Bonjour,

J'ai une question sur la signification d'une phrase de Musset (La Confession d'un enfant du siècle).

Voici le passage:

Or, du passé, ils n’en voulaient plus, car la foi en rien ne se donne ; l’avenir, ils l’aimaient, mais quoi ? comme Pygmalion Galathée ; c’était pour eux comme une amante de marbre, et ils attendaient qu’elle s’animât, que le sang colorât ses veines.

Cf https://fr.wikisource.org/wiki/La_Confession_d%E2%80%99un_enfant_du_si%C3%A8cle_(1840)/Premi%C3%A8re_partie pour le texte en entier.

Je ne comprends tout simplement pas la phrase "la foi en rien ne se donne".

Quelqu'un pourrait il me donner une explication sur le sens de cette dernière phrase dans le contexte ci-dessus ?

Merci par avance,

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Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Bonjour balteo,

    Cette phrase se comprend à partir d'informations placées un peu avant :

    Trois éléments partageaient donc la vie qui s’offrait alors aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit, s’agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siècles de l’absolutisme

    Les enfants, nourris dans les rêves épiques de l'Empire, ne veulent plus d'un passé qui s'est effondré. Ils ne peuvent plus donner leur foi à ce qui est devenu néant.

    la foi en rien ne se donne = on ne donne pas sa foi à ce qui n'est plus rien

  • LaoshiLaoshi Membre

    Elle est ennuyeuse tout de même, cette phrase, tu ne trouves pas, Jean-Luc ? Bien sûr, je donnerais la même explication que toi. Elle ne fait aucun doute. Mais quelque chose me gêne . L'absence de pas, peut-être...

  • balteobalteo Membre

    Merci beaucoup pour vos réponses, notamment celle de Jean-Luc. Je comprends beaucoup mieux maintenant.😊

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    @Laoshi

    J'ai eu un moment de recul devant cette formulation. Sans le contexte je n'aurais pas compris.

    D'abord il m'a fallu admettre que se donner était ici un verbe pronominal de sens passif et que "en rien" ne complétait pas foi mais se donner. Se donner en pouvait alors être un synonyme de se donner à au sens de se consacrer.

  • LaoshiLaoshi Membre

    Oui. Ne plus avoir rien en quoi on puisse croire, quelle tristesse, sentiment de néant ! D'où le mal du siècle.... 🙃

  • fandixhuitfandixhuit Membre

    Oui, Laoshi, ils voulaient tous être Napoléon...

  • balteobalteo Membre
    7 mai modifié

    Je poste une autre question sur La Confession d’un enfant du siècle de Musset.

    Dans le passage ci-dessous, je ne comprends pas la proposition apposée: “afin qu’on leur fermât les yeux.”

    L’auteur parle-t-il des yeux des pères ou des fils ? Le fait de fermer les yeux doit il être compris comme une allusion à la mort ? Comment comprendre cette phrase ?

    Alors ces hommes de l’Empire, qui avaient tant couru et tant égorgé, embrassèrent leurs femmes amaigries et parlèrent de leurs premières amours ; ils se regardèrent dans les fontaines de leurs prairies natales, et ils s’y virent si vieux, si mutilés, qu’ils se souvinrent de leurs fils, afin qu’on leur fermât les yeux. Ils demandèrent où ils étaient ; les enfants sortirent des collèges, et ne voyant plus ni sabres, ni cuirasses, ni fantassins, ni cavaliers, ils demandèrent à leur tour où étaient leurs pères. Mais on leur répondit que la guerre était finie, que César était mort, et que les portraits de Wellington et de Blücher étaient suspendus dans les antichambres des consulats et des ambassades, avec ces deux mots au bas : Salvatoribus mundi.

    Le lien du texte dans son intégralité peut être trouvé ci-dessus dans mon premier post.

    Merci par avance pour votre aide.

  • balteobalteo Membre
    7 mai modifié

    Je poste encore une autre question sur La Confession d’un enfant du siècle de Musset.

    Que veut dire Musset quand il parle de “manteau des égoïstes” dans le passage ci-dessous:

    Il leur restait donc le présent, l’esprit du siècle, ange du crépuscule, qui n’est ni la nuit ni le jour ; ils le trouvèrent assis sur un sac de chaux plein d’ossements, serré dans le manteau des égoïstes, et grelottant d’un froid terrible. L’angoisse de la mort leur entra dans l’âme à la vue de ce spectre moitié momie et moitié fœtus ; ils s’en approchèrent comme le voyageur à qui l’on montre à Strasbourg la fille d’un vieux comte de Sarverden, embaumée dans sa parure de fiancée. Ce squelette enfantin fait frémir, car ses mains fluettes et livides portent l’anneau des épousées, et sa tête tombe en poussière au milieu des fleurs d’oranger.

