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J'aimerais savoir ce que vous pensez de cette question, à savoir : "Faut-il continuer d'enseigner les classiques à l'école ? " et de la réflexion ci-dessous :
"« Est considéré comme classique un ouvrage ou un auteur dont l’œuvre appartient à une culture supérieure ». Déjà on voyait cette idée de culture supérieure. Une œuvre classique est ce qui est considéré comme digne, apte, nous dit-on, à former les esprits, et donc choisie en cela pour figurer au programme de l’enseignement des lettres."

Que pensez-vous de cette description ?
En effet, pour les plus anciens d'entre nous, nous avons étudié l'ensemble de ces auteurs au collège, au lycée et à l'université. Est-ce une raison suffisante pour continuer de les enseigner ?
N'est-il pas possible de "former les esprits" des élèves et de les ouvrir à notre réalité présente du 21e siècle à travers des oeuvres plus contemporaines ?

Pensez-vous qu'il soit judicieux en 2019 de continuer d'enseigner les oeuvres classiques telles que Molière, Corneille, La Rochefoucauld, Racine, La Fontaine ? Ne risque-t-on pas de démotiver peu à peu les élèves en leur enseignant des ouvrages d'un autre temps. Bien sûr certains enseignants font le choix d'enseigner à partir d'oeuvres contemporaines telles que Harry Potter et c'est tout à leur honneur. Pensez vous qu'il soit important de conserver les classiques aux programmes des collèges et lycées et même à l'université ou bien pensez-vous qu'il est temps de s'émanciper du passé en étudiant/enseignant des oeuvres actuelles qui correspondent mieux à notre époque ? Sinon, pourquoi pensez-vous que les classiques ont toujours leur place au sein des programmes scolaires ?

Réponses

  • Est considéré comme classique un ouvrage ou un auteur dont l’œuvre appartient à une culture supérieure

    Avant de discuter du sujet, j'aimerais tout de même savoir d'où sort cette définition... Elle me semble tout à fait bancale. Personnellement je ne la prendrais pas comme base de réflexion.
  • Pour moi, un "classique", c'est avant tout une œuvre partagée, dont on peut discuter ensemble, qu'on a tous lue. Qu'on peut aimer, ou ne pas aimer. Qui nous permet de construire un ensemble de références que chacun peut comprendre.

    Ne pas enseigner DU TOUT les classiques à l'école, c'est les empêcher les enfants / les jeunes de communiquer culturellement avec les générations précédentes, et cela me semble dommage.

    L'idée qu'un classique est forcément chiant (passez-moi l'expression) est à mon avis complètement réactionnaire et anti-humaniste. Certains le sont, d'autres pas du tout. Certains nous animent, d'autres non. Certains sont encore d'actualité aujourd'hui, d'autre moins.

    Harry Potter n'a pas besoin de l'école pour être un classique. Les jeunes de tous âges en ont fait un classique de facto, une référence commune quasi-universelle. C'est à nous, générations d'avant, de nous intéresser à ce type de littérature si on veut communiquer avec eux, mais faire du Harry Potter à l'école pour amuser la galerie ou pour faire croire qu'un cours est intéressant alors qu'il ne l'est pas, c'est le degré zéro de l'enseignement. Les jeunes d'aujourd'hui, devenus adultes, enseigneront peut-être HP, feront des thèses sur JK Rowling (il y en a déjà, d'ailleurs) et c'est tant mieux. Mais ça ne retire rien aux Misérables, à Tartuffe, à Don Quichotte ou à Hamlet.

    Ensuite, on peut bien sûr discuter du détail: Quel classique enseigner ? comment l'enseigner ? Dans quel but ? A quel âge ? etc.
  • Si l'on veut comprendre notre propre époque, il me parait inévitable de passer par la compréhension des époques passées. Notre littérature actuelle découle de Montaigne, Molière, Hugo, Zola,... Et même si certains élèves trouvent leur étude barbante, cela équivaudrait à se borner soi-même en laissant leurs écrits croupir au fin fond d'une bibliothèque... Ils ont tous marqué l'histoire de la littérature (et même l'Histoire tout court), il y sûrement une raison valable à cela.
  • Je pense qu'on gagnerait à travailler sur les représentations de la littérature classique. L'idée même qu'elle est peu accessible, ancienne, élitiste contribue à décourager certains élèves ou à alimenter des préjugés.

