Bonjour,

Je ne savais pas trop où poster ce sujet alors je le mets en Littérature française vu que les éditions Gallimard sont françaises bien que je suis tout à fait conscient que la Bibliothèque de la Pléiade édite un bon nombre d'auteurs grecs et latins, espagnols, italiens, allemands, anglais, chinois, etc.
Ma question est en fait une demande d'un discours critique par quelqu'un qui connait la Pléiade ... est-ce que cette dernière est à valoriser ?
Je n'en entends pas toujours du bien et n'en vois pas moi-même systématiquement ; certaines traductions, par exemple, ne me semblent pas des meilleures - loin de là -, certaines éditions "critiques" laissent à désirer, etc.
Je commence à me dire que finalement, la Pléiade est super car elle propose(rait) l'intégralité du texte et des oeuvres d'un auteur mais même cette caractéristique semblerait avoir des défauts !
Alors, est-il possible de juger la Pléiade pour ce qu'elle est ? ou faut-il considérer, pour chaque auteurs, la qualité du bouquin de la Pléiade ?
Si vous avez des auteurs qu'il faut absolument lire en Pléiade ou, au contraire, qu'il ne faut surtout pas lire en Pléiade, je vous serais reconnaissant de me les indiquer.
Je me permets de rappeler que ce n'est pas un débat idéologique et que je me fous totalement de la beauté de l'objet ... je parle bien du côté pratique et intellectuel du livre.

PS : Victor Hugo en Pléiade ? Surtout le théâtre et les oeuvres poétiques ; avez-vous un commentaire ?

Réponses

  • Merci beaucoup de cette réponse si rapide ! :)
    Si quelqu'un a de nouveaux avis à faire partager, je suis preneur !
  • Le lien fourni par nilot est excellent.

    Deux « réserves » toutefois avant de s'y plonger :
    - la discussion sur le blog comporte des centaines et des centaines de messages dont certains sortent du sujet ; il faut donc du temps pour s'y retrouver.
    - les avis sont parfois extrêmement tranchés : les contributeurs sont majoritairement des universitaires bien que de « simples lecteurs » participent un peu ; certaines critiques sont très érudites, d'autres de très mauvaise foi - l'un n'excluant pas l'autre.

    Pour répondre à la question initiale : oui, La Pléiade est une collection de référence à laquelle on peut faire confiance les yeux fermés neuf fois sur dix pour les traductions, les choix éditoriaux et l'appareil critique.

    Quels en sont les défauts ?
    - les appareil critiques anciens peuvent apparaître parfois dépassés aux yeux des spécialistes,
    - les appareils critiques modernes peuvent apparaître insuffisants à des exégètes qui ont consacré leur thèse sur tel ou tel auteur (en revanche, pour le lecteur moyen, ils sont suffisamment complets et érudits),
    - quelques rarissimes traductions sont, sinon « dépassées », en tous cas un peu difficiles à lire : le Plutarque d'Amyot est critiqué par quelques héllénistes, je trouve le Dante difficile pour ma part (parce que très fidèle à la langue d'origine) ; pour le Montaigne, on en discute encore. Quant aux écrits des origines (comme le Tao Te King), il y a autant de traductions que d'interprétations,
    - la collection n'est pas suffisamment exhaustive : les « modes » (et les résultats des ventes !) font qu'actuellement la collection se tourne plutôt vers des auteurs anglo-saxons ou des auteurs du XXe siècle dont on espère le succès en Pléiade ; à l'inverse, certaines éditions ne seront plus réimprimées, faute de lecteurs (voir dans leur catalogue les ouvrages marqués « épuisés »).

    J'ajouterai que :
    - malgré un petit relâchement ces derniers temps, la qualité de fabrication (reliure, papier, impression, coffrets...) reste une référence, même s'il y aura toujours des bibliophiles extrêmement exigeants qui trouveront mieux ici et là,
    - les ouvrages neufs sont « chers » dans l'absolu, mais on peut soit les acheter à parution avec une remise intéressante, soit les trouver d'occasion à peu près à tous les prix - selon l'état, sachant que l'on trouve facilement des « occasions à l'état de neuf » car La Pléiade a souvent été offerte ou achetée comme signe extérieur de culture (l'expression n'est pas de moi) mais pas toujours lue...
    Dans le cas des occasions, la collection ne revient pas si « cher » que ça ; de plus, un lecteur soigneux pourra toujours revendre son Pléiade avec une faible décote.
  • Sur le plan de la recherche, la Pléiade sert souvent de référence commune pour la pagination et la version d'un texte donné. Après, l'appareil critique dépend du volume. La Pléiade consacrée à Lautréamont, par exemple, a reçu de nombreuses critiques ; celles de Balzac (les plus récentes), en revanche, sont assez inattaquables.
  • Merci pour vos réponses !
    L'article en effet m'a beaucoup aidé et j'ai trouvé son auteur assez pointilleux dans son analyse ! :)

