Bonjour,

Désolé d'ouvrir ce fil de discussion mais comme je vais continuer à suivre celui commencé dans le fil général de "traduction latine", et comme j'avais aussi une question précise (en plus de ma traduction) sur un extrait de cette Histoire de Tite-Live, j'ai préféré ouvrir celui-ci, pour ne pas surcharger celui-là.

Voilà les 2 extraits que j'essaie de traduire :
source : "Exercices de version latine" de Claude-Alain Chevalier, Cursus, Armand Colin).


Une affaire d’empoisonnement à Rome en 329 av. J.-C.
Foedus insequens annus seu intemperie caeli seu humana fraude, M. Claudio Marcello C. Valerio consulibus… Illud pervelim — nec omnes auctores sunt — proditum falso esse venenis absumptos quorum mors infamem annum pestilentia fecerit ; sicut proditur tamen res, ne cui auctorum fidem abrogaverim, exponenda est. Cum primores civitatis similibus morbis eodemque ferme omnes eventu morerentur, ancilla quaedam ad Q. Fabium Maximum aedilem curulem1indicaturam se causam publicae pestis professa est, si ab eo fides sibi data esset haud futurum noxiae indicium.

L’année suivante, sous les consulats de M. Claudius Marcellus et de C. Valerius a été néfaste soit à cause des caprices célestes soit en raison d'une tromperie humaine… laissez-moi raconter cela –tous n’en sont pas garants – qui s’est faussement répandu à savoir que des vies ont été volées par un poison et dont l'épidémie de mort a rendu cette année infâme ; comme la chose cependant se transmet, je ne retirerai pas la foi des auteurs sur ce sujet, il faut la raconter. Comme les personnages de la cité mouraient des mêmes symptômes et presque toujours avec la même issue, une servante a déclaré devant l’édile curule Q. Fabius Maximus qu’elle allait révéler la cause de la peste publique, si avant cela on lui prêtait serment que la révélation ne lui porterait aucun préjudice.
Fabius confestim rem ad consules, consules ad senatum referunt, consensuque ordinis** fides indici data. Tum patefactum muliebri fraude civitatem premi, matronasque ea venena coquere, et si sequi extemplo velint, manifesto deprehendi posse. Secuti indicem et coquentes quasdam medicamenta et recondita alia invenerunt. Quibus in forum delatis et ad viginti matronis apud quas deprehensa erant, per viatorem accitis, duae ex eis, Cornelia ac Sergia, patriciae utraque gentis, cum ea medicamenta salubria esse contenderent, ab confutante indice bibere jussae, ut se falsum commentam arguerent, spatio ad colloquendum sumpto, cum summoto populo rem ad ceteras rettulissent, haud abnuentibus et illis bibere, epoto in conspectu omnium medicamento suamet ipsa fraude omnes interierunt.

Fabius transmit aussitôt la chose aux consuls, lesquels en référèrent au sénat, et consensus étant pris, les gages (pour ne pas répéter foi ou serment) de **l’ordre (des sénateurs et magistrats) ont été donné à la dénonciatrice. Alors, ce qui a été dévoilé est que la ville était accablée par une tromperie féminine, que des matrones préparaient le poison, et que s’ils voulaient qu’elles soient aussitôt poursuivies, ils pouvaient les prendre en flagrant délit. En suivant l'accusation, ils ont trouvés quelques femmes en train de préparer les médicaments ainsi que d'autres choses cachées. Etant conduites au forum, ainsi qu'une vingtaine de matrones, chez qui elles avaient été arrêtées, celles-là, convoquées par un appariteur, deux d'entre elles, Cornelia et Sergia, l'une et l'autre de la classe des patriciens, comme elles soutenaient que les potions étaient saines, elles ont été sommées de boire, par la dénonciatrice conviancue, afin qu'elles prouvassent la fausseté de ses propos. Après s'être éloignés pour délibérer, comme, la foule étant écartée, ils avaient retourné la question aux autres femmes, les breuvages, n'étant pas repoussés et bus par elles. La drogue ayant été complètement à la vue de tous, elles moururent toutes en assumant (suamet? pas trouvé) leur crime.

