Fiches méthode Bac de français 2021

Bonjour au forum !
J’ai repris depuis quelques temps mes études et actuellement en CPES littéraire j’ai bien evidemment des dissertations à rendre ...
En m’occurence, en philosophie je dois traiter (j’ai un mois pour le faire par chance) le sujet suivant :
Le travail : une contrainte ?
Bon, j’ai commencé mon travail préparatoire mais là, énorme hésitation !
En effet j’ai définit la contrainte de la manière suivante :

- une contrainte va à l’encontre de ma volonté, elle est donc une une privation de liberté. La contrainte est aussi vécu comme une perte de temps.

Ainsi, un problème se pose :
Je compte dans ma thèse défendre la position comme quoi le travail n’est pas une contrainte. Mais dois-je le démontrer en montrant que c’est un gain de liberté ou alors que le travail est une aspiration humaine ayant pour but la satisfaction de nos désirs (du genre le travail m’en permet d’accéder à une indépendance)? Ou encore est-ce que je peux réfuter le fait que m’en travail est une contrainte en montrant qu’il n’est pas vécu comme une perte de temps par l’homme ?
Aussi, le mot contrainte pourrait-il être dans mon sujet remplacé par « punition » ?
En effet, j’appréhende bien mieux la notion de punition que celle de contrainte ...

Merci d’avance si vous pouviez m’eclairer sur ces petites questions qui doivent vous paraître particulièrement basiques ...
Bonne journée à vous qui lisez ce poste !
Mots clés :

Réponses

  • Si tu dois aborder le devoir en philosophe, tu devrais consulter quelques sites qui posent la question :
    le travail : libération ou aliénation ?
  • Merci de cette suggestion.
    Pour autant je m’y suis déjà aventuré auparavant et je dirais qu’ils ne m’ont pas particulièrement aidé à répondre à mes interrogations ...
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour,

    Le travail est aussi une contribution à l'achèvement de la création : lui faire produire ce qu'il nous manque (ainsi l'homme est passé de la cueillette à l'agriculture...).
    Le travail est aussi un achèvement personnel lorsqu'il sollicite intelligemment nos talents, il permet notamment la mise en oeuvre de nos facultés, il aide à les développer.
    En fait il faut distinguer le travail subi du travail créatif et utile. En ce sens la parcellisation des tâches dans le monde industriel a conduit à une prolétarisation qui a fait suite à un exode rural.
    L'artisan a gardé une fierté là où l'ouvrier se sent souvent méprisé.
    "Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin", écrit Voltaire dans Candide.
    Note aussi que le travail nous évite la spéculation pure en nous gardant au contact de la réalité. C'est ainsi que les moines bénédictins partagent leur temps entre travail et prière.
  • Merci beaucoup pour ces pistes !
    En ce sens, ma première partie serait donc plus axée sur le travail comme un moyen de s’humaniser ? ( à vrai dire le sens d’humaniser est bien vaste ... )
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Oui, c'est une bonne piste.
    Même si les animaux travaillent (castors, abeilles, fourmis), ils révèlent surtout une composante sociale du travail.
    Seul l'homme est capable de dépasser cette utilité commune pour accéder à son épanouissement personnel. Par exemple il est capable d'ajouter une dimension esthétique ou morale à sa création.
  • Merci beaucoup !
    Aussi et pour finir, dans mon sujet le mot contrainte peut-il devenir « punition » ?
    Sinon quelles seraient les différences ?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Je ne crois pas.
    La punition est la suite d'une faute, souvent infligée en vue d'une réparation. Les travaux forcés sont une punition.
    La contrainte est une privation partielle de liberté dans un choix. C'est une obligation imposée de l'extérieur. L'homme doit travailler pour se nourrir et se vêtir.
  • Pourtant, dans la Genèse, Adam est chassé du paradis avec cette punition: "C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain".
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Perluète
    [Dieu] dit à l’homme : “Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé du fruit de l’arbre dont je t’avais interdit de manger, le sol sera maudit à cause de toi. Il t’en coûtera pour tirer du sol ta nourriture tous les jours de ta vie. Il te donnera épines et chardons, et tu mangeras l’herbe des champs. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front jusqu’à ce que tu retournes à la terre, puisque c’est d’elle que tu as été tiré : tu es poussière et tu retourneras en poussière.”

