Fiches méthode Bac de français 2021

Bonjour,

J'ai une question sur le poème de Christine de Pisan: Rondeau.

Voici pour rappel la première strophe:
Je ne sais comment je dure,
Car mon dolent cœur fond d’ire
Et plaindre n’ose, ni dire
Ma douloureuse aventure.

Que veut dire le 3ème vers de cette strophe: Et plaindre n’ose, ni dire ? C'est l'utilisation de la conjonction de coordination ni que je ne comprends pas ici. D'habitude on a deux constituants négatifs...

Doit-on comprendre: Mon coeur n'ose ni plaindre ni dire ma douloureuse aventure?

Merci par avance de vos retours.

Réponses

  • Tu as compris. :)
  • Merci beaucoup pour ta réponse Floreale.

    Cependant comment justifier ou expliquer cela de manière grammaticale ?
  • JehanJehan Modérateur
    Bonjour.
    Peut-être (je) n'ose... L'ellipse du pronom sujet était fréquente.
    Ici, plaindre signifie se lamenter, pleurer, gémir.

    L'inversion du l'infinitif complément était fréquente aussi.
    plaindre n'ose = n'ose plaindre.

    Il y a bien deux négations.
    plaindre n'ose, ni dire...
  • Le sujet est le coeur, non ?
  • JehanJehan Modérateur
    Oui, c'est possible aussi.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    @Jehan, message 4

    Absolument.
    https://www.cnrtl.fr/definition/dmf/plaindre
    Définition II, A (voire B)
    Le verbe est ici intransitif et ne gouverne pas "ma douloureuse aventure".
  • Merci beaucoup à tous pour vos réponses. C'est intéressant de voir qu'il peut y avoir plusieurs possibilités: par exemple pour le sujet. Le poème reste en quelque sorte ouvert à différentes nuances d'interprétation.
  • A la relecture, je pense aussi que le sujet est JE.
  • Je ne sais comment je dure,
    Car mon dolent cœur fond d’ire
    Et plaindre n’ose, ni dire
    Ma douloureuse aventure.


    Je comprends mon dolent cœur comme le sujet du verbe ose, et plaindre au sens vieilli d'exhaler des gémissements.
    ....
    Je viens de voir que l'on peut penser que le sujet est je.
    Bien sûr, l'élision du sujet est fréquente, mais dans l'ensemble du poème le je et les marques de la première personne sont très présents.
    Je ne sçay comment je dure...mon dolent cuer font d’yre,[1]Ma doulereuse aventure...ma dolente vie obscure...Et me fault par couverture...quant mon cuer souspire...Mais Dieux scet ce que j’endure...Je ne sçay comment je dure.
    Alors...je n'ai pas de preuves, ni de certitude, seulement une impression. :)
  • Je trouve une autre ponctuation avec un point virgule à la fin du premier vers.
    Je ne sçay comment je dure;

    Car mon dolent cuer font d'yre,

    Et plaindre n'oze, ne dire

    Ma doulereuse aventure,
  • JehanJehan Modérateur
    Peut-être une ponctuation rajoutée après coup ?
    Le point-virgule moderne date de 1495, plusieurs décennies après la mort de Christine de Pisan.
  • Je crois effectivement qu’il ne faut pas compter sur une ponctuation sujette à caution. Le car peut-être...
  • Il n'y a pratiquement pas de ponctuation dans les mss. de l'époque.

    ose a comme sujet le "je" du vers 1 ; le cœur subit, il n'agit pas.

    plaindre a un sens intransitif : "manifester ma douleur", il ne gouverne pas "ma douloureuse aventure", qui dépend de dire. L'éditeur a du reste introduit une virgule après plaindre.

    Attention à yre qui ne signifie pas "grande colère" ici, mais "folle douleur".
  • Il n'y a pratiquement pas de ponctuation dans les mss. de l'époque.
    Oui, on le sait et on l'a dit.
    ose a comme sujet le "je" du vers 1 ; le cœur subit, il n'agit pas.
    Tu as sans doute raison, et loin de moi l'idée de contredire un expert de la littérature médiévale.
    Mais après tout, nous sommes en poésie...
    Et le langage du coeur, alors, c'est une légende postérieure à Christine de Pisan ?
    Est-il absolument absurde que le coeur soit sujet d'un verbe d'action ? (même à l'encontre de ton intime conviction ? :) )

    Mon coeur a parlé...

    Je ne peux la voir, mon coeur la hait à mort.(Villon)

    ...Qui sont, qui sont ceux-là, dont le coeur idolâtre
    Se jette aux pieds du Monde,..
    (Sponde)

    Depuis qu'Amour cruel empoisonna
    Premièrement de son feu ma poitrine,
    Toujours brûlai de sa fureur divine,
    Qui un seul jour mon coeur n'abandonna
    .(Labé)

    Mon coeur, mon lâche coeur s'intéresse pour lui(Racine)

    L'esprit cherche et c'est le coeur qui trouve....(Sand)
    plaindre a un sens intransitif : "manifester ma douleur", il ne gouverne pas "ma douloureuse aventure", qui dépend de dire.
    Qui a dit le contraire ? J'avais proposé exhaler des gémissements.
  • Pour moi le sujet est incontestablement "je":

    Je ne sais comment je dure,
    Car mon dolent cœur fond d’ire
    Et plaindre (je) n’ose, ni dire
    Ma douloureuse aventure.
  • Oui, bien sûr, il y a aussi le dialogue du cœur et de la raison chez Charles d'O., Villon et d'autres, mais n'empêche qu'ici...

    D'autre part, je ne savais pas que Racine et Sand étaient des auteurs médiévaux ! :D
  • Je n’ai pas dit ça ! Tu caricatures !
    Mais peu me chaut :P
  • En un mot, je ne crois pas que le cœur soit ici personnifié : c'est d'ailleurs un progrès qui se fait jour peu à peu dans la poésie de l'époque, et qui culminera chez Villon. Le "moi" n'a pas toujours besoin d'allégories pour extérioriser ses sentiments ou conformer leur expression à quelque tradition poético-rhétorique (celle du Roman de la rose par exemple).
    D'autre part, bien sûr que le cœur est vivant, qu'il règne parfois en maître, qu'il "anime" le corps comme l'âme, mais ce que j'ai surtout voulu dire, c'est que dans le poème de Christine, le cœur ne saurait "dire [une] aventure". Au début de la discussion, j'ai vu qu'on avait un moment envisagé cette possibilité.

    Ce sont li dolors que li cuers sent par coi li cors ne puet venir a garison.
  • En un mot, je ne crois pas que le cœur soit ici personnifié
    C'est bon. J'ai compris, et j'apprécie le : Je ne crois pas. ;)
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