**Maintenant, grâce à ce texte, je crois comprendre, si je ne me trompe, comment a pu se faire le glissement sémantique de la notion descriptive, sociale du mot « ordre » (pour parler d’une classe) à la notion, je ne sais comment dire, normative et morale (?).
à ce sujet, je ne sais pas si vous (Yvain, Laoshi…) ou quelqu’un d’autre pourra ma répondre mais comme je fais aussi de l’ancien français, cette question m’intéresse : je sais que les peuples germaniques, au temps des « invasions barbares » ont élargi les champs lexicaux liés aux notions militaires, hiérarchiques qui ont influencé de manière définitive la société du moyen âge : est-ce que ce glissement sémantique du mot « ordre » ne viendrait pas de ces superstrats mêmes ?
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Réponses

  • Foedus insequens annus /seu intemperie caeli /seu humana fraude, M. Claudio Marcello C. Valerio consulibus… Illud pervelim — nec omnes auctores sunt — proditum falso esse venenis absumptos quorum mors infamem annum pestilentia fecerit ; sicut proditur tamen res, ne cui auctorum fidem abrogaverim, exponenda est. Cum primores civitatis similibus morbis eodemque ferme omnes eventu morerentur, ancilla quaedam ad Q. Fabium Maximum aedilem curulem1indicaturam se causam publicae pestis professa est, si ab eo fides sibi data esset haud futurum noxiae indicium.

    L’année suivante, sous les consulats de M. Claudius Marcellus et de C. Valerius a été néfaste soit à cause des caprices célestes soit en raison d'une tromperie humaine… laissez-moi raconter cela –tous n’en sont pas garants – qui s’est faussement répandu à savoir que des vies ont été volées par un poison et dont l'épidémie de mort a rendu cette année infâme ;

    Je vais reprendre le texte depuis le début, non qu'il ne soit pas compris, mais quelques nuances mériteraient d'être mises en valeur.
    De plus, je crois y voir une erreur de construction qui entraîne donc une sorte de constriction.
    -Foedus, (note bien que l'adjectif est placé en tête de phrase, on peut essayer de le rendre dans la traduction, si ce n'est pas possible tant pis, à voir...) signifie plutôt horrible, funeste, hideux que néfaste.
    -seu intemperie caeli /seu humana fraude,
    Bien opposer les caprices du ciel (intempéries ?) à la perfidie, aux mauvaises actions, aux crimes qui relèvent de l'homme (tromperie me paraît trop faible ici)
    -Illud pervelim => Ici m'apparaît la première erreur. Il s'agit du verbe volo renforcé par per => je voudrais ardemment cela qui se construit avec une proposition infinitive qui apparaît après la parenthèse que tu as bien traduite. (je voudrais que...)
    proditum falso esse /venenis absumptos <esse> <eos> quorum mors infamem annum pestilentia fecerit
    ne cui auctorum fidem abrogaverim : Un futur simple ne me paraît pas suffisant ici .
    Primores civitatis => bien traduire primores.
  • Merci Laoshi!
    Allons-y :

    L’année suivante, sous les consulats de M. Claudius Marcellus et de C. Valerius a été funeste à cause soit des caprices célestes soit de la folie humaine… Je voudrais ardemment que – et tous n’en sont pas garants –ce ne soit qu'une rumeur que des vies ont été consummés par un poison et dont la mort contagieuse a rendu cette année infâme ; telle que la chose est transmise, cependant, il faut l'exposer, sans que j'aie eu à retirer de crédit à aucune des sources. Comme les personnages les plus importants de la cité mouraient des mêmes symptômes et presque toujours avec la même issue, une servante a déclaré devant l’édile curule Q. Fabius Maximus qu’elle allait révéler la cause de la peste publique, si avant cela on lui prêtait serment que la révélation ne lui porterait aucun préjudice.


