Bonjour,

J'ai commencé L'attrape-cœur et j'aimerais pouvoir discuter un peu de ce livre mythique.

Est-ce que d'autres ici l'ont déjà lu, et qu'en ont-ils pensé ?

J'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire, mais, une fois lancé, j'avoue que j'aime beaucoup. Je suis plus ou moins arrivé à la moitié.

Le héros est vraiment l'attraction principale du roman. C'est presque un anti-héros en fait, car il n'est pas si sympathique que ça, même s'il a une histoire personnelle assez triste. J'aime bien son culot et son côté "sans gêne".

Je ne sais pas si c'est un hasard, mais tous les personnages que rencontrent le héros sont présentés comme inintéressants par ce héros. Et comme ne valant pas la peine d'être fréquentés.

Maintenant, je pense que l'histoire va commencer à aborder l'amour qu'il éprouve pour une jeune fille de son âge.

J'attends de voir ça.

Le livre fourmille aussi d'excellentes répliques et citations.

C'est parfois acéré...
"Depuis 1888, nous travaillons à forger de splendides jeunes hommes à l'esprit ouvert." Tu parles ! Ils forgent pas plus à Pencey que dans n'importe quelle autre école. Et j'y ai jamais connu personne qui soit splendide, l'esprit ouvert et tout. Peut-être deux gars. Et encore. C'est probable qu'ils étaient déjà comme ça en arrivant.

Il était très intelligent et tout mais ça se voyait qu'il n'avait rien dans la tête.

Et parfois très touchant…
Je le sais qu'il est mort. Et comment que je le sais. Mais je peux quand même l'aimer, non ? Juste parce que les morts sont morts on s'arrête pas comme ça de les aimer, bon Dieu - spécialement quand ils étaient mille fois plus gentils que ceux qu'on connait qui sont vivants et tout.

Réponses

  • TheRedRoomTheRedRoom Modérateur
    Je relis souvent les premières pages, que j'aime beaucoup.
    Effectivement, c'est un anti-héros, et d'ailleurs l'auteur lui fait dire des le début qu'il ne va pas faire com autobiographie "à la David Copperfield", manière d'évoquer en ouverture ce récit fondateur, qui traite de l"enfance et de l'adolescence, tout en s'en démarquant.
    Autre chose que j'aime bien dans l'incipit, il nous présente des versions différentes de la fiction : la fiction de l'écriture (son frère qui écrit une nouvelle, "the secret goldfish") et qui ensuite devient auteur pour Hollywood, ce que le narrateur considère comme de la prostitution. C'est le côté illusoire, superficiel d'Hollywood qui est dénoncé par cet adolescent (un mot qu'il utilise tout le temps dans le livre, c'est "phony", faux). Mais aussi la publicité notamment l'affiche de Pencey prep dans le passage que tu as cité et que j'aime beaucoup. Bref, tout ce qui fait l'âge d'or des États-Unis dans les années 50 !
    La dénonciation du faux, la désillusion adolescente... Ce sont des thèmes qui ont fait que ce roman a marqué toute une générations d'Américains !
  • Moi c’est l’inverse : j’ai eu du mal à rentrer dans les premières pages. Peut-être parce que ça commence directement par un monologue intérieur et pas les classiques descriptions.

    Il y a du reste peu de descriptions d’une façon générale. C’est peut-être ce qui rend le livre si prenant « aux tripes » : on est constamment dans les pensées tourmentées du héros.

    Je me demande si Salinger s’est inspiré de lui-même pour créer son héros. Ça semble quand même très personnel. En tout cas j’ai appris qu’il n’avait plus rien publié après ce livre. Mais il avait continué à écrire, car à sa mort on a retrouvé de nombreux récits rédigés dans sa maison.
  • TheRedRoomTheRedRoom Modérateur
    Au mais je n'ai pas dit que c'était immédiat... C'est à la RElecture que je trouve le début intéressant.

    Je l'ai lu la première fois il y a tellement longtemps que je ne sais plus ce que j'en avais pensé...
  • Bonsoir!

    L'attrape coeurs est le seul roman publié par JD Salinger en effet mais d'autres oeuvres "Nine Stories" par exemple -moins "contreversial" -mais aussi fines et intéressantes (et piégeuses :) ) existent.

    Oui JD Salinger se retrouve ( sans qu'il ne l'ait jamais reconnu) dans The Catcher In the Rye :jeune homme ayant du mal à trouver sa voie il participera au débarquement et sera parmi les premiers soldats à se retrouver confronté aux horreurs des camps de concentration ce qui ,on le comprend est un traumatisme dont il va avoir beaucoup de mal à se remettre .


    Reste alors le monde de l'enfance-adolescence où le héros de son livre veut empêcher les enfants de grandir, de "tomber" dans le monde adulte.


    Cette oeuvre est également au Panthéon de mes livres préférés (étudié à la fac -ainsi que Nine Stories -grâce à un très grand prof, Monsieur Happe.)
  • Bonjour,

    J'ai fait quelques recherches sur JD Salinger que je ne connaissais que de nom...

    Ce qui est assez intéressant, c'est que c'était visiblement un élève très... passable. A l'Ursinus College, un de ses professeurs l'avait décrit comme « le pire étudiant d’anglais de l’histoire du collège » !

    Il a fréquenté une femme qui a finalement épousé... Charlie Chaplin !

    Salinger a aussi eu une "embrouille" avec sa fille qui a publié L'attrape-rêve et il ne lui a plus jamais adressé la parole après ça.

    Le titre de L'attrape-coeur est The Catcher in the Rye, mais, littéralement, ça veut dire quoi ?

