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Réponses

  • 9 févr. modifié

    Je viens de rectifier. J'ai (peut-être) trouvé une impossibilité : mettre en citation un paragraphe dont les lignes sont déjà numérotées : la fonction « paragraphe » fait disparaître le contenu.


    Essaie par exemple de mettre en citation :

    1. Les classiques sont ces livres dont on entend toujours dire : « je suis en train de le relire… » et jamais : « je suis en train de le lire… »
    2. Sont dits classiques les livres qui constituent une richesse pour qui les a lus et aimés ; mais la richesse n’est pas moindre pour qui se réserve le bonheur de les lire une première fois dans les conditions les plus favorables pour les goûter.


    (ce message devrait probablement aller dans les rubriques sur le fonctionnement du nouveau forum)

  • lamaneurlamaneur Modérateur

    Effectivement, ça ne marche pas. Il doit y avoir une incompatibilité.

  • Bon, finalement, j'ai lu un peu plus de classiques que je ne pensais! 🤩

  • perluète, personne ici n'a jamais douté de ta culture littéraire. 😀

  • Oh, mais on peut, on peut! Toute culture est relative: tout dépend de ce à quoi on la compare!

  • Je suis finalement arrivé au bout de Tue-moi et c’était ennuyeux jusqu’au bout.

    Seule chose intéressante, on apprend certaines choses sur le monde de la philatélie.

  • Je viens de terminer les  « Nouvelles et récits » de Kafka dans la nouvelle édition en Pléiade publiée sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre.

    Il  s’agit de la nouvelle édition du « Récits de fragments narratifs », dans une toute nouvelle traduction de Jean-Pierre Lefebvre, Isabelle Kalinowski, Stéphane Pernel et Bernard Lortholaby - dont la traduction du Château qui date de 1996 est encore très estimée.

    Le parti pris de Jean-Pierre Lefebvre est non seulement de rassembler toutes les nouvelles publiées dans la presse ou en recueils du vivant de Kafka à l’initiative de Max Brod, mais aussi tous les fragments narratifs issus soit du Journal, soit des cahiers, soit même de feuillets isolés, le tout constituant l’intégralité des écrits de Kafka connus à ce jour, hors les trois romans, le journal, la correspondance et les allocutions.

    Ainsi, pour les écrits publiés du vivant de Kafka, on retrouve La Métamorphose, les recueils « Observation » (dix-huit courtes nouvelles, principalement des écrits de jeunesse) et « Un médecin de campagne » (douze nouvelles), puis Dans la colonie pénitentiaire, La sentence (très courte nouvelle souvent connue sous le titre Le verdict), Un virtuose de la faim, Première peine, Une petite femme, Josefine la chanteuse ou Le Peuple des souris, ainsi que les récits publiés dans la presse : Les aéroplanes à Brescia, Grand bruit et Le Cavalier du seau, soit moins de 300 pages sur un volume qui en comporte plus de 1300, auxquelles il faut ajouter la longue et intéressante introduction de Jean-Pierre Lefebvre sur LXXXIII pages numérotées hors-texte.

    Sur cet ensemble, 300 pages sont consacrées à des notes bien documentées et plutôt pertinentes, malgré une propension aux analyses psychanalytiques un peu trop prégnantes ; si l’on veut creuser encore plus loin dans la biographie de Kafka, on pourra se référer avec bonheur aux écrits de Marthe Robert. Il reste donc environ 700 pages consacrées aux nouvelles et extraits posthumes - dont une partie de textes inédits en français ou très difficiles à trouver car publiés de façon éparse. Parmi les nouvelles posthumes éditées et parfois réassemblées par Max Brod, on trouve les différentes versions de Préparatifs de noce à la campagne, Description d’un combat, L’Instituteur de village, Blumfeld - un célibataire plus très jeune (superbe !), Le Terrier, Recherche d’un chien, Le Vieux Couple et le cycle de nouvelles En construisant la muraille de Chine

    À celles-ci s’ajoutent une centaine de « petites » nouvelles publiées par Max Brod, ainsi que des centaines de textes courts pour la plupart inachevés – aphorismes, brefs poèmes ou simples esquisses de nouvelles jetées sur cahiers ou feuillets..

