Grammaire française Participe passé

Est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer la différence entre l'usage du plus-que-parfait et celui du passé antérieur dans cet extrait de la Symphonie pastorale de Gide?
J’ai dû laisser quelque temps ce cahier.
La neige avait enfin fondu, et sitôt que les routes furent redevenues praticables, il m’a fallu m’acquitter d’un grand nombre d’obligations que j’avais été forcé de remettre pendant le long temps que notre village était resté bloqué. Hier seulement, j’ai pu retrouver quelques instants de loisir.
Pourquoi, dans la deuxième phrase, le narrateur emploie-t-il le passé antérieur alors que la clause principale "il m'a fallu m'acquitter d'un grand nombre d'obligations" est au passé composé. Il utilise d'ailleurs le plus-que-parfait dans la même phrase pour situer une action dans le même temps ("La neige avait enfin fondu"). Peut-être que la présence de "sitôt que" exige le passé antérieur, mais, dans ce cas, pourquoi "il m'a fallu m'acquitter..."?

Je devrais ajouter que le récit mêle deux temps différents--celui de l'énonciation (le narrateur qui écrit dans son journal intime--prépondérance de présent et du passé composé) et celui de l'histoire qu'il raconte (ici le passé simple domine).

Merci de votre aide! je voulais dire passé "antérieur", bien sûr... :rolleyes:

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour McConnell

    Cette page devrait te donner la solution.
    Ici.

    Le plus-que-parfait est ici employé pour son antériorité et son aspect accompli.
    Avant de devoir s'acquitter, le narrateur a constaté que la neige avait complètement fondu.
    Le passé antérieur est employé à la place d'un passé simple (ou pour marquer l'antériorité immédiate par rapport à un passé simple).
    On pourrait réécrire la phrase selon cette formule : "Sitôt que les routes devinrent praticables, je dus m’acquitter d’un grand nombre d’obligations…"
    Le plus-que-parfait peut se justifier par le fait que la fonte des neiges a dû être lente, tandis que le passé antérieur marque le passage rapide de l'indisponibilité des routes à leur disponibilité.

    Il faut noter que Gide mêle les temps du discours, le passé composé, à ceux du récit, passé antérieur généralement associé au passé simple, et plus-que-parfait.
  • Bonjour à tous
    < La neige avait enfin fondu, et sitôt que les routes furent redevenues praticables, il m’a fallu m’acquitter d’un grand nombre d’obligations que j’avais été forcé de remettre pendant le long temps que notre village était resté bloqué. Hier seulement, j’ai pu retrouver quelques instants de loisir. > ( Gide)

    Moi aussi, comme notre ami McConnell, ne peux pas comprendre l’usage des temps de Gide. Moi, je n’arriverai jamais à comprendre les nuances subtiles des temps. Pourquoi Gide, a-t-il le droit de jouer avec les temps et que tout le monde accepte ses phrases d’être correct sans question?
    Il me semble que le passé antérieur n’est pas compatible avec les autres temps. J’ai remarqué qu’il emploie le mot « Hier » - évidemment il y a un lien avec le temps de l’annonce. Tous les temps employés sont compatible avec cette idée sauf le passé antérieur - pourquoi n’a-t-il pas employé le passé surcomposé dans la subordonné du temps pour exprimé quelque chose accompli antérieur au passé composé de la principale ?
    …. et sitôt que les routes ont été redevenues praticables il m’a fallu m’acquitter d’un grand nombres d’obligations.

    Je suis sûr qu’un apprenti étranger comme je le suis, en rencontrant une question dans un examen comme
    Mettre le verbe entre parenthèses au mode et au temps qui conviennent.
    « …et sitôt que les routes furent redevenues praticables (falloir) m’acquitter d’un grand nombre d’obligations …. »
    Si j’écris (comme Gide a fait)
    …et sitôt que les routes furent redevenues praticables il m’a fallu m’acquitter d’un grand nombres d’obligations ….
    Ça serait fautif – zéro point
    …et sitôt que les routes furent redevenues praticables il me fallut m’acquitter d’un grand nombre d’obligations ….
    Félicitation ! – réponse correct – 1 point
    J’ai appris que
    « Aussitôt que les routes furent redevenues praticables » est une subordonnée du temps. L’auteur a choisi le passé antérieur pour exprimer une action achevée, (accomplie) et une action antérieure au temps des actions de la principale. Puis on doit choisi le passé simple dans la principale parce que le passé antérieur est le temps antérieur au passé simple.
    Ou si la phase dans l’examen est
    …et sitôt que les routes (redevenir) praticables il m’a fallu m’acquitter d’un grand nombre d’obligations ….
    La reponse correct serait
    …et sitôt que les routes ont été redevenues ( passé surcomposé) praticables il m’a fallu m’acquitter d’un grand nombres d’obligations ….
    Gide, a-t-il le droit de jouer avec les temps parce qu’il est un grand écrivain où bien est-il un grand écrivain parce qu’il savait jouer avec les temps?
    Wyn
  • Gide ne "joue" pas avec les temps du passé, il les utilise à bon escient
    La neige avait enfin fondu, et sitôt que les routes furent redevenues praticables, il m’a fallu m’acquitter d’un grand nombre d’obligations que j’avais été forcé de remettre pendant le long temps que notre village était resté bloqué.

