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Capes lettres modernes

Bonjour à tous,

Je suis actuellement en seconde année de Master de philosophie à Nanterre et j'envisage de poursuivre en doctorat. Étant le seul de ma famille à atteindre ce niveau d'étude je ne sais pas comment se déroule ce cursus et ça m'angoisse un peu sachant que mon cas est particulier, je m'explique :

J'ai repris les études avec un projet spécifique (en résumé : reformuler la manière dont on pense les rapports humains au reste du vivant, après avoir travaillé un moment auprès d'animaux). Mais j'ai eu un parcours scolaire très difficile, possiblement en raison d'un syndrome d'Asperger qui est en cours de diagnostique. J'ai repris les études en 2013 en étudiant à distance car je ne supporte pas les cours en présentielle. J'ai des difficultés sociales assez lourdes : je vois très peu de gens, les examens me stressent énormément et je suis incapable de tenir un emploi du temps sur le long terme. Si j'essaye de me forcer à supporter ces exigences "comme tout le monde" le stress s'accumule et je peux en arriver à faire des crises de panique violentes. Au fil du temps j'ai dû me faire une raison : il faut que je choisisse entre cette "vie normale" et ma santé, je ne peux tout simplement pas poursuivre l'un sans sacrifier l'autre.

Jusqu'à présent les études à distance ont été une solution presque idéale pour moi : j'ai accès aux cours depuis chez moi, je peux étudier à mon rythme et si j'ai une période difficile je peux faire une pause sans préavis et rattraper le retard ensuite (alors qu'en présentielle je raterais juste des cours). Seulement je viens de réaliser que Nanterre ne propose pas de doctorat de philosophie à distance, donc la meilleure solution pour poursuivre en doctorat semble être de m'inscrire en présentielle à l'université la plus proche de chez moi (l'UPMF à Grenoble) et ça m'angoisse pas mal vu que je ne sais pas ce qui est attendu d'un thésard de philosophie en présentielle.

J'ai fait quelques recherches et j'ai vu qu'il y a pas mal de moyens différents de poursuivre une thèse. En ce qui me concerne j'ai déjà mon propre projet de thèse, je ne cherche pas à être embauché par quelque entreprise ou institut que ce soit en contrat doctorant, pour le financement je me débrouillerai par moi-même et pour ce qui est d'enseigner ou de présenter des conférences, vous aurez compris que ça ne fait pas exactement parti de mon plan, si je suis contraint à des engagements de ce type je ne suis pas sûr de vouloir m'engager en doctorat.

En bref ce que j'aimerais savoir, c'est s'il est possible de passer une thèse doctorante de la même manière que j'ai passé ma licence et bientôt mon master en EAD : j’étudierais et ferais mes recherches depuis chez moi, je n'aurais pas d'obligation de présence à des séminaires et serais évalué en dérogatoire en fin d'année durant des partiels, examens et soutenances. Je peux bien sûr communiquer avec mes directeurs de thèses et tout autre intervenant, mais de préférence à distance sauf quand c'est indispensable de se voir en personne.

Est-ce qu'on peut valider une thèse comme ça ? Ou bien est-ce qu'il faudra forcément s'engager à suivre des séminaires en présentielle, donner/assister à des conférences, donner/assister à des cours etc. etc. ? Parce que ces obligations pourraient me pousser à renoncer au doctorat, je prend déjà énormément sur moi depuis bientôt 5 ans pour valider mes examens en fin d'année. Mais d'un autre coté je tiens vraiment à aller au bout de mon projet et soutenir cette thèse, ça me décevrait beaucoup d'être obligé d'y renoncer après 5 ans d'études dédiées à ce projet.

Merci d'avance aux thésards / doctorants qui sauront m'éclairer sur ce cursus au travers de leur propre expérience.
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Réponses

  • Tout d'abord, je cite ce que j'avais écrit (8e message d'un autre sujet, auquel tu as d'ailleurs répondu récemment : https://www.etudes-litteraires.com/forum/topic58756-choisir-un-doctorat-de-philosophie.html) et qui me semble essentiel :
    Sfdd a écrit:
    Il faut que tu saches d'abord ce qui te motive : tout le monde peut faire de la philosophie "en amateur" ; si tu souhaites t'engager dans un doctorat, c'est donc que tu recherches quelque chose d'autre : le diplôme ou le titre, un accès vers un certain type d'activité, en particulier une profession, que sais-je... Il est bon de s'interroger sur les moyens qui existent pour atteindre ces objectifs sous-jacents et sur le bien-fondé du choix de cette voie-là pour l'atteindre.
    Je répète également que la raison d'être du doctorat aujourd'hui est de contribuer à étendre le corpus de connaissances disponibles sur un sujet pointu : c'est donc ton attirance pour un sujet et non pour le diplôme qui dicte l'éventail des potentiels directeurs de thèses et laboratoires, donc l'éventail des établissements à considérer. La deuxième conséquence, c'est que les "études doctorales" ne sont pas sanctionnées par un examen de contrôle des connaissances : à la fin de la thèse, le potentiel docteur est censé être la seule personne du monde à connaître aussi bien le sujet sur lequel il a passé ses récentes années.

    Ensuite, pour ce qui est de l'expérience du doctorat, il s'agit toujours un peu, et ce quelle que soit le domaine, d'un apprentissage "sur le tas". Vu ce que j'ai écrit plus haut, tu peux t'imaginer que les conditions du doctorat dépendent d'une étroite collaboration avec une personne spécifique, le directeur de thèse, et avec son environnement académique, plutôt qu'avec le rôle plus formatté de l'enseignant : cette relation unique fait que les "études doctorales" sont toujours faites sur mesure et qu'il existe une très grande variabilité en fonction du directeur, du labo, de l'université, du lieu, du pays, etc. Pas de réponse générale, donc.
    Pour cette raison également, il n'y a pas de doctorat formellement proposé à distance. Le doctorat de philosophie ou de lettres, voire d'histoire, a cependant ceci de spécifique qu'il s'agit moins de travailler en laboratoire qu'en bibliothèque, donc pratiquement à distance , mais je ne recommanderais certainement pas un cursus où le directeur de thèse ne s'investirait pas personnellement et régulièrement dans sa collaboration avec son thésard, par des entrevues nombreuses au cours de l'année.
  • Bonjour,

    Je vais essayer de répondre aux diverses questions.

    Je ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas tenter le contrat doctoral. Concrètement, le seul engagement, c'est de mener à bien ta thèse, et ça te donne une sécurité matérielle pour trois ans.

    Aucune obligation de faire du réseau, de publier des articles ou de faire des conférences. Mais concrètement, cela veut dire que tu ne feras pas une carrière académique et que ta recherche n'aura pas de retentissement et donc aura une utilité sociale/intellectuelle limitée. Ce qui n'est pas forcément un souci, mais c'est pour que les choses soient claires.

    La thèse est un travail solitaire. Aucun souci à ce niveau-là, donc, tu pourras t'organiser comme tu veux. Il y a d'ailleurs pour tous les thésards des moments de vide. Tu auras sans doute à voir ton directeur de thèse à une fréquence que vous déciderez. Je pense que le voir tous les mois, tous les deux mois, est un minimum pour pouvoir être sûr que tu es bien sûr les rails. On s'enfance dans les réflexions conceptuelles, et on a du mal à prendre du recul sur ce que l'on fait, surtout après des mois de conceptualisation. Le directeur de thèse est celui qui permet de faire un pas de côté et de reconsidérer le plan général, dans mon expérience.

    Bon courage ! :)
  • Merci à vous deux pour vos éclaircissements, je vais répondre aux points que vous soulevez du mieux que je peux, désolé par avance si je m'égare, le fonctionnement universitaire est parfois très abstrait pour moi :
    Sfdd a écrit:
    si tu souhaites t'engager dans un doctorat, c'est donc que tu recherches quelque chose d'autre : le diplôme ou le titre, un accès vers un certain type d'activité, en particulier une profession, que sais-je...

    Concrètement je n'ai aucun projet qui relève de ce qu'on pourrait appeler (pour faire court) une "carrière universitaire", je pense que ce qui décrirait le mieux mon projet c'est d'être auteur philosophe. Certes comme vous le dites je pourrais le faire dès maintenant "en amateur", mais je tiens à le faire le plus sérieusement et efficacement possible ; et à mon sens la légitimité universitaire est le meilleur moyen d'y parvenir.