    J'avais traduit primores mais, dans une hésitation, je l'avais effacé puis oublié de le réécrire.
  • Ce n’est pas mal. :)
    À reprendre peut-être :
    sans que j'aie eu à retirer de crédit à aucune des sources.

    ...
    Au fait je me rends compte que je voulais écrire contresens et que j’ai écrit constriction...

    Je regarderai la suite plus tard. Je n’ai pas le temps tout de suite.
  • Je me permets d'intervenir sur le sens du mot ordre.

    Ordo désigne avant tout le rang (primitivement le premier rang, cf ordior, apparenté étymologiquement), que ce soit à l'armée, au théâtre, dans les galères ; puis le mot en vient à désigner les membres d'un même rang : on glisse alors au sens de "classe" ou de groupe politique homogène. La société républicaine repose sur l'harmonie des deux ordres dominants : ordo senatorius, ordo equester, auxquels s'adjoint la plèbe, qui ne constitue pas à proprement parler un ordre ; cependant, quand Cicéron parle de la nécessaire concordia ordinum, c'est bien à l'harmonie des trois entités qu'il songe.
    La société médiévale va connaître aussi des ordres, que je crois inutile de rappeler, et qui sont une adaptation des ordres anciens, même si le mot désigne presque toujours les ecclésiastiques. Le mot ordre est du reste un emprunt semi-savant au latin, comme l'atteste sa situation de proparoxyton à syncope tardive (vous connaissez sûrement la série évêque-image-vierge, etc...). Les invasions germaniques me semblent n'avoir joué aucun rôle en la matière, vu que les chefs germains 'avaient qu'une hâte : couler leur société dans les institutions et l'administration impériales, même décadentes.
  • Fabius confestim rem ad consules, consules ad senatum referunt, /consensuque ordinis** /fides indici data. Tum patefactum //muliebri fraude civitatem premi, matronasque ea venena coquere, et si sequi extemplo velint, manifesto deprehendi posse. Secuti indicem et coquentes quasdam medicamenta et recondita alia invenerunt. (Quibus in forum delatis et ad viginti matronis) apud quas deprehensa erant, per viatorem accitis, duae ex eis, Cornelia ac Sergia, patriciae utraque gentis, (cum ea medicamenta salubria esse contenderent), ab confutante indice bibere jussae, ut (se falsum commentam) arguerent, (spatio ad colloquendum sumpto), cum (summoto populo) rem ad ceteras rettulissent, haud abnuentibus et illis bibere, (epoto in conspectu omnium medicamento) suamet ipsa fraude omnes interierunt.

    Fabius transmit aussitôt la chose aux consuls, lesquels en référèrent au sénat, et consensus étant pris, les gages (pour ne pas répéter foi ou serment) de **l’ordre (des sénateurs et magistrats) ont été donné à la dénonciatrice. Alors, ce qui a été dévoilé est que la ville était accablée par une tromperie féminine, que des matrones préparaient le poison, et que s’ils voulaient qu’elles soient aussitôt poursuivies*, ils pouvaient les prendre en flagrant délit. En suivant l'accusation, ils ont trouvés quelques femmes en train de préparer les médicaments ainsi que d'autres choses cachées. Etant conduites au forum*, ainsi qu'une vingtaine de matrones, chez qui elles avaient été arrêtées, celles-là, convoquées par un appariteur, deux d'entre elles, Cornelia et Sergia, l'une et l'autre de la classe des patriciens, comme elles soutenaient que les potions étaient saines, elles ont été sommées de boire, par la dénonciatrice convaincue, afin qu'elles prouvassent la fausseté de ses propos. Après s'être éloignés pour délibérer*, comme, la foule étant écartée, ils avaient retourné la question aux autres femmes, les breuvages, n'étant pas repoussés et bus par elles. La drogue ayant été complètement à la vue de tous, elles moururent toutes en assumant (suamet? pas trouvé) leur crime.

