En français, existe-t-il deux sons A différents ?

J'ai une question aux locuteurs natifs du français : récemment, j'ai appris qu'il existe deux sons A différents en français, mais je n'ai jamais entendu les francophones prononcer deux A différents.
Est-ce que vous rendez vraiment cette différence dans la prononciation ? Est-ce qu'elle peut permettre de mieux se faire comprendre dans la conversation? Dans quels mots par exemple on prononcerait cet autre A ?

Merci à tous pour votre aide ! :)
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Réponses

  • Absolument. Pour moi, le a de patte [pat] n'est pas celui de pâte [pɑt].

    Un gros rat [rɑt] n'est pas non plus une petite rate [rate].

    Quant au pastis(1) [pastis], il ne peut être confondu avec un pâtis [pɑti].

    (1) A boire avec modération. L'alcool tue.

    L'école aussi.
  • JehanJehan Modérateur
    Cela dit, dans beaucoup de régions et chez de nombreux locuteurs, cette distinction tend à s'estomper.
    Il faut dire que les risques de confusion entre quasi-homophones sont assez rares.
  • Moi, je trouve drôle quand j'entends dire : "Moi, j'aime les pattes au gratin".
    Sauf chez un locuteur du domaine d'oc, évidemment.
  • JehanJehan Modérateur
    Un gros rat [rɑt] n'est pas non plus une petite rate [rate].
    Tu prononces le t final de "rat" et tu prononces le "a" fermé ?
    Tout comme l'indique le Robert, je prononce [Ra].
  • Ah non, je dis bien [rɑ].
    Ce que c'est que le poids de l'écrit !
  • j'ai appris qu'il existe deux sons A différents en français
    Absolument.
    Tout comme il existe deux sons O.
    Malheureusement, en France, à part une petite minorité de gens érudits ou qui sont nés au bon endroit au bon moment, la plupart des gens parlent mal ou plutôt prononcent mal.
    Ils ne font déjà pas la différence entre le son o d’une pomme et celui d’une pause, entre celui d’une rose et d’une nonne. Et ce n’est pas seulement l’apanage du Sud. Que les Hauts-de-France se lèvent pour me dire le contraire !

    Mais pour le son a, c’est bien pire.
    Personnellement, que je me trouve au nord ou au sud, à l’est ou à l’ouest, lorsqu’on me propose « un gratin de pâtes », je sais que je ne vais pas déguster les membres inférieurs d’un animal, quelque bien cuisinés qu’ils puissent être. :)(zut ! Je risque d’avoir un jour des surprises. Ouf, je ne suis pas en Chine où les pattes de poulet flottent joyeusement dans la soupe.)
    Je prononce un rat comme une rate.
    Un pas comme un bas et comme une batte.
    L’accent circonflexe sur le â seulement me permet de me corriger. Et le chant où la prononciation des voyelles est importante.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Pour moi, le a de pâte et celui de patte sont très différents. Mais cette différence est en voie d'extinction chez les jeunes comme le montre éloquemment la carte en milieu de la page :
    http://www.slate.fr/story/174678/linguistique-francais-langue-monocorde-accent-musicalite-prosodie-glottophobie
    Bien faire apparaître la différence entre les moins de 25 ans et les plus de 50 ans.
  • Bonsoir,

    Je suis un peu surpris par ce que dit Laoshi car je n'ai pas remarqué que les Français ne distinguaient pas les a longs et les a courts (c'est comme ça que je les appelle) mais je me trompe peut-être.
    Quant aux deux o, je connais un biologiste de haut niveau qui m'a expliqué qu'il ne les distinguait pas car il était né dans une famille (du sud de la France) qui ne faisait pas la distinction entre les deux. Son cerveau n'a alors pas appris à faire la différence. Si on lui parle de pattes et de pâtes, il ne perçoit pas deux sons différents et il ne peut donc pas produire ces deux sons différents, il n'en produit qu'un.
    Il a élargi son propos en me parlant de chatons qu'on faisait vivre dans des lieux sans aucune ligne droite, eh bien, parvenus à l'âge adulte, ces chatons devenus chats ne percevaient pas les lignes droites, ce qui les handicapait beaucoup (pauvres animaux de laboratoire).
    J'ai lu quelque part (où ? c'était il y a longtemps) que certaines personnes ne savaient pas bien quand il fallait utiliser le o ouvert et le o fermé et que ces personnes croyaient que mal choisir son o montrait un faible niveau culturel alors elles se forçaient à faire la différence et en venaient à dire "une raube" au lieu d'"une robe".
    Belle de Jour a écrit:
    J'ai une question aux locuteurs natifs du français : récemment, j'ai appris qu'il existe deux sons A différents en français, mais je n'ai jamais entendu les francophones prononcer deux A différents.
    Est-ce que vous rendez vraiment cette différence dans la prononciation ? Est-ce qu'elle peut permettre de mieux se faire comprendre dans la conversation? Dans quels mots par exemple on prononcerait cet autre A ?

    Merci à tous pour votre aide ! :)

    Il est possible que tu sois dans la même situation que mon biologiste avec les o, ton cerveau n'a pas été habitué à la différence entre les a ; rassure-toi, ce n'est pas gênant.