    Le lien du texte dans son intégralité peut être trouvé ci-dessus dans mon premier post.

    Merci par avance pour votre aide.

  • balteobalteo Membre
    7 mai modifié

    Voici encore une phrase dont le sens m’échappe: “La débauche, en outre, première conclusion des principes de mort, est une terrible meule de pressoir lorsqu’il s’agit de s’énerver.”

    Et voici le passage d’où est extrait la phrase:

    Ainsi les jeunes gens trouvaient un emploi de la force inactive dans l’affectation du désespoir. Se railler de la gloire, de la religion, de l’amour, de tout au monde, est une grande consolation, pour ceux qui ne savent que faire ; ils se moquent par là d’eux-mêmes et se donnent raison tout en se faisant la leçon. Et puis, il est doux de se croire malheureux, lorsqu’on n’est que vide et ennuyé. La débauche, en outre, première conclusion des principes de mort, est une terrible meule de pressoir lorsqu’il s’agit de s’énerver.

    P.S. J'ai remarqué qu'on avait déplacé mes posts dans cette discussion. Excusez mes multiples posts mais ce deuxième chapitre de La Confession est extrêmement ardu et beaucoup de passages y sont très difficiles à interpréter. Merci pour votre compréhension. 😊

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Bonsoir balteo,

    Je vais essayer de répondre déjà à la dernière.

    Le raisonnement de Musset : privés d'idéal, les jeunes gens se sont investis dans une autodestruction. Affectant de ne croire en rien et pour échapper à leur vide intérieur, ils ont cultivé le goût du malheur et se sont lancés dans la débauche. La débuche n'est pas ce que l'on croit communément. Elle n'est pas un plaisir, elle est une souffrance mortelle (meule de pressoir, une possible allusion impie à Gethsémani, lieu symbolique du pressoir où le Christ donne sa vie, là où le débauché se complaît dans sa destruction) quand il s'agit d'évacuer son énergie inemployée (énerver a ici son sens ancien d'enlever les nerfs, de priver de force, d'énergie, alors qu'aujourd'hui on entend son contraire dans le sens d'exciter).


  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Que veut dire Musset quand il parle de “manteau des égoïstes” dans le passage ci-dessous :

    Il leur restait donc le présent, l’esprit du siècle, ange du crépuscule, qui n’est ni la nuit ni le jour ; ils le trouvèrent assis sur un sac de chaux plein d’ossements, serré dans le manteau des égoïstes, et grelottant d’un froid terrible. L’angoisse de la mort leur entra dans l’âme à la vue de ce spectre moitié momie et moitié fœtus ; ils s’en approchèrent comme le voyageur à qui l’on montre à Strasbourg la fille d’un vieux comte de Sarverden, embaumée dans sa parure de fiancée. Ce squelette enfantin fait frémir, car ses mains fluettes et livides portent l’anneau des épousées, et sa tête tombe en poussière au milieu des fleurs d’oranger.

    Musset décrit l'esprit du siècle, ce vide spirituel, au moyen de l'allégorie de l'ange du crépuscule, ange déchu bien entendu, figure luciférienne : cet ange évoque la mort (ossements, froid terrible) et le repli sur soi, l'incapacité de se consacrer à de grandes causes (le manteau des égoïstes).

  • LaoshiLaoshi Membre
    7 mai modifié

    Alors ces hommes de l’Empire, qui avaient tant couru et tant égorgé, embrassèrent leurs femmes amaigries et parlèrent de leurs premières amours ; ils se regardèrent dans les fontaines de leurs prairies natales, et ils s’y virent si vieux, si mutilés, qu’ils se souvinrent de leurs fils, afin qu’on leur fermât les yeux

    Il s’agit des yeux des pères, je pense. Les héros des guerres napoléoniennes ne sont plus que des héros fatigués, qui ont tout laissé pour servir l’empereur. Ils ont perdu leur aura en même temps que la gloire de l’empereur a été réduite à néant par sa défaite. ce sont des hommes finis. Le fait de fermer les yeux est effectivement une allusion à la mort. Et ils se souviennent alors qu’ils ont des fils.

     ils le trouvèrent assis sur un sac de chaux plein d’ossements, serré dans le manteau des égoïstes, et grelottant d’un froid terrible.