    En bref ce qui m'intéresse c'est d'une part le titre : avoir un doctorat attesterait en quelque sorte que j'ai "fait ma part" en terme de méthodologie et de recherche pour revendiquer une autorité dans le sujet concerné. D'autre part l'encadrement universitaire : pour les raisons que j'ai expliqué précédemment j'ai tendance à travailler dans ma bulle et ça n'est pas une bonne habitude. Je pense qu'un cursus doctorant aurait l'avantage de m’obliger à travailler de manière coordonnée avec d'autres universitaires et garantirait notamment que les thèses que je défend soient confrontées à la critique voire à la contradiction de pairs.
    Sfdd a écrit:
    Je répète également que la raison d'être du doctorat aujourd'hui est de contribuer à étendre le corpus de connaissances disponibles sur un sujet pointu

    Mon objectif est double : d'une part je cherche à diffuser une meilleure (selon moi) compréhension de notre rapport au vivant dans le "grand public" ; d'autre part je cherche à le faire dans le cadre d'une méthodologie et des débats de spécialistes (universitaires donc). Pour prendre une comparaison : ma démarche est comparable à l'oeuvre de Peter Singer qui a su formuler une proposition très débattue dans le milieu universitaire (en philosophie de la morale) mais adressée avant-tout au grand public sur lequel elle a eu une forte influence. Donc il y a bien l'idée d'étendre un corpus de connaissance dans ce même domaine, mais aussi de ne pas m'y limiter et m'adresser en premier lieu au grand public.
    Sfdd a écrit:
    La deuxième conséquence, c'est que les "études doctorales" ne sont pas sanctionnées par un examen de contrôle des connaissances : à la fin de la thèse, le potentiel docteur est censé être la seule personne du monde à connaître aussi bien le sujet sur lequel il a passé ses récentes années.

    Du coup oui, j'aspire à ça aussi en quelque sortes. Mais mon projet n'est pas spécialisé sur un sujet précis comme j'ai l'impression que le sont les projets de thèses de philosophie "par tradition" (mais ce n'est peut être qu'une idée reçue de ma part). C'est assez ambitieux mais j'envisage de proposer une sorte de refondation éthique (utilitariste) de notre relation au vivant basée sur ce que nous apprend l'anthropologie et l'éthologie comparée. Je ne sais pas dire si ça rentre dans le champs de ce que vous décrivez comme se spécialiser dans un domaine de connaissance, j'ai l'impression que oui mais comme j'ai cette habitude de ne jamais voir les choses de la même manière que tout le monde je préfère avoir votre opinion : est-ce qu'un projet de ce type rentre dans le champs de ce qui est usuellement considéré comme un projet de thèse doctorante ?
    Sfdd a écrit:
    les "études doctorales" sont toujours faites sur mesure et qu'il existe une très grande variabilité en fonction du directeur, du labo, de l'université, du lieu, du pays, etc. Pas de réponse générale, donc. Pour cette raison également, il n'y a pas de doctorat formellement proposé à distance.

    Ce qui explique donc mes difficultés à m'informer sur le sujet : il n'existe pas de réponse toute faite. Mais à priori je peux donc m'inscrire en doctorat sans me retrouver obligé de travailler dans un cadre qui serait inadapté à mon fonctionnement, ça me rassure.
    Artz a écrit:
    Je ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas tenter le contrat doctoral. Concrètement, le seul engagement, c'est de mener à bien ta thèse, et ça te donne une sécurité matérielle pour trois ans.

    Si c'est bien le cas c'est que mes raisons sont mauvaises tout simplement ; mais j'ai cru comprendre qu'un contrat doctoral implique un projet consécutif au doctorat. Comme devenir enseignant/chercheur, ou bien chercheur dans le privé auprès de l'entreprise avec laquelle on aura signe le contrat. Aussi il m'a semblé comprendre que ces contrats impliquaient que le sujet de thèse était prédéterminé, par exemple une entreprise d'aéronautique qui cherche à embaucher un thésard sur telle ou telle spécificité de la dynamique des fluides en vue de l'embaucher ensuite comme chercheur. Je ne sais pas comment ça se passe dans le champs de la philosophie.

    S'il est possible d'obtenir un contrat doctorant qui me laisse la liberté du sujet de thèse et n'implique aucune contrepartie de type conférence, enseignement, stage, emploi futur etc. Bien entendu que ça serait bête d'y renoncer, mais j'ai du mal à croire qu'il soit possible de trouver une structure prête à financer un projet de thèse sans aucune contrepartie comme ça. Si j'ai bien compris on parle d'un salaire de l'ordre de 3000€ par mois sur 3 ans, soit 108 000€ sur le cursus, j'imagine bien qu'aucune structure n'investirait cette somme par pure charité. Mais s'il existe des contrat d'état qui me permettent de poursuivre mon projet sans contrepartie qui ne me conviennent pas, bien entendu que ça m'intéresse de les connaitre. Comme je l'ai dit je n'ai pas la moindre idée de comment fonctionne ce cursus et ta remarque démontre que je fais bien de poser la question ici : ça m'évitera peut-être de passer à coté d'informations intéressantes.
    Artz a écrit:
    Mais concrètement, cela veut dire que tu ne feras pas une carrière académique et que ta recherche n'aura pas de retentissement et donc aura une utilité sociale/intellectuelle limitée. Ce qui n'est pas forcément un souci, mais c'est pour que les choses soient claires.

    Je n'ai pas l'intention de faire une carrière académique, mais pas non plus l'intention de me situer en opposition par rapport à l’académie. Comme je l'ai dit je cherche à contribuer académiquement mais en "électron libre". Mon but est donc bien d'avoir une porté intellectuelle et sociale, mais à te lire peut-être que mon projet actuel n'est pas le plus judicieux. Je comprend mal en quoi il y aurait une limitation de cette porté sans carrière accadémique, tu peux préciser en quoi ça pourrait être le cas ?

    Mon intention actuelle c'est d'être auteur philosophe, si je le conçois comme "auteur libre" ou "indépendant" c'est pas pour une question de principe mais simplement parce qu'être chercheur en philosophie implique d'être enseignant et ça c'est une de mes phobies plus qu'autre chose. J'ai déjà un peu de visibilité au travers de ma chaîne Youtube actuellement, je pense que ça peut être un bon moyen de croître en influence et promouvoir les livres que j'ai prévu d'écrire plus tard. Mais je pense que c'est important de garder un lien avec le milieu universitaire, c'est pour ça que j'envisage le doctorat : publier un livre qui défend une thèse n'importe qui peut le faire (et en vivre), mais si je veux me démarquer qualitativement d'un Jacques Grimault par exemple c'est important de le faire dans la continuité des débats universitaires et surtout pas en opposition (c'est un peu la marque de fabrique de ceux qui racontent n'importe quoi de dire que l'université "formate" les gens ou que ce qu'ils disent est vrai en prenant pour preuve que la "secte" des académiciens les rejette).

    Est-ce que tu penses que ne pas poursuivre de carrière académique me condamne en quelque sorte à être "exclu" des débats académiques (ou en tout cas de ne pas y avoir assez de visibilité) ? Pour moi le doctorat est justement le moyen d'avoir cette visibilité, mais si ça doit être au prix de m'engager à devenir enseignant chercheur je crois que c'est au dessus de mes moyens.
    Artz a écrit:
    Il y a d'ailleurs pour tous les thésards des moments de vide.

    C'est l'histoire de ma vie ça :) Je ne m'inquiètes trop pas à ce sujet là, des passages à vide j'en ai déjà un paquet au palmarès.
    Artz a écrit:
    Tu auras sans doute à voir ton directeur de thèse à une fréquence que vous déciderez. Je pense que le voir tous les mois, tous les deux mois, est un minimum pour pouvoir être sûr que tu es bien sûr les rails

    Ok ça me rassure, ça ressemble à l'idée que je m'en faisais dans l'idéal : j'ai une thèse à présenter en fin de cursus ; je bosse dessus librement mais en coordination avec un directeur de thèse ; à coté de ça les modalités sont à voir relativement au projet de thèse mais le cursus n'implique pas nécessairement de faire quoi que ce soit d'autre que rédiger la thèse. J'ai bien saisis ce que vous me dites ou c'est juste mon biais de confirmation qui parle là ? Si c'est bien ça alors je ne vois aucun obstacle à suivre ce cursus, ça me va très bien.
  • Une thèse en M2 ! 3000 € par mois pour une contrat doctoral ! Vérifie ce que tu écris...
  • Si j'ai bien compris on parle d'un salaire de l'ordre de 3000€ par mois sur 3 ans, soit 108 000€ sur le cursus
    Mais c'est génial ! Finalement, je crois que je vais m'y mettre. ;)
  • Certaines thèses sont bien financées à ce niveau-là -peut-être un peu moins-, mais c'est pour les gens qui font un travail de recherche sérieux (i.e. productif), pas pour les lettreux et autres futurs chômeurs ! Les doctorants travaillant dans l'aéronautique faisant partie de cette première catégorie, Penseur sauvage a plutôt raison = ).



