît sa douce flamme,
    Monte jusqu'à ton front comme l'aube au zénith;

    Quand, parfois, sans te voir, ta jeune voix m'arrive,
    Disant des mots confus qui m'échappent souvent,
    Bruit d'une eau qui se perd sous l'ombre de sa rive,
    Chanson d'oiseau caché qu'on écoute en rêvant;

    Lorsque ma poésie, insultée et proscrite,
    Sur ta tête un moment se repose en chemin;
    Quand ma pensée en deuil sous la tienne s'abrite,
    Comme un flambeau de nuit sous une blanche main;

    Quand nous nous asseyons tous deux dans la vallée;
    Quand ton âme, soudain apparue en tes yeux,
    Contemple, avec les pleurs d'une sueur exilée,
    Quelque vertu sur terre ou quelque étoile aux cieux;

    Quand brille sous tes cils, comme un feu sous les branches,
    Ton beau regard, terni par de longues douleurs;
    Quand sous les maux passés tout à coup tu te penches,
    Que tu veux me sourire et qu'il te vient des pleurs;

    Quand mon corps et ma vie à ton souffle résonnent,
    Comme un tremblant clavier qui vibre à tout moment;
    Quand tes doigts, se posant sur mes doigts qui frissonnent,
    Font chanter dans mon cœur un céleste instrument;

    Lorsque je te contemple, ô mon charme suprême;
    Quand ta noble nature, épanouie aux yeux,
    Comme l'ardent buisson qui contenait Dieu même,
    Ouvre toutes ses fleurs et jette tous ses feux;

    Ce qui sort à la fois de tant de douces choses,
    Ce qui de ta beauté s'exhale nuit et jour,
    Comme un parfum formé du souffle de cent roses,
    C'est bien plus que la terre et le ciel, - c'est l'amour !

    7 octobre 1834.
    Bonjour Marrion,

    Mes observations sont forcément succinctes.

    Deux pistes :
    Un poème lyrique : une déclaration d'amour, la femme et la nature
    Une conception romantique de la nature, son aspect anthropomorphique, les harmonies universelles

    Trois axes :
    1. La description de la nature :
    Terre et mer
    Ciel
    Le ciel est l'image inversée de la mer
    Nous en arrivons à la notion d'infini

    2. La célébration de la femme
    Cette nature sert d'écrin à la femme aimée, la met en valeur.
    La femme passe au premier plan.
    Note alors le changement de strophes et le développement des anaphores

    3. Les harmonies universelles
    La femme est à l'image de la nature.
    Les muses ou l'incitation à la méditation.
    Amour, vie, spiritualité, des courants souterrains révélés par le poète, chantre mystique de la totalité et de la beauté de l'univers.
  • Houlà !!!!!!!
    J'ai dû mal m'exprimer, le texte "Le bord de la mer" ne correspond pas au tien !
    En fait, il s'agit d'une sorte de petite pièce qui fait parler des éléments comme la mer, la terre, un forçat...
    Il se situe au livre III, poème XV.
    Mais merci quand même beaucoup pour la précédente réponse.
    Est-ce que quelqu'un aurait celui dont je parle en plan ou commentaire ?
    Merci.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Marionn,

    Oui je me suis trompé.
    J'ai choisi AU borde de la mer des CHANTS DU CREPUSCULE
    et non LE bord de la mer des CHATIMENTS.

