KakuiKakui Membre
Bonjour,

Je me pose cette question philosophique depuis un bon bout de temps et j'ai besoin de vos lumières. Pour cela, je me permets de vous raconter un épisode que j'ai vécu.


Je me promène au centre-ville noir de monde, j'aperçois un homme de petit taille, tout en costume vêtu laissant apparaître une chaîne dorée, le look typique du mafieux qui marche parallèlement à moi à une vitesse identique.

Il me dépasse et se met un peu plus loin face à moi sur des marches d'escaliers, je continue à m'avancer et je le regarde même pas 5 secondes et je m'aperçois qu'il me fixe droit dans les yeux, les mains dans les poches. Mon regard se porte sur la boutique dans laquelle j'allais rentrer à ma gauche et dans le reflet de la porte je vois qu'il me regarde de manière insistante.

Je suis alors de dos, face à lui et je tourne la tête de gauche à droite du style "ah là là". Dans la boutique quand je parlais au vendeur, deux minutes après, le jeune homme en costard entre, avec un regard froid et me dit "viens avec moi" je lui demande pourquoi et il m'a reproché mon signe de tête et me dit "viens on va s'expliquer dehors".

Là, j'ai eu une grande peur, non pas que je ne sache pas me battre, mais son style de mafieux m'a fait peur et sur une voix un peu douce voir aiguë je lui ai expliqué que je ne voulais pas de problème. Suite à ça le vendeur s'en est mêlé en s'énervant de manière presque agressive contre le mafieux en lui disant "pourquoi vous interpeller mon client comme ça ? vous vous prenez pour qui avec votre air de don ?"

Face au vendeur, le gars n'a pas bronché, il a même eu peur et j'essayais de calmer le vendeur tout en me justifiant auprès du "mafieux". Cela a duré 5 minutes, mais je crains d'être passé pour un poltron et une poule mouillée qui se fait défendre par quelqu'un d'autre.

Or, je suis diplomate et je privilégie la discussion, car si je l'aurai suivi on se serait taper dessus et peut-être fini au commissariat avec les toutes les caméras. Je ne suis pas ce type de personne, j'ai un casier vierge, et je ne me suis jamais battu de ma vie mais à ce moment précis j'ai vraiment flippé de me faire dérouiller. Pendant que j'essayais de ramener la situation au calme, j'ai vu un jeune me regarder avec un sourire narquois du genre "la honte t'as eu peur".

C'est bête, mais j'ai tout de suite assimilé son style à un membre d'une mafia, il m'a indiqué être arménien. Lorsque je suis parti de la boutique après avoir calmer les choses, je me suis aperçu 10 minutes plus tard qu'il était loin derrière moi à me suivre alors que j'avais fait exprès de choisir un chemin peut fréquenté pour rejoindre la gare.

Mes questions sont :

Comment trouvez-vous l'attitude du jeune en costard ?
Comment trouvez-vous mon attitude ?

Ai-je perdu ma virilité en agissant ainsi ?

Que déterminez-vous comme étant de la virilité ?

Réponses

  • Bonjour,

    L'attitude de cet homme telle que vous la décrivez est effrayante. On n'a aucune preuve pour affirmer qu'il fait partie d'une mafia. Je trouve que vous avez bien agi. A quoi cela vous aurait-il servi de tergiverser avec lui à part vous mettre en danger ?

    La virilité, au sens de "puissance sexuelle" de l'homme, est une notion complexe puisqu'elle se réfère à des caractéristiques biologiques, mais est aussi très influencée par la culture (donc subjective). Chez certains animaux, les mâles qui se battent prouvent ainsi qu'ils ont un taux d'hormones élevé. C'est donc un indicateur sexuel puissant pour les femelles qui ont pour objectif premier de se reproduire, et qui préfèrent recevoir les meilleurs spermatozoïdes possibles. Si l'éthologie vous intéresse, il existe des théories qui mettent en évidence les liens entre les attraits sexuels chez les animaux et ceux chez les hommes. Il y a notamment une étude intéressante qui montre que les hommes et les femmes ne mettent pas en avant les mêmes caractéristiques dans des petites annonces.

    Comme nous ne sommes pas des animaux, l'attrait sexuel suscité par un homme ne se mesure pas à sa capacité à se mettre en danger physiquement dans n'importe quel contexte pour épater la galerie. D'autant plus que dans votre situation, ça n'avait aucun intérêt. S'il y a une possibilité réelle de sauver une vie, protéger quelqu'un, ce serait déjà différent. Mais il y a plein d'autres manière de se mettre en valeur dans la vie. La question serait plutôt, qu'est-ce que c'est pour vous, être viril ?

