Prépa littéraire Licence lettres modernes
Capes lettres modernes

Bonjour,
Je vais passer en Terminale L et je commence à réfléchir à mon orientation post-bac. Ce dont je suis sûre, c'est que je veux aller en hypokhâgne puis en khâgne "Ulm", mais pour après j'hésite, plusieurs domaines m'intéressent.

J'avais pensé à la recherche en linguistique car l'étude des langues m'intéresse énormément, et leur évolution tout particulièrement. Je me demandais donc comment on devenait chercheur, y a-t-il un concours à passer à l'issue du doctorat ? Et pensez-vous que le métier de chercheur soit accessible si on est sérieux et vraiment passionné ? Parce que je me dis qu'il n'y a peut-être pas beaucoup de débouchés.

Je me disais aussi que devenir professeure de lettres classiques dans le secondaire me plairait également car j'aime beaucoup le français et les langues anciennes, et puis ça me fait toujours plaisir d'aider les autres (un ami m'a dit qu'il avait pu prendre le commentaire à l'écrit du bac de français grâce à mon aide, ma journée était réussie !) mais je ne suis pas sûre du tout d'être faite pour ce métier. Ça ferait rigoler mes amis si je leur parlais de devenir professeure, je n'ai pas du tout d'autorité. S'il y a des professeurs qui répondent, est-ce que vous aviez également ce problème ? Ça s'est arrangé ?

Sinon, voyez-vous d'autres métiers en rapport avec les langues anciennes ?

Une dernière question, savez-vous quel niveau de latin les élèves ont à leur entrée en hypokhâgne ? Ça m'inquiète un peu, je vais faire du petit latin cet été pour progresser.

Réponses

  • TheRedRoomTheRedRoom Modérateur
    Bonjour,
    Je me demandais donc comment on devenait chercheur, y a-t-il un concours à passer à l'issue du doctorat ? Et pensez-vous que le métier de chercheur soit accessible si on est sérieux et vraiment passionné ? Parce que je me dis qu'il n'y a peut-être pas beaucoup de débouchés.

    A l'issue du doctorat, il y a effectivement un concours à passer, mais il prend des formes différentes selon que tu veuilles travailler à l'université en tant qu'enseignant-chercheur ou au CNRS en tant que chercheur. En gros, pour l'université (que je connais mieux et qui recrute plus dans les matières littéraires), 1 poste = 1 concours. Ce qu'on appelle "concours" est donc le processus de recrutement sur un poste, qui implique l'envoi d'un dossier et le passage d'une éventuelle audition. A l'issue de ce concours, les candidats sont classés. C'est bien entendu le premier qui a le poste. (mais s'il se désiste, par exemple s'il a eu un autre poste, ce sera celui classé n°2 qui sera recruté)
    Il est difficile de dire si c'est un métier accessible... c'est assez compétitif, l'obtention du doctorat peut être semé d'embuches, c'est un parcours qui peut être assez éprouvant, et on te demandera sans doute de passer l'agrégation par-dessus le marché... mais disons qu'il s'agit d'un des principaux débouchés lorsqu'on est élève normalien. Donc si tu fais une prépa Ulm et que tu intègres l'école, tu feras partie de ceux qui ont les meilleures cartes en main (avec, notamment, des contrats doctoraux réservés aux normaliens). Mais si tu n'intègres pas, les portes de la recherche ne te seront pas fermées pour autant.
    Ça ferait rigoler mes amis si je leur parlais de devenir professeure, je n'ai pas du tout d'autorité. S'il y a des professeurs qui répondent, est-ce que vous aviez également ce problème ? Ça s'est arrangé ?
    L'autorité, ça se travaille... je connais d'excellents professeurs qui sont d'un naturel plutôt introvertis et/ou plutôt timides et qui parviennent bien à se faire respecter une fois en classe. Mais un minimum de confiance en soi et d'estime de soi est nécessaire car le travail face à une classe impose une remise en question permanente qui peut être épuisante. Ensuite, ça dépend un peu quel type d'élèves tu as...
    Si tu veux faire de la recherche, il est possible que tu doives de toutes manières passer par la case "agreg"... possible mais pas toujours indispensable... mais faute de postes dans le supérieur, un poste en lycée peut te permettre de pratiquer les matières qui te plaisent avec tes élèves sans mourir de faim. Et tu peux même trouver cela formidable ! En ce qui me concerne, j'ai des élèves fort disciplinés, j'ai donc rarement besoin d'élever la voix. Mais ça n'a pas été toujours le cas, et plusieurs années de théâtre m'ont pas mal aidée à occuper l'espace (et l'espace sonore...)
    Si tu enseignes dans le secondaire, tu peux aussi, au bout d'un certain temps, faire progresser ta carrière en enseignant en prépa. Là, pas de concours, mais il faut faire une demande auprès de l'Inspection Générale de l'Education Nationale au moment de l'année où les postes sont "mis au mouvement spécifique".
    Une dernière question, savez-vous quel niveau de latin les élèves ont à leur entrée en hypokhâgne ? Ça m'inquiète un peu, je vais faire du petit latin cet été pour progresser.
    Il y a tous les niveaux... la plupart des établissements permettent d'ailleurs d'être répartis dans des groupes de niveaux. Mais si tu vises Ulm, un conseil : commence à bien bosser dès maintenant !
  • Merci beaucoup pour votre aide, je comprends mieux !
    (Et pardon pour cette réponse tardive :rolleyes: )
  • teenspirit29 a écrit:
    Et pensez-vous que le métier de chercheur soit accessible si on est sérieux et vraiment passionné ? Parce que je me dis qu'il n'y a peut-être pas beaucoup de débouchés.
    Le doctorat est accessible aux personnes sérieuses, motivées (et qui ont un certain niveau, parce que c'est nécessaire aussi, évidemment).
    En revanche, à moins de faire partie des plus brillants (qui rencontreront forcément moins de difficultés pour obtenir un contrat doctoral, des postes d'ATER, des postdocs), il vaut mieux intégrer le fait que la voie de l'enseignant-chercheur est extrêmement sélective et que la tendance est à la raréfaction des postes. C'est d'autant plus vrai dans les domaines en difficulté, comme les lettres classiques. Pour la linguistique proprement dite, un docteur ou doctorant dans ce domaine répondra mieux que moi.
    En fait, il faut être capable de travailler pour se constituer une expérience et un CV d'enseignant-chercheur digne de ce nom, tout en n'oubliant pas qu'un poste peut n'être accessible que bien plus tard (ou jamais). Comme l'écrit TheRedRoom, les normaliens peuvent avoir des atouts (logiquement) pour ce type de parcours.

