Fiches méthode Bac de français 2021

NSAXNSAX Membre

Bonjour, voici un sujet de dissertation qui me pose problème car je dois au travers de cinq oeuvres que sont Bérénice de Racine, Les Regrets de Du Bellay, Poèmes saturniens et Romances sans paroles de Verlaine ainsi que Le Ravissement de Lol V Stein de Duras, répondre à ce sujet:

"Un artiste ne peut pas se contenter d'une vie épuisée, ni d'une vie personnelle. On n'écrit pas avec son moi, sa mémoire et ses maladies. Dans l'acte d'écrire, il y a la tentative de faire de la vie quelque chose de plus que personnel, de libérer la vie de ce qui l'emprisonne" (Gilles Deleuze, 1988) (sujet, niveau licence 1,2,3)


C'est une citation qui me fait penser que le sujet nous invite à nous demander si la littérature n'est là que pour retranscrire la vie et ses concepts, presque d'une manière biographique, mais aussi avec ses sensations, ses douleurs, ses plaisirs, ses découvertes, ses amours, ses désillusions dans un certain principe vitaliste sans doute...

Ici selon moi l'auteur nous invite à voir l'acte d'écrire comme une libération de cette vie personnelle, de voir plus grand en quelque sorte, peut-être de tendre à une universalité de tous les hommes qui pourraient se reconnaître tous à la fois en une seule vie décrite dans l'oeuvre qui ne serait plus la vie d'un seul homme mais de tous les hommes ?

Je pense à la doctrine morale de Bérénice, à l'universalité des émotions du poète exilé dans Les Regrets, à l'universalité des sentiments mélancoliques chez Verlaine et pour Duras au lyrisme désenchanté même si ce dernier me pose problème pour cette citation...

Pensez-vous que je pars dans le bon sens ? Pouvez-vous me donner quelques pistes de réflexion pour que je réponde plus fidèlement à cette citation ?

Merci d'avance !

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    13 sept. modifié

    Bonjour,

    L'universalité de la nature humaine est une bonne piste.

    “Tout homme porte en soi la forme entière de l'humaine condition”. – “C'est une perfection absolue et pour ainsi dire divine que de savoir jouir de son être”. Montaigne

    « Ah ! Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez vous pas ? Ah ! Insensé qui crois que je ne suis pas toi ! » Hugo

    Mais il y a aussi le désir d'éternité, la revanche sur la vie, la création d'une œuvre d'art.

  • NSAXNSAX Membre

    Merci Jean-Luc ! "le désir d'éternité "la revanche sur la vie" "la création d'une oeuvre d'art" pensez-vous qu'il soit possible à travers ces concepts de les relier aux cinq oeuvres, j'ai du mal à voir comment la revanche de la vie par exemple pourrait servir d'exemple dans Les Regrets ou Le Ravissement de Lol V Stein... Si ce n'est Bérénice qui montre que la vie est bien moindre face aux institutions romaines et leur devoir qui priment ?

    Qu'en pensez-vous ?

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Dans les Regrets, du Bellay exprime son mal-être en un lieu qui aurait dû le séduire. Il prend sa revanche sur la vie par la satire, par l'amitié, par l'amour de sa patrie. Il accomplit une oeuvre d'art par la méditation sur la chute de l'Empire romain, par la promotion de la langue française...

    Je ne connais pas le récit de Duras. Pour Bérénice (le personnage), la revanche est peut-être dans la grandeur d'un renoncement, dans la fidélité à une passion. Mais les tensions entre la raison d'Etat et les aspirations personnelles élèvent aussi le débat, le malheur est tragique.

  • NSAXNSAX Membre
    19 sept. modifié

    Merci de vos informations Jean-Luc ! J'ai pu avancer sur la thèse et l'antithèse de mon sujet, seulement je bloque un peu sur la troisième partie de la dissertation. Il faudrait trouver un axe sur le "moi" sans doute universel selon moi, qu'en pensez-vous ?

    L'auteur parle de "libérer la vie ce qui l'emprisonne" le 3e axe pourrait se terminer sur le fait que l'oeuvre d'art permet d'aller au-delà du personnel par l'universalisation (mais j'ai peur de faire une thèse répétée dans la synthèse... qu'en pensez-vous ?)

  • NSAXNSAX Membre

    J'ai pensé aussi à ce plan ci...

    Thèse: l'auteur utilise le moi universel et ne s'attarde pas sur le moi (qui ne concerne pas l'individu ?)