    Voilà mon point de vue.
  • KakuiKakui Membre
    Bonsoir,

    Bien évidemment, aucune preuve comme vous le dites et j'ai juste donné ces détails pour mieux décrire la situation telle qu'elle s'est passée.

    Je pense qu'il existe une crise identitaire quant à la virilité. Car chacun à son opinion là-dessus, mais je pense qu'au même titre que les femmes subissent de la pression par le marketing de masse et par une certaine pensée unique "soit belle et tais-toi", je pense qu'il existe aussi une pression chez les hommes.

    Je dis ça, car j'ai souvent entendu, et ce depuis ma plus tendre enfance, qu'un homme se définissait par sa situation financière et professionnelle et par cela montrer une certaine virilité. Je vais le dire de manière un peu brutal mais un homme qui assure sur ces deux plans, et au lit, serait l'homme parfait, dégageant la virilité "nécessaire". Mais c'est aussi quelqu'un qui dans la situation que j'ai raconté, n'aurai pas eu peur et aurai crié pour intimider le jeune homme, chose que j'ai été incapable de faire. Un homme viril serait, d'après les standards actuels un homme qui parle aisément, et qui est sûr de lui. Tout le contraire d'un homme frêle et timide.

    Pour répondre à votre question, je ne sais pas vraiment quelle définition donner à la virilité, car la pression que j'ai évoqué, existe sans être vue, elle est dite, elle est exprimée mais ne se voit pas. Je ne sais pas si j'ai réussi à me faire comprendre.

    Est-ce qu'un homme en situation de précarité serait moins virile qu'un homme qui a un fort pouvoir d'achat par exemple ?

    Je vous rejoins sur l'idée que l'on ne peut pas comparer le comportement humain et animal, c'est pourquoi faute de donner une définition précise de ce que je pense de la virilité, j'ai essayé de décrire le sentiment que j'ai par rapport à cette question à travers un témoignage et un ressenti.
  • Comme vous le dites, c'est beaucoup une question de normes sociale et d'image, qui ne reflète pas nécessairement la réalité. Je suppose qu'il n'existe pas de corrélation statistique entre le pouvoir d'achat, le fait d'être "doué au lit" (encore faudrait-il se mettre d'accord sur ce que cela signifie exactement, car à mon avis, chacun a sa définition), le fait de hausser le ton face à une personne dangereuse et le fait d'être à l'aise en public.

    C'est intéressant que vous décriviez cette pression sociale silencieuse qui conditionne nos représentations. Dans le cours que j'évoquais plus haut, une étude montrait que dans les petites annonces, les femmes mettent plutôt en avant des traits physiques, la jeunesse et des traits de caractère associés à la capacité à s'occuper d'enfants ; et les hommes mettaient plutôt en avant leur situation socio-professionnelle, des traits de caractère associés au côté protecteur etc.
    Est-ce qu'un homme en situation de précarité serait moins virile qu'un homme qui a un fort pouvoir d'achat par exemple ?

    Si on se réfère à l'étude, probablement. Mais là encore, impossible de répondre sans détailler le cas par cas. Le pouvoir d'achat n'est qu'une donnée parmi d'autres. En se basant sur les images sociales, on peut supposer qu'un coiffeur milliardaire semblera moins virile qu'un boxeur au chômage.

    Pour ma part, j'ai parfois l'impression que les images sociales sont auto-génératrices. J'ai souvent entendu des filles dire :"Les hommes pensent que les femmes sont comme ça." pour me rendre compte que c'était faux en en discutant avec des hommes. Mais en agissant selon l'image, on la rend d'autant plus présente.

    Cela dit, je suis d'accord aussi qu'il y a une partie inconsciente qui pèse sur nous. (Ex : sur un site de rencontre, on peut être attiré selon le statut social de l'homme, ses muscles etc.) Mais on peut au moins agir sur la partie consciente, en se demandant à quelles normes se réfère l'idéal qu'on veut atteindre, et chercher à connaître les goûts d'une personne dans son individualité.

    En fait, j'aimerais savoir à quoi la virilité renvoie pour vous : plutôt au regard des autres hommes, de la société, des femmes en général, de la femme/copine?
  • TheRedRoomTheRedRoom Modérateur
    Il y a de nombreuses injonctions sociales envers les femmes : être douce, gentille, charmante, mince et belle, épilée, avoir des enfants et être une bonne mère, et s'occuper des travaux ménagers, savoir écouter, ne pas parler trop fort, aimer les activités calmes, ne pas se plaindre, supporter la charge mentale, la double journée de travail, les violences quotidiennes etc. C'est très destructeur pour les femmes. La société est en train d'en prendre conscience et c'est tant mieux.

