Bonsoir,

J'ai toujours été intéressé par les œuvres de la Pléiade, des œuvres complètes des auteurs que j'apprécie. J'ai 29 ans et j'ai, comme beaucoup de personne, lu les œuvres en format Folio ou sous les éditions Gallimard.

Il y a longtemps, un professeur m'avait dit qu'il n'y a pas d'intérêt à lire un auteur par le biais de la Pléiade car celle-ci est réservée aux connaisseurs et de l'auteur et de l'oeuvre. Qu'en pensez-vous ?

Un exemple, fan des écrits de Rousseau que j'ai déjà lu quasiment intégralement, je suis tenté d'acheter les volumes de la Pléiade à raison d'un par mois. Je cite cet auteur mais il y en a bien d'autres.

Pourtant je ne suis pas (encore) diplômé, ni un universitaire ou agrégé.

L'édition de la Pléiade est réservée à qui ?

Réponses

  • Heureusement que la Pléiade est à tout le monde. C'est une édition de référence alors fais-toi offrir vite les exemplaires qui t'intéressent ... :) :)
  • Mais attention, ce ne sont pas toujours des œuvres complètes qui sont publiées.
  • La Pléiade appartient en effet à tous et se situe à la portée de tous.

    Parfois ce sont les œuvres complètes, souvent ce sont des sélections très pertinentes, très valables.

    Au départ, le fondateur de la collection la destinait à « mettre à portée de tous les œuvres classiques ». Ça a un peu évolué avec le temps, on peut discuter le choix de tel ou tel ou bien déplorer l'absence de tel ou tel au catalogue. Mais c'est déjà une superbe sélection d'œuvres majeures.

    Ensuite il y a l'appareil critique. En général il fait autorité ; certains spécialistes peuvent contester certains points de détail. Les notes et variantes sont destinées à compléter et renseigner l'œuvre. Tout cela est très accessible, à l'exception peut-être de quelques ouvrages philosophiques (mais là ce sont les auteurs qui sont difficiles à lire).
    Les années 80 et 90 ont également vu des appareils critiques envahir les Pléiade jusqu'à prendre la moitié de certains volumes ! En revanche, les toutes premières éditions, jusqu'au années 50, se contentaient pour l'essentiel de publier les œuvres avec des commentaires minimalistes.
    Aujourd'hui, on est revenu à ce qui constitue un juste équilibre à mes yeux de lecteur.

    Quoiqu'il en soit, l'idée de se constituer une collection de Pléiade dès que possible est une excellente idée. Chacun la constituera au rythme de ses lectures et de son budget. Les Pléiade d'occasion en bon état peuvent s'acquérir d'occasion entre 10 et 20 euros le volume, les très bons états se négocient plutôt entre 20 et 35 euros, les états neufs et les raretés - volumes épuisés pour la plupart - peuvent atteindre des sommes un peu plus importantes.
    Si l'on peut se le permettre, il n'est pas interdit de participer à la vie de l'édition contemporaine et d'acquérir des volumes neufs (ou de se les faire offrir :) ).

    Au final, on peut se constituer une bien belle bibliothèque. Mais l'important, avant tout, est de lire les œuvres et de ne pas se contenter de les aligner sur les étagères (quoique cette activité soit également honorable, elle reste peu instructive !).
  • @ floreale :

    Merci pour cette précision, je vais pouvoir me faire plaisir. :)

    @ Jacques :

    Merci pour cette précision, vous avez raison, après vérification sur Amazon, seules celles de Rousseau et de Voltaire apparaissent comme "complètes" mais pas les autres auteurs.

    @ freddy.lombard :

    Merci pour vos conseils :) en effet il faut lire et non pas juste acheter. Je me retrouve face à un autre "problème" c'est que justement, j'ai lu (même plusieurs fois) certaines oeuvres que je souhaite enfin m'acheter en Pléiade. Selon vous les relire dans ce format est une perte de temps ? Car je suis dans une logique de progression et de lire plusieurs auteurs qui m'intéressent. Fort heureusement je n'ai pas tout lu et cette "problématique" ne concerne que Rousseau, et quelques auteurs du XIXe. En ce moment par exemple je lis Graziella de Lamartine pour la deuxième fois sous l'édition Gallimard.