    J'ai un point du vue assez distinct de celui d'Artz. Un thèse est un exercice avant tout académique et qui, en France en tous cas, est une introduction à la carrière de chercheur/se. Postuler à une bourse de thèse sans vouloir faire de recherche après, c'est potentiellement "prendre" la place d'un étudiant qui veut en faire son métier. C'est une question de principe mais c'est important à mon sens, étant donnée la situation de la recherche en sciences humaines et sociales en France (et pas que...).
  • A ce point là ? Il faut des années et des années d'ancienneté à un professeur agrégé pour atteindre ce salaire...
  • Anne345 a écrit:
    Une thèse en M2 ! 3000 € par mois pour une contrat doctoral ! Vérifie ce que tu écris...

    Je n'ai pas parlé de passer une thèse en M2, j'ai dit que je suis actuellement en M2 et j'envisage un cursus doctorant ensuite (en T1 donc). Pour les 3000€ par mois apparemment mes chiffres sont erronés, c'est un ami qui a un master de psychologie qui m'avait donné ce chiffre sur la base de ce qui se fait en psychologie, mais j'imagine qu'en philosophie c'est pas la même chose du coup. Cela dit j'imagine qu'avec un bac+5 on a quand même un peu plus que le SMIC, donc même à 1 500€ par mois ça représente 54 000€ le cursus (en ne comptant rien d'autre que le salaire). Là non plus je ne suis pas convaincu qu'on trouve ce genre de contrats sans contre-partie, mais si je me trompes dites-le moi.
    mattlev a écrit:
    Postuler à une bourse de thèse sans vouloir faire de recherche après, c'est potentiellement "prendre" la place d'un étudiant qui veut en faire son métier.

    J'avoue que je n'avais pas pensé à ça, mais si on va dans ce sens là acheter un ordinateur c'est exploiter des travailleurs précaire dans les pays où ils sont fabriqués. Dans un monde idéal je m'assurerais qu'aucun de mes choix n'empiète sur les projets des autres, mais comme on vie dans la réalité c'est pas possible. Là si je pense que m'inscrire en doctorat est justifié en vue de mon projet et bah je m'inscris, désolé si ça fait perdre une place d'enseignant chercheur à quelqu'un d'autre mais dans la mesure où moi-même je ne cherche pas à devenir enseignant chercheur je ne peux pas en être tenu responsable, c'est la gestion des postes d'enseignant-chercheurs qui est mal fichue.
  • Le contrat doctoral, en France, c'est environ 1300 net, et environ 1600 net si on enseigne (en brut : https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid76053/le-financement-doctoral.html). Rien de mirobolant (les doctorants sont tout de même au moins à bac +6-7-8-9). Et il n'y a pas d'engagement derrière.

    Pour répondre à mattlev, en m'éloignant du sujet, donc, je trouve qu'il y a en France une conception assez troublant de la carrière comme quelque chose d'uni, où, globalement, tu dois avoir à 16 ans une idée générale d'où tu vas. Quelqu'un qui commence un doctorat n'a aucune idée de ce qu'est le métier de chercheur. Pas même s'il a fait un master recherche (auquel cas, il a une vague idée de ce qu'est la recherche, mais pas du métier). Je comprends qu'on puisse se lancer dans l'aventure du doctorat, mettre toutes les chances de son côté en cherchant un contrat, et se rendre compte que ce n'est pas ce qu'on veut faire de sa vie. D'ailleurs, même si on sait dès le départ qu'on ne souhaite pas poursuivre dans cette voie, on a tout de même consacré un travail hautement qualifié et quotidien à la "science" et, concrètement, à une institution, pendant 3 ans. Le tout pour être payé certes, mais sans non plus que ça soit extraordinaire. Alors, certes, il n'y a pas beaucoup de places, et ça prend la place de quelqu'un d'autre. Mais si on trouve la situation injuste, et je la trouve injuste, on peut soit s'attaquer au premier membre de la phrase précédente, soit au second. Moi, c'est le premier.

    Maintenant, pour répondre plus précisément au sujet : je pense que tu as une vision bien optimiste de la façon dont fonctionne la recherche et la publication. Si tu écris une bonne thèse, tu vas être bien reçu pour la soutenance, tu auras le titre de docteur, et ta thèse sera mise dans une bibliothèque universitaire quelque part (la fameuse contribution à la science dont je parlais plus haut). Et c'est tout. Aucune garanti que tu seras publié, aucune garanti que tu seras lu au-delà du cercle de ton jury. La construction du réseau, la multiplication des conférences et des articles, toute cette partie du travail d'un thésard qui veut faire une carrière académique, ça ne sert, finalement, qu'à être lu, à faire connaître ses travaux. Donc il n'est pas impossible que tu puisses être connu et reconnu sans ce travail, si ton directeur de thèse te soutient complètement et a de l'influence, ou si un éditeur mise sur ton manuscrit. Mais ça me semble improbable. Mais je me trompe peut-être.
  • Artz a écrit:
    Le contrat doctoral, en France, c'est environ 1300 net, et environ 1600 net si on enseigne (en brut : ). Rien de mirobolant (les doctorants sont tout de même au moins à bac +6-7-8-9). Et il n'y a pas d'engagement derrière.

    Je te résume mon parcours vite fait : j'ai arrêté les études à 19 ans après un bac pro d'informatique, j'ai aussitôt tout plaqué pour travailler auprès d'animaux, j'ai été volontaire/stagiaire/intérimaire pendant des années pour me constituer une expérience avec un revenu moyen de 100€ par mois que m'envoyait ma mère pour m'éviter de crever de faim, comme j'ai fini par en avoir marre d'être non seulement pas payé, utilisé comme un produit de consommation jetable et en plus traité comme de la merde j'ai fini par m'expatrier pour bosser avec des tigres en Thaïlande pendant 1 an, puis j'ai vécu deux ans en Colombie sans revenus en faisant quand je le pouvais des guides touristiques pour survivre. Je suis rentré en France en 2013 pour reprendre les études et depuis je vie exclusivement sur ma bourse d'étude qui représente 375€ par mois en moyenne sur l'année et c'est la situation la moins précaire que j'ai eu en 13 ans de vie autonome.

    Avec 1 300€ par mois, personnellement je suis riche, mais si ça implique des engagements qui ne me conviennent pas je préfère encore m'en passer. Si j'ai repris les études c'est pas pour l'argent, je dis pas ça pour apitoyer le monde mais pour qu'il n'y ait aucune confusion sur le chiffre de 3000€ que j'ai donné précédemment : ça n'est pas un salaire que je vise et ça n'est pas ma motivation pour passer un doctorat. Je rappelle qu'à la base je partais sur l'idée de me débrouiller avec ma bourse d'étude (qui d'ailleurs serait rétrogradée à 325€ par mois en moyenne pour une question de points d'éloignement si je m'inscris en doctorat). Mais s'il y a la possibilité d'avoir un salaire digne de ce nom en contrat doctorant sans engagement spécifique, c'est sûr que ça serait le choix le plus judicieux, donc merci pour l'information je vais parcourir ça.
    Artz a écrit:
    je trouve qu'il y a en France une conception assez troublant de la carrière comme quelque chose d'uni, où, globalement, tu dois avoir à 16 ans une idée générale d'où tu vas

    Je partage ta critique et je crois que ma réponse précédente est à elle seule la démonstration de l'absurdité de ce principe. A 16 ans j'étais complètement pommé, ça m'a pris 12 ans de plus et un tour du monde avant de savoir ce que je voulais faire et reprendre les études avec un projet en tête.
    Artz a écrit:
    Si tu écris une bonne thèse, tu vas être bien reçu pour la soutenance, tu auras le titre de docteur, et ta thèse sera mise dans une bibliothèque universitaire quelque part (la fameuse contribution à la science dont je parlais plus haut). Et c'est tout. Aucune garanti que tu seras publié, aucune garanti que tu seras lu au-delà du cercle de ton jury.

    C'est aussi l'idée que j'en ai et c'est principalement ce qui fait que je veux m'adresser aux grand public en premier lieu et pas uniquement aux universitaires. J'ai tendance à voir l’académie comme une sorte de bulle, parfois un peu élitiste, où des experts s'intéressent aux travaux les uns des autres, parfois de façon purement mondaine et sans objectifs de fond. J'imagine bien que je caricature et que ça n'est pas que ça la recherche, mais honnêtement je la trouve souvent déconnectée du monde réel. On est en 2017, il y a internet, on n'a plus aucune excuse pour ne pas diffuser le savoir académique auprès du grand public.