    Quelques remarques :
    -Pourquoi ne pas utiliser plutôt le passé simple dans ce récit ?
    -Consensuque ordinis : on a consulté les consuls. C'est avec l'accord de cet ordre que l'on donne assurance à l'indicatrice qu'elle ne sera pas poursuivie.
    -sequi est un verbe déponent; son sens est actif : suivre.
    -ne pas oublier de traduire le démonstratif, ici et plus loin.
    -Quibus delatis et matronis : revoir ce que peut représenter quibus.
    -Deprehensa, n'est pas un féminin pluriel.
    -Spatio...sumpto => un sens temporel paraît plus satisfaisant.
    -epoto ?
    -suamet => -met est une particule invariable qui se met à la fin des pronoms ou ici adjectif possessif pour insister
  • Bonjour Yvain et Laoshi,

    A Yvain : merci de ces précisions!

    A Laoshi : pour la continuation de la correction du texte, je vais voir cela plus tard!

    Merci à vous deux.
    Bonne soirée
    [...]. Le mot ordre est du reste un emprunt semi-savant au latin, comme l'atteste sa situation de proparoxyton à syncope tardive (vous connaissez sûrement la série évêque-image-vierge, etc...). [...]

    En fait, je ne connaissais pas (car j'avoue avoir délaissé un temps l'ancien français pour me plonger dans le latin : il faut maintenant que je continue en rééquilibrant la balance) mais je pense avoir trouvé que vous faites référence à Bourciez qui prend l'exemple de ces trois mots pour la syncope tardive de proparoxytons.
    À reprendre peut-être :
    sans que j'aie eu à retirer de crédit à aucune des sources.

    Oui, c'est vrai : 2 négations.
    En fait, je voulais garder la négation "ne cui" : aucun à tout prix.
    Donc : "il faut l'exposer et que je ne retire de crédit à aucune des sources"
  • En fait, le cas de ordinem > ordene > ordne > ordre est sensiblement différent de la série évêque, etc... Nous en reparlerons.
    Laoshi a écrit:
    -Consensuque ordinis : on a consulté les consuls. C'est avec l'accord de cet ordre que l'on donne assurance à l'indicatrice qu'elle ne sera pas poursuivie.

    C'est avec l'accord du Sénat : les magistrats ne forment pas un "ordre".

    seesaw, pourquoi ne traduisez-vous pas ordinis à sa place ?
  • Oui, bien sûr !
  • seesaw a écrit:
    À reprendre peut-être :
    sans que j'aie eu à retirer de crédit à aucune des sources.

    Oui, c'est vrai : 2 négations.
    Pardon de me mêler, mais je ne vois perso qu'une seule négation (implicite dans "sans", mais pas dans "aucune"). Le tour est littéraire mais c'est justement ce qu'il fallait, non ?
  • "Perso", je n'ai jamais prétendu qu'il y en eût deux.
    J'ai simplement écrit : Peut-être à reprendre, car la traduction ne me semblait pas très claire.
  • Je m'en doutais bien Laoshi, c'est uniquement à la remarque de Seesaw (à propose de la double négation) que je me permettais de réagir.
  • Bonjour à tous,

    Là, j'avoue que je suis confus :
    Le tour aurait été littéraire si j'avais écrit : "sans que j'aie eu à retirer aucune des sources" (aucune étant dans la même négation que "sans")

    Mais "sans que j'aie eu à retirer de crédit à aucune des sources."?
    Parce qu'on sait que, anciennement, "aucun" = quelqu'un, quelque... mais là, ...
    Aucun (qui ne fait pas partie de la première négation) ne compte pas pour une négation?