    Je ne sais pas pour vous, mais une seule lecture ne me suffit pas et j'ai besoin de me replonger deux ou trois ans après dans le même livre pour "mieux" le saisir. Pensez-vous que c'est utile ? Pour en revenir à la Pléiade, je souhaite justement me l'offrir pour plusieurs auteurs qui jusqu'à présent me furent inconnus (comme Baudelaire que je n'ai jamais lu, ou encore Céline, ou encore les auteurs classiques du XVIIe).
  • Deux points :

    Il n'y a pas que Rousseau et Voltaire dont les œuvres complètes ont paru en Pléiade. Des dizaines d'autres auteurs ont eu ce privilège, parmi lesquels Dante, Tchouang-tseu, Chrétien de Troyes, Rabelais, Pascal, La Bruyère, La Rochefoucauld, Molière, Racine, Laclos, Barbey d’Aurevilly, Baudelaire, Germain Nouveau, Lautréamont, Musset, Rimbaud, Stendhal, Giono, Gracq, Kafka, Larbaud, Martin du Gard, Mauriac, Virgile, Austen - pour ne citer que des auteurs que j'ai lus en Pléiade.

    Concernant la relecture dans une édition de référence, deux points en sa faveur :
    - qu'il s'agisse d'une œuvre française ou étrangère, les notes présentent en général un grand intérêt,
    - pour les œuvres étrangères, les traductions en Pléiade sont souvent nouvelles et parfois exclusives.
    On peut toujours discuter les traductions, mais il est bien des cas où elles font référence, et par ailleurs elles sont pour l'essentiel bien écrites.
  • Oui oui j'ai vu pleins d'autres auteurs, de courants littéraires différents et d'époques différentes. Je sais que cette édition concerne une grande majorité d'écrivain. J'ai cité Rousseau et Voltaire car ce sont les deux premiers que je souhaite m'offrir.

    Merci pour votre conseil. :)
  • Bonjour !
    Pour ce qui est de Rousseau, je pense que vous pouvez vous lancer : la Pléiade fait en effet partie des ouvrages de références, vous aurez beaucoup de plaisir. C'est également le cas d'autres auteurs (les Oeuvres Complètes de Baudelaire sont inégalées, ce sera difficile de faire mieux pour Gérard de Nerval, Racine et Corneille ont été très favorisés dans les nouvelles éditions, etc.).
    D'autant plus, si ce n'est pas pour de la recherche, certaines éditions ""lacunaires"" de la Pléiade (je pense, par exemple, aux Oeuvres Poétiques de Victor Hugo qui sont pour l'instant -très- incomplètes mais ce qui s’y trouve est un délice ou a des anciennes éditions) sont géniales : on y trouve des notices et introductions intéressantes et la non-exhaustivité ne dérange pas vu que de toute façon, on n'est pas là pour étudier l'auteur. Ainsi, certaines anciennes éditions ne sont pas trop dérangeantes : j'ai l'ancienne édition de Corneille en 2 volumes, elle ne comporte que son Théâtre (et pas les poésies et les importantes notes philologiques et critiques de la nouvelle édition) ce qui me va tout à fait car c'est la partie de Corneille que je voulais découvrir.
    D'autres cas sont intéressants : Shakespeare. L'ancienne édition (en deux volumes) propose quelques traductions difficilement trouvables dans des éditions modernes (Macbeth traduit par Maeterlinck - délicieuse traduction -, Hamlet par André Gide) et est bel et bien une édition complète de Shakespeare, contrairement à la nouvelle édition en 7 volumes (je ne vous dis pas le prix) qui ne contient pas les poèmes (Le viol de Lucrèce, Vénus et Adonis et les Sonnets) mais qui est bilingue.
    Vous voyez bien que j’aime assez bien la Pléiade mais je ne lui voue pas un culte aveugle pour autant ; cette Bibliothèque, et les éditions Gallimard, ne sont pas les seuls à fournir des « bonnes » éditions (qu’importe vos critères de qualités). Certains auteurs sont difficilement lisibles (Dante y est pour moi biaisé au possible), d’autres n’y seront probablement jamais (je pense à Aloysius Bertrand – connu principalement pour son Gaspard de la nuit, dont je vous conseille la lecture, vraiment, c’est de la bonne ! et dont l’édition de référence est chef Garnier Flammarion … 8,5€).
    PS : les Pléiade sont des livres et pas des Ferrari … il ne faut pas avoir un âge particulier pour les lire et ce n’est pas parce qu’on en a qu’on est plus cultivés : le tout c’est de les lire.

  • Bonjour


    Je n'ai jamais acheté de livre à La Pléiade, je comptais commencer en cherchant des oeuvres complètes de Joseph Kessel, et je me rends compte que la Pléiade n'a jamais publié Kessel, ce qui m'intrigue un peu.

    En fait, il ne sera publié que cette année, donc plus de 40 ans après sa mort.

    Est ce un délai habituel pour un auteur du 20ème siècle ? Ou alors c'est une question de qualité littéraire ? (Joseph Kessel n'a pas produit que des chefs-d'oeuvre, il y a aussi un peu de littérature "alimentaire", mais ça me semblait anecdotique).