    J'ai pu remarquer que l'exhaustivité de la Pléiade n'est pas une lettre d'honneur, très malheureusement ! Les volumes de Diderot ne comportent pas ses Salons qui sont pourtant de ses plus grands achèvements !
    J'étais en effet très étonné qu'ils manquassent (excusez-moi) à l'appel dans le catalogue.
    Tout de même, un de mes professeurs (très érudit) m'a affirmé que Ronsard à la Pléiade faisait clairement référence ainsi que d'autres auteurs.
    Je me décide à me procurer les oeuvres poétiques de Hugo en espérant que les tomes IV et V sortent
  • Le volume III de Diderot à La Pléiade est en préparation ; il est impatiemment attendu par les spécialistes. :)
  • Ha bon ? :D Oh je ne le savais pas !!! Quelle excellente nouvelle !
    Savons-nous ce qu'il contiendra ?
  • M. Michel Delon annonçait 2010 dans sa « Note sur la présente édition » au début du volume des Œuvres philosophiques que Diderot aura droit à « une série de quatre volumes ». Ces volumes devraient inclure ses articles esthétiques, les Salons, ceux de l’Encyclopédie et peut-être sa correspondance, mais, depuis, on est sans nouvelles du projet.
  • Merci pour ces informations !
  • Bonjour à tous,

    Tout d'abord, j'espère que le fil choisi par moi n'est pas trop en décalage avec la question que j'aimerais vous poser.

    Je voulais savoir si à votre avis la collection de la Pléïade proposait à chaque fois des intégrales des auteurs ou pas forcément.

    Exemple qui m'intéresse par-dessus tous les autres, celui de La Fontaine. Gallimard propose deux volumes. Mais peut-on vraiment retrouver dans ces deux volumes toute la production de La Fontaine ou "seulement" 90% ? J'ai chez moi par exemple l'édition du Seuil qui m'a l'air plus complète que celle de La Pléïade car contenant déjà sa correspondance (ou en tout cas une partie).

    [url]https://www.amazon.fr/Oeuvres-complètes-Jean-Fontaine/dp/2020007169[/url]

    Y aurait-il parmi vous certains qui se seraient déjà penché sur cette question ou qui auraient une réponse à y apporter ?

    Merci.
  • Bravo aux éditions du Seuil qui publieraient en 542 pages l'intégrale de l'oeuvre de La Fontaine, alors que La Pléiade ne le fait pas en 2928 !

    Tome 1 (1991) : 1728 pages
    Ce volume contient
    Fables choisies mises en vers : La Vie d'Ésope le Phrygien - Livres I à XII - Fables non recueillies. Contes et nouvelles en vers : Première à troisième partie - Nouveaux Contes - Contes publiés dans «Le Poème de Quinquina» - Contes publiés dans les «Ouvrages de Prose et de Poésie» - Conte publié dans les «Œuvres posthumes» - Conte conservé dans les manuscrits de Conrart. Appendices : Discours sur la Fable, de Houdar de La Motte - Éloge de La Fontaine, de Chamfort - Second éloge de La Fontaine, de La Harpe - Essai sur les Fables de La Fontaine , de Taine.

    Tome II (1943) : 1200 pages
    Ce volume contient
    Poèmes : Adonis - Clymène - Poème de la captivité de Saint Malc - Poème du Quinquina - Le Songe de Vaux - Les Amours de Psyché et de Cupidon. Théâtre : L'Eunuque - Les Rieurs du Beau-Richard - Daphné - Galatée - Astrée - Achille. Œuvres diverses.
  • En principe, s’il s’agit de l’œuvre intégrale, la Pléiade indique :
    Oeuvres complètes.
  • Anne345 a écrit:
    Bravo aux éditions du Seuil qui publieraient en 542 pages l'intégrale de l'oeuvre de La Fontaine, alors que La Pléiade ne le fait pas en 2928 !


    Merci pour eux !

    L'appareil critique dans la Pléïade est énorme. Sur les deux volumes, on doit être à pas loin de 1000 pages pour tout ce qui est notices, notes, variantes etc. Cet appareil critique est absent aux éditions du Seuil.