    Voilà le texte
    XV- Le bord de la mer

    HARMODIUS
    La nuit vient. Vénus brille.
    L'ÉPÉE
    Harmodius, c'est l'heure !
    LA BORNE DU CHEMIN
    Le tyran va passer.
    HARMODIUS
    J'ai froid, rentrons.
    UN TOMBEAU
    Demeure.
    HARMODIUS
    Qu'es-tu ?
    LE TOMBEAU
    Je suis la tombe. - Exécute, ou péris.
    UN NAVIRE A L'HORIZON
    Je suis la tombe aussi, j'emporte les proscrits.
    L'ÉPÉE
    Attendons le tyran.
    HARMODIUS
    J'ai froid. Quel vent !
    LE VENT
    Je passe.
    Mon bruit est une voix. Je sème dans l'espace
    Les cris des exilés, de misère expirants,
    Qui sans pain, sans abri, sans amis, sans parents,
    Meurent en regardant du côté de la Grèce.
    VOIX DANS L'AIR
    Némésis ! Némésis ! lève-toi, vengeresse !
    L'ÉPÉE
    C'est l'heure. Profitons de l'ombre qui descend.
    LA TERRE
    Je suis pleine de morts.
    LA MER
    Je suis rouge de sang.
    Les fleuves m'ont porté des cadavres sans nombre.
    LA TERRE
    Les morts saignent pendant qu'on adore son ombre.
    A chaque pas qu'il fait sous le clair firmament,
    Je les sens s'agiter en moi confusément.
    UN FORÇAT
    Je suis forçat, voici la chaîne que je porte,
    Hélas ! pour n'avoir pas chassé loin de ma porte
    Un proscrit qui fuyait, noble et pur citoyen.
    L'ÉPÉE
    Ne frappe pas au coeur, tu ne trouverais rien.
    LA LOI
    J'étais la loi, je suis un spectre. Il m'a tuée.
    LA JUSTICE
    De moi, prêtresse, il fait une prostituée.
    LES OISEAUX
    Il a retiré l'air des cieux, et nous fuyons.
    LA LIBERTÉ
    Je m'enfuis avec eux ; - ô terre sans rayons,
    Grèce, adieu !
    UN VOLEUR
    Ce tyran, nous l'aimons. Car ce maître
    Que respecte le juge et qu'admire le prêtre,
    Qu'on accueille partout de cris encourageants,
    Est plus pareil à nous qu'à vous, honnêtes gens.
    LE SERMENT
    Dieux puissants ! à jamais fermez toutes les bouches !
    La confiance est morte au fond des coeurs farouches.
    Homme, tu mens ! Soleil, tu mens ! Cieux, vous mentez !
    Soufflez, vents de la nuit ! emportez, emportez
    L'honneur et la vertu, cette sombre chimère !
    LA PATRIE
    Mon fils, je suis aux fers ! Mon fils, je suis ta mère !
    Je tends les bras vers toi du fond de ma prison.
    HARMODIUS
    Quoi ! le frapper, la nuit, rentrant dans sa maison !
    Quoi ! devant ce ciel noir, devant ces mers sans borne !
    Le poignarder, devant ce gouffre obscur et morne,
    En présence de l'ombre et de l'immensité !
    LA CONSCIENCE
    Tu peux tuer cet homme avec tranquillité.
    Quelques conseils suivront dès que possible !
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Marionn,

    Quelques considérations rapides, comme toujours !

    Le contexte : Napoléon III a confisqué le pouvoir, supprimé les libertés républicaines. Hugo a dû s'exiler en Belgique puis dans les iles anglo-normandes. De là il défie le tyran. Ce texte est un appel au meurtre, une justification du crime politique sous forme d'une mise en scène épique.

    1. Un décor symbolique et fantastique
    La nuit
    La mer
    La tombe

    2. Une mise en scène allégorique
    Les éléments, les personnifications, les divinités mythologiques
    Un protagoniste dialoguant avec le chœur

    3. Une justification du tyrannicide
    Emploi de procédés variés dans l'argumentation
    Un ensemble de témoignages comme dans un prétoire avec une condamnation finale.
    De ce fait le meurtre devient une action de justice.

    Le tyran est une vivante offense à la terre entière et aux cieux. Il a bouleversé l'ordre cosmique. Hugo nous livre une vision épique de la réprobation universelle. Il s'agit bien de mettre en œuvre le châtiment qu'évoque le titre du recueil. Nous pouvons être étonnés aujourd'hui de la violence du propos.
  • merci bcp !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
  • il y a quelques points que je ne comprends pas trop ...
    qu'entendez vous par le choeur ?
    et à quelles divinités mythologiques faites-vous référence ?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Marionn,

    Mes remarques reposent sur un faisceau d'impressions que je te laisse partager :