    J'ai sinon avancé dans ma lecture et ce que j'aime bien aussi c'est que son héros est humain. Les auteurs ont parfois tendance à vouloir faire des héros trop parfaits et sans vrais défauts, mais ce n'est pas le cas de Holden. Il a peur, pleure (notamment quand il est menacé par un portier d'hôtel proxénète), se fait rembarrer...

    Pour ce qui est de la détestation du faux, je repense au début de l'histoire. Son camarade de chambre demande de lui rédiger sa dissertation à sa place (le sommet de la falsification d'une certaine façon), où il doit décrire une maison fictive. Mais Holden préfère décrire quelque chose de vrai et de personnel, le gant de baseball de son frère décédé. Ce qui déclenchera la colère de son camarade de chambre et une bagarre où il se fera rosser.
  • Bonsoir Simon !

    Une traduction littérale de catcher ("attrapeur") et rye (seigle) ne permet pas de rendre compte de la complexité de ce qui se joue au sein du livre.

    Voici ce que j'ai trouvé pour expliciter un peu la situation:

    https://www.shmoop.com/catcher-in-the-rye/title.html

    Holden est un ado confronté à la /sa sexualité adulte et il comprend que l'innocence de l'enfance s'arrête là où commence la sexualité de l'adulte (je fais vite) Le monde des adultes est ce vers quoi il tend tout en étant terriblement effrayé (voire révulsé) par l'initiation sexuelle que cela implique .

    Il va alors vouloir devenir un "catcher" , celui qui attrape les enfants et les empêche de de "tomber" et de perdre leur innocence.


    J'avoue que le titre "attrape cœurs" n'est guère évocateur en français.


    Cette sexualité sous- jacente et omniprésente est une des raisons pour lesquelles ce livre fut très mal reçu .


    Tu soulignes la fragilité de Holden à juste titre et les exemples que tu donnes (il pleure quand il est confronté au portier proxénète -le thème de la sexualité omniprésent) et oui il veut garder une certaine pureté /innocence en refusant de se compromettre dans une histoire "falsifiée" .

    Et oui Salinger a été très amoureux d'Oona O'Neill (fille de Eugene O'Neill un autre très grand nom de la littérature américaine -un dramaturge Prix Nobel de Lit)qui s'est effectivement mariée avec Chaplin qui était bien plus âgé qu'elle.

    ;)



    Pour ce qui est de la "réussite" scolaire de Salinger : Salinger comme tant d'autres artistes n'avait pas un profil scolaire (mais est-ce une trouvaille :) non je pense que l'on peut être d'accord là-dessus)
    Ces quelques œuvres sont très complexes et construites au cordeau -voilà pourquoi ce livre est un petit chef d'œuvre même si beaucoup s'accordent pour dire qu'aujourd'hui il est un peu dépassé (ne serait-ce que par ce qui fit sa singularité de l'époque -le langage qui n'est plus celui des ados d'aujourd'hui)
  • Bonjour,

    Pour le côté dépassé du livre, je trouve que ce n'est pas trop le cas. Evidemment, le langage n'est plus tout à fait le même que celui des ados d'aujourd'hui, mais franchement je ne trouve rien de "choquant".

    De toute façon le livre dégage quand même quelque chose (la personnalité de son héros, sa quête...) qui le rend toujours aussi actuel. J'ai l'impression que ça n'a pas pris une ride.

    Bien vu pour la sexualité. Il est attiré par la sexualité, mais dès qu'il doit passer à l'acte (notamment avec la prostituée amenée par le portier), il fait marche arrière et préfère simplement parler.
    Il va alors vouloir devenir un "catcher" , celui qui attrape les enfants et les empêche de de "tomber" et de perdre leur innocence.

    Ca me fait penser à la conversation qu'il a avec Sally à la patinoire. Il lui propose de venir vivre avec lui de façon reculée, loin de la "civilisation". Evidemment, sa proposition n'est pas très bien accueillie et ça le fait partir dans les tours.
  • TheRedRoomTheRedRoom Modérateur
    De toute façon le livre dégage quand même quelque chose (la personnalité de son héros, sa quête...) qui le rend toujours aussi actuel. J'ai l'impression que ça n'a pas pris une ride.
    Ca doit tenir de la qualité de la traduction, car en anglais, la langue familière voire argotique est assez surannée...

    Si on regarde un peu du côté de l'onomastique, on retrouve des échos du titre dans le nom du personnage (ou l'inverse :
    Holden -> to hold // to catch
    Caulfield -> field // rye
  • Oui je suis d'accord avec Red Room : La langue est surannée .De plus c'est un roman où l'on "perd" des nuances à la traduction . Bien sûr il est toujours préférable de lire le texte original mais bien entendu ce n'est pas toujours faisable.



    Dans Nine Stories où la famille Glass apparaît , "l'intellectuel" de la famille a pour prénom Seymour (see-more)

    Quand on creuse une peu certaines nouvelles on s'aperçoit qu'un personnage évoqué à un moment donné à un certain endroit est évoqué plus loin à un autre moment et à un autre endroit . Un labyrinthe ! Voilà pourquoi les écrits de Salinger sont vraiment fins et "tricky".
  • Ah bah c'est bizarre, la traduction conserverait le roman des attaques du temps.

    Habituellement on critique les traductions, mais ici la traduction est bénéfique.

    Les termes argotiques qui reviennent souvent dans la version française sont "foutu", "fichu", "bordel"... Ca reste assez intemporel.

    Mais est-ce qu'il existe des versions anglaises "modernisées" au niveau du vocabulaire ?

    Sinon je repense à ce que se dit Holden après avoir rencontré deux jeunes filles dans une boîte de nuit :

    "On voyait qu'aucune des deux n'avait envie de ressembler à l'autre et on ne pouvait pas le leur reprocher…"

    Très sympa. :)
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