  • C'est un délai habituel, sauf rares exceptions - françaises - où l'écrivain est publié de son vivant (les mauvaises langues diront que c'est parce que ceux-ci sont déjà publiés par Gallimard).

    La publication de Kessel en Pléiade est prévu pour le mois de mai avec deux volumes de Romans et récits et l'album Pléiade de l'année. (voir http://www.la-pleiade.fr/searchengine/catalogue?searchText=Joseph+Kessel&search.x=20&search.y=12#)

  • Ah, merci floréale de poster ici.

    Je voulais créer un fil spécial.

    Je suggère que l'on consacre ce fil à La Pléiade, donc...

  • 28 mars modifié

    Bon, j'ai écrit un petite chronique sur le marché de l'occasion en Pléiade. Je vous en fais part ?

    Quelques nouvelles du marché de l’occasion en Pléiade (1ère partie).

     Comme tout amateur qui se respecte, et bien que non collectionneur compulsif, je m’intéresse d’assez près aux volumes de seconde main de la Pléiade chez Gallimard. Voici donc une petite photographie partielle du marché de l’occasion tel que je l’ai observé ces derniers mois.

     Une tendance à la baisse des prix.

    Sur ces six derniers mois, on constate une offre pléthorique qui fait baisser le prix de revente (on ne peut pas encore réellement parler de « cote ») sur un ensemble d’ouvrages pour lesquels l’intérêt semble baisser fortement.

    Sont concernés par cette catégorie, notamment les volumes I et II de Au bord de l’eau de Shi Nai-an Luo Guan-zhong, Le Rêve dans le pavillon rouge de Cao Xueqin et le Jing Ping Mei (Fleurs en fiole d’or), y compris dans leur version en coffret, alors que, globalement, les coffrets ravivent semble-t-il l’intérêt des amateurs et, j’en suis fermement convaincu – des spéculateurs. Pour la littérature chinoise, seul La Pérégrination vers l’ouest de Wu Cheng’en semble conserver une cote d’amour ; on voit même quelques margoulins tenter de vendre le coffret pour plusieurs centaines d’euros, mais la sauce ne semble pas prendre.

    De la même façon, le coffret des Mille et une nuits se retrouve stocké sur les étals des revendeurs ; les contes n’ont semble-t-il pas provoqué la passion des lecteurs qui les ont abordés par le premier tome.

    Enfin, les auteurs qui trouvaient grâce auprès du public des années 60 semblent globalement délaissés, si l’on en croit les volumes importants d’écrivains de la toute fin du XIXe siècle ou de la première moitié du XXe siècle qui ont eu leur période de gloire mais qui ne sont plus du tout étudiés : ainsi Daudet, Péguy, Bernanos, Montherlant, Valéry, Claudel, Martin du Gard, Mauriac et même Gide apparaissent ringardisés par l’idéologie dominante de ces quatre dernières décennies. Comme tout est affaire de « cycle », nul doute que Sartre, Aragon et autres de Beauvoir connaîtront aussi leur purgatoire dans les années à venir. Sic transit gloria mundi. Difficile de prédire ceux qui n’en ressortiront jamais et ceux qui auront la faveur d’un regain. Parmi les autres oubliés, Valéry Larbaud ou Sainte-Beuve ne trouvent plus preneur que difficilement.

     

    Le retour des lecteurs : les volumes « nus ».

    On a souvent dit que la collection était un signe extérieur de culture, mentionnant à l’envi les « notables de province » (savoir pourquoi cet ostracisme ?) et les intellectuels - au nombre desquels ont compte volontiers les enseignants – comme étant les parangons des acheteurs de Pléiade, dont la plupart des acquisitions étaient supposées terminer leurs jours sur de belles étagères parfois même sans jamais avoir été ouverts, témoins l’état des ouvrages à la revente. Ce classement en catégories socio professionnelles des acheteurs traditionnels de Pléiade n’a plus réellement de sens.  

    À l’inverse, si les acheteurs sont aujourd’hui moins nombreux qu’autrefois, on constate (et pour ma part je le constate avec une certaine satisfaction) que les volumes dépourvus de jaquette ou en « bon état » (c'est-à-dire qui se sont pas strictement à l’état de neuf) reviennent sur le marché et semblent trouver preneurs. Ces ouvrages historiquement moins prisés des collectionneurs purs et durs d’aujourd’hui (catégorie qui ne comporte pas non plus que des lecteurs) sont plutôt destinés à des acquéreurs moins fortunés, notamment des lecteurs issus d’une nouvelle génération souhaitant découvrir les classiques dans un format un peu plus agréable que le traditionnel livre de poche, mais sans se ruiner. Nul doute que cette nouvelle génération de lecteurs apprécie le format compact des ouvrages et fait confiance à l’éditeur pour ses choix éditoriaux. 

