Bonjour,
Je suis actuellement en train de lire "Propos sur le bonheur" d'Alain et j'ai l'impression de ne pas avoir cerner le premier texte Bucéphale.
Ce que j'ai compris c'est que les personnes utilisent la "passion" ici je présume que c'est "l'action?" pour juger un comportement. Au début de l'oeuvre, la nourrice utilise sa passion pour donner une explication sur pourquoi l'enfant crie, elle va alors dire que c'est à cause de l'hérédité et donc l'ADN, son bilan n'est donc pas fondé sur son raisonnement.
D'ailleurs, l'auteur semble privilégié le raisonnement par l'exemple du cheval et la référence à Alexandre le Grand, je m'explique, dans le texte, ''les écuyers'' semblent aussi utiliser la passion comme la nourrice en début de texte pour justifier leur peur ils vont donc dire que le cheval est fou sans se préoccuper du pourquoi. Cependant, Alexandre utilise son raisonnement pour chercher " l'épingle" , il découvre donc pourquoi le cheval se comporte de la sorte. On nous dit par la suite, que tant que nous ne connaissons pas la "cause", il est impossible de faire cesser notre jugement sur notre perception.
Le texte par la suite explique qu'un Homme qui a peur va se focaliser sur son "coeur" donc son corps et il lui sera impossible d'avoir un jugement.
D'ailleurs, on nous dit que le pédant raisonne le danger et la peur (je n'ai pas compris ce que cela signifier, le pédant est donc Alexandre Le Grand ???)

Le bonheur est-il donc la relation avec le corps et les émotions??

Texte:
Lorsqu'un petit enfant crie et ne veut pas être consolé, la nourrice fait souvent les plus ingénieuses suppositions concernant ce jeune caractère et ce qui lui plaît et déplaît ; appelant même l'hérédité au secours, elle reconnaît déjà le père dans le fils ; ces essais de psychologie se prolongent jusqu'à ce que la nourrice ait découvert l'épingle, cause réelle de tout.

Lorsque Bucéphale, cheval illustre, fut présenté au jeune Alexandre, aucun écuyer ne pouvait se maintenir sur cet animal redoutable. Sur quoi un homme vulgaire aurait dit : « Voilà un cheval méchant. » Alexandre cependant cherchait l'épingle, et la trouva bientôt, remarquant que Bucéphale avait terriblement peur de sa propre ombre ; et comme la peur faisait sauter l'ombre aussi, cela n'avait point de fin. Mais il tourna le nez de Bucéphale vers le soleil, et, le maintenant dans cette direction, il put le rassurer et le fatiguer. Ainsi l'élève d'Aristote savait déjà que nous n'avons aucune puissance sur les passions tant que nous n'en connaissons pas les vraies causes.

Bien des hommes ont réfuté la peur, et par fortes raisons ; mais celui qui a peur n'écoute point les raisons ; il écoute les battements de son cœur et les vagues du sang. Le pédant raisonne du danger à la peur ; l'homme passionné raisonne de la peur au danger ; tous les deux veulent être raisonnables, et tous les deux se trompent ; mais le pédant se trompe deux fois ; il ignore la vraie cause et il ne comprend pas l'erreur de l'autre. Un homme qui a peur invente quelque danger, afin d'expliquer cette peur réelle et amplement constatée. Or la moindre surprise fait peur, sans aucun danger, par exemple un coup de pistolet fort près, et que l'on n'attend point, ou seulement la présence de quelqu'un que l'on n'attend point. Masséna eut peur d'une statue dans un escalier mal éclairé, et s'enfuit à toutes jambes.

L'impatience d'un homme et son humeur viennent quelquefois de ce qu'il est resté trop longtemps debout ; ne raisonnez point contre son humeur, mais offrez-lui un siège. Talleyrand, disant que les manières sont tout, a dit plus qu'il ne croyait dire. Par le souci de ne pas incommoder, il cherchait l'épingle et finissait par la trouver. Tous ces diplomates présentement ont quelque épingle mal placée dans leur maillot, d'où les complications européennes ; et chacun sait qu'un enfant qui crie fait crier les autres ; bien pis, l'on crie de crier. Les nourrices, par un mouvement qui est de métier, mettent l'enfant sur le ventre ; ce sont d'autres mouvements aussitôt et un autre régime ; voilà un art de persuader qui ne vise point trop haut. Les maux de l'an quatorze vinrent, à ce que je crois, de ce que les hommes importants furent tous surpris ; d'où ils eurent peur. Quand un homme a peur la colère n'est pas loin ; l'irritation suit l'excitation. Ce n'est pas une circonstance favorable lorsqu'un homme est brusquement rappelé de son loisir et de son repos ; il se change souvent et se change trop. Comme un homme réveillé par surprise ; il se réveille trop. Mais ne dites jamais que les hommes sont méchants ; ne dites jamais qu'ils ont tel caractère. Cherchez l'épingle.

Réponses

  • J'aime beaucoup l'image : "cherchez l'épingle". Cherchez la cause. Cherchez ce qui est à l'origine d'une peur, d'une irritation et proposez un remède adapté.
  • Oui, j'aime beaucoup cette image aussi :)
    Est-ce que ce que j'ai marqué est donc en rapport avec ce que l'auteur écrit? ai-je cerné le sens du texte??
  • Ce qui est particulier dans la démarche d'Alain, et elle est éminemment pédagogique, c'est le nombre d'exemples proposés pour étayer sa thèse.
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