    Le pronom personnel le reprend le mot « présent ». Le présent est présenté sous une forme imagée, celle d’un spectre drapé dans un manteau ; on pourrait parler d’allégorie. ce personnage effrayant est dit « « « drapé dans le manteau des égoïstes ». Ce présent n’a aucun idéal à proposer, rien pour quoi on ait envie de donner...sa vie par exemple, ou du moins ses actions et ses hauts faits. Il ne génère pas en quelque façon la générosité.

    Et puis, il est doux de se croire malheureux, lorsqu’on n’est que vide et ennuyé. La débauche, en outre, première conclusion des principes de mort, est une terrible meule de pressoir lorsqu’il s’agit de s’énerver.

    Je crois que l’on peut comprendre : Les fils des héros, désœuvrés et sans les idéaux de leurs pères, se regardent donc le nombril, et de leur ennui naît un sentiment mélancolique qui tend vers la mort. Pour éviter de sombrer dans le désespoir, ils se tournent vers une vie de débauche qui leur donne l’illusion d’exister.

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Dans le passage ci-dessous, je ne comprends pas la proposition apposée : “afin qu’on leur fermât les yeux.”

    L’auteur parle-t-il des yeux des pères ou des fils ? Le fait de fermer les yeux doit-il être compris comme une allusion à la mort ? Comment comprendre cette phrase ?

    Alors ces hommes de l’Empire, qui avaient tant couru et tant égorgé, embrassèrent leurs femmes amaigries et parlèrent de leurs premières amours ; ils se regardèrent dans les fontaines de leurs prairies natales, et ils s’y virent si vieux, si mutilés, qu’ils se souvinrent de leurs fils, afin qu’on leur fermât les yeux.

    Expression énigmatique. Je ne sais comment l'interpréter. Grammaticalement, c'est la suite de ce qui précède : la désillusion absolue des militaires. Les anciens combattants ne peuvent supporter leur déchéance et, songeant à l'image qu'ils vont laisser à leurs fils, souhaitent qu'on la leur cache.

  • LaoshiLaoshi Membre

    Je vois que nos avis divergent.

    Peut-être ai-je répondu trop vite. J’en reste néanmoins sur ma première idée.

    Mais je suis en train de réaliser que je n’avais jamais pris conscience de la complexité de ces passages.

  • balteobalteo Membre

    Bonjour @Laoshi et @Jean-Luc

    Merci à vous deux pour ces explications détaillées. Je pense que concernant la phrase suivante: “afin qu’on leur fermât les yeux.”, vos avis ne sont pas forcément divergents et peuvent même se compléter; la phrase peut avoir plusieurs sens en même temps. 😊

    La référence biblique à Gethsémané et au pressoir est intéressante; je ne connaissais pas ce passage de la bible... Idem pour le sens ancien d'énerver qui est effectivement plus logique ici.

    J'ai quelques questions supplémentaires à poster sur ce fameux deuxième chapitre de La Confession. Je fais ça d'ici peu.

  • balteobalteo Membre

    Bonjour,

    Voici donc quelques questions supplémentaires que je vais essayer de regrouper dans un seul post.

    Question 1:

    Pourquoi, dans l’allégorie suivante, la mort est-elle associée à la “pourpre” (cf “dans sa pourpre fumante”) ? Serait-ce une allusion au pouvoir de l’empereur ?

    Voici le passage dans lequel apparaît la phrase:

    C’était l’air de ce ciel sans tache, où brillait tant de gloire, où resplendissait tant d’acier, que les enfants respiraient alors. Ils savaient bien qu’ils étaient destinés aux hécatombes ; mais ils croyaient Murat invulnérable, et on avait vu passer l’empereur sur un pont où sifflaient tant de balles, qu’on ne savait s’il pouvait mourir. Et quand même on aurait dû mourir, qu’était-ce que cela ? La mort elle-même était si belle alors, si grande, si magnifique dans sa pourpre fumante ! elle ressemblait si bien à l’espérance, elle fauchait de si verts épis, qu’elle en était comme devenue jeune, et qu’on ne croyait plus à la vieillesse.

