Bonsoir,

On parle souvent d'objectivité dans le domaine universitaire, voire dans la vie courante. Si je m'en tiens à la littérature ou à un auteur, ou à un certain courant littéraire ou historique, un enseignant peut-il réellement être objectif ou bien son cours est orienté ?

J'ai récemment écouté une émission spéciale Rousseau : un professeur de lettres, pas très pro Rousseau l'a dézingué est présenté comme étant un fou. Un autre professeur, de philosophie cette fois-ci, a orienté son argumentaire pour défendre la pensée et les écrits (littéraires et philosophiques) de cet auteur.

Je ne veux pas répondre à une question que je me pose mais l'opinion d'une personne peut être façonnée en fonction du sexe, de l'origine sociale et religieuse, de l'éducation ... donc comment parler d'objectivité si par exemple, pour en revenir à Rousseau (ce n'est pas le sujet mais je m'en sers d'exemple en rapport avec l'émission), il est présenté soit par un bourgeois (je n'ai rien contre la bourgeoisie) qui va critiquer Rousseau et le décrédibiliser à cause, entre autre de la pensée sociale de l'auteur soit par une personne modeste mais antireligieuse et qui va critiquer la pensée religieuse de Rousseau ?

On peut remplacer Rousseau par Voltaire, Hugo, Céline, bref qui vous voulez mais les avis vont divergé en fonction du point de vue où l'on se trouve.

Quid de l'objectivité ?

Réponses

  • TheRedRoomTheRedRoom Modérateur
    Je ne suis pas sûre que le concept d'objectivité soit très pertinent dans la recherche en littérature ou en philosophie. On évoque des réalités esthétiques, éthiques, psychologiques qui ne sont pas décorellables de la personne que nous sommes. Le but de ce type de recherche est justement de faire émerger une voix singulière, qui est intéressante justement parce qu'elle est unique.
    Pour faire plus simple, on demande au chercheur d'exprimer une opinion personnelle (et de convaincre, bien sûr, ou au moins d'amorcer un sain débat). Par conséquent on ne lui demande pas d'être objectif. Et les deux chercheurs que tu as entendus font donc très bien leur travail en alimentant le débat afin de permettre à l'auditoire de se faire une idée de la réalité qui est multiple, complexe et peut-être contradictoire. Car on n'arrivera jamais à une conclusion aussi tranchée que "Rousseau était un imbécile"... Notamment parce qu'on ne partage pas tous les mêmes valeurs.
    On parle toujours depuis un point donné du champ et pas à 10km au-dessus, parce qu'on est dans des disciplines humaines et qu'on est... humain !
    Là où je trouve que c'est particulièrement intéressant, c'est lorsque le chercheur en profite pour analyser d'où il part et quels sont ses partis pris.

    Bien entendu, le concept d'objectivité est beaucoup plus pertinent dans d'autres domaines de la recherche, comme la recherche scientifique. Mais même dans ces domaines, les hypothèses de départ relèvent souvent d'un point de vue subjectif ("je vais essayer de vérifier l'hypothèse selon laquelle tel légume pousse aussi bien sans pesticide" vs "je vais essayer de vérifier l'hypothèse selon laquelle le pesticide xxx ne présente pas de danger pour l'homme"). L'objectivité n'en reste pas moins un but à atteindre dans ce type de recherche !
  • LaoshiLaoshi Membre
    ...un enseignant peut-il réellement être objectif ou bien son cours est-Il orienté ?
    Il doit tendre au maximum à l’objectivité, essayer de présenter un auteur ou une œuvre sans parti pris excessif.
    En même temps, comme le dit TheRedRoom, c’est un être humain dans son unicité et il ne peut faire complètement abstraction de son ressent.
  • TheRedRoomTheRedRoom Modérateur
    un enseignant peut-il réellement être objectif ou bien son cours est-il orienté ?

    Ah oui, j'ai oublié de répondre clairement à cette question...