    Publier une thèse juste pour prendre de la place dans un bibliothèque universitaire je ne vois pas l'intérêt, si moi je fais cet effort c'est parce que je considère avoir des choses utiles à dire et qu'elles méritent d'être entendues, pas parce que ça serait une sorte de code qui permet d'accéder à un meilleur rang social. Un cursus doctorant c'est pour moi un moyen de le faire en étant encadré et de garantir que ma thèse aura été soumise au jugement d'experts, c'est utile pour légitimer le propos que j'entend présenter. Mais une fois atteint cet objectif c'est à la société entière (et même pompeusement à l'humanité on pourrait dire) que j'entend contribuer, pas juste à la sphère restreinte de l’académie.

    Après c'est juste mon opinion et je suis conscient de l'ironie qu'il y a à reprocher aux académiciens d'être trop dans leur bulle de la part d'un type qui est en cours de diagnostique du spectre autistique. C'est juste que je pense qu'il y a une forte demande de savoir de la part du grand public, que l'académie a la responsabilité sociale et morale de la satisfaire et que j'ai l'impression que pour une bonne partie elle est trop occupée à se regarder le nombril pour jouer pleinement un rôle de diffusion de la connaissance et d'émancipation des individus qu'elle est pourtant la seule à pouvoir endosser.

    Mais je m’égare je pense...
  • Tigres en Thaïlande, Colombie, tour du monde...
    Survivre avec 100 € par mois, en France...sous les ponts, je suppose ?
    Beau roman picaresque...
    Commencer une thèse de philosophie à plus de trente-deux ans, pourquoi pas ?
    Pour moi c’est une lubie supplémentaire.
    Ce sera une nouvelle aventure, mais pour faire quoi après ?
    Aller philosopher au Laos ou en Équateur ?
    Bien sûr demander aux enfants de s’orienter à quatorze ans, c’est tôt.
    Mais retourner à l’école après trente ans quand on a eu l’occasion d’y aller avant, ou sous prétexte qu’on a quelque chose à dire aux gens...me laisse un peu sceptique.
  • Bonsoir,

    De toute façon, en France, passer trois ans à obtenir un doctorat est mal vu dans pas mal de métiers. Cela pour une raison que j'ignore (et que j'aimerais connaître) ; cela me consterne. Aux USA, les gens se vantent d'avoir eu un doctorat, en France, c'est le contraire.
    J'avais un copain qui, après ses études d'ingénieur, avait obtenu un doctorat. Il voulait bosser comme chercheur mais n'a trouvé aucune embauche. Il s'est alors rabattu sur les boulots pour simples ingénieurs. Mais il fallait bien, pour une question de chronologie, qu'il indique sur son CV qu'il avait passé trois années à obtenir son doctorat. Les recruteurs lui faisaient des remarques pénibles comme "pendant que vous étiez thésard, vos copains, eux, bossaient".
    C'est bizarre, c'est français.
  • Laoshi a écrit:
    Pour moi c’est une lubie supplémentaire.

    Merci pour cette psychanalyse gratuite, tu n'imagines pas ce que j'économise en thérapie sur internet.
    Laoshi a écrit:
    Ce sera une nouvelle aventure, mais pour faire quoi après ?

    Pourquoi pas "ce que je veux" ?
    Laoshi a écrit:
    Mais retourner à l’école après trente ans quand on a eu l’occasion d’y aller avant, ou sous prétexte qu’on a quelque chose à dire aux gens...me laisse un peu sceptique.

    Moi ce qui me laisse sceptique c'est qu'on s'engage à faire des hautes études en ayant jamais rien connu d'autre de la vie que la scolarité et souvent sous la pression d'une normation sociale selon laquelle "c'est comme ça qu'on fait". J'en ai pas mal chié dans mon parcours, mais au finalement je pense que relativement à ceux à qui on a fait miroiter une belle réussite sociale toute tracée par leur réussite scolaire et qui arrivés à pas loins de 30 ans se retrouvent avec un doctorat en poche et un CDI/poste de fonctionnaire juste à temps pour se rendre compte qu'ils ont jamais réfléchi à si c'était bien ce qu'ils voulaient faire de leur vie, je pense pas être le plus à plaindre.

    Oui j'ai pas un parcours typique, j'ai jamais rien fait comme tout le monde, les accusations de dilettante et de lubies j'ai eu que ça dans ma vie et niveau sécurité financière j'ai aucune expertise à faire valoir. Mais au moins je me suis donné les moyens d'aller au bout de mes convictions, j'ai repris les études après avoir réalisé pourquoi c'était nécessaire pour apporter ma pierre à l'édifice et j'ai les idées très claire sur ce que j'ai envie de faire, c'est une chose dont bien peu peuvent se vanter parmi ceux qui ont suivi l'autoroute de la réussite sociale sans jamais faire de détour.
    Hippocampe a écrit:
    De toute façon, en France, passer trois ans à obtenir un doctorat est mal vu dans pas mal de métiers.

    Tu sais si j'attendais que mes projets fassent plaisir aux autres pour me lancer j'aurais pas fait grand chose de ma vie.
    Hippocampe a écrit:
    Aux USA, les gens se vantent d'avoir eu un doctorat, en France, c'est le contraire.

    Un hypothèse pour l'expliquer serait qu'aux USA il y a cette culture sur self made man, quelqu'un qui se donne les moyens d'aller jusqu'au doctorat c'est quelqu'un d'ambitieux et donc prometteur qui a de bonne chance de "réussir" (c'est à dire devenir riche) sur le modèle capitaliste libéral. En France on est plus dans une culture de travailleur solidaire à un ensemble, on a la valeur du travail/emploi bien plus que la valeur de l'entrepreneuriat, devenir autonome c'est trouver un travail et le garder. L’ascenseur social est au mérite (dans le cadre de l'emploi), celui qui a l'intention de monter les échelons ou qui cherche à devenir millionnaire est perçu comme arriviste et carriériste (qu'on suppose être au détriment de valeurs morales), tandis qu'aux états-unis si tu trouves pas un travail tu t'en crée un et quand t'en trouve un si c'est pas juste le temps d'ouvrir ta propre boite on va plutôt considérer que tu manques d'ambition. On pourrait résumer ça en grande ligne en une opposition entre un héritage culturel catholique en France (humilité, holisme, travail) et un héritage culturel protestant aux USA (ambition, individualisme, carrière).
    Hippocampe a écrit:
    Les recruteurs lui faisaient des remarques pénibles comme "pendant que vous étiez thésard, vos copains, eux, bossaient".

    J'y ai eu droit aussi sans même avoir de doctorat : tu met de ta poche et de ton temps pour valider une formation diplômante, t'arrives à un entretien d'embauche, ton patron te dit que ces formations ça sert à rien, qu'on te met dans la tête que tu connais le métier alors que tu connais rien et que c'est mieux de juste faire tout comme lui il dit de faire (c'est à dire bosser non pas pour bien faire ton travail mais pour lui rapporter plus de pognon à lui). Embaucher un doctorant ça oblige à le payer plus cher pour finalement la même chose qu'on peut obtenir d'un employé bac+5 qui aura moins la prétention de savoir ce qu'il fait et sera moins enclin à refuser de mal faire son boulot quand on le lui demande pour des questions de rentabilité, pas étonnant que les employeurs tendent à dévaloriser le doctorat.
  • Bonjour Penseur sauvage et bonjour à tous,

    C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai découvert et lu cette discussion.

    Penseur sauvage, je crois que même sans Doctorat, ta manière de raconter ta détermination, ta motivation, ta vision des choses intéresserait plus d'un lecteur car elle est partagée par plus d'un lecteur.

    Je m'intéresse moi-même à la Licence en Philosophie à distance proposée à Nanterre et envisage de demander une inscription directement en 2ème année pour la rentrée prochaine.

    Je serai ravie penseur sauvage de lire ton ressenti sur l'organisation et le contenu des cours de la Licence au Master 2 car je vise aussi le Master 2 dans la continuité.

    Tu es courageux d'avoir osé la philosophie alors que ta filière ne t'y préparait pas spécialement. Mais lorsque je lis le degré de clarté dans ta détermination, je ne suis guère étonnée.

    La philo, j'y viens aussi par passion et pour me nourrir de sens et d'ouverture sur le monde des idées.

    Tout comme toi, j'accorde une importance au vivant. Je suis passionnée par les arbres, l'art, les enfants en ce sens qu'ils traduisent chacun à leur manière ce qui a de vivant et merveilleux en nous.

    Je ne pense pas aller jusqu'au Doctorat car je souhaite vivre mes études de philo et non les faire pour vivre.

    J'ai déjà 3 diplômes de niveau BAC+5 obtenus à différentes périodes de ma vie (j'ai 46 ans), et aujourd'hui, je ressens la soif d'apprendre avec plaisir et pertinence. Nous avons la chance de vivre au pays des Lumières, alors je me donne la chance de faire des études de philo juste pour le plaisir de le faire et de m'émerveiller.