    Concernant le secondaire, l'expérience varie sensiblement selon le lieu et les conditions d'affectation, sans oublier les classes, bien entendu. Mon expérience a peu de choses à voir avec celle de TheRedRoom. Face à des classes difficiles, cela peut vite devenir infernal quand on est introverti et quand on n'a pas vraiment le profil du "professeur du secondaire" - ce que les élèves mal intentionnés sentent très vite.
    Disons que c'est un métier très particulier. Le seul goût pour les matières (surtout si on l'éprouve pour les matières universitaires, ou si l'on vénère la Littérature ou la philologie) ne suffit pas toujours pour le faire ; le goût pour la transmission n'est pas forcément équivalent au goût et au talent pour la pédagogie scolaire.
    Peut-être vaut-il mieux que je n'en dise pas beaucoup plus, de peur d'effrayer (parce qu'il y a de quoi vu mon expérience, et encore, elle n'est pas si rude que cela).
    À côté de cela, il y a des collègues qui racontent de bonnes expériences, avec des classes dans la moyenne.
    Ça ferait rigoler mes amis si je leur parlais de devenir professeure, je n'ai pas du tout d'autorité. S'il y a des professeurs qui répondent, est-ce que vous aviez également ce problème ? Ça s'est arrangé ?
    Je n'ai fait que deux ans dans le secondaire (dans le même établissement). J'ai un tout petit peu amélioré ma pratique et mon autorité la deuxième année (la première a été invivable)... Mais on ne change pas vraiment son tempérament. La vérité, c'est que même les collègues ayant vingt ans d'expérience me disaient, par rapport à telle classe ingérable de STMG, qu'eux-mêmes avaient du mal avec elle (une exclusion définitive, une exclusion d'un mois suite à menace de mort, des dizaines et dizaines d'exclusions de cours...).
    Je pense vraiment que face à certaines classes, c'est un métier peu recommandable aux introvertis. Face à 36 élèves bavards, avec au moins cinq-six élèves dissipés, c'est compliqué.

    Il faut comprendre que cela n'a rien à voir avec les cours particuliers et pas grand chose à voir non plus avec les cours dans le supérieur.
  • Merci beaucoup pour votre réponse !
    J'imagine que j'ai encore le temps mais je préfère commencer à y réfléchir dès maintenant pour éviter d'être coincée si je ne suis pas prise en prépa l'année prochaine, ou même à l'issue des deux années de prépa.
    En tout cas merci encore pour vos réponses :) Ça m'aide beaucoup d'avoir un avis extérieur.
  • Bonjour,

    Je reviens dans cette discussion car je n'ai pas changé d'avis et j'ai toujours en tête l'envie de faire de la recherche en linguistique. J'ai demandé sur Parcoursup beaucoup de prépas (a/l et chartes), une licence de sciences du langage et une licence d'hébreu à l'INALCO (et d'autres formations mais peu importe ici).