    Antithèse : l'auteur utilise le moi de l'intimité

    Synthèse : l'auteur peut libérer la vie de ce qui l'emprisonne en passant du moi intime au moi universel, c'est dans l'intimité qu'on trouve l'universel...

    Qu'en pensez-vous ?

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Il me semble qu'en général, les auteurs partent de leurs expériences intimes.

    Ils peuvent dépasser cet égocentrisme en recherchant ce qui leur est commun avec les autres humains. Mais cette démarche généralisante n'est pas forcément libératrice.

    Ce qui libère de la prison (la finitude de la condition humaine) c'est le sublime, la générosité, la dignité, la création artistique, le mystère de la personne...

    Je ne peux m'empêcher de penser à Pascal et à son roseau. Le véritable auteur s'élève.

    L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser: une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. Toute notre dignité consiste donc en la pensée.

  • NSAXNSAX Membre

    Merci Jean-Luc ! Je ne vois pas toutefois pas le rapport avec les oeuvres de Racine, Du Bellay, Verlaine ou Duras lorsque tu évoques que les auteurs peuvent rechercher ce qui est commun avec les autres humains donc tendre vers l'universalité si je ne m'abuse mais sans pour autant procéder à cette "libération" ?

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    19 sept. modifié

    Du Bellay, Racine, Verlaine rejoignent leurs lecteurs (spectateurs) par la déception, la tristesse et la souffrance éprouvées. L'élégie est un terreau universel, mais ils ne se libèrent pas eux-mêmes par la plainte, pas plus qu'ils ne libèrent leurs lecteurs.

    En revanche ils peuvent les enchanter par le traitement esthétique, accéder par lui à la notoriété et transcender les limites de la condition humaine en changeant de point de vue (élévation). L'artiste est bien celui qui, dans l'homme, s'intéresse à ce qui dépasse l'homme. Pourquoi lit-on aujourd'hui ces oeuvres ? Pourquoi survivent-elles ?

  • NSAXNSAX Membre

    Merci pour ces informations ! Quels axes me proposez-vous dans ce cas ?

    Le conflit intimité/universalité me semble un bon choix pour la thèse de la citation (mise de côté du moi personnel pour par exemple la critique de la cour pour Du Bellay sans pour autant libérer l'auteur de ce qui l'emprisonne) et l'antithèse de la citation (le moi se maintient néanmoins dans l'écriture avec le moi personnel comme universalité des sensations, thèmes, élégie, plainte, mélancolie...) par contre je n'arrive à distinguer une troisième partie ? qu'en pensez-vous ?

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    En 3e partie, c'est la musicalité, les références picturales, architecturales, historiques, intertextuelles... qui transfigurent l'expression personnelle, l'esthétisation de l'expression des sentiments.

  • NSAXNSAX Membre

    D'accord mais je ne comprends pas en quoi l'esthétisation du moi personnel libère de ce que la vie personnelle emprisonne l'auteur ? Vous voulez dire que l'esthétisation rejoint les propos de Deleuze, en esthétisant on n'écrit plus avec notre moi, notre mémoire, nos douleurs et on tend à quelque chose d'au-delà du moi personnel et épuisé ?

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Oui, c'est cela.

    L'esthétisation libère l'artiste de l'étroitesse de ce qu'il ressent en lui permettant d'élargir la palette de ce qu'il a à exprimer.

    Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

    Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,

    Et puis est retourné, plein d'usage et raison,

    Vivre entre ses parents le reste de son âge !


    Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

    Fumer la cheminée, et en quelle saison

    Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

    Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?


    Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,

    Que des palais Romains le front audacieux,

    Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :


    Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,

    Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,

    Et plus que l'air marin la doulceur angevine..

    Prenons un exemple bien connu. Joachim souffre du mal du pays. Sa plainte devient originale parce qu'elle n'est plus enfermée dans le registre pathétique. C'est le miracle de l'esthétisation :

    • l'intertextualité du début qui recourt à la fois allusivement au registre épique et directement à la sagesse antique (argument d'autorité) sans oublier l'ironie euphémisante et plaisante de l'adjectif "beau",
    • la comparaison architecturale et le choix de la simplicité,
    • la promotion du petit "gaulois" au détriment de l'orgueilleux "latin".

    Les soupirs deviennent revendication, chant du terroir. Grâce à la lyre de Joachim Liré devient célèbre Voilà bien des ferments d'universalité dans le particularisme angevin décomplexé par rapport à la doxa d'alors..

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