    Tout comme toi, j'ai fait le tour du monde et je continue de le faire. Mais là j'ai aussi envie de faire un voyage dans le monde des idées.

    Tout comme toi, je pense qu'on a tous la possibilité de créer sa propre manière de travailler.

    Au plaisir d'échanger avec toi et vous tous d'ailleurs

    Philomène
  • Philomène a écrit:
    Penseur sauvage, je crois que même sans Doctorat, ta manière de raconter ta détermination, ta motivation, ta vision des choses intéresserait plus d'un lecteur car elle est partagée par plus d'un lecteur.

    Je pense pouvoir intéresser du monde sans doctorat oui, mais je suis assez jusqu'au-boutiste, un peu pathologiquement parfois je dois le reconnaître. Pour moi ne pas au moins essayer d'aller jusqu'au doctorat avant de publier ce qui constitue mon projet de thèse ça reviendrait à "bâcler" le travail, je n'ai pas envie d'avoir ensuite une question dans le coin de la tete qui me dise "peut-être que si j'avais validé une thèse avant j'aurais pu faire un meilleur travail". Donc si pour x raison je doit annuler ce projet je m'en remettrais facilement, mais je compte au minimum essayer d'avoir le doctorat avant toute chose.

    De toute façon là je travaille sur mon mémoire (qui consistera en une critique de l'antispécisme, version singer et la version militante/moderne et un essai de reformulation de notre éthique animale à partir de la libération animale de Singer) ; quand j'aurai validé ce mémoire je compte l'adapter en version livre (donc vulgarisée) que je compte faire publier (ou à défaut, auto-publier). Donc j'ai déjà pas mal de pain sur la planche avant d'en arriver à ce projet de thèse, je pense que 3 ans de doctorat pourront surtout m'éviter de me précipiter et garantir que j'y ai apporté tout le soin nécessaire.
    Philomène a écrit:
    Je serai ravie penseur sauvage de lire ton ressenti sur l'organisation et le contenu des cours de la Licence au Master 2 car je vise aussi le Master 2 dans la continuité.

    Avec plaisir :

    La licence EAD (cursus COMETE) propose exactement le même contenu que la licence présentielle, qui du peu que j'en sais est plutôt bien réputée. Donc niveau qualité du contenu c'est identique à la présentielle, peut être qu'il existe mieux que Nanterre pour la philo ou pas, ça je ne sais pas le dire puisque je n'ai aucun autre référent pour comparer.

    Les étudiants Comete son évalués en fin d'année par un contrôle sur table (partiels / examens ; à l'université de Nanterre donc), de mémoire : 2h par matière en L1 ; 3h en L2 ; 4h en L3. Ils sont dispensés des devoirs proposés en cours de semestre, c'est à dire que si tu es boursier par exemple ne pas le rendre ne compte pas comme un manque d'assiduité. Pour autant tu peux les réaliser et les expédier par la poste au professeur dans les délais impartis, te le recevra corrigé avant les examens et ça te permettra de mieux cerner tes points faibles et ce qui est attendu lors des partiels et examens.

    En licence tu reçois les cours au format PDF, c'est des cours plus ou moins denses qui font entre 60 et 120 pages en moyenne, mais je crois que le record est de 220 pages (généralement ceux-là sont illustrés, d'ou le nombre de pages). Je recommande de les imprimer même si c'est pas super écolo, parce que lire autant sur un écran c'est très fatiguant et sur papier tu peux surligner les passages clé et ensuite les survoler pour réviser et te rafraîchir la mémoire.

    Tu as accès à une plateforme de cours en ligne et à des forums qui te permettent de poser des questions, ils sont peu utilisés mais quand tu poses une question tu obtiens généralement une réponse de la part des professeurs (certains sont plus attentifs que d'autre à ce qu'il se passe sur la plateforme). Si je ne dis pas de bêtises tu as une dizaine de matières par semestre dont 7 qui concernent directement la philosophie (+langue vivante ; pré-professionnalisation et matière optionnelle).

    Ca représente une charge de travail conséquente (facilement autour de 700 à 1000 pages de lecture par semestre), certains cours se lisent comme un bon livre et sont captivants, d'autres vont te pousser à contempler le néant de l’existence et te demander à quoi bon respirer de toute façon si c'est pour souffrir autant. En tant qu'étudiant EAD tu n'as aucun emploi du temps, c'est à toi de t'organiser librement pour réussir à valider ton semestre ; et bien entendu si tu ne fous rien il ne faut pas attendre de miracles.

    Donc si t'as un boulot ou des occupations à coté c'est parfait parce que tu ne te retrouves pas avec des chevauchements d'horaires ou autre qui te feraient rater des cours ; par contre ça demande une forte capacité d'auto-discipline. Si tu es incapable de résister à la tentation quand tu rentres du boulot crevé et que t'as le choix entre passer 2h à lire un cours que tu supportes pas et regarder les derniers épisodes de Game of Thrones, comme tu t'en doutes ça va être difficile de valider tes semestres. Pour les jeunes étudiants fraîchement sortis du lycée je ne recommande pas le cursus EAD pour cette raison (sauf cas particuliers) ; mais vu ta situation je penses que tu sais très bien dans quoi tu t'engages donc il n'y a pas à s'inquiéter.

    En master, les choses sont légèrement différentes : tu ne reçois pas les cours au format PDF, ce sont des séminaires enregistrés au format vidéo, tu y as accès via la plateforme de cours en ligne et c'est à toi de t'organiser pour voir les cours quand tu le peux. Coté technique on a eu des problèmes avec le son au premier semestre de M1 et des cours étaient inaudibles, mais ça a fini par être résolu ; donc actuellement à part qu'on entend mal quand un élève pose une question et qu'on voit pas/mal ce que le prof écrit au tableau, la qualité est très bonne et c'est pratique de pouvoir passer le cours en lecture plus rapide, revenir en arrière si on a mal entendu ou tout simplement l'écouter quand on est dispo plutôt que de libérer une plage horaire prédéfinie pour ça.

    Pour l'évaluation c'est presque pareil qu'en Licence : tu es dispensé de contrôle continu (rendre un devoir est optionel et la note ne compte pas si tu le rends) ; par contre en fin d'année tu as non seulement le devoir sur table de 4h mais aussi un oral de 40 minutes (20min de prépa, 20min de soutenance). La part de séminaires décroit au cours des semestres pour laisser plus de place à la recherche et à la rédaction du mémoire, en ce qui me concerne le répartition a été la suivante :

    -S7 : 10 séminaires (dont "anglais philosophique", qui est plus un cours de philo en anglais qu'un cours de langue vivante).
    -S8 (fin de M1) : 7 séminaires + méthodologie de la recherche + soutenance du projet de mémoire.
    -S9 : 5 séminaires + premier état du mémoire.
    -S10 : Je n'y suis pas encore, mais j'imagine que ça sera soit 3 à 5 séminaires + soutenance du mémoire, soit juste la soutenance du mémoire.

    Le mémoire est dirigé par un directeur de mémoire et doit faire autour de 120 à 200 pages en version finale.
    Philomène a écrit:
    Tu es courageux d'avoir osé la philosophie alors que ta filière ne t'y préparait pas spécialement. Mais lorsque je lis le degré de clarté dans ta détermination, je ne suis guère étonnée.

    Merci, tu sais on m'accuse beaucoup d'être dilettante, mais en réalité il y a toujours eu un fil conducteur à ce que je fais à partir du moment où j'ai fait mes propres choix : j'ai commencé à bosser en refuge (SPA) parce que je voulais aider des animaux, mais comme les problématiques les plus urgentes sont celles liées à l'écosystème je me suis orienté comme j'en avais l’intention vers la protection des animaux sauvages, donc en parc zoologique, or comme je me suis retrouvé en désaccord avec l'approche préconisée en France je suis parti en Thaïlande travailler au contact direct de tigres pour démontrer qu'on ne peut pas les réduire à un cliché de tueurs sanguinaires ; mais là aussi j'ai du me rendre à l'évidence que faire ce qu'on appelle dans le milieu de la "pédagogie auprès du public" c'était comme essayer de vider le Sahara de son sable avec une petite cuillère, certes je n'étais pas seul à y participer mais on ne sera jamais assez nombreux pour y parvenir.

    Je me suis rendu compte que pour vraiment améliorer les choses il fallait changer la société humaine en premier lieu, donc réviser la manière dont on pense notre place dans le monde et ça c'est de la philosophie. Je me suis renseigné sur ce qui existait comme proposition, j'ai constaté que personne n'était capable de formuler adéquatement en philosophie ce que j'avais appris au contact d'animaux. Je n'avais jamais pensé faire de la philosophie au départ, je suis un ancien cancre traumatisé par le système scolaire, quitter l'école pour vivre de ma passion était ce que j'avais fait de mieux dans ma vie. Si j'écoute mon cœur ma place est auprès de tigres, pas dans une salle de classe et pour être honnête ça me manque énormément comme contact.