    La punition ne porte pas sur l'obligation du travail, mais sur sa pénibilité.
  • JehanJehan Modérateur
    Jean-Luc a écrit:
    La punition ne porte pas sur l'obligation du travail, mais sur sa pénibilité.
    Mais avant cette punition, Adam n'était pas obligé de travailler pour vivre...
  • JeanLouyree a écrit:
    Bonjour au forum !
    J’ai repris depuis quelques temps mes études et actuellement en CPES littéraire j’ai bien evidemment des dissertations à rendre ...
    En m’occurence, en philosophie je dois traiter (j’ai un mois pour le faire par chance) le sujet suivant :
    Le travail : une contrainte ?
    Bon, j’ai commencé mon travail préparatoire mais là, énorme hésitation !
    En effet j’ai définit la contrainte de la manière suivante :

    - une contrainte va à l’encontre de ma volonté, elle est donc une une privation de liberté. La contrainte est aussi vécu comme une perte de temps.

    Ainsi, un problème se pose :
    Je compte dans ma thèse défendre la position comme quoi le travail n’est pas une contrainte. Mais dois-je le démontrer en montrant que c’est un gain de liberté ou alors que le travail est une aspiration humaine ayant pour but la satisfaction de nos désirs (du genre le travail m’en permet d’accéder à une indépendance)? Ou encore est-ce que je peux réfuter le fait que m’en travail est une contrainte en montrant qu’il n’est pas vécu comme une perte de temps par l’homme ?
    Aussi, le mot contrainte pourrait-il être dans mon sujet remplacé par « punition » ?
    En effet, j’appréhende bien mieux la notion de punition que celle de contrainte ...

    Merci d’avance si vous pouviez m’eclairer sur ces petites questions qui doivent vous paraître particulièrement basiques ...
    Bonne journée à vous qui lisez ce poste !

    Bonjour, je suis très étonnée de lire ça : serait-ce en raison de mon âge certain ? Toujours est-il que ça me fait un peu "bondir" sur ma chaise, de lire "contrainte" = "punition", je suis à l'antipode de ce que vous dites, pour ma part !

    Pour moi, la "contrainte" est quasi consubstantielle de la "civilisation" qui nous éloigne de l'état de "nature". Ou bien je me laisse aller à mes penchants "naturels", ou bien JE ME contrains moi-même, bien souvent, et en toute liberté, à faire telle ou telle chose, soit parce que j'en attends des avantages matériels, soit parce que j'ai des principes et des valeurs à faire prévaloir, etc.
    Bref : on peut, bien sûr, être contraint PAR quelqu'un d'autre, mais il me semble que l'être humain ne cesse, en fait, de SE contraindre lui-même, ne serait-ce que du fait qu'il a une "volonté", qu'il "veut" atteindre tel ou tel but, et que, donc, il décide de se contraindre pour parvenir à atteindre ce but.

    En un mot : si la "punition" est infligée par un tiers, la contrainte, elle, est très souvent librement consentie ! Dès tout-petits, nous sommes "contraints" par notre éducation "pour notre bien", puis "contraints" par un projet que nous voulons nous-même faire aboutir, un but que nous nous fixons... Je me contrains à faire ceci ou cela, parce que je veux maigrir, parce que je veux devenir quelqu'un de riche, de bien, de puissant, exercer un métier qui corresponde à ce que j'aime faire, etc. Et, en cela, ME contraindre est l'expression de MA liberté et le contraire ET d'une punition ET d'une soumission.

