Hugo a rédigé une pièce de théâtre intitulée Torquemada, qui est, au fait, le célèbre inquisiteur espagnol. Bien que, dans les didascalies, il montre qu'à l'apparition de Torquemada que "la nuit commence à baisser", cet inquisiteur s'identifie à Hugo en s'estimant "le voyant", ou désigné par les personnages comme étant "le songeur", "pâle" pour reprendre l'expression "front pâle" du poète. Pour quelle raison Hugo essaye de s'identifier à cet extrémiste? Quelles sont les ouvrages svp où Hugo attribue la voyance au poète romantique? Quelle est la différence entre le poète voyant selon Rimbaud et selon Hugo?

NB.: Torquemada se voit inspiré par Dieu tout comme le poète.

Comment puis-je élaborer les autres caractérestiques de Torquemada, à savoir "songeur" et "pâle".
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Réponses

  • Dieu le veut, dans les temps contraires,
    Chacun travaille et chacun sert.
    Malheur à qui dit à ses frères :
    Je retourne dans le désert !
    Malheur à qui prend ses sandales
    Quand les haines et les scandales
    Tourmentent le peuple agité !
    Honte au penseur qui se mutile
    Et s'en va, chanteur inutile,
    Par la porte de la cité !

    Le poète en des jours impies
    Vient préparer des jours meilleurs.
    ll est l'homme des utopies,
    Les pieds ici, les yeux ailleurs.
    C'est lui qui sur toutes les têtes,
    En tout temps, pareil aux prophètes,
    Dans sa main, où tout peut tenir,
    Doit, qu'on l'insulte ou qu'on le loue,
    Comme une torche qu'il secoue,
    Faire flamboyer l'avenir !

    Il voit, quand les peuples végètent !
    Ses rêves, toujours pleins d'amour,
    Sont faits des ombres que lui jettent
    Les choses qui seront un jour.
    On le raille. Qu'importe ! il pense.
    Plus d'une âme inscrit en silence
    Ce que la foule n'entend pas.
    Il plaint ses contempteurs frivoles ;
    Et maint faux sage à ses paroles
    Rit tout haut et songe tout bas !

    Peuples ! écoutez le poète !
    Ecoutez le rêveur sacré !
    Dans votre nuit, sans lui complète,
    Lui seul a le front éclairé.
    Des temps futurs perçant les ombres,
    Lui seul distingue en leurs flancs sombres
    Le germe qui n'est pas éclos.
    Homme, il est doux comme une femme.
    Dieu parle à voix basse à son âme
    Comme aux forêts et comme aux flots.

    C'est lui qui, malgré les épines,
    L'envie et la dérision,
    Marche, courbé dans vos ruines,
    Ramassant la tradition.
    De la tradition féconde
    Sort tout ce qui couvre le monde,
    Tout ce que le ciel peut bénir.
    Toute idée, humaine ou divine,
    Qui prend le passé pour racine,
    A pour feuillage l'avenir.

    Il rayonne ! il jette sa flamme
    Sur l'éternelle vérité !
    Il la fait resplendir pour l'âme
    D'une merveilleuse clarté.
    Il inonde de sa lumière
    Ville et désert, Louvre et chaumière,
    Et les plaines et les hauteurs ;
    A tous d'en haut il la dévoile ;
    Car la poésie est l'étoile
    Qui mène à Dieu rois et pasteurs !

    Victor Hugo, Les Rayons et les ombres
  • MwMw Membre
    Merciiii infiniment pour votre aide :) :)
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir,

    Attention, je ne pense pas que Victor Hugo s'identifie au fanatique inquisiteur. Pour lui, Torquemada est un illuminé dangereux qui veut imposer ses visions par la terreur.
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