    Vous m'aviez parlé de l'ENS, voie royale pour la recherche, mais peut-on y étudier les sciences du langage ? J'ai été voir sur le site mais à vrai dire, j'ai un peu de mal à comprendre, je pensais que c'était dans la continuité de la prépa. Par exemple, si on choisit la spécialité philosophie en prépa, peut-on étudier une autre discipline littéraire ? Par ailleurs, je n'ai pas vu sur le site de l'ENS la mention d'une filière de sciences du langage mais je n'ai peut-être pas cherché au bon endroit.

    Il y a aussi la possibilité de suivre un cursus complet de la licence au doctorat en sciences du langage à la fac, qui me semble être une bonne solution, mais dans les faits, y a-t-il beaucoup de chercheurs qui ne sont pas passés par l'ENS ?

    L'INALCO propose aussi un master de sciences du langage co-accrédité avec Paris 3. Je me suis intéressée à cette possibilité car j'apprends déjà l'hébreu avec une méthode et j'aime énormément cette langue. En licence à l'INALCO, je pourrais aussi commencer l'arabe à côté de l'hébreu, ce qui me plaît car j'ai envie de d'étudier d'autres langues sémitiques. J'aimerais aussi découvrir des langues anciennes de cette famille (comme l'akkadien) même si ce n'est pas possible à l'INALCO, c'est plus une idée comme ça. Ce qui me semble être un inconvénient est le fait que la licence ne soit pas une licence de sciences du langage : cela est-il un gros désavantage par rapport aux étudiants en sciences du langage depuis la licence ou cela peut-il s'atténuer en master, avec une grande quantité de travail ?

    Je suis bien consciente de la rareté des postes et de la sélectivité du parcours mais c'est quelque chose qui me plairait vraiment, alors je suis déterminée à faire ce qu'il faut pour y arriver, en modérant mon optimisme et en prenant garde à avoir d'autres possibilités d'emplois. J'ai aussi en tête la solution de trouver un emploi qui me plaît, dans le domaine du langage dans la mesure du possible (comme le traitement automatique des langues, l'édition spécialisée...) et de tenter en parallèle d'accéder à la recherche (pour le plaisir en quelque sorte) en rédigeant une thèse et en essayant de publier des articles scientifiques, peut-être des traductions de l'hébreu (ce qui me plairait aussi) : cela est-il envisageable ?

    Mon message est un peu long, désolée 😅

  • 29tr29tr Membre

    Bonjour,

    Ce fil abordant la linguistique et étant intéressé particulièrement par cette discipline, je me permets d'intervenir poser mes interrogations.

    J'avais pensé, après une prépa, intégrer une L3 de sciences du langage. Déjà, est-ce possible d'intégrer cette licence après la prépa dans la mesure où l'on ne fait pas vraiment de linguistique en prépa ? Si cela est possible, j'aurais voulu savoir si l'on peut tenter, en ayant été convenablement préparé, l'agrégation de lettres modernes après une licence+master en linguistique ? Car visiblement, pour faire de la recherche, il est très vivement conseillé d'avoir une agrégation. Peut-être, pour renforcer mon parcours dans le but de l'agrégation de lettres modernes, pourrais-je intégrer une double licence sciences du langage-lettres modernes ; mais sauriez-vous si cette double licence existe bel et bien et si oui, où ça ?


    Sinon, puisque j'aime également beaucoup l'anglais, j'ai vu que l'on pouvait étudier aussi la linguistique en faisant des études d'anglais, il y a même une option de cette discipline à l'agrégation. Ne serait-ce donc pas finalement mieux d'étudier la linguistique à travers l'anglais, ce serait un parcours peut-être moins extravagant pour l'agrégation ensuite non ?


    Merci

    Théo.

  • Theriakos96Theriakos96 Membre
    7 mai modifié

    Si l'on est intéressé par la linguistique et les langues, il ne faut pas oublier l'agrégation de grammaire qui, bien qu'elle privilégie la linguistique historique (du latin, du grec et du français), ne néglige pas d'autres aspects de la linguistique.