    Mais... je suis allée à l'école en un temps où le travail n'était pas "ludique"... Il était naturel de considérer qu'il demande un effort, donc de se contraindre.
  • Merci beaucoup à vous tous, je comprends bien la différence entr ces deux termes !
    Ainsi si je devais traiter le sujet avec le terme « punition » , je devrais plutôt insister sur la fait que le travail est une manière de devenir libre ? Ou encore, que le travail est une aspiration humaine ?
    Je vous remercie encore de vos contributions !
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Jehan,

    La Genèse n'affirme nullement qu'avant la faute originelle Adam était dispensé de travail.
    Bien au contraire, il s'agit d'un texte sacerdotal écrit cinq ou six siècles avant Jésus Christ, donc contrairement à ce que nous pensons habituellement, ce n'est pas un écrit mythique.
    Que nous transmet-il ? le récit d'un Dieu qui travaille six jours et se repose le septième, d'un Dieu qui se réjouit de son travail.
    Ce Dieu crée un homme et une femme à son image, donc travailleurs : "Yahvé Dieu plaça l’homme dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder." En effet selon la conception sacerdotale, le travail est sacré, il permet à l'homme de répondre à sa vocation d'image de Dieu, en devenant cocréateur. Dieu donne à l'homme pour son bonheur un immense terrain d'expérience à porter avec sagesse et amour à sa perfection. Ajoutons que dans cette conception sacerdotale, le shabbat est le jour où l'homme, comme Dieu, doit se reposer pour remercier, admirer, contempler et ainsi retrouver intimement son créateur.

    Bonjour JeanLouyree,

    La piste de la punition est une impasse.
    Elle ne peut être envisagée que comme la "malédiction" qui s'est installée avec l'industrialisation dès le XVIIIe siècle.
    En raison des égoïsmes capitalistiques, de considérations purement économiques (qui continuent de primer aujourd'hui), se sont installées de profondes injustices et une mise en coupe réglée de la planète. Les guerres pour la maîtrise des énergies et de l'eau, l'immigration politique ou économique, l'esclavage économique en sont aujourd'hui les symptômes les plus évidents.

    Il me semble qu'un des grands enjeux de notre siècle est de redonner un sens au travail humain en particulier en le plaçant dans la perspective du bien commun.

    Pour paraphraser une citation évangélique il nous faut oeuvrer pour que le travail soit fait pour l'homme, et non l'homme pour le travail.
  • Bonjour Jean-Luc,

    Merci d’avoir répondu à ma question.
    Ainsi si mon prof me donnait le sujet «  Le travail : une punition ? » (il avait donné ce sujet l’année dernière au concours blanc), je devrais plutôt comprendre la punition en tant que malediction. Mais alors comment pourais-je objecter que le travail n’est pas une malediciton ? En effet la malediction est une condamnation au malheur, ainsi je devrais exploiter que le travail ne condamne pas l’homme mais plutôt le rend libre ?

    Merci d’avance
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Le travail n'est pas initialement une malédiction.
    Cette conception est la suite d'une mauvaise interprétation de la Genèse (voir plus haut) et de l'égoïsme humain.

    Comment le montrer ?
    En survolant brièvement l'histoire :
    - dans l'Antiquité, la force de production est constituée par les esclaves, le travail est pour beaucoup une punition,
    - le christianisme qui se répand condamne ces pratiques et redonne une valeur au travail humain,
    - dès le XVIIIe siècle l'industrialisation qui démarre en Angleterre modifie profondément le monde du travail : exode rural, prolétarisation, parcellisation des tâches, travail des femmes et des enfants, travail de nuit, recherche effrénée de la productivité...
    - le XXe siècle voit se développer la mécanisation qui améliore souvent les conditions de travail (diminution de la pénibilité, de la dangerosité...) mais aussi de la robotisation qui modifie en profondeur le marché du travail avec un risque de diminution de l'emploi,
    - le XXIe siècle ajoute la virtualisation d'une partie de l'économie sans qu'on puisse discerner encore clairement les tendances lourdes sur l'emploi.
    Ces considérations sont forcément schématiques, mais elles permettent de dégager quelques valeurs positives du travail.

