Différencier infinitif à valeur verbale et nominale

Bonjour à tous,

J'ai beaucoup de mal à réussir à différencier l'infinitif à valeur verbale de l'infinitif à valeur nominale, lorsque cet infinitif suit un autre verbe conjugué.
Par exemple, si je me réfère au Grévisse, dans la phrase "L'univers peut se tromper", l'infinitif "tromper" est à valeur verbale.
En revanche, dans la phrase "elle désire vous connaitre", l'infinitif "connaitre" est à valeur nominale car il est COD de "désire".

Mais je ne comprends pas pourquoi on ne classe pas l'infinitif de la première phrase dans les valeurs nominales. Il est bien COD aussi, non (L'univers peut quoi ? Se tromper. Que l'on peut pronominaliser -> L'univers le peut) ?
Et en quoi la seconde phrase n'est pas une périphrase verbale, avec "désire" comme semi-auxiliaire modal ?

Bref, y-a-t-il un moyen sûr pour pouvoir différencier les infinitifs qui relèvent de la fonction nominale et ceux qui relèvent de la fonction verbale ?

Merci par avance.
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Réponses

  • Peut-être peut-on parler de valeur nominale lorsqu'il est aisé de remplacer l'infinitif par un nom.
  • Tout simplement ?

    Alors merci.
  • Enfin, certains compliqueront peut-être la chose, mais moi je le vois ainsi. :)
    J'aime chanter = j'aime le chant.
    Elle a peur de mourir = elle a peur de la mort.
    il rêve de se venger = il rêve de vengeance.
  • Et "elle désire vous connaitre" -> "elle désire la connaissance de vous" ?
    Un peu bizarre dans ce cas là, mais je pense que ça fonctionne quand même.

    Enfin, je dis que je pense que ça fonctionne mais en fait, je n'en suis pas sûr.

    C'est quand même capillotracté, "elle désire la connaissance de vous".

    De même, lorsque l'infinitif est COD, dans le Grévisse, on trouve les exemples :
    - Elle veut partir
    - Elle craint de parler

    Je ne vois pas vraiment comment on peut les remplacer par un nom :
    - Elle veut le départ ?
    - Elle craint sa parole ?

    A moins de les changer par un nom complètement différent :
    - Elle veut du pain
    - Elle craint l'eau froide

    Mais je ne pense pas que c'était ce que vous vouliez dire.

    Du coup, quand il s'agit de savoir si ce sont des COD ou des infinitifs à valeur verbale, je suis perdu.

    Merci de m'aider. :)
  • Les infinitifs peuvent de toute façon être COD comme ils peuvent être sujets.

    Le problème est ici de savoir, si j'ai bien compris si l'infinitif a une valeur nominale ou verbale.
    Il a une valeur verbale :
    -Dans une proposition infinitive : J'entends /les enfants jouer
    -Dans une interrogative du type : Que faire ? que dire ?
    -Lorsqu'il remplace un impératif : Entrer sans frapper.
    -En cas d'infinitif de narration : Et tous de rire.

    On parlera de valeur nominale lorsqu'il peut occuper la plupart des fonctions du nom. (sujet, attribut du sujet, COI, C de nom, CC...)
  • Quand je parle de COD, c'était uniquement en emploi nominal.

    Ma question était surtout : comment savoir que "L'univers peut se tromper" a l'infinitif en emploi verbal alors que "Elle désire vous connaitre" ou "elle veut partir", où les infinitifs sont difficilement remplaçables par un nom, sont en emploi nominal avec fonction de COD.
    Je ne vois pas trop comment différencier ces deux formes, en fait.


    Sinon, dans les emplois verbaux de l'infinitif que vous citez, il y a également l'emploi en proposition subordonnée relative : "Elle cherche une salle où fêter son anniversaire".
  • Il me semble que dans l'univers peut se tromper, l'infinitif a une valeur nominale. Il n'y a aucune raison d'opposer pouvoir et vouloir.
  • C'est bien mon avis aussi, Yvain.