    Seulement j'ai aussi appris auprès d'animaux que si on attend que les autres agissent pour nos propres convictions alors rien n'avance jamais. J'ai constaté un manque dans le corpus philosophie relativement à la manière dont on pense notre place au monde, je pense être capable de corriger des erreurs et de proposer ce qui ne l'a pas encore été, peut-être bien que je suis le seul à en être capable en raison de mon parcours, en tout cas à ce jour je ne vois personne qui puisse, ou du moins qui veuille, le faire. Si je ne le fais pas alors qui le fera ? C'est pour ça que je veux aller au bout, c'est la continuité logique d'une même passion qui m'a toujours animé, pas une nouvelle lubie qui prend la place d'une précédente quête de sensationnalisme dont je me serais lassé, quoi que certains puissent en dire.
  • Bonsoir Penseur Sauvage,

    Merci pour le descriptif complet de la licence et master en philosophie à Nanterre et merci pour ton témoignage passionnant sur ton parcours avec les animaux. Tu as compris les leçons qu'ils donnent aux humains et tu essayes humblement de nous en donner la traduction philosophique à travers ta future thèse.

    J'aimerais solliciter ton avis me concernant Penseur sauvage si tu veux bien :

    Comme je te l'ai dit auparavant, je suis passionnée par la philo mais aussi par l'Art, et les arbres.

    Nanterre propose aussi à distance la licence et master histoire-histoire de l'Art.

    J'aimerais faire la licence en philo et la licence en histoire-histoire de l'Art.

    Et j'aimerais aussi faire le master 2 en philo.

    Mais mes paramètres sont les suivants :

    - je fais ces études pour le plaisir et accessoirement pour la culture générale et pourquoi pas pour une approche différente et/ou originale de mon métier
    - je ne souhaite pas faire ces 2 licences en même temps (d'abord et surtout parce que les examens risqueraient de se chevaucher et je ne veux pas me gaver comme une oie...)

    Mes interrogations si tu veux bien compte-tenu que tu connais le système EAD de Nanterre :

    - Par quelle licence il serait judicieux de commencer ?
    - est-il préférable de suivre chaque licence depuis la L1 pour ne pas louper le début du film (LOL..) c'est à dire pour ne pas louper de contenu intéressant voire indispensable ?
    - est-ce que je perdrais beaucoup à ne pas faire de L1 en philo
    - est-ce que je dois raisonner en termes de gain de temps (une licence en 2 ans dans chaque cas) ou en termes de gain de contenus intéressants donc une licence en 3 ans dans chaque cas). Je n'ai pas spécialement d'urgence mais je crains aussi (peut-être ?) de trouver cela lourd de passer 6 ans en tout
    - est-ce que c'est plus judicieux de passer une licence en histoire-histoire de l'Art ET une licence en philosophie ou bien est-ce plus pertinent de passer juste un Master 2 en Philosophie ?
    - qu'est-ce que le master 2 de philosophie m'apporterait de plus à ma culture philosophique compte-tenu que je ne souhaite pas faire de Doctorat ensuite ? Là c'est plus une question pour mesurer le ratio entre l'intérêt porté à la discipline et l'effort nécessaire pour réussir le Master 2


    Pardon pour mes questions en rafale mais il y a une rafale de questions en ce moment dans ma tête...

    C'est pourquoi, ton avis extérieur et certainement sage est le bienvenu

    Je suis preneuse aussi des avis des autres internautes pour m'aider à faire le bon choix

    Merci

    Philomène
  • - Par quelle licence il serait judicieux de commencer ?

    Ca dépend avant tout de ce qui t'intéresse le plus. En philosophie il y a un peu de philo de l'art/esthétique (ça représente environ 1 cours par semestre) ; en histoire de l'art il y a probablement pas mal d'implications philosophiques. Donc commencer par la philo te permettrait d'aborder l'art avec un regard plus éclairé ; commencer par l'art te permettrait d'aborder la philo avec une base de connaissance plus solide. Perso j'aurais tendance à commencer pas la philo parce que c'est un cursus plus général et tu pourrais ensuite te "spécialiser" en art avec le cursus histoire de l'art, mais concrètement je ne pense pas qu'il y ait un choix meilleur que l'autre dans l'absolu, commence par ce qui t'intéresse le plus tout simplement.
    - est-il préférable de suivre chaque licence depuis la L1 pour ne pas louper le début du film (LOL..) c'est à dire pour ne pas louper de contenu intéressant voire indispensable ?

    Si tu sortais du lycée je te répondrais surement que oui, sans la L1 il te manquerait les bases et tu aurais du mal à attraper le train en marche. Mais vu que tu as déjà plusieurs masters je pense que tu devrais t'en sortir en commençant par la L2, au pire ça demandera de te débrouiller pour t'informer librement si tu vois qu'il te manque un acquis à un moment donné.
    - est-ce que je perdrais beaucoup à ne pas faire de L1 en philo

    Si tu n'a quasiment aucune culture philosophique en l'état tu vas rater des notions de base importantes, si tu as déjà pas mal bouquiné en philo ça ne devrait pas être un problème. Dans tous les cas je pense que vu ton niveau d'étude actuel tu devrais parvenir à compenser des éventuels manques, si tu as déjà une bonne méthode de recherche c'est pas bien compliqué.
    - est-ce que je dois raisonner en termes de gain de temps (une licence en 2 ans dans chaque cas) ou en termes de gain de contenus intéressants donc une licence en 3 ans dans chaque cas). Je n'ai pas spécialement d'urgence mais je crains aussi (peut-être ?) de trouver cela lourd de passer 6 ans en tout

    Puisque tu dis étudier par pur "gourmandise intellectuelle", tu peux prendre tout le temps que tu veux. Après la licence s'adresse à des étudiants sortis du lycée, c'est vraiment le béaba, vu ton niveau tu risquerais de t'ennuyer en L1 et de trouver le temps long. Je pense que commencer en L2 n'est pas une mauvaise idée et puis dans le pire des cas si tu vois que c'est trop d'un coup il te suffira de redoubler ton année.
    - est-ce que c'est plus judicieux de passer une licence en histoire-histoire de l'Art ET une licence en philosophie ou bien est-ce plus pertinent de passer juste un Master 2 en Philosophie ?

    Honnêtement je ne sais pas trop car je n'ai fait l'experience que d'un seul cursus. Ce que je peux te dire du master de philo c'est qu'il est assez exigeant en terme d'acquis, il faut maîtriser des concepts assez subtils avec pas mal d'aisance. Sans passer par la licence, à moins d'avoir eu une éducation et un accès culturel d'une grande qualité depuis très jeune, je pense que s'inscrire directement en master est un peu kamikaze. Mais vu que tu as déjà plusieurs master, c'est pas exclu que tu ais déjà assez de notions et/ou la capacité de compenser celles qui te manquent et selon ce qui est enseigné en art ça peut théoriquement marcher si tu fais une licence d'histoire de l'art et enchaînes avec un master de philo. Mais là j'essaye vraiment de deviner à l'aveugle, sans avoir fait moi-même d'autres cursus que philo je n'ai aucun moyen d'évaluer s'ils permettraient de survivre à un master de philo sans avoir validé de licence en philo auparavant.
    - qu'est-ce que le master 2 de philosophie m'apporterait de plus à ma culture philosophique compte-tenu que je ne souhaite pas faire de Doctorat ensuite ? Là c'est plus une question pour mesurer le ratio entre l'intérêt porté à la discipline et l'effort nécessaire pour réussir le Master 2

    Le master est un peu plus intéressant que la licence (selon moi) au sens où je dirais qu'en licence on te transmet du "savoir" ; en master on te transmet de la "comprehension". En résumé en licence tu apprends à connaitre la philosophie (ou plutôt "les philosophes" les plus influents et l'histoire des idées), il s'agit de cours magistraux, tu écoutes et tu apprends ; en master on t'apprend plus à "pratiquer" la philosophie, c'est à dire à partir de thèses philosophiques d'autres philosophes et être capable d'en faire une critique ou d'y répondre efficacement (pas forcément en opposition bien sur), c'est pour ça que les cours deviennent des séminaires dans les quels les élèves peuvent intervenir, poser des questions, faire des parallèles avec d'autres thèses etc.