    Je crois aussi que l'école a un devoir de transmission et qu'il est de son rôle de faire connaître les grands écrivains qui ont marqué l'Histoire. D'autant plus que certaines connaissances sont nécessaires pour comprendre certaines œuvres classiques, d'où l'intérêt de les étudier en classe. La première fois que j'ai lu La Peste de Camus, je n'ai pas trop aimé l'histoire et je ne comprenais pas. Grâce aux questions que le prof nous avait données, j'ai eu accès à la réflexion que proposait l'oeuvre et ses aspects philosophiques.

    J'ai lu mon premier Zola en vue de la dissertation du bac, et je me suis aperçue à ce moment là que le style classique me procurait des émotions très intenses, un plaisir réel, que je n'aurais pas soupçonné. M'en serais-je aperçue si l'épreuve du baccalauréat était basée sur des œuvres contemporaines ? Je serais certainement passée à côté de quelque chose.
  • Petite anecdote d'il y a environ 20 ans : je faisais du soutien scolaire à des gamins de 5e qui devaient travailler sur un roman de Chrétien de Troyes. Visiblement ça ne les inspirait pas beaucoup, on a lu un passage ensemble, mais pour leur faire reformuler l'action c'était la galère.
    Fin de la séance, ils sortent, je reste pour effacer le tableau etc., et quand je sors il y en a deux qui attendent leurs parents assis sur les marches. L'un raconte à l'autre le dernier film qu'il a vu : le Seigneur des Anneaux.
    Donc à la séance suivante, je lui demande de raconter à tout le monde l'intrigue du film. Ensuite je leur redonne les éléments de définition du roman de chevalerie que le professeur leur avait donnés, et je leur demande s'ils pensent que Le Seigneur des Anneaux obéit aux mêmes règles. Je ne pouvais plus les arrêter dans leur élan : oui, bien sûr, la quête, les épreuves, la bravoure etc. Ensuite je ne savais plus trop comment reparler de Chrétien de Troyes, et c'était la fin de la séance.
    A la séance suivante, on prend un extrait de Chrétien de Troyes sur lequel ils doivent travailler (je crois que c'était Lancelot) et je leur demande comment ils feraient pour faire une séquence de film à la manière du Seigneur des Anneaux. Eh bien tout de suite, ils ont mieux compris et ils ont vu l'intérêt du passage.

    Est-ce que ca veut dire que Tolkien c'est mieux que Chrétien de Troyes ? Bien sûr que non. Ça veut dire que "classique" ou pas, les œuvres litteraires reposent souvent sur les mêmes ressorts, et que des œuvres plus modernes peuvent nous aider à accéder à d'autres œuvres, d'un abord plus ardu.
    Je ne sais pas ce qu'ils en ont retenu, mes petits 5e, mais c'était sympa à faire !
  • Faut-il continuer d’enseigner les classiques à l’école ?
    Quelle question saugrenue !
    On pourrait tout aussi bien demander s’il faut continuer à enseigner l'histoire, et bien d’autres choses encore comme la musique ou la peinture des siècles passés.
    Enseigner, n’est-ce pas justement apporter aux enfants ce avec quoi ils ne sont pas forcément familiers, leur ouvrir des portes qui leur resteraient fermées s’ils n’allaient pas à l’école ?
    Sinon, quel univers étroit !
  • Amelie1 a écrit:
    Si l'on veut comprendre notre propre époque, il me parait inévitable de passer par la compréhension des époques passées. Notre littérature actuelle découle de Montaigne, Molière, Hugo, Zola,... Et même si certains élèves trouvent leur étude barbante, cela équivaudrait à se borner soi-même en laissant leurs écrits croupir au fin fond d'une bibliothèque... Ils ont tous marqué l'histoire de la littérature (et même l'Histoire tout court), il y sûrement une raison valable à cela.