    D'abord les divinités :
    Vénus, étoile mais aussi déesse de l'Amour, sans doute utilisée à contre emploi. Il ne s'agit pas d'évoquer la nuit de la complicité amoureuse. Mais les ténèbres de la mort, de l'infamie ou du complot. C'est conforme à l'évolution d'Hugo qui a voulu passer d'une poésie amoureuse futile à une poésie engagée :
    Dans Fonction du poète
    "Dieu le veut, dans les temps contraires,
    Chacun travaille et chacun sert.
    Malheur à qui dit à ses frères :
    Je retourne dans le désert !
    Malheur à qui prend ses sandales
    Quand les haines et les scandales
    Tourmentent le peuple agité !
    Honte au penseur qui se mutile
    Et s'en va, chanteur inutile,
    Par la porte de la cité !"
    Grèce (2 fois) qui marque le lieu et le temps
    Némésis (déesse de la vengeance) 2 fois
    "Dieux tout-puissants"

    Quant au chœur :
    La tragédie s'est développée à la faveur de concours dramatiques organisés dans le cadre des fêtes en l'honneur de Dionysos à Athènes. Cet épanouissement dans un contexte religieux et civique laisse supposer qu'elle serait issue des cérémonies cultuelles qui avaient été jusqu'alors au cœur des activités de la cité: les rites festifs en l'honneur de Dionysos (ex.: les dithyrambes), les cérémonies funéraires et le culte des héros. La tragédie aurait emprunté à ces cérémonies le langage symbolique (verbal et gestuel) qu'elles mettaient en scène, pour créer une nouvelle sorte de représentation dont l'objet n'est plus le divin, mais l'humain. C'est par l'adjonction d'acteurs au chœur qui était seul à l'origine que la tragédie s'est constituée. Elle a pris à l'épopée ses histoires héroïques et à la poésie lyrique la structure de ses chants.
    Son rôle politique a aussi été un facteur déterminant. Dans l'Athènes des citoyens, le vote devait être éclairé. Rassembler les électeurs en leur versant au besoin une journée de travail pour les libérer, c'était s'assurer qu'ils puissent réfléchir ensemble aux intérêts collectifs sous une forme assez imagée, avant de les amener à entendre des discours plus électoraux.

    Ici, outre les références au monde grec et à la possible représentation symbolique d'une tragédie (dialogue, sujet grave mettant en cause la vie de la cité, évocation d'une cérémonie cultuelle), les allégories dialoguent avec le protagoniste comme dans une tragédie antique.
  • bonjour
    Je travaille aussi sur :"Au bord de la mer" des Chatiments de Victor Hugo.
    J'aimerai savoir pourquoi Victor Hugo a décidé d'utiliser un personnage de la littérature Antique pour traiter d'un sujet du 19 eme siècle.
    merci.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Celia,

    Est-il possible de répondre à cette question à la place d'Hugo ?
    Quelques hypothèses :
    La Grèce est la mère de la tragédie,
    elle est aussi la terre de la démocratie, des fondements de la politique,
    beaucoup de héros grecs se sont battus pour la liberté de la cité.

    C'est aussi l'occasion de créer une énigme propre à faire réfléchir le lecteur, à provoquer une dilatation de l'Histoire en montrant la continuité de la tyrannie et du devoir sacré de lutter contre elle, à créer un souffle épique...
  • bonjour jean-luc!
    merci pour ta réponse.
    Sinon moi, pour mon commentaire j'ai pris comme plan:
    --Dans un premier temps,comment on pousse Harmodius au meurtre.
    Tout d'abord par la superiorité dess entités,par l'argumentation (le tyran)et enfin par les sentiments (les entités sucitent la pitié).
    --Dans un second temps,Harmodius qui tombe dans une folie passagère.Apparition du registre fantastique(surnaturel).
    J'ai peur que le grand 1 soit beaucoup plus long que le grand 2!
    j'aimerai aussi parler de l'objectif de délibération , mais je ne sais pas ou?!
    Penses-tu que se plan soit juste et interressant?
    Merci beaucoup!!
    célia
    PS:bonne fete pour les musiciens!!(avec un petit peu de retard...)et les jeunes filles!
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Célia,

    Ton plan peut convenir.

    En 1, Comment Harmodius est poussé au crime,
    En 2, tu pourrais parler justement de la délibération, des réticences du personnage,
    et en 3 évoquer l'élargissement au registre épique (fantastique).

    Regarde aussi cette page du site ici.
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.