    Vous me direz qu'on arrive à apprendre à l'âge adulte des sons inconnus en français en apprenant certaines langues étrangères... oui, je ne sais que dire. C'est bien compliqué, tout ça.
  • Quant aux deux o, je connais un biologiste de haut niveau qui m'a expliqué qu'il ne les distinguait pas car il était né dans une famille (du sud de la France) qui ne faisait pas la distinction entre les deux. Son cerveau n'a alors pas appris à faire la différence. Si on lui parle de pattes et de pâtes, il ne perçoit pas deux sons différents et il ne peut donc pas produire ces deux sons différents, il n'en produit qu'un.
    Je connais un Lillois (mon mari) qui ne fait pas de différence entre les o et les a. C'est le même qui ne distingue pas non plus brun et brin, ce qui m'est insupportable et difficile à comprendre. On dira qu'il n'a pas l'oreille absolue. :) Il n'est pourtant pas originaire du sud de la France. Il n'est pas facile de se corriger si l'automatisme n'est pas acquis car on n'est pas toujours dans la tension et l'attention nécessaires pour le faire.
  • Tu es mariée ?! Mon cœur s'écroule...
  • Je suis d'accord pour dire pour que c'est lié à la génération. J'ai 16 ans et je ne fais pas du tout la différence à l'oral entre pâte et patte, ni entre brun et brin. Je viens d'aller écouter les deux "a" différents pour voir et j'entends la différence mais quand je parle avec mes amis (qui ont le même âge que moi), on n'y fait pas attention. Par contre, ça me frappe si quelqu'un prononce rose avec le "o" de robe par exemple. Je n'ai jamais fait attention à la manière dont les adultes de mon entourage prononcent patte et pâte mais je serai attentive la prochaine fois. En tout cas, ce n'est pas gênant du tout pour la compréhension, on comprend avec le contexte.
  • Par contre, ça me frappe si quelqu'un prononce rose avec le "o" de robe par exemple
    Je pense pouvoir en déduire que tu n’es ni de l’extrême sud ni de l’extrême nord de la France. Me trompé-je ? :)
  • Bonjour,

    J'ai lu, il y a maintenant longtemps (j'ai depuis oublié pas mal de choses), deux livre d'Henriette Walter, la linguiste, sur la langue française.
    Elle explique qu'en français il existe quatre voyelles nasales souvent notées : on, an, in ou un, et un.

    J'ai été très surpris car je n'en connaissais que trois : on, an et in ou un. C'est-à-dire que dans "un ours brun", je prononce "brun" comme "un". Or elle écrit que pour une moitié (en gros, mes souvenirs sont vagues) des Français, le "brun" ne se prononce pas comme le "un" et que ça dépend de la région ou de la famille où on a appris le français.
    Ainsi les Bretons ne connaissent que les trois premières voyelles nasales (et c'est mon cas car je suis breton d'origine), en revanche les gens du nord de la France, ainsi que les Wallons, connaissent les quatre. J'ai alors demandé à une amie wallonne de prononcer "un ours brun" et je me suis rendu compte qu'elle ne prononçait pas "brun" comme moi mais en utilisant une voyelle nasale que je ne connaissais pas. Je l'ai bien écoutée et j'ai réussi à prononcer "brun" comme elle mais ça m'a demandé un effort.
    Il y a plusieurs régions où on a les quatre voyelles et plusieurs régions où on n'en a que trois.

    Ce que je dis est en contradiction avec le cas du mari de Laoshi qui ne distingue pas "brin" et "brun" alors qu'il est lillois. Pourquoi ? ... je ne sais pas. Question de famille, peut-être.
  • Pour ma part, je l'ai déjà dit -mais on se répète souvent sur ce forum- :) je fais clairement la distinction entre [ɛ̃] et [œ̃] dans brin et brun, au point de tiquer légèrement lorsque j'entends quelqu'un dire lindi, ou moins légèrement lorsque je tombe sur des SMS du style : "A 2m1" pour "A demain".
    En revanche, je ne dispose pas de cinquante façons pour prononce le un et les in, ein, ain. Je n'en ai que deux, mais peux imaginer que d'autres en aient davantage. :)
    Un et tous ses dérivés, brun, embrun, parfum, emprunt, défunt, défunte, à jeun, pour moi, et bien d'autres, c'est tout un ! [œ̃]
    Hein, matin, thym, chagrin, empreint (emprunt ?), des fins (défunt ?), des feintes (défunte ?), un vin (in vin ?), c'est autre chose :[ɛ̃].

    Mais ce sujet a souvent été mis sur le tapis, de même que la différence entre [e] et [ɛ].

    Et il était en fait ici question du son [ɑ], souvent remplacé par [a], la difficulté étant accrue à mon sens du fait de la similitude d'orthographe (ce qui n'est pas le cas pour in et un).

    L'usage est acquis pour les uns [œ̃], du fait de leur origine géographique, et la vigilance est donc de mise pour les autres.

    On a l'air de discuter sur des queues de poire, mais je trouve tout cela très intéressant. J'aime à entendre une langue française bien articulée, bien prononcée. Elle est tellement malmenée, avalée, et par des gens qui pourtant devraient la chérir en raison de leur métier.
    L'accent régional a son charme, mais il me semble qu'il doit rester discret pour garder son charme justement.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Hippocampe a écrit:
    Bonjour,

    J'ai lu, il y a maintenant longtemps (j'ai depuis oublié pas mal de choses), deux livre d'Henriette Walter, la linguiste, sur la langue française.
    Elle explique qu'en français il existe quatre voyelles nasales souvent notées : on, an, in ou un, et un.

    J'ai été très surpris car je n'en connaissais que trois : on, an et in ou un. C'est-à-dire que dans "un ours brun", je prononce "brun" comme "un". Or elle écrit que pour une moitié (en gros, mes souvenirs sont vagues) des Français, le "brun" ne se prononce pas comme le "un" et que ça dépend de la région ou de la famille où on a appris le français.
    .
    Comme le dit justement Laoshi, on se répète souvent sur ce forum, probablement par pédagogie de l'apprentissage !
    En tout cas, on a déjà raconté tout ça il n'y a pas bien longtemps :

    https://www.etudes-litteraires.com/forum/post524810.html#p524810
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