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Baudelaire : "le beau est toujours bizarre"

Bonjour,

Cela fait plusieurs jours que je travaille sur la citation " Le beau est toujours bizarre" de Baudelaire et elle me semble toujours autant obscure. En effet , je dois l'appliquer à la poésie " l'Idéal" mais je ne comprends pas où est le "bizarre" dans les deux derniers tercets. Peut-être retrouvons-nous le bizarre dans la pose étrange de la Nuit de Michael Ange ? Pourriez-vous m'aiguiller?

Merci d'avance!!

Réponses

  • J’irai encore plus loin, n’en déplaise aux sophistes trop fiers qui ont pris leur science dans les livres, et, quelque délicate et difficile à exprimer que soit mon idée, je ne désespère pas d’y réussir. Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie naïve, non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau. C’est son immatriculation, sa caractéristique. Renversez la proposition, et tâchez de concevoir un beau banal !
    L'idéal

    Ce ne seront jamais ces beautés de vignettes,
    Produits avariés, nés d'un siècle vaurien,
    Ces pieds à brodequins, ces doigts à castagnettes,
    Qui sauront satisfaire un coeur comme le mien.

    Je laisse à Gavarni, poète des chloroses,
    Son troupeau gazouillant de beautés d'hôpital,
    Car je ne puis trouver parmi ces pâles roses
    Une fleur qui ressemble à mon rouge idéal.

    Ce qu'il faut à ce coeur profond comme un abîme,
    C'est vous, Lady Macbeth, âme puissante au crime,
    Rêve d'Eschyle éclos au climat des autans,

    Ou bien toi, grande Nuit, fille de Michel-Ange,
    Qui tors paisiblement dans une pose étrange
    Tes appas façonnés aux bouches des Titans.

    https://www.etudes-litteraires.com/forum/discussion/44923/baudelaire-l-ideal
  • Bonjour,

    Merci pour votre réponse. J'avais déjà consulté ce lien avant de poster mais il n'a pas suffit à enlever le doute qui m'envahit , je suis toujours dans la confusion :/ .
  • bizarre

    adjectif et nom masculin


    Qui est inhabituel, qu'on s'explique mal.
    Il a des idées bizarres.
    synonymes : curieux, insolite, saugrenu

    •nom masculin
    Ce qui est bizarre.
    Son goût pour le bizarre.
  • Merci beaucoup mais dans cette poésie qu'est ce qui est "bizarre" justement ? Est ce la pose de la statue ? Ou le fait qu'il parle que du crime de Lady Macbeth?
  • Le bizarre, c'est l'étrange, l'étrange, c'est le non prévu, l'instable, l'insondable, le puits, le gouffre où se niche l'ailleurs, que le poète doit explorer sans crainte des cris de haines de la meute attachée à la sécurité factice du beau des cartes postales.
    Breton ira plus loin encore, bien que dans un sens qui ne continue pas forcément le précédent, en disant que "la beauté sera convulsive ou ne sera pas".
  • Bonjour,

    Je comprends tout à fait cette définition du bizarre mais je n'arrive pas à l'appliquer sur le poème que je dois étudier notamment avec les exemples que Baudelaire utilise. Je trouve qu'ils sont assez banals par exemple la statue, ils restent dans une norme. Et je ne vois pas en quoi ces exemples sont étranges.
  • La Grande Nuit de Michel-Ange, et Lady Macbeth sont tout sauf banales. Cette dernière est sans doute le personnage le plus torturé et le plus nuancé que la littérature nous a offert.

    Ces deux figures sont bien en marge, excentriques, justement bizarres : l'une est dans un état de torsion physique presque invraisemblable ; l'autre est tout aussi tordue, mais dans son âme... les mains de Lady Macbeth sont pleines du sang de son roi, ne l'oublions pas.