    Après vérification auprès du CNRTL :
    Je savais évidemment que "aucun" pouvait s'employer dans une phrase affirmative, en proposition hypothétique ou interr.... (comme "jamais") ou dans d'autres phrases : "Il institua l’assistance aux familles nombreuses avant même le vote d’aucune loi en ce sens."

    Là, c'était de toute façon, comme l'avait bien remarqué Laoshi, bien trop ambiguë (avec la tournure négative et je n'ai pas vu d'exemple ou un art. se met entre "aucun" et le nom et où c'est en tournure positive : "aucune des sources" // "aucune source" n'y a-t-il pas une différence dans ce contexte? )
    Je ne voulais pas dire "quelques" mais bien "nulle" absolument!
    Merci Laoshi pour l'aide à la correction et merci à Yvain pour votre aide précieuse sur le mot "ordre" car cela m'ouvre un peu plus sur la compréhension de la socitété romaine!!!
    Fabius confestim rem ad consules, consules ad senatum referunt, /consensuque ordinis** /fides indici data. Tum patefactum //muliebri fraude civitatem premi, matronasque ea venena coquere, et si sequi extemplo velint, manifesto deprehendi posse. Secuti indicem et coquentes quasdam medicamenta et recondita alia invenerunt. (Quibus in forum delatis et ad viginti matronis) apud quas deprehensa erant, per viatorem accitis, duae ex eis, Cornelia ac Sergia, patriciae utraque gentis, (cum ea medicamenta salubria esse contenderent), ab confutante indice bibere jussae, ut (se falsum commentam) arguerent, (spatio ad colloquendum sumpto), cum (summoto populo) rem ad ceteras rettulissent, haud abnuentibus et illis bibere, (epoto in conspectu omnium medicamento) suamet ipsa fraude omnes interierunt.

    Fabius transmit aussitôt la chose aux consuls, lesquels en référèrent au sénat, et grâce à l'accord du Sénat, gage a été donné à la dénonciatrice. Alors, il fut dévoilé que la ville était accablée par une tromperie féminine, que des matrones préparaient les poisons, et que s’ils voulaient les poursuivre aussitôt, ils pourraient les prendre en flagrant délit. En suivant l'accusatrice, ils trouvèrent quelques femmes en train de préparer les médicaments ainsi que d'autres choses cachées. Ils ont donc été amenés sur le forum, avec une vingtaine de matrones chez qui ils avaient été saisis. Ayant été convoquées par un appariteur, deux d'entre elles, Cornelia et Sergia, l'une et l'autre de la classe des patriciens, comme elles soutenaient que les potions étaient saines, elles ont été sommées de boire, par la dénonciatrice convaincue, afin qu'elles prouvassent la fausseté de ses propos. Après avoir pris du temps pour s'entretenir, comme, la foule étant écartée, ils avaient retourné la question aux autres femmes, les breuvages, n'étant pas repoussés et bus par elles. La drogue ayant été complètement à la vue de tous, elles moururent toutes en assumant leur crime.

    **Je me permets de vous rectifier (one but not least ;) ) :
    ils ont trouvés (c'est sans "s")
  • Et vous avez raison.
  • Bonjour,

    Je propose la traduction d'un autre extrait de Ab Urbe condita de Tite-Live, II, 1-6.

    Je n'ai pas voulu regarder dans la traduction car je veux qu'on m'aide à découvrir la bonne.
    Et je n'ai pas voulu non plus chercher pour savoir de quels événements cet extrait parle : à mon avis, ça parle de la sécession de la plèbe avec les Patriciens en 409.

    J'avoue avoir pris pas mal de liberté avec le texte pour tenter de trouver une certaine logique (autour de laquelle je tourne, je le sens) : il doit donc y avoir pas mal de problèmes.
    J'ai pensé que les sujets (si jamais il est possible qu'il y en ait plusieurs) de consociosset pouvaient être regio (que j'ai traduit par frontière) et caritas (par attachement au sol).

