Baudelaire, Écrits sur l'art : extrait exposition universelle de 1855

Bonjour je suis en 1ereL et ma prof de français ma demander pour demain de faire un commentaire sur Baudelaire, Ecrits sur l'art extrait exposition universelle de 1855.L'extrait qui va de "Il est encore une erreur[...]éternel désespoir".J'ai du mal a comprendre ce texte si quelqu'un pouvait m'aider et me dire au moins les grands axes de mon commentaires ou encore m'expliquer le texte se serait vraiment super Sympa merci
Emma
Il est encore une erreur fort à la mode, de laquelle je veux me garder comme de l’enfer. — Je veux parler de l’idée du progrès. Ce fanal obscur, invention du philosophisme actuel, breveté sans garantie de la Nature ou de la Divinité, cette lanterne moderne jette des ténèbres sur tous les objets de la connaissance ; la liberté s’évanouit, le châtiment disparaît. Qui veut y voir clair dans l’histoire doit avant tout éteindre ce fanal perfide. Cette idée grotesque, qui a fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne, a déchargé chacun de son devoir, délivré toute âme de sa responsabilité, dégagé la volonté de tous les liens que lui imposait l’amour du beau : et les races amoindries, si cette navrante folie dure longtemps, s’endormiront sur l’oreiller de la fatalité dans le sommeil radoteur de la décrépitude. Cette infatuation est le diagnostic d’une décadence déjà trop visible.
Demandez à tout bon Français qui lit tous les jours son journal dans son estaminet ce qu’il entend par progrès, il répondra que c’est la vapeur, l’électricité et l’éclairage au gaz, miracles inconnus aux Romains, et que ces découvertes témoignent pleinement de notre supériorité sur les anciens ; tant il s’est fait de ténèbres dans ce malheureux cerveau et tant les choses de l’ordre matériel et de l’ordre spirituel s’y sont si bizarrement confondues ! Le pauvre homme est tellement américanisé par ses philosophes zoocrates et industriels qu’il a perdu la notion des différences qui caractérisent les phénomènes du monde physique et du monde moral, du naturel et du surnaturel.
Si une nation entend aujourd’hui la question morale dans un sens plus délicat qu’on ne l’entendait dans le siècle précédent, il y a progrès ; cela est clair. Si un artiste produit cette année une œuvre qui témoigne de plus de savoir ou de force imaginative qu’il n’en a montré l’année dernière, il est certain qu’il a progressé. Si les denrées sont aujourd’hui de meilleure qualité et à meilleur marché qu’elles n’étaient hier, c’est dans l’ordre matériel un progrès incontestable. Mais où est, je vous prie, la garantie du progrès pour le lendemain ? Car les disciples des philosophes de la vapeur et des allumettes chimiques l’entendent ainsi : le progrès ne leur apparaît que sous la forme d’une série indéfinie. Où est cette garantie ? Elle n’existe, dis-je, que dans votre crédulité et votre fatuité.
Je laisse de côté la question de savoir si, délicatisant l’humanité en proportion des jouissances nouvelles qu’il lui apporte, le progrès indéfini ne serait pas sa plus ingénieuse et sa plus cruelle torture ; si, procédant par une opiniâtre négation de lui-même, il ne serait pas un mode de suicide incessamment renouvelé, et si, enfermé dans le cercle de feu de la logique divine, il ne ressemblerait pas au scorpion qui se perce lui-même avec sa terrible queue, cet éternel desideratum qui fait son éternel désespoir ?
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Réponses

  • Il est encore une erreur fort à la mode, de laquelle je veux me garder comme de l'enfer. - Je veux parler de l'idée du progrès. Ce fanal obscur, invention du philosophisme actuel, breveté sans garantie de la Nature ou de la Divinité, cette lanterne moderne jette des ténèbres sur tous les objets de la connaissance; la liberté s'évanouit, le châtiment disparaît. Qui veut y voir clair dans l'histoire doit avant tout éteindre ce fanal perfide. Cette idée grotesque, qui a fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne, a déchargé chacun de son devoir, délivré toute âme de sa responsabilité, dégagé la volonté de tous les liens que lui imposait l'amour du beau: et les races amoindries, si cette navrante folie dure longtemps, s'endormiront sur l'oreiller de la fatalité dans le sommeil radoteur de la décrépitude. Cette infatuation est le diagnostic d'une décadence déjà trop visible.