    Question 2:

    À qui Musset fait-il référence par “ces bavards-là” dans le passage suivant:

    On avait bien vu jusqu’alors des gens qui haïssaient les nobles, qui déclamaient contre les prêtres, qui conspiraient contre les rois ; on avait bien crié contre les abus et les préjugés ; mais ce fut une grande nouveauté que de voir le peuple en sourire. S’il passait un noble, ou un prêtre, ou un souverain, les paysans qui avaient fait la guerre commençaient à hocher la tête et à dire : « Ah ! celui-là nous l’avons vu en temps et en lieu ; il avait un autre visage. » Et quand on parlait du trône et de l’autel, ils répondaient : « Ce sont quatre ais de bois ; nous les avons cloués et décloués. » Et quand on leur disait : « Peuple, tu es revenu des erreurs qui t’avaient égaré ; tu as rappelé tes rois et tes prêtres » ; ils répondaient : « Ce n’est pas nous ; ce sont ces bavards-là. » Et quand on leur disait : « Peuple, oublie le passé, laboure et obéis », ils se redressaient sur leurs sièges, et on entendait un sourd retentissement. C’était un sabre rouillé et ébréché qui avait remué dans un coin de la chaumière. Alors on ajoutait aussitôt : « Reste en repos du moins ; si on ne te nuit pas, ne cherche pas à nuire. » Hélas ! ils se contentaient de cela.

    Question 3:

    Dans le passage ci-dessous, je crois comprendre que Musset développe une nouvelle allégorie avec  “l’affreuse désespérance”. Est-ce bien à cette “désespérance” que Musset fait référence avec “l’horrible idole” ? Pourquoi alors Chateaubriand l’enveloppe-t-il d’un “manteau de pèlerin” ?

    Pareille à la peste asiatique exhalée des vapeurs du Gange, l’affreuse désespérance marchait à grands pas sur la terre. Déjà Chateaubriand, prince de poésie, enveloppant l’horrible idole de son manteau de pèlerin, l’avait placée sur un autel de marbre, au milieu des parfums des encensoirs sacrés. Déjà, pleins d’une force désormais inutile, les enfants du siècle raidissaient leurs mains oisives et buvaient dans leur coupe stérile le breuvage empoisonné. Déjà tout s’abîmait, quand les chacals sortirent de terre. Une littérature cadavéreuse et infecte, qui n’avait que la forme, mais une forme hideuse, commença d’arroser d’un sang fétide tous les monstres de la nature.  

    Question 4:

    Comment comprendre la phrase suivante: “Les hommes doutaient de tout : les jeunes gens nièrent tout.” Est-ce que Musset oppose ici les “hommes” aux “jeunes gens” ces derniers niant les doutes des premiers ?

    Et enfin, que veut dire Musset quand il oppose “l’enthousiasme du mal” à “l’abnégation du bien” ?

    Qui osera jamais raconter ce qui se passait alors dans les collèges ? Les hommes doutaient de tout : les jeunes gens nièrent tout. Les poètes chantaient le désespoir : les jeunes gens sortirent des écoles avec le front serein, le visage frais et vermeil, et le blasphème à la bouche. D’ailleurs le caractère français, qui de sa nature est gai et ouvert, prédominant toujours, les cerveaux se remplirent aisément des idées anglaises et allemandes, mais les cœurs, trop légers pour lutter et pour souffrir, se flétrirent comme des fleurs fanées. Ainsi le principe de mort descendit froidement et sans secousse de la tête aux entrailles. Au lieu d’avoir l’enthousiasme du mal nous n’eûmes que l’abnégation du bien ; au lieu du désespoir, l’insensibilité. Des enfants de quinze ans, assis nonchalamment sous des arbrisseaux en fleur, tenaient par passe-temps des propos qui auraient fait frémir d’horreur les bosquets immobiles de Versailles. La communion du Christ, l’hostie, ce symbole éternel de l’amour céleste, servait à cacheter des lettres ; les enfants crachaient le pain de Dieu.

    Voici de nouveau le lien vers le texte dans son intégralité: https://fr.wikisource.org/wiki/La_Confession_d%E2%80%99un_enfant_du_si%C3%A8cle_(1840)/Premi%C3%A8re_partie

    Merci encore pour votre aide.

  • lamaneurlamaneur Modérateur

    Pourquoi, dans l’allégorie suivante, la mort est-elle associée à la “pourpre” (cf “dans sa pourpre fumante”) ? Serait-ce une allusion au pouvoir de l’empereur ?

    N'est-ce pas plutôt l'image du sang encore fumant qui forme comme un manteau de pourpre ?

  • balteobalteo Membre
    9 mai modifié

    Bonjour @lamaneur et merci

    N'est-ce pas plutôt l'image du sang encore fumant qui forme comme un manteau de pourpre ?

    Effectivement c'est plus logique.