    Je m'apprêtais à dire la même chose en dix ou quinze lignes mais je vois qu'Amélie l'a dit en quatre. Le mieux étant l'ennemi du bien, je n'ajoute rien.

    Mais tant que j'y suis je vais dire une autre chose. Quand j'étais en seconde scientifique (ça existait à mon époque) j'ai appris à résoudre les équations du deuxième degré. Je m'en souviens, c'était un samedi. Ça m'a fait chaud au cœur : c'était compliqué, je n'y serais pas parvenu seul mais grâce au système et à mon prof, j'avais compris un truc balèze. Ça, c'était des maths. C'était nouveau pour moi. J'ai eu là un grand samedi.
    D'après ce que j'ai lu de-ci de-là, on n'étudie plus cette équation avant la classe de première. En seconde on fait des niaiseries avec un tableur mais c'est un autre sujet.
    J'ai lu des romans classiques (beaucoup beaucoup moins que la plupart des gens qui fréquentent ce site) et des romans à la noix. Quand il m'est arrivé de terminer un de ces grands classiques j'éprouvais bien plus de choses que lorsque je terminais un petit roman ordinaire. Je me sentais plus intelligent. J'étais heureux.
    Je crois qu'Amelie1 fait remarquer que si un livre est connu, ce n'est pas pour rien.
    C'était comme en maths quand j'apprenais la définition d'un truc important ou que je comprenais le sens et la démonstration de tel ou tel théorème. Je montais d'un cran. Comme quand je lus tel roman de grand renommée. Pour certains de ces livres, c'était l'école qui m'avait obligé de le faire. Merci.

    Un élève, ça s'élève, mais plus ou moins selon les jours.

    PS : Certaines démonstrations sont des "classiques".
  • J'avais aussi pensé à raser les vestiges du passé pour faire la place, à brûler les anciens, à faire table rase de la notion de patrimoine, de culture. Et on commencerait ... "Une culture hors sol". :(
    Attention aux peuples qui n'ont plus d'histoire.

    Merci à tous les metteurs en scène qui nous présentent aujourd'hui les textes d'hier.
    Merci Alain :
    Surtout aux enfants qui ont tant de fraîcheur, tant de force, tant de curiosité avide, je ne veux pas qu’on donne ainsi la noix épluchée. Tout l’art d’instruire est d’obtenir au contraire que l’enfant prenne de la peine et se hausse à l’état d’homme.
  • Je vais jouer l'avocat du diable en prenant quelques remarques qui ont été faites pour pousser la réflexion au delà de la question initiale.


    "Quand il m'est arrivé de terminer un de ces grands classiques. j'éprouvais bien plus de choses que lorsque je terminais un petit roman ordinaire. Je me sentais plus intelligent. J'étais heureux."

    Est ce que seuls les classiques peuvent nous permettre d'éprouver plus de choses ? se sentir plus intelligent ? être plus heureux ?


    "Enseigner, n’est-ce pas justement apporter aux enfants ce avec quoi ils ne sont pas forcément familiers, leur ouvrir des portes qui leur resteraient "

    Je constate que de moins en moins de jeunes aiment lire des romans. Ne peut on pas leur ouvrir des portes avec des romans contemporains ? des sujets qui seraient plus proches de leurs préoccupations et dont ils ne sont peut être pas familiers après tout ?


    "je faisais du soutien scolaire à des gamins de 5e qui devaient travailler sur un roman de Chrétien de Troyes. Visiblement ça ne les inspirait pas beaucoup, on a lu un passage ensemble, mais pour leur faire reformuler l'action c'était la galère."

    La démotivation de beaucoup d'élèves est un aspect que je constate également au quotidien. Comment motiver des élèves à travailler sur des oeuvres auxquelles ils n'arrivent pas à se lier de part la distance qui les sépare ?


    "Je crois aussi que l'école a un devoir de transmission et qu'il est de son rôle de faire connaître les grands écrivains qui ont marqué l'Histoire."

    Faire connaître les écrivains qui ont marqué l'histoire, je suis tout à fait d'accord. Mais est ce là le seul devoir de l'école ? L'école n'a-t-elle pas également un devoir de préparer les jeunes à affronter la réalité de leur vie future ?