    Demandez à tout bon Français qui lit tous les jours son journal dans son estaminet ce qu'il entend par progrès, il répondra que c'est la vapeur, l'électricité et l'éclairage au gaz, miracles inconnus aux Romains, et que ces découvertes témoignent pleinement de notre supériorité sur les anciens; tant il s'est fait de ténèbres dans ce malheureux cerveau et tant les choses de l'ordre matériel et de l'ordre spirituel s'y sont si bizarrement confondues! Le pauvre homme est tellement américanisé par ses philosophes zoocrates et industriels qu'il a perdu la notion des différences qui caractérisent les phénomènes du monde physique et du monde moral, du naturel et du surnaturel.
    Si une nation entend aujourd'hui la question morale dans un sens plus délicat qu'on ne l'entendait dans le siècle précédent, il y a progrès; cela est clair. Si un artiste produit cette année une oeuvre qui témoigne de plus de savoir ou de force imaginative qu'il n'en a montré l'année dernière, il est certain qu'il a progressé. Si les denrées sont aujourd'hui de meilleure qualité et à meilleur marché qu'elles n'étaient hier, c'est dans l'ordre matériel un progrès incontestable. Mais où est, je vous prie, la garantie du progrès pour le lendemain? Car les disciples des philosophes de la vapeur et des allumettes chimiques l'entendent ainsi: le progrès ne leur apparaît que sous la forme d'une série indéfinie. Où est cette garantie? Elle n'existe, dis-je, que dans votre crédulité et votre fatuité.


    Je laisse de côté la question de savoir si, délicatisant l'humanité en proportion des jouissances nouvelles qu'il lui apporte, le progrès indéfini ne serait pas sa plus ingénieuse et sa plus cruelle torture; si, procédant par une opiniâtre négation de lui-même, il ne serait pas un mode de suicide incessamment renouvelé, et si, enfermé dans le cercle de feu de la logique divine, il ne ressemblerait pas au scorpion qui se perce lui-même avec sa terrible queue, cet éternel desideratum qui fait son éternel désespoir?
    1. Quel est le contexte historique? 1830. 1848,
    2. À quoi sert une exposition universelle?
    3. Qu'est-ce qu'y étaient exposés?
    4. "à la mode" concerne quelle tranche de la société en 1855?
    5. Pour qui écrit-il? Combien de 'bons français' ouvraient leur journal?
    6. A-t-il un point de vue artistique, philosophique, scientifique.....du "progrès"?
    7. En quoi le progrès peut-il être considéré positivement et négativement?
    8. D'après toi, où est le garanti du progrès?
    9. Parle-t-il d'un phénomène singulièrement XIXème s.?
    10. A-t-il raison de parler ainsi, ou joue-t-il le provocateur?
  • Merci de ta réponse JSC
    Mais que veulent dire les extraits en gras et les extraits soulignés?Ce sont des indices littéraires?
    Toutes les questions de la fin sont très bonnes mais j'en fais quoi dans mon commentaire comme c'est mon premier commentaire je suis un peu larguée?qu'est ce que je met comme grands axes,comme sous parties,commeindices littéraires?Peux-tu m'expliquer?
    Merci
    Emma
  • Qu'entends-tu par indices littéraires ? on n'est pas dans un polar ici :)
  • commentaire: méthodologie
    En gros: les passages en gras me semblent être des thèmes, des fils de conduite du discours.
    Les passages soulignés sont pour poser la question "est-ce vrai"? "Pourquoi dit-il cela?" "suis-je d'accord?".
  • velocet a écrit:
    Bonjour je suis en 1ereL et ma prof de français ma demander pour demain de faire un commentaire sur Baudelaire, Ecrits sur l'art extrait exposition universelle de 1855.L'extrait qui va de "Il est encore une erreur[...]éternel désespoir".J'ai du mal a comprendre ce texte si quelqu'un pouvait m'aider et me dire au moins les grands axes de mon commentaires ou encore m'expliquer le texte se serait vraiment super Sympa merci
    Emma
    A la difference de Emma j'ai une lecture analytique sur ce texte. je dois passer a l'oral mais je ne trouve aucune problèmatique et ne comprend pas vraiment le texte et le point de vue de l'auteur. de quoi Baudelaire veut nous convaincre? svp
  • Mais si, on a tous ce texte sous la main depuis que je l'ai écrit en msg #3 de ce fil!

    Jessyca: qu'est-ce que tu ne comprends pas de la thématique de ce texte, surtout après avoir répondu aux question que j'avais gentiment mises en dessous.....?
  • je n'arrive pas a trouver un véritable axe de lecture. j'ai répondu aux questions qui mon beaucoup aidé a comprendre le texte mais sa reste encore flou...l'auteur cherche a nous convaincre de quoi exactement?
  • Il me semble qu'en bon milieu de son siècle il parle du progrès.
  • oui, mais il montre le progré comme quelque chose de negatife non
  • foozzfoozz Membre
    Bonjour , comme j'ai ce texte pour mon oral , je vais essayer de répndre aux questions posées afin de m'entrainer.


    1. Quel est le contexte historique? 1830. 1848 : monarchie de juillet ( mais je ne vois pas en quoi cela aide à comprendre ce texte ) ; La révolution industrielle.

    2. À quoi sert une exposition universelle ? A montrer le progrès

    3. Qu'est-ce qu'y étaient exposés? exemple à paris : la tour Eiffel

    4. "à la mode" concerne quelle tranche de la société en 1855? La bourgeoisie ?

    5. Pour qui écrit-il? Combien de 'bons français' ouvraient leur journal? Pour que le lecteur se reconnaisse dans " bon français"

    6. A-t-il un point de vue artistique, philosophique, scientifique.....du "progrès"? Il a un point de vue philosophique , moral du progrès mais il ne nie pas la réalité du progrès matérielle ( éléctricité , gaz , vapeur ..)