    Voici l'extrait :
    Texte latin : Quid enim futurum fuit, si illa pastorum convenarumque plebs, transfuga ex suis populis, sub tutela inviolati templi aut libertatem aut certe impunitatem adepta, soluta regio metu, agitari coepta esset tribuniciis procellis et in aliena urbe cum patribus serere certamina, priusquam pignora coniugum ac liberorum caritasque ipsius solis, cui longo tempore adsuescitur, animos eorum consociasset? Dissipatae res nondum adultae discordia forent, quas fovit tranquilla moderatio imperii eoque nutriendo perduxit ut bonam frugem libertatis maturis iam viribus ferre possent.


    ma traduction :
    Qu'allait-il enfin devenir, si cette plèbe de bergers et d’étrangers, transfuge de son propre peuple, la liberté ou une certaine impunité acquise sous la protection d’un espace inviolé, avait été poussée à s’agiter dans des querelles tribuniciennes et avait importé dans l’autre ville (Rome ?) les rivalités chez les patriciens, sans que la frontière délivrée de la crainte eût pu garantir la sécurité des épouses et des enfants, et sans que l'attachement à leur propre sol, auquel on s’habitue dans l'étendue du temps, eût pu mettre en commun leurs esprits.
    Les institutions, dispersées, n’avaient pas encore évolué en discorde, mais le calme gouvernement du pouvoir les entretint et accompagna en les ménageant pour que, grâce à des hommes mûrs, elles pussent apporter les bons fruits de la liberté.
  • Bon sang quelle phrase ! J'ai essayé de la décortiquer, je n'ai pas tout compris mais j'ai effectivement trouvé ceci : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A8gle_de_proximit%C3%A9
    qui expliquerait la forme consociasset
    (alors que dans un premier temps, elle m'avait paru parallèle à "coepta esset")...
  • Ouïe ! le début peut aller, mais ensuite... Vous avez perdu le fil de la construction et surtout, vous êtes partis d'une mauvais hypothèse : il ne s'agit pas ici de la sécession de la plèbe, mais un rappel du pb. posé par le peuplement de la Rome primitive. C'est pourquoi le contexte est toujours précisé en tête de la version.


    Qu'allait-il enfin devenir [mauvais choix de verbe en français], si cette plèbe de bergers et d’étrangers[fs.], transfuge de son propre peuple, la liberté ou une certaine [fs.] impunité acquise [soit, mais construction de la phrase latine ?] sous la protection d’un espace [pas assez précis] inviolé, [soluta regio metu ? avait été poussée à s’agiter dans des querelles tribuniciennes et avait importé dans l’autre ville (Rome ?) [Oui, Rome, mais "l'autre" fait cs.] les rivalités [fs.] chez les patriciens, sans que la frontière délivrée de la crainte [ns.] eût pu garantir la sécurité des épouses et des enfants [cs.], et sans que l'attachement à leur propre sol, auquel on s’habitue [m. d.] dans l'étendue du temps, eût pu mettre en commun leurs esprits [t. m. d.].
    Les institutions, dispersées [ns.], n’avaient pas encore évolué [cs. Vous avez perdu la construction de vue...] en discorde [cs.], mais le calme gouvernement du pouvoir les entretint et accompagna en les ménageant [ns.] pour que, grâce à des hommes [fs. = cs! vous avez viribus, pas viris] mûrs, elles pussent apporter[fs.] les bons fruits de la liberté.
    seesaw a écrit:
    J'avoue avoir pris pas mal de liberté avec le texte pour tenter de trouver une certaine logique (autour de laquelle je tourne, je le sens) : il doit donc y avoir pas mal de problèmes.
    J'ai pensé que les sujets (si jamais il est possible qu'il y en ait plusieurs) de consociasset pouvaient être regio (que j'ai traduit par frontière) et caritas (par attachement au sol).

    regio n'est pas un nom, mis un adjectif. J'ai compris l'origine de votre faute : soluta regio metu forme un... bien connu !

    consociasset a deux sujets, mais il est au singulier par accord de voisinage, habitude courante au latin.