    Je crois qu'il y a une grande différence entre l'enseignement jusqu'au bac, où les enseignants transmettent un savoir qui existe déjà, et cette partie du savoir qui fait consensus et n'est pas vraiment discutable (ce n'est pas manquer d'objectivité que de travailler sur ce qu'est la satire, le romantisme, etc.)

    En revanche, dans l'enseignement supérieur, les enseignants-CHERCHEURS sont censés produire de la pensée neuve et originale (donc forcément pas consensuelle) dans des articles, des communications, des livres, et, bien entendu, leurs cours. Les cours qu'ils donnent en sont le reflet, mais leurs étudiants, qui sont adultes, doivent pouvoir mettre à distance cet enseignement et profiter de la variété qui est censée être présente à l'université, qui doit rester un lieu de débat. Il n'y a pas de censure a priori, si un chercheur veut prouver que Rousseau est un fou, c'est bien son droit. On ne s'approchera de a vérité complexe que si plusieurs chercheurs ont la possibilité de présenter et confronter des points de vue divergents afin de faire avancer le débat.
  • @ Laoshi :

    Oui je comprends votre point de vue, mais du coup vu que ça reste un être-humain l'opinion est d'emblée orienté en fonction de qui nous sommes, d'où l'on vient.

    @ TheRedRoom :

    En effet il y a une nuance entre enseignant et enseignant-chercheur. Donc si je vous comprends bien, le "respect" de l'objectivité varie selon le niveau ou devrai-je dire le "grade" de l'enseignant ? Que pensez-vous de l'origine sociale, ethnique, peut-être religieuse aussi ? Ces éléments orientent les avis aussi je pense.

    Oui si un chercheur veut prouver quoi que ce soit sur un auteur c'est son droit, ce n'est pas ça que je remet en question mais juste que, pour prendre l'exemple de Rousseau, l'opinion va automatiquement diverger si l'on est aisé financièrement ou pas par exemple. D'ailleurs cela a été prouvé tout au long du XIXème siècle avec les différents commentateurs de Rousseau. Personnellement je ne crois pas qu'il était "fou" ce sont des accusations infondées selon moi.

    Enfin bon, le sujet n'est pas Rousseau, mais juste pour dire qu'au final, il est très difficile d'être objectif sur n'importe quel sujet d'ailleurs : histoire, philosophie, politique. On part naturellement d'un point de vue influencé par qui nous sommes, car comme vous le dites, nous sommes des êtres-humains.
  • LaoshiLaoshi Membre
    On part naturellement d'un point de vue influencé par qui nous sommes, car comme vous le dites, nous sommes des êtres-humains.
    Bien sûr. Nous n’avons jamais dit autre chose.
    Les commentateurs font des analyses et élaborent des thèses en fonction des éléments en principe fiables dont ils disposent et d’une l’interprétation plus ou moins orientée par leur vécu et leur ressenti.
    Puisque tu parles de Rousseau, on l’a effectivement souvent accusé d’être paranoïaque, mais si l’on examine l'histoire de sa vie, on constate qu’il a été à plusieurs reprises réellement persécuté. Alors, il ne faut pas se fier à un seul son de cloches, lire l’œuvre, les critiques, les différents critiques, se faire sa propre opinion si l’on veut.
  • TheRedRoomTheRedRoom Modérateur
    Donc si je vous comprends bien, le "respect" de l'objectivité varie selon le niveau ou devrai-je dire le "grade" de l'enseignant ?

    Je dirais que cela varie selon sa fonction : car pour un enseignant-chercheur, cela fait partie de sa mission de service public d'exprimer des opinions et hypothèses personnelles et de contribuer à l'avancement du débat public.
    Que pensez-vous de l'origine sociale, ethnique, peut-être religieuse aussi ? Ces éléments orientent les avis aussi je pense.