    Par ailleurs, les dimensions des pages et des caractères font qu'il y a beaucoup plus de texte par page au Seuil qu'à la Pléïade. À titre d'exemple, ils font tenir sur une seule page la dédicace à Monseigneur le Dauphin et les trois premières fables quand Gallimard a besoin de cinq pages pour ce même corpus. Cinq fois plus de pages pour le même texte donc.

    On fera donc appel à un élément un peu plus déterminant dans cette histoire qu'un bête compte de pages. Je ne dis pas que l'édition de la Pléiade n'est pas plus complète, je dis juste que ce n'est pas simplement en comptant les pages qu'on parviendra à le démontrer, ou même à s'en faire une idée. Pas si on est rigoureux en tout cas.
    Tome 1 (1991) : 1728 pages
    Ce volume contient
    Fables choisies mises en vers : La Vie d'Ésope le Phrygien - Livres I à XII - Fables non recueillies. Contes et nouvelles en vers : Première à troisième partie - Nouveaux Contes - Contes publiés dans «Le Poème de Quinquina» - Contes publiés dans les «Ouvrages de Prose et de Poésie» - Conte publié dans les «Œuvres posthumes» - Conte conservé dans les manuscrits de Conrart. Appendices : Discours sur la Fable, de Houdar de La Motte - Éloge de La Fontaine, de Chamfort - Second éloge de La Fontaine, de La Harpe - Essai sur les Fables de La Fontaine , de Taine.

    Tome II (1943) : 1200 pages
    Ce volume contient
    Poèmes : Adonis - Clymène - Poème de la captivité de Saint Malc - Poème du Quinquina - Le Songe de Vaux - Les Amours de Psyché et de Cupidon. Théâtre : L'Eunuque - Les Rieurs du Beau-Richard - Daphné - Galatée - Astrée - Achille. Œuvres diverses.

    Merci, mais si je me tourne vers vous, c'est justement parce que cette source, que j'avais déjà spontanément consultée, s'est avérée top peu précise. Il n'y est d'ailleurs pas mentionné la correspondance de La Fontaine, pourtant présente (en partie du moins) aux éditions du Seuil.
    Laoshi a écrit:
    En principe, s’il s’agit de l’œuvre intégrale, la Pléiade indique :
    Oeuvres complètes.
    Oui, c'est un indice en effet.
    Considère-t-on la correspondance d'un auteur comme faisait partie de son œuvre ?
    Autrement dit, peut-on indiquer sans tromperie "Œuvres complètes" en mettant de côté la correspondance de l'auteur ? Je suppose que oui.
    Ajoutons que les éditions du seuil précisent aussi qu'il s'agit des œuvres complètes.
  • L'appareil critique s'enrichit au fur et à mesure des éditions dans la Pléiade, dans l'édition de 1943 de La Fontaine, il devait être très léger.

    Par exemple pour Molière
    Edition 2010, 1728 + 1792 = 3520 pages.
    Edition 1972, 1488 + 1584 = 3072 pages.
    Edition 1932 , 964 + 1056 = 2020 pages. Dans la réédition de 1936, il y a même moins de pages : 858 et 960.
  • D'accord, mais en quoi cela répond-il à ma question ?
  • Mon message 12 ne suffisait-il pas pour répondre à votre question. Dans les sommaires des 2 tomes de l'oeuvre de La Fontaine dans la Pléiade, il n'est pas mentionné la correspondance.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    HarolDts a écrit:
    Considère-t-on la correspondance d'un auteur comme faisait partie de son œuvre ?
    Autrement dit, peut-on indiquer sans tromperie "Œuvres complètes" en mettant de côté la correspondance de l'auteur ? Je suppose que oui.
    C'est une bonne question.
    J'aurais tendance à penser que la correspondance, généralement destinée au domaine privé et non à être publiée, ne fait pas partie de l'oeuvre complète, du moins pas de l'oeuvre telle que l'auteur l'entendait.
    Naturellement, c'est un aspect passionnant d'un auteur, comme de tout homme.
    On doit aussi tenir compte des auteurs qui ne sont connus que par leur correspondance !
  • HarolDts a écrit:
    Je voulais savoir si à votre avis la collection de la Pléïade proposait à chaque fois des intégrales des auteurs ou pas forcément.

    Salut à toi.

