Prépa littéraire Licence lettres modernes
Capes lettres modernes

Bonsoir,

Je me présente : jeune étudiant du sud de la France, j'entamerai en septembre ma L2 de lettres classiques à l'université, discipline qui me passionne et que j'ambitionne d'un jour pouvoir enseigner : et c'est bien là le problème.

Mes quelques recherches (globalement une année passée à lire des discussions et glaner des informations sur ce forum et Neoprofs) ainsi que mon expérience de première année dans le supérieur en LC (seulement 8 étudiants pour ma promotion, dont seuls 3 semblent éprouver ne serait-ce qu'un début d'intérêt pour la latin, le grec et la littérature, et des étudiants seuls en master/préparation à l'agrégation) ne me rassurent pas vraiment pour la suite. Mon objectif premier était, avant tout cela, de devenir professeur des universités; j'ai découvert qu'aucun enseignant dans ma faculté (à ma connaissance) n'a ce statut en latin ou en grec. Soit; de ce que j'ai compris, le statut de maître de conférences est presque équivalent à ce dernier. Cependant, mon ambition à été mise à rude épreuve par les témoignages que j'ai pu lire ici et là : postes extrêmement rares, nécessité de passer de nombreuses années à enseigner en tant qu'ATER ou chargé de cours avec la précarité que cela implique, et caetera. De plus, il ne me semble que très peu probable de voir la situation s'améliorer, vu l'inquiétant nombre d'étudiants qui s'inscrivent dans cette filière ou dans des options de latin/grec (ce qui laisse présager un non-remplacement de nombreux enseignants-chercheurs). Les mois filent et de plus en plus je perds l'espoir d'obtenir un jour un poste dans le supérieur. Les témoignages de doctorants désabusés, si nombreux, ne me donnent que peu d'espoir; j'ai de bons résultats et j'aime sincèrement ce que j'étudie, mais cela ne semble pas être suffisant.

Je ne mendie pas de l'espoir, mais simplement des informations et des conseils : est-il envisageable d'obtenir un poste de MCF avant 33/34 ans ou faut-il nécessairement patienter 7-8 ans en tant qu'ATER/chargé de cours (auquel cas je préférerais aller directement dans le secondaire et me battre pour un poste en CPGE)? Si oui, que faut-il faire pour? Et quid du recrutement en classes préparatoires? J'ai entendu dire que les étudiants les mieux classés à l'agrégation peuvent s'y voir directement affectés, est-ce un phénomène régulier?

Il est évident que je suis encore jeune et bien éloigné ne serait-ce que du début d'un potentiel doctorat, j'en ai bien conscience : mais comprenez que je veuille savoir à quoi m'attendre.

Merci d'avance pour vos sages indications.

Réponses

  • AscagneAscagne Membre

    Bonjour.

    La situation n'est en effet pas réconfortante en lettres classiques. C'est un bon exemple de cercle vicieux, d’Ouroboros qui, en se dévorant, finit aussi par se réduire. Moins de langues anciennes dans le secondaire -> moins d'étudiants à l'université -> moins d'enseignants dans le secondaire et moins d'enseignants à l'université -> moins de langues anciennes dans le secondaire, etc.

    Certes, de petits gestes ont été faits par rapport au secondaire, mais qui sont contestables (à mon avis, la volonté de "moderniser" toujours plus les choses, par exemple en se disant que la spécialité et l'option ne survivront qu'en faisant du transversal, n'est pas forcément un gage de reconquête). Un bon signe serait un véritable accroissement du nombre d'élèves dans le secondaire, mais vu le problème du recrutement et du rapetissement du vivier, ça ne réglerait pas tout. J'aimerais bien que ça arrive, évidemment, mais il y a aussi des forces qui travaillent contre ça (la concurrence entre les langues anciennes et d'autres options et spécialités jugées beaucoup plus intéressantes du point de vue utilitariste ; des questions budgétaires à l'EN et à l'université).

