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Ponge, Le cycle des saisons

Bonjour,

voici le poème :
« Le cycle des saisons »

Las de s’être contractés tout l’hiver les arbres tout à coup se flattent d’être dupes. Ils ne peuvent plus y tenir : ils lâchent leurs paroles, un flot, un vomissement de vert. Ils tâchent d’aboutir à une feuillaison complète de paroles. Tant pis ! Cela s’ordonnera comme cela pourra! Mais, en réalité, cela s’ordonne! Aucune liberté dans la feuillaison … Ils lancent, du moins le croient-ils, n’importe quelles paroles, lancent des tiges pour y suspendre encore des paroles : nos troncs, pensent-ils, sont là pour tout assumer. Ils s’efforcent à se cacher, à se confondre les uns dans les autres. Ils croient pouvoir dire tout, recouvrir entièrement le monde de paroles variées : ils ne disent que « les arbres ».

Incapables même de retenir les oiseaux qui repartent d’eux, alors qu’ils se réjouissaient d’avoir produit de si étranges fleurs. Toujours la même feuille, toujours le même mode de dépliement, et la même limite, toujours des feuilles symétriques à elles-mêmes, symétriquement suspendues! Tente encore une feuille! – La même! Encore une autre! La même! Rien en somme ne saurait les arrêter que soudain cette remarque :

« L’on ne sort pas des arbres par des moyens d’arbres. » Une nouvelle lassitude, et un nouveau retournement moral. « Laissons tout ça jaunir, et tomber. Vienne le taciturne état, le dépouillement, l’automne. »

Francis Ponge, Le Parti pris des choses
1942

L'objet d'étude est : comment le poète se montre sous une forme métaphorique dans son texte?


J'ai l'impression que Ponge compare les poètes à des arbres et en fait ainsi la critique surtout dans le deuxième paragraphe en les accusant de toujours écrire la même chose : " toujours la même feuille, toujours le même mode de dépliement" (paragraphe 2)
Il dénonce aussi le fait qu'il n'y ai plus de liberté d'expession ( avec le cadre de la deuxième guerre mondiale ) et que le peu que les poètes peuvent exprimer ne soit pas compris ou détourné notamment losqu'il dit "aucune liberté dans la feuillaison" (premier paragraphe) et "incapables même de retenir les oiseaux qui repartent d'eux". (deuxième paragraphe).


1) Ai-je bien analysé le premier et le deuxième paragraphe?

2) Comment puis-je exploiter le dernier paragraphe toujours sous le prisme de la métaphore car je ne sais pas comment exploiter celui-ci.

Merci d'avance pour votre aide.

Réponses

  • Ponge développe la métaphore filée de l'arbre, figure du poète.
    Incapables même de retenir les oiseaux qui repartent d’eux, alors qu’ils se réjouissaient d’avoir produit de si étranges fleurs. Toujours la même feuille, toujours le même mode de dépliement, et la même limite, toujours des feuilles symétriques à elles-mêmes, symétriquement suspendues! Tente encore une feuille! – La même! Encore une autre! La même! Rien en somme ne saurait les arrêter que soudain cette remarque :

    « L’on ne sort pas des arbres par des moyens d’arbres. » Une nouvelle lassitude, et un nouveau retournement moral. « Laissons tout ça jaunir, et tomber. Vienne le taciturne état, le dépouillement, l’automne. »

    Selon Ponge, le poète doit éviter "le piège réaliste" qui décrirait l'objet en dehors de toute subjectivité.
    Il doit éviter aussi "le piège du lyrisme" qui cherche les prétextes à parler de lui-même, de ses émotions.

    Il lui reste donc, devant l'arbre, à trouver un nouveau langage qui ne sera ni celui de l'arbre, ni celui de la conversation des hommes. La feuille qui tombe, la feuille à écrire, la feuille qu'on jette, la feuille avec des mots, toujours recommencée.
    Reste le travail sur les mots, choisis, chargés de significations entassées. L'arbre est racines, branches, feuilles : mots qui tombent, pourrissent, renaissent ... Les mots ne sont plus là pour décrire, pour désigner mais au service d'un objet autonome qui fonctionne, résistant aux interprétations et en même temps les accumulant. Le dépouillement de l"'objet" pour "l'objeu" qui permet d'arriver à "l'objoie".
  • Merci beaucoup pour votre aide.
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