Grammaire française Participe passé

29 mai modifié dans Langue française

J’ai été surpris d’entendre cette expression pour dire qu’un gâteau est très bon. C’est semble-t-il une métaphore hyperbolique. ..Très hyperbolique je suppose ! Tant le mot tuerie est rarement associé à quelque chose d’agréable. ..

Le lien suivant donne une analyse qui me semble intéressante de l’expression : https://www.liberation.fr/chroniques/2008/12/20/c-est-une-tuerie_297669

Son emploi semble récent, peut on savoir à quand elle a été utilisée pour la première fois ?

«1

Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    29 mai modifié

    Difficile à dire exactement.

    Voir ceci :

    Cette tuerie ne date pas de la dernière pluie : voilà plus d’une décennie qu’elle répand la terreur parmi les zélés défenseurs de la langue française. Lesquels la pourfendent en vain, si l’on en croit les dictionnaires usuels du français : tant les continuateurs de Pierre Larousse que ceux de Paul Robert ont adoubé tuerie dans l’emploi familier et figuré qui nous occupe : « Mets ou breuvage délectable ; délice […] ; par ext., ce que l’on juge magnifique, remarquable et qui suscite l’engouement », écrit le Petit Larousse 2018 ; « fam. C’est une tuerie : c’est formidable, sensationnel », renchérit le Petit Robert 2018.

    https://plus.lesoir.be/194321/article/2018-12-07/vous-avez-de-ces-mots-cette-chronique-cest-une-tuerie


  • On pourrait, sous forme de jeu, recenser les expressions de ce type qui disent au sens propre exactement le contraire de ce qu'elle veulent exprimer au figuré :

    C'est une tuerie

    Ça déchire (et sa variante : ça déchire grave)

    C'est d'enfer (probablement issu de l'ancien : c'est du tonnerre)

    ...

  • lamaneurlamaneur Modérateur

    C'est d'enfer me paraît une extension assez naturelle de "d'enfer" utilisé depuis longtemps :

    2. Loc. à valeur adj. D'enfer. Qui rappelle l'enfer, est digne de l'enfer (cf. diabolique, infernal, satanique).Feu, vie d'enfer, invention, machination d'enfer. Un petit ventilateur, qu'on venait d'installer dans la galerie nord, dans ces régions d'enfer, sous le tartaret, où l'aérage ne se faisait pas (Zola, Germinal,1885, p. 1584).À travers le sol grillé qui envoie un souffle d'enfer, j'entrevois l'abîme des machines (Morand, Paris-Tombouctou,1929, p. 32).

    ♦ [Après un subst. désignant une pers.] Ce maudit Harris! cet américain d'enfer! ce pirate exécrable! ce voleur d'enfants! cet assassin de jeunes filles! cet infâme (About, Roi mont.,1857, p. 254).

    P. ext. Qui est excessif par quelque côté ou qui ne semble pas naturel. Boucan, bruit d'enfer; jouer un jeu d'enfer. Il avait pour l'extraction des dents une poigne d'enfer (Flaub., Mme Bovary,t. 1, 1857, p. 70).[Il] se se lança dans une petite étude de Stephen Heller, en forme de fanfare, qu'il mena d'un train d'enfer et avec un étourdissant brio (Gide, Si le grain,1924, p. 459).

    https://www.cnrtl.fr/definition/enfer

    Beaucoup d'adjectifs ou de locutions adjectivales comme terrible, formidable, qui expriment d'abord la crainte ou l'horreur finissent pas acquérir une connotation positive.Ce phénomène existe d'ailleurs probablement dans toutes les langues. Cf. le succès de l'anglais awsome.

  • Hello, Freddy ! Je n'en trouve pas, à part des antiphrases trop littéraires.

  • Ah, ne voilà-t'y pas que mon jeu s'arrête avant-même d'avoir commencé... 🤨

    lamaneur, ce que j'en comprends est que la connotation négative passe à l'arrière plan pour laisser place à la connotation positive dès lors que le terme évoque quelque chose d'excessif, donc.

    Attendons de voir ce que ça donnera avec le très usité « c'est l'horreur » 😀

  • Bonjour,

    Alors là, pour moi, "c'est l'horreur" dit exactement ce que ça veut dire : c'est horrible, monstrueux, etc. Un syonyme moins courant : "C'est la misère !".

