MaximeDrxxMaximeDrxx Membre
26 sept. modifié dans Langues anciennes

Bonsoir/bonjour (en fonction de l'heure à laquelle vous lirez ce message),

Je ne suis pas un acharné de terminologie syntaxique, mais en lisant Virgile (description de la Fama au chant IV), je suis tombé sur cette relative : monstrum horrendum, ingens, cui, quot sunt corpore plumae

Un monstre horrible, immense, sur le corps duquel il y a autant de plumes...

Je comprends "corpore" comme un ablatif de "lieu" sans préposition, du coup est-ce à dire que le relatif "cui" est un datif sympatheticus (c'est à dire un datif qui marque le possesseur spécialement avec une partie du corps) ? tournure en concurrence avec le génitif complément du nom assez récurrente chez Plaute.

Du reste, je me demandais, est-ce que cette terminologie "dativus sympatheticus" vous est familière/est répandue ou est-ce un délire confidentiel de mon prof de syntaxe quand j'étais à la fac ?

Réponses

  • JehanJehan Modérateur

    Pour le latin, je ne saurais te répondre. Mais en français, selon la grammaire Riegel, on a le datif partitif, ou datif de la possession inaliénable, ou encore datif de la totalité impliquée, utilisé lui aussi avec une partie du corps. Paul lui serre la main. Une nomenclature aussi pittoresque que ce dativus sympatheticus...😉

  • LaoshiLaoshi Membre

    Bonjour, bonsoir,

    -L'absence de préposition devant corpore est tout à fait courante en poésie et désigne effectivemment le lieu.

    -Le datif désigne le possesseur ce qui est classique avec le verbe esse (mihi est liber)

    -La terminologie "dativus sympatheticus"  est utilisée dans des études en anglais ou en allemand. En France, pour ma part, je n'en ai jamais entendu parler au cours de mes études.

  • Anne345Anne345 Membre

    Je découvre. L'emploi est rarissime.

    Voir https://dialnet.unirioja.es/descarga/articulo/119092.pdf page 225.

    Il serait employé pour les objets inséparables ou inaliénables du possesseur.

    Mais qu'est-ce que cela apporte de plus que datif de possession ? Et comment le traduire en français ?

  • LaoshiLaoshi Membre

    ...étant donné que l'adjectif paraît inusité en latin, on ne le traduit pas. C'est sûrement un calque de l'anglais sympathetic..

  • Anne345Anne345 Membre

    Je ne parlait pas de sympatheticus mais de la phrase qui en contiendrait un.

  • LaoshiLaoshi Membre

    Je ne comprends pas trop le problème.

  • ArthurArthur Membre

    Le terme dativus sympatheticus est relativement fréquent en sémantique casuelle mais aujourd'hui on parlera plutôt de possession externe. La différence entre possession aliénable et inaliénable est pertinente pour le français et le latin (sauf avec le verbe être, ou la tournure esse + dativus possessivus peut exprimer toute possession), mais ne l'est pas forcément dans d'autres langues. Voyez les exemples de la p. 3 en letton ici : http://academiasalensis.org/images/stories/2011/paskaitos_ir_praneimai/2011_AHolvoet_External_possession_handout.pdf

    Pour la situation du français : https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/4520/files/2019/06/Fabry-Possession-Dative-Rencontres-2019.pdf

  • LaoshiLaoshi Membre

    Le terme dativus sympatheticus est relativement fréquent en sémantique casuelle mais aujourd'hui on parlera plutôt de possession externe....

    Comme me voilà éclairée et plus savante !

  • poenuluspoenulus Membre

    Bonjour,

     Le « dativus sympatheticus » traduit par le « datif de sympathie » est en fait une sous-catégorie du « datif de possession », défendue par certains linguistes. Ce « dativus sympatheticus » se rencontre lorsque il y a une relation entre deux « termes » : le « possesseur » appelé le « TOUT » d’une part et les « PARTIES » considérées comme inaliénables d’autre part. D’où la notion de « possession inaliénable »

    Ainsi chez Virgile : Ast illi solvuntur frigore membra vitaque cum gemitu fugit indignata sub umbras (Enéide XII, 950) : « illi » est le dativus sympatheticus, le possesseur ( le TOUT) et « membra » la partie inaliénable du Tout        

    : tibi ne teneras glacies secet aspera plantas! TIBI...PLANTAS

    (Buc, 10,49)

    Chez Pétrone : Patrono meo ossa bene quiescant,(Pétrone, 39,4) PATRONO...OSSA

    Chez Plaute : puer paedagogo tabula disrumpit caput (Bac, 441): PAEDAGOGO...CAPUT

     Il en va de même pour Virgile :

    monstrum horrendum, ingens, cui, quot sunt corpore plumae

    tot uigiles oculi subter, mirabile dictu,

    tot linguae, totidem ora sonant, tot subrigit aures.

     « Cui »( « Fama ») est le « TOUT » ; « plumae, oculi.. etc » en sont les parties inaliénables.

     

    Certains estiment que la relation de « possession inaliénable » peut aussi s’exprimer

    -      Par un double accusatif : du possesseur et des parties inaliénables :

     dic ut TE in quaestu tuo Venus eradicat CAPUT atque AETATEM tuam ( Plaute,Rud.1345-1346)

    Sed LATAGUM saxo atque ingenti fragmine montis occupat OS FACIEMQUE adversam (Virgile, Enéide, X,698-699)

     -      Par l’accusatif du possesseur ( le TOUT) et l’ablatif de la partie inaliénable : teneo AURIBUS LUPUM. (Térence., Phorm. 506)- Je tiens le loup par les oreilles.

  • Merci à tous pour vos réponses très documentées !

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