    Mais je trouve qu'on ignore trop souvent que les injonctions sociales qui exercent une pression sur les hommes sont au moins aussi fortes et destructrices - et surtout très paradoxales - , en particulier tout ce qui a trait à la sacro-sainte virilité (pour des raisons que plumeverte à très bien expliquées). Ainsi, l'homme d'aujourd'hui est pris entre une idée de la virilité "à l'ancienne" (force physique et socio-économique) qui nourrit ce qu'on peut appeler une masculinité toxique, et d'une autre côté une image plus nuancée et moderne (un homme peut être doux et ressentir des emotions, bien s'occuper de ses enfants, faire la cuisine, mettre des produits cosmétiques...) dont la société de consommation s'est d"ailleurs emparée avec délectation. La conséquences est que quotidiennement les hommes mettent en danger leur "virilité" (qui se trouve définie de manière contradictoire) quoi qu'ils fassent.
    Je crois que vous avez raison, la masculinité est en crise.

    Vous avez bien réagi à la situation. Qu'aurait été une "mauvaise" réaction ? Je crois que ca n'aurait rien eu à voir avec la virilité. Ça aurait été une réaction dénuée de morale ou d'éthique, une réaction qui aurait mis autrui en danger par exemple. La peur est une émotion humaine aussi noble que les autres qui a permis a notre espèce de survivre. Celui qui n'a jamais peur agit de manière inconsciente.
  • Je trouve votre message très intéressant. Je pense que la pression subie par les hommes est d'autant plus difficile à aborder que la société actuelle a tendance à traiter la question du sexisme de façon manichéenne (qu'à travers un prisme victime/bourreau).
  • KakuiKakui Membre
    C'est intéressant de dire que les conditions sociales sont génératrices, pouvez-vous développer ?

    Effectivement, les phrases qui englobent toute une catégorie sont souvent faussées, de mon côté j'ai souvent entendu par exemple "les femmes sont comme ça, elles attendent telles ou telles choses de la part des hommes" et pourtant c'était plus nuancé dans la réalité, voir à l'opposé.

    Pour répondre à votre question, la virilité pour moi, renvoie aux autres hommes, quand inconsciemment je me compare en me disant si je suis aussi viril qu'eux ou pas, dans la manière d'être, la manière de s'habiller, de se représenter en société. Surtout quand je fais savoir que je suis littéraire, plutôt tourné vers les auteurs romantiques type Rousseau, Chateaubriand. La virilité peut aussi renvoyer à la société justement avec ce que l'on a évoqué au sujet des pressions.

    Quant aux femmes, je ne dirai pas que j'essai de faire preuve de virilité pour montrer que je suis un homme, mais à m'interroger si ma copine me voit vraiment comment étant quelqu'un de viril alors qu'encore une fois je suis tourné vers l'expression des sentiments, vers la bienveillance et la gentillesse.

    On est donc loin de l'image (caricature ?) que l'on se fait de l'homme viril, musclé, ferme, sûr de lui et qui est à l'abri financièrement.

    Je profite de l'actualité cinématographique pour évoquer Tanguy le retour, film assez drôle mais qui peut aussi être lié à la discussion. Les générations dites Tanguy, les trentenaires ou plus qui retournent chez leurs parents pour une raison ou une autre peuvent aussi s'interroger sur leur identité et se demander s'ils sont encore "homme". Ce sujet est lié aussi au pouvoir d'achat et à la situation économique du pays.

    @ Redroom :

    Je rejoins ce que vous avez dit sur le sujet. En effet, il arrive encore aujourd'hui d'entendre des discours caricaturaux qui assimilent les femmes uniquement à des traits de caractères que vous avez décrit.

    Quant aux hommes, vous avez parfaitement mis le point sur l'élément déclencheur de ce mal être que peuvent connaître certains hommes et qui est la raison de cette crise identitaire.
  • C'est intéressant de dire que les conditions sociales sont génératrices, pouvez-vous développer ?

    Je veux surtout parler des images stéréotypées. Par exemple, je suis une fille qui se maquille peu, et j'ai souvent entendu dire que les hommes aiment les femmes qui se maquillent. Avec mon premier copain, je me maquillais donc plus que d'habitude, convaincue que cela lui plaisait. Jusqu'au jour où je lui ai clairement posé la question, et il m'a répondu qu'il s'en fichait. Si on en avait pas parlé, j'aurais continué à penser qu'il préfère les filles maquillées, et lui aurait peut-être pensé que je me maquille parce que je suis coquette (en généralisant, "les femmes sont coquettes"). Vous avez raison, ce sont les généralisations qui aboutissent à la méconnaissance.