    Première évidence : ceux qui sont exclus du monde du travail ne sont pas heureux.
    Le travail (emploi) est encore aujourd'hui un bien précieux qui figure en tête des aspirations humaines.
    Le travail (emploi) est un facteur d'intégration sociale. Un des risques majeurs du chômage de longue durée est la désocialisation.
    Le travail répond en nous à notre besoin fondamental d'être considéré. Un travail bien fait développe la confiance en soi, la satisfaction personnelle. Il donne le sentiment d'être utile. Il permet de fonder une famille, d'acquérir une stabilité sociale, de devenir un acteur économique.
    Le travail peut donc être gratifiant et source de fierté : regarde comment nos anciens ont créé des chants et des danses de travail, comment ils se sont organisés en corporations (avant la révolution industrielle) au pouvoir immense (par exemple leur rôle irremplaçable dans la construction des cathédrales).
    Mais dans tous les cas le travail est soumis à des contraintes (rythmes quotidiens et saisonniers, aptitudes physiques , intellectuelles, psychologiques, capacité d'investissement, formation, marché du travail, besoins de la demande, localisation...)
    A contrario, la paresse, l'oisiveté ont été considérées comme des fautes sociales et religieuses.
  • Merci beaucoup pour ces informations et idées qui me semblent très éclairantes !
    Ainsi, pour réfuter le fait que la travail est une punition il s’agirait plutôt de s’appuyer sur les dimensions positives et plaisantes du travail ?
  • JeanLouyree a écrit:
    Bonjour Jean-Luc,

    Merci d’avoir répondu à ma question.
    Ainsi si mon prof me donnait le sujet «  Le travail : une punition ? » (il avait donné ce sujet l’année dernière au concours blanc), je devrais plutôt comprendre la punition en tant que malediction. Mais alors comment pourais-je objecter que le travail n’est pas une malediciton ? En effet la malediction est une condamnation au malheur, ainsi je devrais exploiter que le travail ne condamne pas l’homme mais plutôt le rend libre ?

    Merci d’avance

    "Le travail rend libre", ça risque de rappeler quelque chose (dit en allemand : "Arbeit macht frei" figurait à l'entrée des camps nazis...)

    J'éviterais, donc, de formuler ainsi. Je dirais plutôt que travailler est l'expression d'une liberté humaine, car, de fait, sauf quand il s'agit d'un travail imposé "par punition" – travaux forcés, où apparaît la notion de "force" –, personne n'oblige personne à travailler, a priori. C'est donc plutôt une "contrainte choisie", vu qu'on a envie, tout de même, de manger, de se vêtir, de se loger, etc.
    Mais on peut tout aussi bien refuser de travailler, en faisant le choix de supporter les conséquences de ce refus.
  • Merci beaucoup pour cette rectification. En effet, la manière dont est formulée la phrase n’est pas vraiment adroite ...
    Ainsi si j’ai bien compris, un travail qui est l’expression de la liberté humaine s’oppose à la conception du travail en tant que punition ?
  • Tout cela est complexe. On peut s'épanouir dans le travail, fort heureusement, mais aussi y perdre sa vie: c'est le cas des esclaves de l'antiquité (cités par Jean Luc), mais c'est oublier qu'il y a des esclaves modernes (travail des enfants, situation libyenne...). Sans aller jusque là, quand on travaille à la chaîne, dans une mine, peut-on s'épanouir ? Les serfs du Moyen-Age étaient-ils épanouis ?

    Il me semble assez évident que l'accès au travail intéressant est un privilège, et que nous sommes loin d'être tous égaux en la matière...
  • Hum, je crois que je commence à prendre mesure de la complexité du problème.
    Pour autant, je ne vois toujours pas ce que je pourrais objecter si l’on me dit que le travail est une punition ...
    Une aide ?

    ( Heureusement que les études nous permettent dans une certaine mesure d’accéder à des emplois « dignes » en quelque sorte. Pour autant j’ai l’impression que ces emplois eux aussi sont menacés (chercheurs par exemple). Ai-je tort ?)
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.