    Le statut titulaire "normal" pour être enseignant-chercheur à l'université, c'est celui de maître de conférences. On devient professeur après avoir passé l'habilitation à diriger les recherches et après avoir été recruté sur un poste - en lettres et dans la plupart des sections (à part en droit, par exemple, où on peut devenir professeur très jeune... à condition d'avoir passé l'agrégation du supérieur !). Tout le monde ne devient pas professeur d'université, donc. Cependant une réforme est en préparation qui peut aboutir à des changements importants, par exemple avec la réunion en un seul corps des titulaires du supérieur. Mais ça peut a priori passer par un retardement de l'entrée dans la carrière et par un recours plus prégnant à la contractualisation. Disons qu'on ne peut se satisfaire du statu quo actuel, mais que les propositions faites ces temps-ci portent elles aussi leur part de problèmes : c'est compliqué. Dans l'absolu, c'est bien préférable de pouvoir bénéficier d'un long contrat que de devoir candidater avec du stress et parfois aucune garantie chaque année lors de campagnes d'ATER. Cependant, si un long contrat se termine sans titularisation, ma foi, c'est sans doute pire que le désagrément qu'on peut tirer de la seconde situation.

    Pour atteindre l'objectif de la titularisation universitaire, il faut être sacrément motivé... mais en parallèle il n'y a pas de garantie finale (par exemple, un poste) qui puisse faciliter cette motivation. C'est la difficulté de cet objectif de carrière, car pour le réaliser, il faut être productif ; mais il est difficile d'être tout à fait productif quand on sait que l'objectif reste aussi éloigné, d'autant plus quand il y a si peu de postes. On a beau aimer la recherche, sa ou ses matière(s), ce n'est pas facile. Même lorsque l'on est bien parti sur cette voie, quand on a la chance d'être ATER, par exemple, on rencontre des difficultés car à partir d'un moment et d'un certain âge, ça peut revenir à faire des sacrifices importants (je pense au traitement et au mode de vie), auquel on consentirait certainement plus allègrement en se disant que la titularisation sera possible dans le futur. Et pourtant, objectivement, l'ATER, qui travaille à l'université, a bien plus les moyens de travailler sa recherche que, par exemple, des collègues en poste dans le secondaire. Même si le service est lourd lorsqu'on travaille sa thèse (en réalité ça fait des années qu'on sait que le statut d'ATER est devenu peu adapté notamment pour les doctorants). Il y a aussi une part de "chance" dans le parcours, étant donné la rareté des contrats, des postes d'ATER, et la qualité des candidats.

    Pour te donner une idée, je suis agrégé de lettres classiques mais je travaille sur une thèse en neuvième section (langue et littérature françaises). J'avais des doutes sur le fait de me lancer dans une thèse sur l'Antiquité (même si j'aime beaucoup, évidemment, les littératures antiques), mais j'étais aussi très intéressé par la littérature médiévale, d'où ce choix. Mais il a aussi dépendu de la situation de la filière universitaire des lettres classiques, encore moins favorable que celle des lettres modernes.

    On conseille vivement de se lancer en doctorat quand on a un filet de sécurité. Le problème, c'est que pour plein de raisons, il s'agit de l'agrégation (nécessaire quand on vise à être MCF ensuite, mais déjà quasi indispensable si on veut être doctorant contractuel et ATER). Or, l'agrégation conduit directement au secondaire, et d'ailleurs, pas seulement au lycée. La réalité du métier dans le secondaire aujourd'hui, notamment dans certains établissements, pose difficulté à des personnes qui ont surtout la vocation du supérieur. En revanche, pour les postes en prépa, il faut de toute façon passer par là (je pense aussi que c'est important quand on veut devenir MCF, notamment parce qu'on enseigne y compris à de futurs enseignants... le problème vient du fait de se sentir bloqué dans le secondaire ensuite quand on ne l'a pas directement désiré). Pour les postes en prépa, apparemment, le rang au concours est scruté.

    Un long message qui ne répond pas à tout, mais je pourrai compléter si cela t'intéresse.

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