  • ArthurArthur Membre

    L'INALCO est un bon établissement qui n'a rien à envier aux universités, tout au contraire. Et vous pourrez faire un cursus de sciences du langage parallèlement, en léger décalage, ou après la licence. Il y a aussi de bons cours de linguistique générale à l'INALCO, et vous pourrez fréquenter ponctuellement d'autres établissements. Plusieurs linguistes de l'INALCO sont régulièrement admis par le concours universitaire à l'ENS.

    Bien entendu, le choix des classes préparatoires (A/L, pas Chartes) se justifie aussi ; beaucoup de linguistes sont en effet normaliens, et le concours CPGE est avantageux financièrement. Les linguistes de l'ENS se répartissent sur plusieurs départements : études cognitives (linguistique cognitive, sémantique formelle, psycholinguistique...), sciences de l'Antiquité (linguistique historique, surtout des langues indo-européennes et sémitiques), littérature (linguistique française, linguistique russe) notamment, mais là aussi, bon nombre de cours seront suivis dans d'autres établissements, selon vos intérêts. La spécialité d'entrée à l'ENS importe très peu, mes camarades linguistes étaient entrés qui en lettres classiques, qui en philosophie, qui en langues...

    Pour l'akkadien (si vous n'allez pas en classe préparatoire), procurez-vous la méthode de John Huehnergard (A Grammar of Akkadian, qui est en fait un manuel progressif) et le Key to exercises qui l'accompagne, c'est très bien pour l'apprentissage en autodidacte. Les deux sont disponibles en PDF sur Academia.edu. Quant aux interrogations de votre dernier paragraphe, elles sont sans doute encore trop prématurées.

    C'est sûrement possible avec un dossier correct, mais les masters de linguistique recrutent des étudiants venant d'ailleurs. La plupart des linguistes ne passent pas l'agrégation et ce n'est pas nécessaire pour la recherche ; ce n'est important que pour la linguistique historique (grammaire comparée), où les étudiants passent en général l'agrégation de grammaire. Si vous voulez étudier principalement la linguistique d'une langue en particulier (enseignée à l'université), alors l'agrégation d'anglais, d'allemand, etc. (ou de grammaire si c'est la linguistique française qui vous intéresse) sera aussi bienvenue. Mais de toute façon l'agrégation n'est pas une fin en soi et peut d'ailleurs être un frein (pour des études doctorales et carrières à l'étranger).

  • 29tr29tr Membre

    Merci pour vos retours.

    Je me suis déjà penché sur l'agrégation de grammaire mais plusieurs problèmes se sont alors révélés. D'abord, mon niveau en langues anciennes ; je n'ai jamais fait de grec et je n'ai suivi des cours de latin qu'au collège et ne me souviens de presque plus rien. Par ailleurs, je ne vous apprendrai rien en disant que les langues anciennes sont en voie de disparition ; je n'ai pas envie de faire tout un cursus pour finalement voir le concours disparaître ou me retrouver en animateur de mythologie latine dans un collège où je serai cloué et ne pourrai pas bouger en raison des suppression de postes tout en faisant l'ouverture et la fermeture du collège, vues les heures auxquelles sont placées les langues anciennes. Certains témoignages de professeurs de latin/grec sont désolants...

    Ah ! Étonnant, vous m'en apprenez une belle ! Je croyais que l'agrégation était un indispensable ; vous m'apprenez qu'elle peut être un frein ! Mais le risque de ne pas passer l'agrégation, c'est le manque de porte de sortie, à mon avis. En effet, si l'on n'est pas, suite à son doctorat, recruté par une université, on se retrouve quelque peu dénudé, non ? Quels types de postes, relatifs à la linguistique, peut-on occuper avec "seulement" un doctorat ?

  • ArthurArthur Membre

    L'agrégation n'est nécessaire que par tradition (et elle permet d'être aussi un peu plus longtemps ATER) ; en gros, elle l'est dans les filières d'enseignement qui disposent elles-mêmes d'une agrégation (lettres et langues en l'espèce), car on attend d'un futur maître de conférences qu'il dispense des cours de préparation à ces concours. Partout ailleurs, c'est une perte de temps. Pour l'instant, intéressez-vous plutôt aux différentes sous-branches de la linguistique, vous réfléchirez à ces choix stratégiques plus tard.

    Quant à vos dernières questions, il y a une vie en dehors de l'enseignement secondaire (et de la fonction publique, et de la France, etc.), d'autant que cette perspective n'a pas l'air de vous enchanter (sans doute non sans raison).

  • Merci beaucoup d'avoir pris le temps de répondre Theriakos96 et Arthur ! Merci également pour la référence pour l'akkadien, ça m'intéresse beaucoup.

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