Grammaire française Participe passé

135

Réponses

  • Quelle artimaire avait notre langue française pour changer d'état :lol:

    Concernant le e>a+consonne liquide ou e>consonne liquide+a il semble se produire vers le X-XI ème .
    Bilancia>belance>balance
    Zelosus>Gelos>Jalos FR mod Jaloux
    Trepalium>Trevail>Travail
    Delphinus>Delfin>dalfin pour dauphin.
    Derbita>Derte>Darte pour dartre.
    Mercatum>Merched>Marched pour marché
  • On n'est plus dans le problème de l'épenthèse.

    Ce traitement concerne le latin tardif, puisqu'on trouve marcatus, dalphinus, arundo dans des textes latins mérovingiens, ce qui peut laisser supposer *balancia, *trapaliu...

    Il peut s'expliquer par une assimilation avec le -a de la syllabe accentuée. Par contre, jaloux est plus tardif, vu qu'on a gelos dans l'Énéas. Je regarderai chez Fouché.
  • Merci.
    Concernant la dissimilation du n en r je me suis rendu compte que pour cophinus>coffre cette dissimilation doit dater du bas latin car on a vu avec estievne>estienne étape faite au VII ème siècle donc si on suit ce raisonnement on peut dire que le r a protégé le f d'une assimilation avec le n. cofne>cofre pour coffre. Le f reste donc le n>r s'est fait au bas latin.
    cofinus* >cofnu chute du pénultième au III ème car le f ne s'est pas sonorisé en v .


    Ce qui me chagrine c'est que on a cophinus>cofne dès le III ème car le ph ne s'est pas sonorisé en v comme stephanu>estevanu jusque là tout va bien mais le f ne s'assimile pas avec le n phénomène similaire estievne>estienne mais le n devient r .
    Donc j'en conclus qu'une consonne accompagnée de la nasale n se dissimilera en r au V ème quand la pénultième chute.
    Si on suit cette règle dès le V ème on a cofre.
    D'autant plus qu'on a le nom de famille estièvre qui vient stephanus passant par la forme estievne puis estievre cette évolution a dû se faire avant estievne>estienne car il faut un f , un d ou un v à gauche du n pour qu'il devienne r . Le r fait office de protection contre l'assimilation du f ou du v en n dans cofne>cofre ou estievne>estievre
  • D'après Fouché, coffre serait demi-savant. Le f aurait donc résisté à l'assimilation de sonorité et le -n serait passé à -r.

    En fait, la syncope n'aurait pas déterminé un groupe consonantique disjoint, comme dans la plupart des cas, avec une consonne implosive et une consonne explosive, avec ce schéma-là : *cof/ne, mais un groupe conjoint, avec un -f explosif, comme avant la syncope, donc plus résistant : *co/fne.
  • Tout comme la forme en AF juevre avec juvenem>jo/vne .
    On pourrait aussi faire pareil avec ordinem>or/dne et non ord/ne le d médian ne chutant pas donc le schéma ord/ne est le plus viable.
  • Oui, puisque -d est sonore.
  • Mais on a ourne qui lui doit avoir un schéma différent étant donné de la chute du d de ordinem ordne>orne>ourne ici.
  • Oui, cela dépend des dialectes. Pour coffre, on n'a guère de variante, si ce n'est la prononciation coffe, condamnée par Jean Hindret (XVIIème) comme vinaigue et suque, et émanant de la "petite bourgeoisie parisienne".
    Mais c'est évidemment un cas différent.
  • Pour les voyelles on a aussi e+m >u gemellum> jumeau et femarium>fumier
    on a femier au XII ème .
    https://www.cnrtl.fr/etymologie/fumier
    https://www.cnrtl.fr/etymologie/jumeau
  • Ce serait la labiale m qui aurait provoqué une avance de l'articulation du e.

    Il faudrait modifier le titre du sujet, qu'en pensez-vous ?
    Il suffirait de mettre quelque chose comme : "Problèmes de grammaire historique".
  • Oui il serait mieux de changer le titre "Problèmes de grammaire historique".
    si on a femier au XII ème pour fumier alors on devrait avoir la forme gemeau pour jumeau à cette époque femier n'est pas une latinisation car le latin femarius est une forme construite .
  • On a encore femer au XIIIème :
    Que sunt mi ami devenu
    Que j'avoie si pres tenu
    Et tant amei ?
    Je cuit qu'il sunt trop cleir semei ;
    Il ne furent pas bien femei,
    Si sunt failli.


    Rutebeuf, La complainte Rutebeuf, éd. Champion.

    Pour ce mot, l'influence de fumer < fumare a peut-être joué.
  • Concernant les mots ayant perdus leur syllabe finale comme
    enque en AF et encre venants tous les deux de encau(s)tum pour donner ensuite enko(de) le o a dû se fermer en e avant la chute de la syllabe .
    Pour encre on a le r de encre qui a dû se produire avant que la chute se produise .
    enko(de) > enko(de)> enko(re) pour donner enkre
    Je pense qu'il s'agit de dentale intervocalique qui rhotacise avant que la syllabe chute
    comme grammatica > grammaire.
    ordine> orde(ne) >orde et orde(ne)>orde(re)>ordre.
    Et puis bonne année 2019
  • Tous mes vœux de succès dans vos recherches sur l'histoire des mots.