    Je pense que ça ne s'applique pas qu'au genre, mais à plein d'autres domaines dans la société. On parle dans un autre fil de l'accent de banlieue. Imaginons que la manière dont vous parlez avec votre famille suscite de la gêne à l'extérieur (attitudes choquées, on vous regarde comme si vous aviez dit un truc hyper vulgaire), ça provoque en soi un malaise, et on peut réagir en continuant de parler de la même façon. On peut avoir envie de "provoquer" l'autre, ce qui renforce l'image initiale.

    L'inverse est vrai aussi. Quand j'étais au Québec, j'avais l'impression de m'exprimer comme quelqu'un de très maniéré (tel que l'accent français est perçu là-bas). J'en avais parlé avec d'autres Français : à cause de cela, on essayait de montrer qu'on était sympa, mais cela nous donne l'air plus poli, donc encore plus maniéré.


    Je crois qu'à partir de n'importe quelle différence (genre, culture, catégorie sociale), les non-dits donnent lieu aux croyances. On suppose des intentions à l'autre, on se positionne par rapport à l'intention supposée, l'autre ressent l'intention qu'on lui suppose et il se positionne par rapport à ce retour d'intention, il suppose à son tour, et c'est comme ça que l'image se renforce des deux côtés, comme un miroir déformant.

    C'est un élément parmi d'autres, ça n'explique pas toutes les réalités sociales.

    Vous me donnez envie d'aller voir Tanguy.
  • KakuiKakui Membre
    En effet cela dépasse les questions de genre et on se rend compte que ces questions sont ancrées en l'humain même. Une question d'éducation peut-être aussi ?

    Pour en revenir à la mésaventure que j'ai vécue, ce qui est contradictoire, c'est que je sais pertinemment que j'aurais agi différemment si j'avais été avec ma copine. En effet, je n'aurais pas montré de peur, mais j'aurais montré de manière inconsciente que je gère la situation.

    Bien que les comportements animaux et ceux des humains ne soient pas toujours transposables, j'ai tout de même comparé cela à un lion, seul, dans la savane qui se fait attaquer par des hyènes par exemple, il fuit, ou en tout cas se retrouve dans une situation de détresse. Pourtant il aurai peut-être agi différemment s'il était avec une lionne, que pensez-vous de cette idée concernant l'instinct protecteur ?

    Pour en revenir à la virilité, je lis actuellement, pour une énième fois Bel-Ami, et dans la préface, Duroy est présenté comme étant un homme à la beauté virile, mais en ayant un comportement d'homme-fille, qui se fait entretenir par d'autres femmes. Je me demandais si vous étiez d'accord avec cette analyse ?
  • Oui, l'éducation joue beaucoup aussi.

    Je suis d'accord avec vous sur l'idée qu'il existe un instinct protecteur. Je le ressens parfois par rapport à des enfants. Avec une amie, on s'imaginait être coincé dans un ascenseur plusieurs jours d'affilé. On cherchait à savoir avec qui on aurait le moins peur dans cette situation. Elle avait fini par dire :"Avec mon petit frère, car s'il est là, je serai obligée de ne pas avoir peur pour le rassurer." et je trouve qu'il y a là une part de vérité.

    Dans les situations effrayantes, il y a des automatismes qui refont surface, une certaine "hiérarchie de protection" se met en place. Je pense que si je suis en danger avec mon copain (en cas d'agression par exemple), j'aurai une tendance immédiate à attendre à ce que ce soit lui qui me protège. Si je suis avec un enfant, je sentirai d'office que c'est à moi de le protéger. Quelle est la part là dedans d'instinctif ou de conditionnement social (ou est-ce parce que je ne suis pas très téméraire :D ) ?

    Bon, après, il y a une sacrée différence entre être en danger dans un ascenseur et se faire agresser... On n'a pas besoin des mêmes "armes" pour s'en sortir. Mais, je pense que dans votre situation face à quelqu'un de dangereux physiquement, ça peut être une sorte d'instinct qui vous pousse à être plus courageux en présence de votre copine.

    Et puis, peut-être aussi, indépendamment des questions de genre, parce que c'est une personne proche de vous, et que vous vous sentez plus sûr de vous quand elle est là ? Qu'en pensez-vous ? à quel point ça peut jouer ? Est-ce que vous pensez que vous auriez réagi différemment avec un proche ami musclé et ceinture noire ?

    Dans tous les cas, il y a des différences biologiques (hormonales entre autres) entre les hommes et les femmes qui influencent la personnalité. Il est reconnu que la testostérone favorise la prise de risque et les performances physiques alors que la progestérone est plutôt impliqué dans la compassion et le soin. Mais comme l'environnement social agit aussi sur la production de ces hormones, cela relativise l'idée de déterminisme biologique.

    Je n'ai pas lu Bel Ami pour le moment, mais je vais consulter la préface.
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