    Les deux ont leur intérêt : quand tu accumules du savoir tu es automatiquement plus compétent en "pratique" de la philosophie donc il n'y a pas de rupture entre licence et master dans les faits, mais c'est en master que dans mon opinion on gagne le plus en terme de "qualité de réflexion". Vu que ton objectif est d'éventuellement varier les approches dans ton travail, c'est plutôt ça que tu vises je pense donc tu trouveras davantage ton compte en master, pour autant tu trouveras aussi ton compte en licence, personnellement j'ai pu constater un progrès constant dans ma manière d'aborder et de problématiser des sujets tout au long des deux cursus, ce n'est pas uniquement au master que je me suis dit "enfin j'apprend des choses utiles", c'était déjà le cas en licence (si j'exclue les cours que j'ai détesté du moins).

    Donc pour ce qui est d'un ratio, si je devais dire lequel des cursus est le plus "rentable" en terme de rapport temps/effort/bénéfices, je dirais que le master est plus rentable que la licence, mais que la licence est elle même déjà très rentable et qu'à moins d'avoir déjà des acquis solides ou une capacité à les compenser elle est indispensable avant de s'engager en master. Pour être honnête ce qui m'a posé problème au cours de mes études, c'est d'une part le fait que je suis mal adapté au format "scolaire" (mais ça c'est pas nouveau, j'ai des bulletins du CE2 qui montrent que j'ai jamais accroché en cours) ; et d'autre part une forte pression qui m'a conduit à un burn-out l'an dernier (et je recommande pas le burn-out, c'est pas marrant du tout).

    Mais c'est imputable à pas mal de choses : le diagnostique asperger probable, ma situation financière, le fait que j'ai une agoraphobie assez marquée, le fait qu'étant boursier j'ai une épée de Damoclès au dessus de la tête, il suffit que je loupe un examen suite à une panne de transport et non seulement je perds ma bourse définitivement mais je dois aussi rembourser le semestre concerné (~2 250€) et en plus je suis quand même considéré étudiant jusqu'à septembre de l'année suivante donc je ne peux même pas toucher le RSA, sachant que vu ma condition je ne peux pas trouver un emploi entre temps. Donc j'ai toujours cette impression de ne pas avoir droit à l'erreur, c'est très pesant et c'est ce qui me pose le plus de difficulté.

    Mais dans ton cas je pense que la situation est différente, vu ton niveau d'étude je devine que tu n'as pas de phobie particulière de la scolarité à combattre, vu que tu travailles tu n'as pas non plus le problème de perdre ton revenu en cas d'échec de tes études et si pour x raison tu dois mettre 3 ans a valider une seule année la seule conséquences c'est que ça va un peu entamer ta patience. Donc tu as toutes les cartes en mains pour étudier "ludiquement" et sans pression, à partir de là la licence c'est beaucoup de plaisir et je pense qu'en terme de qualité de réflexion qu'elle apporte tu ne seras pas déçu ; le master c'est pareil mais encore plus dans le vif du sujet.

    Donc en résumé tu as la chance de pouvoir étudier par simple plaisir, je pense que c'est un "luxe" qui fait toute la différence, quoi que tu choisisses d'étudier et peu importe l'ordre tu y trouveras probablement ton compte et, de toute façon, vu que tu as déjà plusieurs master tu peux te permettre de tâtonner. Sauf erreur de ma part tu es libre de t'inscrire dans n'importe quelle année (de L1 à M2) dans n'importe quel cursus. Tu peux t'inscrire en M2 de philo l'an prochain, en L3 d’histoire de l'art l'année suivante, en L2 de philo celle d'après... t'as vraiment les mains complètement libres, donc le pire scénario c'est que tu t'inscrives une année en faisant un choix que tu corrigeras l’année suivante, et même dans ce scénario là ça ne sera pas une année perdue, juste une année moins rentable que les autres en terme de rapport temps/effort/bénéfice. Donc n'hésites pas à suivre ton aspiration, je n'ai pas l'impression qu'il y ait un risque de faire une "erreur" de choix dans ta situation, quoi que tu choisisses ça devrait de toute façon t'apporter quelque chose d'utile.

    En espérant avoir satisfait tes questions. Bien sûr garde en tête que c'est juste mon opinion et que je suis pas vraiment une référence pour évaluer les cursus scolaires, ce que je dis n'est pas parole d'évangile ;)
  • Bonjour Penseur Sauvage,

    Merci beaucoup pour le soin et le temps que tu me consacres à chacune de tes réponses.

    Tu as raison, comme ce sont pour moi des études plaisir, il faut que je m'autorise à lâcher-prise.

    J'ai alors réfléchi ce matin et je te soumets mon avis.

    Puisque je peux m'autoriser à prendre mon temps, je vais me laisser porter et bercer tout doucement dans un voyage dans le temps (histoire et histoire de l'Art) d'abord puis dans les idées ensuite (philo).

    Je vais même avoir l'humilité de commencer par la L1 dans chacune de ces 2 licences même si, au vu de mon parcours, je peux demander à la commission pédagogique de Nanterre une autorisation à être en L2 voire L3.

    Mais compte-tenu, que ce n'est pas le diplôme en lui-même qui est la finalité mais le chemin à traverser, je n'ai alors pas de complexe à vouloir commencer par le début de chaque film.

    Je conçois que par rapport aux jeunes étudiants, je pourrai (peut-être ?) m'ennuyer parfois MAIS comme il s'agit d'une formation à distance, je ne verrai pas ces jeunes étudiants ET mes copies lors des examens traduiront sûrement une maturité et un recul que les jeunes étudiants n'auront pas nécessairement.

    Je veux goûter au début de chaque film.

    J'envisage donc (sauf si je change pour un avis plus éclairé), de commencer par la licence d'histoire-histoire de l'Art puis d'enchaîner sur la licence de philosophie.

    Au terme de ces 6 années de voyage et si jamais j'avais encore envie de continuer l'aventure, alors pourquoi pas envisager le Master de philo ?

    Ce qui me gêne dans le Master de philo est la conceptualisation à outrance de leurs contenus au point de les rendre indigestes.

    Rappelle-toi, ce qui m'attire est le Vivant. Se cultiver (entre autres), c'est se sentir vivant. Voyager dans le temps puis dans l'histoire des idées, c'est se sentir Vivant.

    Mais conceptualiser à outrance et me noyer dans les méandres d'une abstraction voulue par le Master philo et pire encore par le Doctorat, c'est m'éloigner du Vivant !

    Théoriser à outrance nous éloigne du Réel.

    C'est pourquoi, ces 2 licences à elles-deux peuvent me suffire pour, à la fois me cultiver et aiguiser ma perception des choses et du monde sans pour autant altérer la candeur de mes pensées.

    En commençant par la licence d'histoire, je commence par le "factuel" qui est structurant pour moi. Une sorte de base pour continuer sereinement vers le "conceptuel" que propose la philo.

    Lorsque je lis le programme de philo du Master de Nanterre, j'ai une sonnette d'alarme interne qui me prévient que je risquerais de m'éloigner de mon objectif, qui est de rester Vivante.

    Je reproche justement aux cours de philo de master et aux livres de philo en général de se vouloir "inaccessibles", comme une marque de fabrique et du coup d'éloigner les gens "ordinaires" (dont je fais partie) de cette discipline passionnante.

    C'est dommage, car on peut expliquer des concepts de manière simple et concrète.

    Je te dis cela et pourtant j'ai eu 18/20 au bac de philosophie en section A1 (Lettres et Mathématiques).

    J'ai l'ambition de vouloir et accessoirement de pouvoir expliquer les choses de manière claire.

    J'adore la philo mais pas toujours la manière dont elle est enseignée, transmise, hélas.

    Voilà pour mes impressions du soir.

    Merci encore pour tes conseils.

    Philomène
  • Puisque je peux m'autoriser à prendre mon temps, je vais me laisser porter et bercer tout doucement dans un voyage dans le temps (histoire et histoire de l'Art) d'abord puis dans les idées ensuite (philo).

    Ca peut être intéressant au sens ou quand tu vas passer à la philo ça devrait te permettre de "connecter" tout un tas de choses que tu as appris en histoire de l'art, donc oui je pense que c'est un bon choix et puis surtout si tu le fais pour te "laisser bercer" tu ne pourras qu'y prendre plus de plaisir.
    Je conçois que par rapport aux jeunes étudiants, je pourrai (peut-être ?) m'ennuyer parfois MAIS comme il s'agit d'une formation à distance, je ne verrai pas ces jeunes étudiants ET mes copies lors des examens traduiront sûrement une maturité et un recul que les jeunes étudiants n'auront pas nécessairement.