    Exemple : "J'ai 100 copies à corriger ce week-end, c'est l'horreur ! "

    Euh, sinon, je ne comprends pas bien le jeu. 😏

  • BleuhaBleuha Membre

    « C’est mortel » est utilisé aussi avec un sens positif. En tout cas, mon petit frère l’emploie pour qualifier des figures de skate-board particulièrement audacieuses (très paradoxalement, quand on les réussit).

  • Exact : « c'est mortel » a déjà trouvé sa connotation positive.

    fandixhuit je me disais que ce serait amusant de trouver des expression à connotation négative et exagérées (pour reprendre l'explication de lamaneur) qui signifieraient le contraire de leur acception d'origine.

    M'enfin, tout ça n'a qu'un intérêt superficiel et purement intellectuel. De toutes façons, ça évolue tous les jours. Tiens, j'entends souvent dans la bouche de mes jeunes : « trop la loose ! ». 😬

  • HapoHapo Membre

    "C'est la folie" ?

  • Un vieux truc : "C'est dingue ! " (génial, en fait).

  • folie et dingue, oui... 😀

    J'en tiens un autre ; « ça déchire » (et sa variante : « ça déchire grave »)

  • HapoHapo Membre

    Il y a aussi l'expression actuelle, en verlan : "c'est chanmé". Il s'agit de l'inversion des deux syllabes de "méchant", et cela signifie "génial" ou "super".

  • « méchant » est un exemple tout à fait intéressant : son sens est passé de mauvais, miteux, désagréable, etc à extraordinaire, fabuleux, etc (ce que le TLFi appelle une « valeur méliorative » ☺️ )

  • JehanJehan Modérateur

    Et le tout premier sens était "malchanceux", conformément à l'étymologie : qui tombe mal (participe présent du verbe meschoir).

  • Quand j'étais jeune on disait d'un bon élève que c'était une bête. Ça se dit toujours ?

    Autre jeu : trouver un mot négatif qui sera positif dans dix ans. Mais comment jouer ???

    Existe-t-il des noms ou adjectifs qui ont eu un sens positif mais dont le sens est devenu négatif ?

  • Oh oui, il en existe ! Par exemple, j'entends souvent dire de quelqu'un qu'il est « gentil » pour dire qu'il est bête (et je n'aime pas cette acception qui tend à démontrer insidieusement que la gentillesse est de la bêtise...). À noter que dans les pièces du XIXe siècle, on entend souvent « il est gentil » pour dire qu'il est beau garçon.

    Mais c'est un autre jeu... 😁

  • HapoHapo Membre

    Ça se dit toujours mais uniquement dans quelques expressions précises : des bêtes à concours, des bêtes de course...

  • JocrisseJocrisse Membre
    17 juin modifié

    J'ai entendu aussi, pas récemment : Untel, c'est une brute, en maths ! Avec la même figure, la "brute" étant normalement un animal, ou un être inculte, mal dégrossi et sauvage, alors qu'on veut exprimer exactement le contraire.

    J'aime bien ces antiphrases et j'avoue avoir moi-même tendance à en abuser. Pour "tuerie", je l'ai entendu presque exclusivement pour parler de gastronomie (donc l'exemple donné ne me surprend pas). Ce qu'il y a de plus doux, de plus plaisant décrit comme la violence la plus extrême : Ton omelette aux truffes, c'est une vraie tuerie ! (J'ajoute "vrai" dans le même esprit, puisque c'est faux, tout au contraire, cela me fait exister davantage, cela augmente ma puissance d'être, dirait Spinoza).

    On peut penser que pour exprimer le plus extrême dans l'existence, nous nous référons à son ultime extrémité, la mort. Ainsi, alors que le plaisir est pour l'humain ce qui dit au plus haut point qu'il est vivant, puisqu'il est sentant, on parle de mourir de plaisir, ou de jouir "à mort".

  • J'ai relevé dans Un amour de Swann l'expression "c'est une tuerie" mais dans le premier sens (péjoratif) = épouvantable. Odette parle à Swann d'un bal "chic" où elle n'a pas été invitée et dit : "Au fond j'aime autant ne pas y être allée, c'était une tuerie, je n'aurais rien vu."

  • LaoshiLaoshi Membre

    Je n'aurais jamais cru trouver cette expression chez Proust, mais ici, on peut dire que c'est presque au sens propre. Comme lorsque que l'on dit : C'était un massacre en parlant de la très mauvaise interprétation d'une oeuvre musicale.

Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.