    Je pense que l'identité du chercheur / penseur, son expérience, sa carrière, sont fondamentaux, et que c'est la raison pour laquelle une des garanties de la liberté d'expression est la diversité des origines des chercheurs. C'est aussi la raison pour laquelle la recherche est, et ne peut qu'être, à dimension internationale, car c'est en conférant ensemble que les chercheurs de tous pays peuvent avancer. (et cela n'est pas nouveau, la bibliothèque d'Alexandrie, déjà, rassemblait des savants de tout le monde méditerranéen.)
  • @ Laoshi :

    Je te rejoins tout à fait sur la réalité qu'a vécu, voire qu'a subie Rousseau de son temps. Ce qui explique ses œuvres autobiographiques. En effet il faut faire en sorte de lire différentes critiques, et enfin se faire sa propre opinion.

    @ TheRedRoom :

    Oui, voilà, la fonction, j'avais pas le mot en tête tout à l'heure, j'ai préféré parler de grade. J'aime assez la dimension internationale qu'offre la recherche. De pouvoir contribuer à un travail et de le confronter, ou de le conforter avec d'autres sujets d'autres chercheurs étrangers.

    Merci pour vos réponses constructives ! :)
  • L'existence de l'objectivité parfaite paraît difficile à concevoir, mais on peut tenter de s'en approcher.

    En revanche, machine ou humain, je crois qu'il n'y aura que peu de différence tant que la machine sera programmée par l'être humain.

    Est-ce qu'en disant ça je suis objectif ? :D
  • LaoshiLaoshi Membre
    Pas trop mal, Freddy ! Déjà, tu dis "Je crois", et n'affiches pas de certitude. :D
  • freddy.lombard a écrit:

    En revanche, machine ou humain, je crois qu'il n'y aura que peu de différence tant que la machine sera programmée par l'être humain.

    Est-ce qu'en disant ça je suis objectif ? :D

    La question est: est-ce qu'un jour la machine ne sera plus programmée par des humains ? Je trouve ton tant que un tantinet orienté vers cette possibilité, donc pas vraiment objectif...
  • Pour en revenir à la notion d'objectivité, je pense que notre réflexion pourrait être éclairée par quelques liens.
    Tout d'abord, l'objectivité est liée nécessairement à la réalité c'est-à-dire à notre perception du monde. dans cette mesure-là, l'objectivité n'existe pas. Ensuite, j'aurais tendance affirmer que l'objectivité existe grâce à une réalité absolue que j'appelle vérité - à tort peut-être-. En effet, ayant depuis peu lu les différents manifestes du surréalisme d'André Breton, je me suis rangé comme lui à croire en une réalité absolue qui se situe dans le subconscient, où aucun esprit critique n'est émis, et qui n'est pas influencé par un quelconque conditionnement extérieur. L'exploration de notre subconscient permettrait de trouver l'objectivité.
    Dans le second manifeste, il citait Hegel qui disait, en résumé, que c'est l'amoncellement des pensées individuelles qui permettra de créer une pensée universelle, une réalité universelle, absolue. Cette amoncellement permettrait d'explorer donc le subconscient et de trouver le subconscient absolu et par conséquence la vérité. Je pense donc que l'Homme, en tant qu'individu, ne peut être objectif, mais que l'Humanité pourra l'être à un moment que l'on ne peut déterminer. Cette indétermination pose alors problème : en effet, comment savoir objectivement que nous avons atteint cette réalité absolue alors que nous nous présumons subjectifs.
    Nous assistons alors à un paradoxe montrant que notre quête sera éternelle et presque vaine. S'il s'agit d'un désir vain, en nous approchant de l'épicurisme, est-ce que cette recherche doit-être faite ? Je vous le demande et, à en croire Épicure, on ne devrait point le faire. Alors cette question ne devrait pas être posée et la notion ne devrait pas exister non plus. Voilà ma petite réflexion improvisée, j'attends avec impatience vos réponses.
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