    Le -r de encre est ce qu'on appelle un "r" parasite, qui apparaît pour rendre plus sonore la fin des mots terminés par une occlusive "implosive", dont l'articulation est faible.
    Il n'est issu d'aucun son et ne s'explique pas par une assimilation, comme dans ordne/ordre.

    En AF, on a enque (enke, enche) qui est vite concurrencé par encre (dans l'Énéas)

    De même : chanvre < *canapu, épeautre < spelta, etc...
  • Dans un texte du Xème siècle on a "lieu" Fragment de Valenciennes mais si on suit l'évolution phonétique à cette époque on aurait dû avoir "luou" .
    https://www.littre.org/definition/lieu
    Et l'évolution de sequire a dû se passer ainsi:
    Sequire
    seguire
    sieiwire
    sivire
    sivre
    suivre

    J'ai vu l'infinitif sivir peut être du sivire* pour ensuite devenir sivre puis suivre
  • Pour les mots issus de focu > feu, jocu > jeu, coqu(u)> queux, locu > lieu, voici la situation :

    - On a bien au départ -úǫu dès le bas-latin (je n'insiste pas)

    - úǫu passe à -úęu, puis à -úẹu pour aboutir finalement à -ɥẹu à la fin du IVème siècle.

    - Ensuite, le groupe se scinde en deux :
    + si le groupe suit f- ou k- il se réduit à ẹu > œü > œ (qui se fermera plus tard en syllabe finale masculine) ; d'où feu, queux, etc...
    + si le groupe suit d'autres consonnes, il conserve un temps son ɥ qui se délabialise en -y par dissimilation avec u, d'où -yẹu > -yœu > yœ ; d'où lieu, AF gieu.

    La forme ancienne (et dialectale) leu et la forme moderne jeu s'expliquent par l'action dissimilatrice de u qui a amené la chute du ɥ, empêchant la formation présence du -y.
  • Le passage de -ɥẹu à -yẹu a dû se faire en peu de temps idem pour la suppression du son ɥ dans la cantiliène de saint Eulalie on trouve "fou" qui est "feu" en realité donc. On a "feu" et "lieu" dès le V ème .

    Pour "suivre" la forme sivre* date du VIème
  • Le traitement du latin *sequere (ou *sequire) est des plus complexes : d'une part, il existe une pluralité de formes qui amènent à poser des traitements différents ; d'autre part, avec tout verbe ou presque se pose le problème des formes refaites ou analogiques, donc non phonétiques ; enfin, la graphie peut parfois nous égarer. Il me semble d'ailleurs que les grammairiens font un peu vite confiance aux éditeurs en la matière. Dans le cas de ce verbe, si je rencontre la forme siure dans un manuscrit (ce qui n'arrive pas tous les jours, mais passons...), comment dois-je la lire : /sivr/ ou /siur/ ? Vous comprenez que cela peut changer bien des choses.
    Voilà pourquoi je me contenterai d'expliquer l'infinitif moderne suivre en laissant les formations qui se sont éteintes sans descendance directe, et en faisant un condensé de Fouché. Hélas, ce dernier n'indique presque jamais de date.
    Vous me pardonnerez de ne pas mettre les signes diacritiques.

    - *sequere > siegwere(1) (diphtongaison romane + sonorisation de la gutturale)
    - siegwere > sieuwere (absorption de la gutturale par un son vélaire issu de -w)
    - sieuwere > siuvere (dissimilation du premier -e sous l'influence des deux autres)
    - siuvere > siuvre (chute de la pénultième)
    - siuvre > suivre (métathèse présente dès la fin de l'AF, généralisée en MF)

    (1) Conjecture de l'auteur.
  • Merci.
    Méthathèse que l'on trouve dans tegula gallo-roman (VII ème siècle) tiule pour
    tuile seguita gallo-roman siute pour suite et aussi dans sebum gallo-roman siu pour suif .
    Siuvre doit dater du VI ème ou même du V ème siècle .

    Donc les formes lieu et siuvre peuvent dater du VII ème j'aurais bien aimé avoir des textes en gallo roman de cette époque mais malheureusement le texte le plus ancien date de 842 "Serments de Strasbourg".
  • Moi aussi, figurez-vous :D ! Avant les Serments, on a la glose de Reichenau (VIIIème), mais elle ne nous apprend pas grand chose.
    En fait, durant le Haut Moyen Age, on n'écrit qu'en latin, parfois mal, comme s'en excuse Grégoire de Tours. Des clercs ont pu essayer de transcrire la langue vernaculaire, mais ils ont dû inconsciemment la retranscrire en la "corrigeant", car ils croyaient toujours parler latin, un latin corrompu, certes, mais du latin malgré tout. Dans les Serments, il y a des mots et même des expressions latines (nunquam, in damno sit) qui montrent bien qu'on pense encore en latin en écrivant. B. Cerquiglini a bien montré que ces textes ne sont pas ceux qui ont été effectivement prononcés devant les deux armées, mais qu'ils ont été "récrits" par Nithard, plus tardivement.
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.