    Oui sans doutes, après la licence a les même défauts que l'éducation scolaire d'une manière générale : certains profs attendent que tu "récites" le cours, d'autres que tu démontre ta capacité de sortir des sentiers battus, tu ne sais jamais d'avance lequel attend quoi et, même si tu les a en présentiel, entre ce qu'ils te disent attendre et ce qu'ils attendent vraiment, au final t'es autant dans le brouillard. J'ai eu des cours où j'ai rien bité du début à la fin, j'ai posé un hors sujet volontaire et frontalement assumé le jour de l'examen parce que j'aimais pas le sujet, j'ai eu 12/20 ; à l'inverse j'ai eu des matières qui étaient ma spécialité, j'étais capable non seulement de réciter le cours par cœur mais aussi de m'appuyer sur mon experience professionnelle et mes réflexions personnelles, je suis tombé pile sur le sujet de disert idéal, j'étais super satisfait de ma copie, j'ai eu 9/20. Donc franchement pour ce qui est des notes, n'attend pas mieux qu'un lancé de dès, ou alors c'est qu'il existe des ficelles de réussite qui m'ont toujours échappé, mais les règles de la correction en philo dans mon opinion c'est :

    1- On ne parle pas des règles de la correction en philo.
    2- On ne parle pas des règles de la correction en philo.
    3- Il n'y a pas de vraie règle de correction en philo, profites de ton 6/20.

    C'est pour ça que le plus important est d'avoir une approche ludique, si tu vise les notes comme objectif t'es forcément déçu parce que t'as jamais la moindre idée de comment ça fonctionne. Et au fond je crois que ce qui fait réellement la différence entre un 5/20 et un 18/20, c'est avant tout une sorte de filtre social non conscient, qui fait que ceux qui ont confiance en leur réussite seront mieux notés parce que ça transparaîtra dans leur copie et ceux qui sont en stress et se mettent la pression seront moins bien notés parce que ça transparaîtra aussi. A ça tu peux ajouter des phénomènes type constante macabre et comprendre que t'as tout intérêt à y aller comme tu le fais : pour apprendre par plaisir et pas pour valider des semestres ou obtenir des diplômes.
    Ce qui me gêne dans le Master de philo est la conceptualisation à outrance de leurs contenus au point de les rendre indigestes.

    Bah c'est marrant moi j'ai justement trouvé que c'était moins présent en master qu'en licence comme défaut, mais j'imagine que ça dépend surtout des auteurs étudiés. Tu en as comme Popper ou Hume qu'il sont d'une clarté délectable et qui cherchent réellement à formuler une compréhension claire et intelligible de leur propos ; tu en as d'autres comme Kant qui au contraire vont tout compliquer autant que possible en pondant des phrases comme "comment les jugements synthétiques à priori sont-ils possibles ?" au lieu de dire "comment que ça se fait que les trucs qu'on les pense on a déjà une idée globale de qu'est-ce que c'est quoi avant qu'on sait c'est quoi dans la vie ?" (d'un coup c'est moins impressionnant dit comme ça hein ?). Il y a une certaine tradition mondaine de l'hermétisme, qui fait que certains auteurs sont reconnu moins pour la qualité de leur contenu que pour l'apparente érudition de leur prose. Non pas qu'il n'y ait rien d'intéressant chez Kant, n'exagérons rien, mais comme l'a magnifiquement dit l'un de mes profs actuels : "Beaucoup de gens sont persuadés d'être d'accord avec Kant juste parce qu'ils sont trop content de l'avoir compris".

    Donc oui en philo tu vas forcément manger de la sur-conceptualisation superflue qui rend le propos indigeste, c'est une sorte de tradition ; et non seulement ça dépend de l'auteur étudié mais aussi du prof selon s'il répond lui aussi ça cette tradition ou non. Sur un même auteur (Bergson) j'ai eu successivement un cours totalement inintelligible, il aurait été en chinois j'aurais pas mieux compris le propos ; et un cours parfaitement limpide et vraiment captivant. Donc sur un même auteur mais avec deux profs différents ça peut être le jour et la nuit de ce coté là. A mon avis on pourrait se débarrasser de tout cet enrobage conceptuel inutile, un prof talentueux en pédagogie serait capable de résumer efficacement un séminaire de 2h en 30 minutes s'il prenait le temps de le préparer sous la forme d'une vidéo scriptée par exemple. Mais bon c'est les défauts de l'éducation nationale, il faut composer avec.
    Mais conceptualiser à outrance et me noyer dans les méandres d'une abstraction voulue par le Master philo et pire encore par le Doctorat, c'est m'éloigner du Vivant !

    Oui je vois ce que tu veux dire, d'ailleurs la série de vidéo que j'ai fait sur les relations aux animaux pourra t'intéresser à mon avis (si t'arrives à excuser la piètre qualité des premiers épisodes, j'ai appris la réalisation sur le tas). Mais malgré l'aspect "capilotracté" de certains cours dans l'ensemble même les plus pénibles on arrive à en tirer quelque chose, c'est juste que si tu sens que ça va pas dans le sens de ce que tu recherches en qualité de compréhension (que ça t'éloigne du vivant comme tu le dis), alors il ne faut pas forcer, de toute façons tu peux te permettre de t'en foutre de ne pas valider le cours en question donc profites-en et ne te prends pas la tête avec ceux sur lesquels tu n'accroches pas. Au final ces cours là ne vont pas t'éloigner de quoi que ce soit, ils vont juste moins t'en rapprocher que les autres.
    Théoriser à outrance nous éloigne du Réel.

    Tout à fait d'accord, une théorisation efficace se doit justement de rendre compte simplement et fidèlement du réel, si on ne sait pas appliquer le principe de parcimonie c'est qu'on cherche à compenser ou masquer une incertitude selon moi, ou alors qu'on cherche à démontrer autre chose qu'un propos philosophique (une grosse intelligence virile et mondaine par exemple). Il y a une belle phrase de Hegel à ce sujet, bien que je suis pas certain qu'il se la soit efficacement appliquée à lui-même : "la philosophie a des comptes a rendre au réel". C'est un peu le moto sur lequel j'appuis ma propre pratique de la philosophie.
    Je te dis cela et pourtant j'ai eu 18/20 au bac de philosophie en section A1 (Lettres et Mathématiques).

    Je rêve d'avoir un jour un 18/20 en philo :D Je crois que la meilleure note que j'ai eu, hors QCM et matières optionnelles, c'est 16/20 et c'était à mon projet de mémoire. Comme quoi quand on me fout la paix et qu'on me demande pas de réciter un cours ça marche plutôt bien. Mais si t'as réussi à avoir 18/20 au bac c'est plutôt bon signe, ça prête à croire que tu maîtrises les "codes" qui permettent de réussir dans le milieu scolaire (ça a toujours été une grande difficulté pour moi), donc c'est probable que tu parviennes a valider tes semestres avec une très bonne moyenne pour peu que tu y mettes au moins le minimum syndical d'efforts. Tout ce qui va dans le sens d'aborder sereinement les études est une bonne chose, c'est au peu de la prophécie auto-réalisatrice : si t'as confiance dans ta réussite tu maximises tes chances de réussites, si t'as trop peur de l'échec tu maximises le risque de te planter. C'est à cause de ça qu'il y a un effet de "filtre social" dont je parlais plus haut, toutes les études sociologiques démontrent qu'un élève issu d'un milieu social "défavorisé" à qui ont dit "si tu travailles pas à l'école tu vas finir clochard" a tendance à tomber dans la spirale de l'échec ; tandis que ceux qui viennent d'une milieu plus aisé à qui ont dit "le travail est gage de réussite, si tu t'appliques dans ce que tu fais tu finiras par être récompensé" eux ont plus tendance à être les premiers de la classe partout où ils vont.
  • Bonsoir Penseur Sauvage,

    Merci pour tes encouragements.

    Ton message m'a bien fait rire tout du long...ah ah ah

    Bravo de garder ton humour, c'est ce qui te rend Vivant aussi...

    Je te promets d'aller me promener sur les liens que tu as mis pour découvrir ta passion.

    Pour ce qui est du Master de philo à distance de Nanterre, j'ai, en fait, lu le livret pédagogique en ligne et constaté que la présentation des modules était indigeste alors j'en ai déduit que le contenu allait nécessairement l'être mais je peux me tromper.

    Tandis que le livret pédagogique de la licence donne davantage envie.

    Tu me rassures lorsque tu me dis qu'on retombe quand même sur nos pieds et qu'on peut aussi tomber sur des profs (en plus de nos pieds) qui savent transmettre.

    Je ne sais pas si on sera toujours en contact mais je te tiendrai au courant lorsque j'aurai atterri de mon voyage dans le temps.

    Je garde dans un coin de ma tête que le Master de philo te plaît donc c'est bon signe.

    Est-ce qu'il faut nécessairement lire toute la bibliographie ou pas ? Grrr

    Ton sujet de mémoire rentre dans quelle catégorie de philo ?

    Philomène
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