La Boétie, Discours de la servitude volontaire - Préface

Bonjour, je dois réaliser une lecture analytique sur la préface du Discours de la servitude volontaire d'Etienne de La Boétie et donc répondre à la question : "Pourquoi ce texte est-il une excellente introduction au Discours ?"

Nous venons d'entamer l'objet d'étude "La question de l'Homme dans les genres de l'argumentation" et je ne suis vraiment pas familier avec ce sujet. Je suis vraiment perdue, je n'ai aucun document sur lequel prendre exemple ou me référer, je n'ai rien qui m'indique ce qu'est une "bonne introduction" à un discours. Je m'en remet donc à vous pour trouver des pistes de recherche car je bloque vraiment.

Voici ce que j'ai trouvé jusque là :

Tout d'abord il semble naturel de se demander ce qu'est une préface, le dictionnaire nous dit "Texte placé en tête d'un ouvrage, le présentant et le recommandant aux lecteurs."

J'ai effectué quelques recherches concernant les fonctions d'une préface :

-Informer
-Justifier un choix
-Donner envie de lire le texte introduit
-Expliquer
-Présenter
-Offrir un point de vue original
-Marquer le lecteur

Je cherche donc à trouver des exemples dans la préface, pour chacune des catégories ci-dessus.

Informer : le texte nous informe que la suite de l'oeuvre va parler de la tyrannie et plus précisement des raisons qui poussent les hommes à obéir à un tyran.

Justifier un choix : je n'ai rien trouvé

Donner envie de lire : Peut-être le fait que La Boétie pose des questions "Mais en conscience n'est-ce pas un extrême malheur que d'être assujetti à un maître de la bonté duquel on ne peut jamais être assuré et qui a toujours le pouvoir d'être méchant quand il le voudra ? Et obéir à plusieurs maîtres, n'est-ce pas être autant de fois extrêmement malheureux ?" provoque chez le lecteur un désir de réponse qui le pousse à lire la suite de l'oeuvre ?

Expliquer : On nous explique brievement la faiblesse de l'Homme "Telle est pourtant la faiblesse des hommes ! Contraints à l'obéissance, obligés de temporiser, divisés entre eux, ils ne peuvent pas toujours être les plus forts."

Présenter: On nous explique de quoi il va parler "je désirerais seulement qu'on me fit comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d'un Tyran seul, qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne, qui n'a pouvoir de leur nuire, qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal, s'ils n'aimaient mieux tout souffrir de lui, que de le contredire."

Offrir un point de vue original : La Boétie entame sa préface par une alusion à Ulysse ce qui peut intriguer, amuser, intéresser le lecteur ?

Marquer le lecteur : je n'ai pas trouvé

J'ai l'impréssion d'avoir raté beaucoup d'informations et d'être à côté de la plaque. Mon idée à l'origine était de prouver que cette préface reprenait toutes les caractéristiques d'une préface traditionnelle et donc qu'elle était de ce fait "excellente".
Merci d'avance pour votre aide.

Voici la préface en question :
PRÉFACE
Homère raconte qu'un jour, parlant en public, Ulysse dit aux Grecs: "Il n'est pas bon d'avoir plusieurs maîtres; n'en ayons qu'un seul".

S'il eût seulement dit: il n'est pas bon d'avoir plusieurs maîtres, c'eût été si bien, que rien de mieux; mais, tandis qu'avec plus de raison, il aurait dû dire que la domination de plusieurs ne pouvait être bonne, puisque la puissance d'un seul, dès qu'il prend ce titre de maître, est dure et révoltante; il vient ajouter au contraire: n'ayons qu'un seul maître.

Toutefois il faut bien excuser Ulysse d'avoir tenu ce langage qui lui servit alors pour apaiser la révolte de l'armée, adaptant, je pense, son discours plus à la circonstance qu'à la vérité. Mais en conscience n'est-ce pas un extrême malheur que d'être assujetti à un maître de la bonté duquel on ne peut jamais être assuré et qui a toujours le pouvoir d'être méchant quand il le voudra ? Et obéir à plusieurs maîtres, n'est-ce pas être autant de fois extrêmement malheureux ? Je n'aborderai pas ici cette question tant de fois agitée ! "si la république est ou non préférable à la monarchie". Si j'avais à la débattre, avant même de rechercher quel rang la monarchie doit occuper parmi les divers modes de gouverner la chose publique, je voudrais savoir si l'on doit même lui en accorder un, attendu qu'il est bien difficile de croire qu'il y ait vraiment rien de public dans cette espèce de gouvernement où tout est à un seul. Mais réservons pour un autre temps cette question, qui mériterait bien son traité à part et amènerait d'elle-même toutes les disputes politiques.

Pour le moment, je désirerais seulement qu'on me fit comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d'un Tyran seul, qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne, qui n'a pouvoir de leur nuire, qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal, s'ils n'aimaient mieux tout souffrir de lui, que de le contredire. Chose vraiment surprenante (et pourtant si commune, qu'il faut plutôt en gémir que s'en étonner) ! C'est de voir des millions de millions d'hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu'ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu'ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d'un, qu'ils ne devraient redouter, puisqu'il est seul, ni chérir, puisqu'il est, envers eux tous, inhumain et cruel.

Telle est pourtant la faiblesse des hommes ! Contraints à l'obéissance, obligés de temporiser, divisés entre eux, ils ne peuvent pas toujours être les plus forts. Si donc une nation, enchaînée par la force des armes, est soumise au pouvoir d'un seul (comme la cité d'Athènes le fut à la domination des trente tyrans), il ne faut pas s'étonner qu'elle serve, mais bien déplorer sa servitude, ou plutôt ne s'en étonner, ni s'en plaindre; supporter le malheur avec résignation et se réserver pour une meilleure occasion à venir.

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour,

    Tu as vu l'essentiel, mais ta présentation est trop éclatée ce qui conduit à des redondances.

    Regarde la fiche argumentation du site (car ce discours est une argumentation) et repère dans la préface l'énoncé des divers éléments : thème, thèse, stratégie argumentative...

    Tu as oublié un point essentiel : La Boétie use du paradoxe. En effet il va chercher à comprendre pourquoi les hommes acceptent (voire recherchent) de se soumettre à un pouvoir qui les rend malheureux alors qu'ils pourraient le rejeter.

    Tu pourrais noter également qu'il démine le terrain (apparemment) en prenant soin de distinguer tyrannie et monarchie.

    Enfin il annonce sa thèse dans le dernier paragraphe en donnant le plan qu'il va suivre.
  • WitaekWitaek Membre
    En quoi le fait d'utiliser un paradoxe permet-il de dire que c'est une "excellente introduction au Discours" ?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Parce qu'il sollicite la curiosité du lecteur.
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