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    9 mai modifié

    Bonsoir Balteo,

    Question 3:

    Dans le passage ci-dessous, je crois comprendre que Musset développe une nouvelle allégorie avec  “l’affreuse désespérance”. Est-ce bien à cette “désespérance” que Musset fait référence avec “l’horrible idole” ? Pourquoi alors Chateaubriand l’enveloppe-t-il d’un “manteau de pèlerin” ?

    Pareille à la peste asiatique exhalée des vapeurs du Gange, l’affreuse désespérance marchait à grands pas sur la terre. Déjà Chateaubriand, prince de poésie, enveloppant l’horrible idole de son manteau de pèlerin, l’avait placée sur un autel de marbre, au milieu des parfums des encensoirs sacrés. Déjà, pleins d’une force désormais inutile, les enfants du siècle raidissaient leurs mains oisives et buvaient dans leur coupe stérile le breuvage empoisonné. Déjà tout s’abîmait, quand les chacals sortirent de terre. Une littérature cadavéreuse et infecte, qui n’avait que la forme, mais une forme hideuse, commença d’arroser d’un sang fétide tous les monstres de la nature.  

    L'horrible idole est bien la désespérance.

    Musset vise ici le René de Chateaubriand.

    Identifiée au préromantisme et pierre angulaire du développement du romantisme français, cette œuvre rencontre un grand succès à sa parution et plus encore sous la Restauration. Elle préfigure le « mal du siècle », un thème majeur des écrivains et poètes du xixe siècle. En effet, à la chute de l'Empire napoléonien, toute une génération déchue de ses rêves de gloire, désorientée et réduite à l'inaction semble se reconnaître dans le personnage inventé par Chateaubriand et par son « vague à l'âme ». Cet ennui, cette inquiétude, cette désespérance se retrouveront à des degrés divers dans les œuvres romantiques et même jusque dans le spleen baudelairien.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_(roman)


    Pourquoi alors le "manteau de pèlerin" ? René a d'abord été publié à la fin du Génie du christianisme. D'où les allusions à "autel de marbre, au milieu des parfums des encensoirs sacrés." Le christianisme a par ailleurs toujours considéré la vie comme un pèlerinage terrestre vers l'éternité, (le thème biblique du voyage et du passage). René, dans ses aspirations d'absolu, est l'image du pèlerin insatisfait que raille Musset.

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    9 mai modifié

    Bonspor Balteo,

    Question 4:

    Comment comprendre la phrase suivante: “Les hommes doutaient de tout : les jeunes gens nièrent tout.” Est-ce que Musset oppose ici les “hommes” aux “jeunes gens” ces derniers niant les doutes des premiers ?

    Musset oppose bien les jeunes gens aux hommes. En fait il dénonce la mollesse des adultes et souligne la radicalité désespérée de la jeune génération professant un nihilisme courageux autant que destructeur.

    Et enfin, que veut dire Musset quand il oppose “l’enthousiasme du mal” à “l’abnégation du bien” ?

    Qui osera jamais raconter ce qui se passait alors dans les collèges ? Les hommes doutaient de tout : les jeunes gens nièrent tout. Les poètes chantaient le désespoir : les jeunes gens sortirent des écoles avec le front serein, le visage frais et vermeil, et le blasphème à la bouche. D’ailleurs le caractère français, qui de sa nature est gai et ouvert, prédominant toujours, les cerveaux se remplirent aisément des idées anglaises et allemandes, mais les cœurs, trop légers pour lutter et pour souffrir, se flétrirent comme des fleurs fanées. Ainsi le principe de mort descendit froidement et sans secousse de la tête aux entrailles. Au lieu d’avoir l’enthousiasme du mal nous n’eûmes que l’abnégation du bien ; au lieu du désespoir, l’insensibilité. Des enfants de quinze ans, assis nonchalamment sous des arbrisseaux en fleur, tenaient par passe-temps des propos qui auraient fait frémir d’horreur les bosquets immobiles de Versailles. La communion du Christ, l’hostie, ce symbole éternel de l’amour céleste, servait à cacheter des lettres ; les enfants crachaient le pain de Dieu.

    Il faut remettre cette affirmation dans son contexte. Musset relève comment les jeunes esprits français mal préparés ont pu être empoisonnés par les romantismes allemand et anglais. D'une part, Goethe et Les Souffrances du jeune Werther. D'autre part, le roman gothique anglais avec son sulfureux satanisme. Ces deux origines, incompatibles avec l'esprit français trop tendre et trop léger, n'ont pu développer une mystique délétère, "l'enthousiasme du mal", et se sont résorbées dans une incapacité morale, "l'abnégation (renoncement) du bien".

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