    7. En quoi le progrès peut-il être considéré positivement et négativement?

    8. D'après toi, où est le garanti du progrès? il n'y en pas pas ( cependant j'ai du mal à comprendre cette question )

    9. Parle-t-il d'un phénomène singulièrement XIXème s.? Non il parle du progrès en général mais il s'appuie sur des exemples de son temps.

    10. A-t-il raison de parler ainsi, ou joue-t-il le provocateur? il me semble qu'il a raison .... ( aucune idée pour cette question )
  • Bonjour, foozz.
    En absence d'une quesion, je me permets de faire un commentaire bref.
    foozz a écrit:
    1. Quel est le contexte historique? 1830. 1848 : monarchie de juillet quelles sont les relations diplomatiques/guerrières avec les autres pays?( mais je ne vois pas en quoi cela aide à comprendre ce texte ) ; La révolution industrielle. Très très importante.
    2. À quoi sert une exposition universelle ? A montrer le progrès aux citoyens. À valoriser son pays devant les autres. "Promotion".
    3. Qu'est-ce qu'y étaient exposés? exemple à paris : la tour Eiffel en 1855?!! Faire des recherches pour les catalogues d'expo! Les autres pays ont exposé quoi?
    4. "à la mode" concerne quelle tranche de la société en 1855? La bourgeoisie ?

    5. Pour qui écrit-il? Combien de 'bons français' ouvraient leur journal? Pour que le lecteur se reconnaisse dans " bon français" . Zola (l'Assommoir) montre que le peuple prenne conscience de certaines nouvelles par voie de presse. Ce n'est pas pour autant que tout le monde sait lire. Avant Ferry, l'éducation universelle ne fut pas obligatoire. Quel est le lectorat des journaux en 1855? Ceux avec le loisir et la capacité de lire.
    6. A-t-il un point de vue artistique, philosophique, scientifique.....du "progrès"? Il a un point de vue philosophique , moral du progrès mais il ne nie pas la réalité du progrès matérielle ( éléctricité , gaz , vapeur ..) Chemins de fer, bateaux en metal, ponts suspendus...et progrès social? Haussmann va arriver bientôt. Le traitement des eaux usées...7. En quoi le progrès peut-il être considéré positivement et négativement?

    8. D'après toi, où est le garanti du progrès? il n'y en pas pas ( cependant j'ai du mal à comprendre cette question ) . La demande publique. La capacité d'inventer. Le financement pour mettre en œuvre les bonnes idées.
    9. Parle-t-il d'un phénomène singulièrement XIXème s.? Non il parle du progrès en général mais il s'appuie sur des exemples de son temps.

    10. A-t-il raison de parler ainsi, ou joue-t-il le provocateur? il me semble qu'il a raison .... ( aucune idée pour cette question ) !!
    ce n'est pas exhaustif. Tu as eu une bonne idée d'essayer cet exercice. :)
  • foozzfoozz Membre
    merci de votre aide , effectivement j'ai fait cet exercice parceque je ne maîtrise point ce texte. J'ai de nombreuses difficultés à expliquer certains passages.

    pour la 8eme question : Baudelaire pose cette question et il y répond en disant :
    "Elle n'existe , dis-je , que dans votre crédulité et votre fatuité."
    Pour Baudelaire elle n'existe pas en faite ? Les crédules " bon français" croient à cette garantie du progrès dans la demande publique. La capacité d'inventer. Le financement pour mettre en œuvre les bonnes idées.

    pour la 10 eme question : il est provocateur . Il dit que l'illusion du progrès matérialiste fait oublier à l'humanité sa raison d'être et risque de l'amener "au sucide"

    ps : Mon professeur de français nous a dit que pour Baudelaire le progrès n'est pas régulié , il fonctionne en dents de scies. Je n'arrive plus à retrouver pourquoi il nous a dit cela et ou dans le texte voit-il cela?
  • J'ai cru comprendre de ma lecture de ses écrits critiques (plutôt que 'littéraires') que Baudelaire appréciait la contemporanéité et approuvait le progrès.....
  • foozzfoozz Membre
    En fait je crois que Baudelaire ne nie pas le progrès mais il y apporte 2 objections :

    1) le progrès n'est pas régulier

    2) le progrès est une illusion basé sur une envie de jouissance matérielle.
  • J'ai étudier cet extrait en lecture analytique et j'en ai même parler à mon entretien cet aprem'

    Baudelaire a un regard critique sur le progrès mais il ne s'y oppose pas complètement:
    - Pour Baudelaire il ne faut pas confondre Progrès matériel et progrès spirituel
    - Le progrès n'est pas garanti dans l'avenir
    il faut replacer le texte dans le contexte de l'époque ( 19eme siècle ). C'est le siècle de la révolution industrielle donc beaucoup de progrès qui engenre un optimisme pour l'avenir, c'est le positivisme : pour cette philosphie, le dévellopement technique est facteur de libération et de bonheur.

    Voilà si tu as besoin du plan de cette lecture analytique, demande moi...
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