    Mais dans la GMF, dans la catégorie "L'infinitif est le centre verbal d'une phrase", sous partie "Emploi en corrélation avec un semi-auxiliaire" (p.583 de l'édition 2014), il est dit :

    "Quand l'infinitif suit un auxiliaire aspectuel ou modal (devoir, pouvoir), il entretient avec lui le même type de rapports que le participe passé avec les auxiliaires être et avoir ; l'auxiliaire et l'infinitif forment le centre du groupe verbal. Le premier sert de support aux désinences de temps, de personne et de nombre et apporte une indication aspectuelle ou modale. L'infinitif porte l'essentiel de la signification (état ou processus) et possède les propriétés du verbe ; c'est lui qui opère notamment la sélection du sujet et des compléments : Et le chien se mit à tourner autour de la pièce (Maupassant) - Il dut, quelques secondes, fermer les yeux (Saint-Exupéry) - L'univers peut se tromper (Giraudoux) - Pardonnez aux efforts que je viens de tenter / Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter (Racine)."


    Donc ça semble bien être en emploi verbal. Mais je ne comprends pas la différence avec les emplois nominaux mentionnés ci-avant.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Hapo a écrit:
    Ma question était surtout : comment savoir que "L'univers peut se tromper" a l'infinitif en emploi verbal alors que "Elle désire vous connaitre" ou "elle veut partir", où les infinitifs sont difficilement remplaçables par un nom, sont en emploi nominal avec fonction de COD.
    Je ne vois pas trop comment différencier ces deux formes, en fait.
    Je ne connais rien à ces subtilités, mais on sent bien qu'il y a une différence entre
    d'une part :
    Elle désire vous connaître = Que désire-t-elle ? Vous connaître !
    Elle veut partir = Que veut-elle ? Partir

    Vous connaître et partir sont clairement des COD.
    et d'autre part :
    L'univers peut se tromper qu'on ne peut pas paraphraser en Que peut l'univers ? Se tromper ! Se tromper n'est pas le COD de peut mais est bien un verbe à part entière avec un auxiliaire modal.
  • Néanmoins Grevisse range ces deux verbes dans la catégorie de ceux qui sont suivis d'un infinitif à valeur nominale. Ce n'est pas tellement une question de sens, mais de structure.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Quel Grevisse ?
    Dans le Grevisse de l'enseignant, page 175, l'infinitif en corrélation avec un auxiliaire est bien rangé dans la catégorie des emplois verbaux de l'infinitif, et on y cite précisément la modalité avec devoir (obligation ou probabilité) et pouvoir (possibilité, permission).
    Mais ce sont des simples questions d'étiquetage, toujours délicates. Le même livre rappelle que la distinction n'est pas forcément si radicale, et qu'il y a un continuum entre les emplois pleinement verbaux et les emplois pleinement nominaux. Dans un autre ouvrage, le Petit Bon Usage de la langue française, l'infinitif avec auxiliaire modal fait l'objet d'une catégorie intermédiaire entre les deux autres catégories !
  • J'ai trouvé cela dans Le bon usage, § 875, p. 1283 (édition Duculot, 1993), partie B du chapitre, consacré à l'infinitif dans les fonctions du nom, dans la sous-partie titrée "L'infinitif complément de verbe". Il y a une liste de verbes se construisant directement, et dont voici la fin : pouvoir - préférer(construisable aussi indirectement) - présumer - reconnaître - regarder - savoir - sentir - supposer - vouloir.

    Mais devoir ne figure pas dans la liste...
  • Yvain a écrit:
    Néanmoins Grevisse range ces deux verbes dans la catégorie de ceux qui sont suivis d'un infinitif à valeur nominale. Ce n'est pas tellement une question de sens, mais de structure.
    Donc si c'est une question de structure, comment différencier les deux emplois dans les exemples que j'ai donnés ?
    Je trouve la distinction bien compliquée...
  • Lamaneur a écrit
    Je ne connais rien à ces subtilités
    finalement, je me rends compte que moi non plus. Comme dit l'autre, je croyais savoir et ne savais point.
    Construisable, ça existe, Yvain, ou tu viens de nous l'inventer ? ;)
  • C'est peut-être aussi qu'il ne faut pas parler d'emploi verbal de l'infinitif, mais d'emploi comme prédicat, de phrase (inf. exclamatif, de narration, etc...) ou de proposition (P. infinitive).

    C'est bien drôle que construisable, en face de constructible, n'existe pas. Le problème est que j'en ai besoin. Je crée donc un nonce word. :)
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