    Elles sont toutes deux des figures de l'extrême : elles s'opposent diamétralement au caractère fade et retenu des beautés d'hôpital qui correspondent à un idéal conventionnel (oserais-je dire bourgeois ?) de la beauté, alors que Baudelaire défend un idéal tordu, marginal, qui n'est pas évident mais réservé à ceux qui sont assez élevés pour le voir (les poètes, sûrement - c'est un schéma récurrent chez Baudelaire, presque fatiguant. Lire : Bénédiction, À une Mendiante rousse, etc).

    À partir de là, on peut refaire ce lien oh combien éculé avec le mépris des conventions bourgeoises, le mépris de la plèbe qui est médiocre selon Baudelaire, le caractère supérieur du poète visionnaire, mais il vaudrait mieux en rester au texte : références à l'antiquité, aux œuvres d'art, donc un idéal inatteignable, qui n'est pas contemporain (d'autant plus que Baudelaire critique Gavarni, dessinateur réaliste de scènes du quotidien), etc.

    Pardon pour les multiples éditions, mais j'étais en mode remue-méninges.
  • Merci pour vôtre réponse claire et complète.
    J'ai une dernière interrogation concernant la pose de la statue, allégorie de la Nuit. En visionnant cette statue, elle me paraît certes repliée sur elle même mais pas dans une torsion invraisemblable?C'est la poésie de Baudelaire qui évoque davantage cette torsion? il joue sur les mots sans doute avec "tors" à la place de "dors" pour évoquer cet état d’extrême souffrance et pour mieux souligner l'esthétisme paradoxal.
  • Non, c'est bien le verbe tordre : il n'est qu'à voir la position du buste et de la poitrine (les appas) par rapport au reste du corps, le coude qui comprime un sein, etc...
    On est très loin des statues à la pose conventionnelle.
  • Bonjour, je suis en première et pour cette semaine j'ai une dissertation à rendre.

     Le sujet est "Pour Baudelaire “le beau est bizarre”, votre lecture des fleurs du mal et du parcours associé vous conduit-elle à corroborer cette affirmation ?" 

    J'ai déjà comme Axe I : Baudelaire extrait le beau de la laideur , Axe II : le beau conventionnelleJe n'ai pas vraiment d'idée pour l'axe III qui est censé aller plus loin que les 2 premiers axes.

    Pourriez vous m'aider s'il vous plaît ? Merci beaucoup☺️

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Bonjour,

    Il faudrait d'abord définir ce qu'est ce beau bizarre selon Baudelaire, puis vérifier si les Fleurs du mal répondent à cette qualification.



    Bien sûr une bonne partie de l'inspiration des Fleurs offre cet aspect inattendu et scandaleux mais certaines pièces comme "l'invitation au voyage", "élévation", "la beauté" restent classiques.

  • TchankaTchanka Membre

    Bonjour,

    Je suis en hypokhâgne et j'ai une composition de français à faire sur la citation suivante :  Dans l’un de ses articles de critique d’art, Baudelaire déclare : « Le Beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sortit des rails de la vie. Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie naïve, non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau. » Exposition universelle, 1855

    J'ai encore quelques lacunes littéraires, et je ne parvient pas à dégager un plan et une problématique sur ce sujet.

    J'ai pensé à :

     I. Baudelaire extrait le beau de la laideur

    a) Le Beau se doit d’être bizarre pour être le Beau

    b) ???

    c) ???

    II. Le beau conventionnel

    a/b/c ???

    III.  ???

    a/b/c ??


    J'ai trouvé quelques textes et œuvres à citer :

    Un Charogne (Baudelaire),  Continuation des Amours (Pierre de Ronsard), Macbeth (Shakespeare), Cours sur dieu (la beauté) (Jules Lagneau) 

    Si quelqu'un a des idées de problématique, de plan, ou d'exemple je suis preneuse.

    Merci beaucoup

  • Un détail : puisqu'il est question de "Baudelaire critique d'art", je citerais également son poème "Les Phares".

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