    Quel est le premier sujet de ce verbe ?
  • J'ai essayé, non sans mal, de dégager la construction de la phrase "proustienne". C'est là, je pense, qu'on voit que "coepta esset" et "consociasset" ne sont pas au même niveau, malgré les apparences extérieures. J'espère que je ne me suis pas trop planté. La complexité de la phrase, ajoutée à la polysémie de nombreux mots latins, ne favorise pas spécialement la compréhension...

    Quid enim futurum fuit,
    si illa
    pastorum
    convenarumque
    plebs,
    transfuga
    ex suis populis,
    sub tutela
    inviolati templi
    adepta
    aut libertatem
    aut certe impunitatem,
    soluta
    regio metu,
    coepta esset
    agitari
    tribuniciis procellis
    et
    in aliena urbe
    cum patribus
    serere
    certamina,
    priusquam
    pignora
    coniugum
    ac liberorum
    caritasque
    ipsius solis,
    cui
    longo tempore
    adsuescitur,
    consociasset
    animos
    eorum ?

    (Sinon, j'ai été très frappé de l'actualité de cette phrase, même si le contexte semble complètement différent : on pourrait tout à fait l'appliquer aux problèmes d'intégration liés à l'immigration incontrôlée chez nous, par exemple).
  • Bonjour Yvain (et bonnes fêtes à tous),

    Hérodote : méthode très mallarméenne, intéressant.

    bon, je soumets une nouvelle "épreuve" à la critique (ça va, je garde espoir :) )

    Qu'allait-il advenir, si la plèbe des bergers et des fugitifs, transfuge de son propre peuple, avait acquis la liberté ou du moins l'impunité sous la protection d’un pœmerium inviolé, par une crainte despotique sans frein, avait été poussée à s’agiter par des querelles tribuniciennes et avait importé dans la ville rivale les débats chez les Patriciens, sans que les garanties des épouses et des enfants et sans que l'attachement à leur propre sol, lequel se raffermit dans le temps long, eussent rassemblé les esprits.

    Les institutions non encore répandues se seraient développées dans la discorde, mais le calme gouvernement du pouvoir les entretint et accompagna en les renforçant pour que, grâce à des forces désormais mûres, elles pussent porter les bons fruits de la liberté.
  • Je redresse une erreur : ce n'est pas une allusion aux origines de Rome, mais à celle de l'expulsion du dernier Tarquin par Brutus. L'attrait d'une libertas sans contrôle risquait d'entraîner les désordres dans la population évoqués ici.
    Cela vous aidera à bien comprendre soluta regio metu.

    Qu'allait-il advenir, si la plèbe des bergers et des fugitifs, transfuge de son [inc.] propre peuple, avait acquis la liberté ou du moins l'impunité sous la protection d’un pœmerium [bonne idée, mais orth. !] inviolé, par une crainte despotique sans frein [cs. et mal placé], avait été poussée à s’agiter par des querelles tribuniciennes et avait importé dans la ville rivale [fs.] les débats[fs.] chez les Patriciens, sans que les garanties des épouses[dit ainsi, cela n'a pas trop de sens] et des enfants et sans que l'attachement à leur propre sol, lequel se raffermit dans le temps long[m. d.], eussent rassemblé les esprits.

    Les institutions[res a un sens plus général] non encore répandues se seraient développées dans la discorde [cs. : sur quel mot porte nondum ? ou, ce qui revient au même, quel est le vbe principal ?] , mais le calme gouvernement du pouvoir les entretint et accompagna [m. d.] en les renforçant [rendez l'image] pour que, grâce à des forces désormais mûres, elles pussent porter les bons fruits de la liberté.
  • seesaw a écrit:
    Hérodote : méthode très mallarméenne, intéressant.

    Heu, dans mon esprit ça n'avait rien de mallarméen, c'était juste une (tentative d') arborescence... :/
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