    Ce n'est une question d'avis : c'est factuel. :)

    Lorsque Gallimard entreprend la publication des œuvres complètes, il est bien signalé sur la couverture et dans le catalogue qu'il s'agit des Œuvres complètes (par exemple Baudelaire, Dante, Marguerite Duras...).

    Lorsque le théâtre ou la correspondance (ou les journaux, etc) ne sont pas inclus, Gallimard précise Œuvres romanesques complètes (par exemple Aragon, Jane Austen...). Sinon, il est simplement écrit Romans (Maupassant, Queneau...).

    En ce qui concerne la poésie, il y a les Œuvres poétiques complètes (Lamartine..) et les Poésies complètes (Musset...). Sinon on parle d'Œuvres poétiques (Hugo) ou plus rarement d'Œuvre poétique (Claudel)

    Pour le théâtre, on trouve un Théâtre complet (Aristophane, Cocteau, Hugo...) ainsi qu'un cas hybride d'Œuvres romanesques et théâtrales complètes (Mauriac...) et un autre d'Œuvres poétiques et théâtrales (Rilke).

    En conclusion et pour répondre à ta question, lorsque Gallimard parle d'œuvres complètes, tu peux être certain que tout ce qui est connu de l'auteur à l'époque de la publication est publié.
  • Bonjour,

    Les éditions Gallimard ne sont pas vraiment constantes quand elles annoncent les "Oeuvres Complètes" d'un auteur et c'est normal car aucune oeuvre n'est pareille et il n'y a pas deux auteurs qui peuvent s'éditer de la même manière ... On n'éditera pas Baudelaire de la même manière qu'on éditera La Fontaine et donc la manière de traiter les "Oeuvres Complètes" de Baudelaire ne sera pas la même que celle de La Fontaine. Si les "véritables" Oeuvres Complètes de Baudelaire sont en deux volumes, sa correspondance est traitée séparément (deux volumes de plus à compter), ainsi que sa traduction d'Edgar Allan Poe (un troisième volume donc). Pour Gérard de Nerval, la correspondance se trouve au sein même des volumes d'Oeuvres Complètes, pour Victor Hugo ils n'existent pas en Pléiade, etc. Pour la Fontaine, je ne sais vraiment pas comment ils ont pu la traiter (attention avec la rubrique "Ce volume contient" du site qui ne reproduit évidemment pas la table des matières de l'ouvrage - le site propose une Recherche avancée qui permet de rechercher au sein même d'un ouvrage - même un mot, phrase ou vers). Des questions et considérations sur "l'héritage" que le temps nous a laissé des productions d'auteurs décrivent ces différences d'éditions et la notion d' "Oeuvres Complètes" peut être très très vague. Si l'oeuvre de Rimbaud a été éditée par trois fois (si on ne compte que la Pléiade) sous le nom d' "Oeuvres Complètes", ce n'est pas uniquement parce qu'il plait, c'est aussi parce qu'il pose des problèmes aux éditeurs. Aucun des volumes n'est pareil, le premier incomplet ; le deuxième "sur-complet" vu qu'il contenait un texte qui a finalement été attribué à un autre auteur ; le troisième, je ne sais pas.
    Je pense que la lecture des deux volumes très bien fournis de la Fontaine vont donner PLEIN d'informations sur la vie de l'auteur et le lecteur attentif ressortira avec une très bonne et profonde connaissance de La Fontaine. Au cas où il n'y aurait pas la correspondance de l'auteur, je suis certain que la bibliographie donnera l'édition de référence pour les lettres de la Fontaine. Aussi, s'il s'agit d'un travail académique, je ne pense pas que les professeurs vous en voudront d'utiliser plusieurs sources de références (La Pléiade + Le Seuil + XYZ) :)
    Les éditions du Seuil sont très bonnes et la Pléiade n'est pas forcément la seule et unique source d'éditions critiques qui font références.

    Le site de l'Académie français propose une lecture d'au moins quelques lettres (je ne sais pas si elles sont complètes) ... enfin elle peut nous être utile :lol: :D
    http://www.lafontaine.net/laCorres/listeCorres.php?tri=alpha#haut
    J'ai également trouvé ça :
    https://maitrelafontaine.fr/lettres-de-jean-de-fontaine/
  • Je voudrais juste noter que les nouvelles éditions d'œuvres - complètes ou non - d'auteurs en Pléiade n'ont que rarement été justifiées par la découverte d'inédits ou l'ajout de nouveaux textes ou nouvelles versions (typiquement : Proust), mais plutôt par l'adjonction de nouvelles notes, critiques et variantes provenant de manuscrits.
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