    Si les nouvelles publiées du vivant de Kafka, et notamment celles écrites vers la fin de sa vie, constituent un ensemble reconnu universellement comme l’un des tout meilleurs ouvrages littéraires de tous les temps au même titre que Le Château et Le Procès (cf. le fameux classement des « 100 meilleurs livres de tous les temps » publié en 2002 à partir d’une sélection d’ouvrages de 54 pays différents), ce volume de « Nouvelles et récits » a le mérite de faire découvrir ou redécouvrir – sous une nouvelle traduction – des dizaines de pépites, toujours surprenantes, dérangeantes, d’une inventivité, d’une sensibilité et d’une écriture proprement époustouflantes. À partir de la page 725, on trouve la liasse de 1920, période à partir de laquelle les moindres fragments touchent au sublime, puis les extraits des cahiers - respectivement cahier du Château, du Vieux couple, du Retour, du Terrier, de La Petite femme et de Josefine. C’est donc sur près de 300 pages que l’on peut lire les extraits, projets, idées ou nouvelles inédites les plus étonnantes que Kafka ait jamais écrit. Quand on sait le niveau d’exigence qu’il s’imposait pour l’écriture de ses romans, on pourrait se prendre à rêver d’autres romans qui auraient peut-être pu voir le jour ; on peut aussi penser que le caractère inachevé de l’immense majorité de ces textes exerce sur l’imaginaire du lecteur un pouvoir auquel l’achèvement des récits n’aurait peut-être pas conféré tant de force.

    On peut toujours discuter de tel ou tel point de traduction à propos des nouvelles les plus célèbres – l’un des points les plus discutés restant l’incipit de La Métamorphose qui démontre si besoin était la difficulté qu’il y a à traduire Kafka -, mais il faut bien attribuer à Jean-Pierre Lefebvre le mérite de justifier dans les notes de fin d’ouvrage ses partis-pris de traducteur qu’il confronte à ceux de Claude David. Ces simples commentaires autour de la traduction pourraient à eux-seuls justifier l’acquisition du volume. À cela il faut ajouter l’émerveillement de découvrir Kafka au fil de ses écrits « bruts » - sans réagencement, sans reclassification, sans réécriture, sans interprétation autre que celle de la traduction qui, rappelons-le, présente des difficultés très importantes.

    Je ne saurai donc que conseiller à tout amateur de Kafka un peu curieux la lecture de ce volume I des œuvres complètes de Kafka en Pléiade dans leur nouvelle édition, encore une fois sans se départir de l’édition précédente qui présente bien des qualités et qui, en réalité, ne fait aucunement doublon avec la nouvelle mouture. Pour les lecteurs francophones exigeants, c’est la première fois que sont publiés ces textes dans leur intégralité et, autant que faire se peut, dans l’ordre chronologique. Une façon touchante d’approcher l’œuvre de Kafka pour ceux qui ne peuvent pas lire dans leur langue d’origine les éditions intégrales « définitives » publiées ces dernières années.

  • Suite de l'article précédent, toujours aussi précis. Et les éditions de la Pléiade l'ignorent, bien sûr! Pffffffffffff ! Ainsi que le Collège de France! 😏

  • J'ai fait court pour le forum. La version intégrale est encore plus rasoir... 😁

    Merci, perluète. Je ne sais pas si ça donnera à quelqu'un, un jour, l'envie de lire Kafka...

  • perluèteperluète Membre
    22 févr. modifié

    Je suis curieuse: est-ce que tu as travaillé dans l'édition pour être aussi pointu sur le sujet, ou est-ce ta passion pour les œuvres qui t'a amené jusque là ?

  • 22 févr. modifié

    Hélas j'ai un style scolaire, je reprends « l'écriture » là où où je l'avais laissée - après le bac de français - et le temps n'a semble-t-il rien arrangé à l'affaire. C'est bien par pure passion pour ces œuvres que j'ai écrit ces petites critiques. Je me dis depuis quelques temps qu'intervenir dans les rubriques « que lisez-vous en ce moment ? » simplement en mentionnant le titre d'une œuvre et en disant que j'ai aimé ou pas, ce n'est guère mieux que de mettre un « like ». C'est pourquoi je me suis assigné la tâche d'aller un peu plus loin pour certains livres.

    Il est vrai que Kafka me motive beaucoup ; c'est d'autant plus curieux que c'est une redécouverte. En première(s) lecture(s) j'avais aimé, peut-être même adoré, mais jamais je n'avais réalisé à quel point c'est profond et bien écrit. Je n'avais jamais compris que Kafka traitait aussi de la question du judaïsme et par là-même de l'intégration, de la migration et du racisme en général. Je n'avais jamais compris que son œuvre presque toute entière inachevée traite du problème intemporel de l'écriture.

    Parfois, une simple phrase isolée de tout contexte parce que griffonnée seule sur un cahier me saisit, comme celle-ci :

    « La position qu'il occupait n'était pas claire pour lui »

    🙂

  • Un style scolaire ? Cela ressemblerait à du rabâchage de cours plus ou moins bien digérés! Je ne suis pas spécialiste, mais ce n'est sûrement pas de cette façon que je qualifierais ce que tu écris. Ce que tu nous livres a été ressenti et pensé de façon personnelle, organisée et travaillée. Tu te sous-estimes!