    "Si l'on veut comprendre notre propre époque, il me parait inévitable de passer par la compréhension des époques passées. Notre littérature actuelle découle de Montaigne, Molière, Hugo, Zola,... Et même si certains élèves trouvent leur étude barbante, cela équivaudrait à se borner soi-même en laissant leurs écrits croupir au fin fond d'une bibliothèque... Ils ont tous marqué l'histoire de la littérature (et même t-istoire tout court), il y sûrement une raison valable à cela."

    La compréhension de notre époque et des nouveaux challenges auxquels les élèves auront a faire face nécessite-t-elle forcément la compréhension des auteurs de littérature classique ?


     C'est à nous, générations d'avant, de nous intéresser à ce type de littérature si on veut communiquer avec eux, mais faire du Harry Potter à l'école pour amuser la galerie ou pour faire croire qu'un cours est intéressant alors qu'il ne l'est pas, c'est le degré zéro de l'enseignement.


    Pourquoi Harry Potter existerait seulement pour amuser la galerie ? N'est-il pas possible de rendre un cours intéressant et productif par l'étude de romans contemporains ?
  • Attends, je ne comprends plus. Ta question est "faut-il continuer d'enseigner les classiques à l'école ?" et non pas "faut-il faire étudier des œuvres contemporaines et/ou populaires à l'école ?"

    Je suis POUR le fait d'étudier des œuvres contemporaines et/ou populaire à l'école.

    Je suis CONTRE le fait de remplacer les œuvres "classiques" par des œuvres contemporaines et/ou populaires.

    Je suis CONTRE le fait de ne plus enseigner de "classiques" à l'école.

    Pour les raisons que j'ai expliqué plus haut (il faut lire les contribution en entier !).
    Tu cites un de mes passages, c'est gentil, mais la réponse à ta question est dans la suite du message que tu cites !

    Et puis tu n'as toujours pas répondu à ma questions :
    "« Est considéré comme classique un ouvrage ou un auteur dont l’œuvre appartient à une culture supérieure ». Déjà on voyait cette idée de culture supérieure. Une œuvre classique est ce qui est considéré comme digne, apte, nous dit-on, à former les esprits, et donc choisie en cela pour figurer au programme de l’enseignement des lettres."

    Mais d'où sort cette citation ? Je ne comprends pas du tout la phrase en gras.

    Plusieurs personnes ont proposé plusieurs définitions d'un "classique". Plutôt que de poser de nouvelles questions qui partent dans tous les sens, pourrais-tu au moins faire une petite synthèse des réponses qui t'ont été apportées ? histoire que le débat avance ?
  • @ MikeFrench
    Si je te répondais de la même façon que toi, tu viens de le faire, nous nous retrouverions dans une situation inextricable.
    Tu es peut-être un troll.

    @ CCCC
    (je n'ai pas encore retenu ton nouveau pseudo.)
    Laisse tomber, répondre à ce genre de message met en compote un forum.

    AnneSoft est très douteuse elle-même. Le message qu'elle a pompé chez Laoshi est un indice, ce doit être un bot. Et elle m'a envoyé un MP écrit avec une poésie digne d'un robot.

    À Cyril d'être attentif.
  • @Hippocampe Oui, tu as raison, je vais arrêter de m'énerver toute seule devant mon clavier pendant que mon gâteau cuit.

    Je pars le manger. :D
  • Laoshi a écrit:
    Faut-il continuer d’enseigner les classiques à l’école ?
    On pourrait tout aussi bien demander s’il faut continuer à enseigner l'histoire, et bien d’autres choses encore comme la musique ou la peinture des siècles passés. [...]

    Pas mieux. :)

    D'ailleurs, sans l'enseignement de la culture classique (ce qui a précédé), que serait l'enseignement ?

    Quant à la culture actuelle, elle est là pour être vécue dans l'instant présent - ou rediffusée par les moyens technologiques qui permettent au plus grand nombre d'y accéder -, mais pas enseignée : on lit (si l'on veut :rolleyes: ) les nouveaux livres, on va au cinéma, au théâtre, au cirque, au concert...
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