  • Quelques nouvelles du marché de l’occasion en Pléiade (2ème partie).

    La Pléiade, un investissement pas si spéculatif…

    Malgré les tentatives de vendre à prix prohibitif les volumes déclarés comme épuisés par l’éditeur, et malgré quelques ventes ponctuelles réussies, on voit ces mêmes ouvrage revenir sans cesse sur le marché de l’occasion. La simple raison pour laquelle la plupart des « épuisés » n’ont tout simplement pas été réimprimés réside dans leurs faibles niveaux de ventes, ce qui correspond tout simplement à un intérêt moindre de la part des lecteurs. Ainsi, avec un peu de patience, on pourra acquérir la plupart des « épuisés » pour un budget de l’ordre de 40 à 60 euros.

    On voit par ailleurs quelques tentatives de revente de collection en bloc, mais les bibliothèques complètes ne trouvent pas preneur et les transactions se terminent par des lots soldés, rachetés par quelques professionnels qui prendront le temps de la revente au détail, seul canal de revente à peu près certain.

    Il y a quelques belles affaires à réaliser en rachetant des séries complètes : pour un lot des douze tomes de La Comédie humaine ou l’ensemble des huit volumes des Mémoires de Saint-Simon, le prix unitaire du livre est facilement ramené à moins de 30 €.

    Reste enfin l’Encyclopédie de La Pléiade qui fleurit sur les sites de revente : l’amateur patient pourra se constituer une belle collection à vil prix, pourvu qu’il ne recherche pas l’état neuf ; la plupart des volumes en excellent état peuvent être acquis à moins de 25 €.

    Rappelons également que l’acheteur de Pléiade dans sa grande majorité possède au fond de lui une fibre de collectionneur qui lui fait préférer les volumes en très bon état, voire en « état neuf », ce qui fait que les livres qui présentent un petit défaut – légère déchirure, coiffe élimée, dos insolé… - partent à de tout petits prix : il n’est pas rare que ces « seconds choix » se vendent aux alentours d’une dizaine d’euros.

     

    …à condition toutefois de ne pas encourager les spéculateurs.

    Il ne manque tout de même pas de charognards pour tenter de faire des bénéfices injustifiés sur le dos des amateurs, mais, après analyse des ventes effectivement réalisées sur les sites d’enchères, il semble que peu s’y laissent prendre.

    La mode actuelle est aux coffrets – ceux d’Anouilh, Marx ou Wu Cheng’en sont parfois proposés à 250 €, 300 € voire plus. Mais attention au mirage : ces tarifs affichés à la revente ne reflètent pas la réalité des transactions. À de tels prix, les transactions n’aboutissent pas et les ouvrages restent chez leur propriétaire.

    Les albums restent aussi une source de spéculation, notamment les dix premiers édités sous jaquette « blanche » ; mais curieusement, les prix proposés à la revente n’ont pas beaucoup évolué depuis près de 20 ans, la star restant le Balzac qui se vend aux alentours de 250 € (bien que certains petits rigolos s’amusent à le proposer à 850 €), tandis que le Dictionnaire des auteurs (le numéro zéro de la série) peine à trouver preneur à 200 €, sauf état exceptionnel - ce qui devient très rare.

    Les albums de la première série qui partent à prix « collection » ont souvent fait l’objet d’une petite restauration : jaquette neuve en fac-simile, rhodoïd neuf comme il se doit et coffret cartonné refait à l’identique.

    Quant aux volumes isolés qui ont la cote, on peut signaler le Baudelaire en première édition proposé à peu près à tous les prix possibles (de 500 € à 1500 € - mais qui achètera ça à ce prix, sans compter l’état incertain ?), le premier tirage de Céline que l’on tente de refourguer à 250 €, et même quelques volumes de l’Encyclopédie de La Pléiade proposés naïvement (?) à plus de 100 € ou 200 €, ce qui prouve de la part de ces vendeurs une totale méconnaissance de la réalité du marché des Pléiade d’occasion. Le Polybe voit aussi son prix monter, tandis que certains titres de Dickens « provisoirement indisponibles » au catalogue font également l’objet d’une petite spéculation, ce qui est assez étonnant quand on voit qu’avec un peu de patience on peut les trouver à prix « normal », tandis qu’ils sont progressivement réimprimés par l’éditeur.

    Enfin, on a signalé tout récemment la remise sur le circuit du neuf (réimpressions ou déstockages ?) d’ouvrages qui faisaient récemment l’objet de « spéculations indécentes sur le marché de seconde main » comme Le Rāmāyaṇa de Vālmīki ou les deux volumes de Boulgakov.

Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.