  • Je viens de terminer la relecture du Disparu de Franz Kafka dans la nouvelle traduction de Jean-Pierre Lefebvre en Pléiade.

    Le Disparu est le premier des trois romans écrits par Franz Kafka. Sa première publication est intervenue en 1927, après celles du Procès (1925) et du Château (1926), Max Brod ayant sans doute pensé que ce roman présentait un intérêt moindre ; c’est peut-être aussi l’une des raisons pour lesquelles Le Disparu est un peu moins connu que ses deux illustres « grands frères ». Le titre choisi par Max Brod était Amerika – logiquement traduit en français par L’Amérique. Or, dans son Journal, Kafka évoquait son projet de roman sous le terme de Der Verschollene : la nouvelle traduction française reprend ce titre original. Si la traduction la plus répandue était celle d’Alexandre Vialatte (avec les différentes versions correspondant aux éditions successives de Max Brod suite à la découverte de nouveaux fragments et à des remaniements importants dans l’ordre des chapitres), Bernard Lortholary avait déjà repris le titre Amerika ou Le Disparu dans sa traduction de 1988 parue chez Flammarion.

    Je ne veux donner ici que mon sentiment de lecteur ou plutôt de relecteur. À mes yeux Le Disparu est un ouvrage aussi puissant et indispensable que Le Procès et Le Château. Cet ensemble constitue une véritable trilogie, comme si Karl Rossman, Josef K. et K. (les trois héros) n’étaient qu’une seule et même personne traversant l’espace et le temps dans l’univers unique de Kafka. On a parlé du Disparu comme d’un roman d’initiation, voire d’un roman picaresque. J’y vois pour ma part un lien fort avec Martin Chuzzlewit de Charles Dickens. Ces deux romans ont en commun la découverte d’une certaine Amérique et les déconvenues successives qui sont en total porte-à-faux avec l’image d’Épinal des migrants pour qui tout est possible dans le Nouveau Monde. Bien au contraire, les deux héros vont retrouver les difficultés qui les avaient poussés à quitter leur pays, encore démultipliées par l’hostilité d’un pays inconnu en proie à l’incompréhension des cultures de la vieille Europe. Chez Kafka, l’univers est encore plus dérangeant que chez Dickens : malgré une apparente normalité dans les propos et les comportements, ce sont bien des logiques humaines collectives (on dirait aujourd’hui sociétales) aussi immuables qu’implacables qui conduisent Karl Rossman à voir ses ambitions initiales se réduire toujours plus, Josef K. à subir les affres de son procès et l’arpenteur K. à errer dans le village.

    (Je ne peux pas manquer de rapprocher de la même façon La Maison d’Äpre-Vent et Le Procès alors que Le Château est à mon sens une œuvre totalement unique.)

    La traduction de Jean-Pierre Lefebvre est remarquable de fluidité, accessible sans être simpliste, et – selon ce que j’ai pu en lire dans les importantes Notes de fin d’ouvrage qui sont à comparer avec celles de Claude David – très fidèle au texte original, autant que l’on puisse capter totalement les subtilités de la langue employée par Kafka ; pour exemple ce fameux Verschollene, un peu suranné en allemand, que l’on pourrait traduire très exactement par « [Le] Porté disparu ».

    La proximité temporelle rend les traductions d’Alexandre Vialatte et notamment celle annotée par Claude David tout à fait historiquement intéressantes, mais de toutes les traductions de Jean-Pierre Lefebvre, c’est celle du Disparu qui m’apparaît la plus vitale, la plus pertinente et la plus puissante, rendant celles de Vialatte un peu moins indispensables – bien qu’évidemment les amateurs souhaiteront les lire toutes.

    La question n’est pas de savoir si le roman est inachevé – encore que les fragments disparates qui sont reproduits dans l’édition en Pléiade nous indiquent clairement les pistes qu’aurait pu emprunter Kafka : là aussi, comme dans Le Château, l’inachèvement apporte une dimension supplémentaire à l’œuvre et stimule l’imaginaire du lecteur. Le fait est que ce roman se lit très facilement, qu’on y retrouve sous-jacent l’humour de Kafka et qu’il peut constituer une excellente initiation à cet écrivain incontournable. C’est seulement au cours des lectures ultérieures que l’on pourra avec profit aborder d’autres interprétations du texte à partir des sujets qui préoccupaient Kafka -  notamment la question de la migration et de l’intégration en général, ainsi que de la judéité et des Ashkénazes en particulier. À ce sujet, le roman revêt une modernité et des aspects prémonitoires que l’on retrouve aussi dans Le Procès.

    En conclusion, je ne saurai que trop recommander Le Disparu de Franz Kafka, à mon avis indissociable de ses deux autres romans sinon de ses nouvelles et récits, dans cette nouvelle traduction que Jean-Pierre Lefebvre a rendue très agréable et simple à appréhender.

  • 11 mars

    La semaine dernière je terminais la relecture du Procès de Franz Kafka, dans la nouvelle traduction en Pléiade de Jean-Pierre Lefevbre.

     Il y a eu tant d’écrits et tant d’études sur Le Procès que je ne vois pas très bien ce que je pourrais y ajouter d’intéressant : je peux simplement relater mon ressenti personnel. Il est évident que c’est l’un des plus grands romans jamais écrits : les thèmes abordés y sont d’une universalité et d’une intemporalité absolues. L’écriture semble n’obéir à aucune règle : malgré une simplicité désarmante, le style est totalement unique, je me suis toujours demandé pourquoi et comment – peut-être l’assemblage de mots auquel on s’attend pas, peut-être une écriture qui reflète très exactement la pensée, pensée elle-même toujours troublante, curieuse, instinctive. On est loin des expérimentations qui vont suivre tout au long du XXe siècle ou du maniérisme affecté d’écrivains en mal d’originalité à tout prix.  

    Je voudrais juste signaler qu’une première approche courante du Procès consiste à voir l’adaptation d’Orson Welles. Or, si ce film est aussi un chef-d’œuvre dans l’histoire du cinéma, il est à mon sens très éloigné de ce qu’est Le Procès parce qu’il se fonde énormément sur le visuel là où chaque mot de Kafka compte ; certes, le film met en scène de fabuleux acteurs, de grandes stars très bien dirigées par le maître, mais une des grandes forces du Procès – le livre - est justement de raconter l’histoire d’anonymes complets vivant à n’importe quelle époque, y compris aux périodes qui ont succédé à celle de Kafka ; il semble qu’au contraire des écrivains de science-fiction qui se sont ouvertement appliqués à tracer les esquisses d’un futur lointain, souhaité ou redouté, Kafka se soit simplement laissé porter par des prémonitions. S’il est bien des époques auxquelles s’appliquent Le Procès, ce sont bien les dictatures du XXe siècle, et c’est bien aussi notre période présente dont nul ne peut dire si les fabuleux outils dont elle dispose ne la conduira pas aux comportements erratiques des protagonistes du roman de Kafka.

     Il ne faut pas perdre de vue qu’une des interprétations du Procès est la peinture de l’administration en général et de la justice en particulier. On avait déjà pu lire ce type de critique dans la littérature qui avait précédé, chez Swift ou Saltykov Chtchédrine par exemple, mais formulé de cette façon, à ma connaissance jamais.

    Cependant, au-delà de ce tableau un peu pessimiste, il ne faudrait pas passer à travers une caractéristique majeure des écrits de Kafka, l’immense humour dont il fait preuve. Il avait coutume de lire des extraits de ses manuscrits – dont il a détruit une grande partie – à ses proches, à ses amis, issus ou non d’un cercle littéraire. Tous les témoignages concordent sur l’hilarité provoquée par ces descriptions qui nous paraissent encore aujourd’hui extraordinaires de pertinence et de finesse. Malgré les affres de l’écriture, les angoisses personnelles, la maladie et l’hypersensibilité au monde qui affectaient Kafka, celui-ci conserve un humour d’une grande finesse, que l’on retrouvera peut-être encore plus exacerbé dans Le Château.

    Le Procès : à lire avec un regard contemporain pour mesurer la modernité de Kafka et à relire avec un peu plus de distance pour apprécier l’originalité de son style et l’universalité des thèmes qu’il a abordés.

  • 18 mars modifié

    18 mars.

    Après avoir suggéré quelques lectures distrayantes sur le fil consacré à la lecture d'œuvres françaises, je récidive en proposant quelques ouvrages étrangers destinés à sourire, à rêver et à oublier un peu les soucis du quotidien :

    Pour se distraire, rien de mieux qu'un roman de Charles Dickens. J'ai choisi Les papiers posthumes du Pickwick-Club, parce que c'est celui que j'ai trouvé le plus drôle.

    Pour rêver à des aventures extraordinaires qui se passent loin d'ici, pourquoi ne pas lire Robinson Crusoe de Daniel Defoe ou L’île au trésor de Robert Louis Stevenson ?

    Si vous avez envie de rire, essayez les auteurs russes, par exemple Nicolas Gogol avec Le Revizor ou M.E. Saltykov Chtchédrine avec Histoire d'une ville.

    Pour être étonné, sourire et peut-être réfléchir, découvrez un des chefs d'œuvre de la littérature universelle avec Le Château de Franz Kafka.

    Enfin, si les histoires un peu absurdes vous amusent, essayez le théâtre avec la pièce de Dino Buzzati, Un cas intéressant, dont Albert Camus a fait une excellente adaptation.

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