    Comme dit Jean-Luc, il y a un passé qui a duré longtemps, la fonte des neiges, le village bloqué, le fait qu'il soit forcé de remettre ses démarches ; cela a duré plusieurs jours ou semaines, dailleurs il l'énonce : le long temps
    La neige fond, et du coup les routes redeviennent praticables, c'est beaucoup plus bref et plus proche de son présent ; donc passé antérieur par rapport au passé composé de "il m'a fallu m'acquitter"
    "Sitôt que" conforte cette concordance des temps ; il s'oppose à "le long temps"
    Donc dans l'ordre
    Le village est bloqué, il remet ses obligations, la neige fond : tout cela est parfaitement fini dans le temps > plus-que-parfait
    Les routes sont praticables > passé antérieur
    Il s'acquitte de ses obligations avant que de reprendre son cahier (donc avant hier) dès qu'il peut circuler > passé composé, retour dans le présent
  • Pourrait-on utiliser la passé simple au lieu du passé anterieur?Voici ma version

    La neige avait enfin fondu, et sitôt que les routes devinrent praticables, il m’a fallu m’acquitter d’un grand nombre d’obligations que j’avais été forcé de remettre pendant le long temps que notre village était resté bloqué.
  • La phrase me semble lourde, mais ce n'est que mon avis d'amateur. Sinon, le passé simple me parait même souhaitable.

    La neige avait enfin fondu, et sitôt que les routes devinrent praticables, il me fallut m’acquitter d’un grand nombre d’obligations que j’avais été forcé de remettre pendant le long temps que notre village était resté bloqué.
  • Bonjour,

    Il s'agit d'un récit écrit au passé simple dans laquelle se situe une action antérieure. Cf la troisième phrase (des hommes en noir...) Naturellement je l'ai écrite au passé simple. Mais s'agissant d'une action antérieure à celle de la narration, qui plus est, achevée, ne serait-il pas préférable d'utiliser un autre temps ? Lequel, PQP ou passé antérieur ?

    PQP : des hommes en noir étaient venus, avaient tambouriné, bousculé, sorti...
    PA : des hommes en noir furent venus, eurent tambouriné etc me paraît impossible !
    PS : ou alors laisser au passé simple... mais en confondant action passée et action antérieure à ce passé.

    Qui peut m'éclairer ? Merci

    "Elle se souvint aussi de ses entraînements dans sa chambre, avec pour partenaire (...) tandis que son frère Miguel l'accompagnait à l'harmonica jusqu'à l'épuisement de son souffle. Son frère, son demi-frère chéri, de douze ans son aîné, fils de (...) enlevé par la police l'avant-veille pour une raison non éludée, peu cohérente, une histoire d'article sur une question de société qui aurait déplu... Des hommes en noir vinrent le matin, tambourinèrent à la porte, bousculèrent Jorge, sortirent les menottes et emmenèrent son fils sans ménagement. « Communiste ! » criaient-ils. Pour toute la famille l'épreuve fut terrible. Un an plus tard, après l'éviction du président, Miguel sera libéré et déclarera..."
  • JehanJehan Modérateur
    Bonsoir.

    C'est le plus-que-parfait qui convient ici. Il exprime une action antérieure entièrement accomplie par rapport au repère temporel de la narration.

    Des hommes en noir étaient venus le matin, avaient tambouriné à la porte, avaient bousculé Jorge, sorti les menottes, et emmené son fils sans ménagement. « Communiste ! » avaient-ils crié.
  • Merci beaucoup, Jehan. J'en étais quasiment sûr, mais cette histoire du passé antérieur m'agace dans la mesure où, à chaque fois que je me trouve dans cette situation, je dois me confronter à un doute. La logique est là pourtant, mais le doute, vous savez...
  • ZajZaj Membre

    Bonjour,


    Sorti des sentiers classiques tel que « Après qu'il eut mangé, il sortit », je rencontre quelques difficultés liées à l'usage du passé antérieur quant à sa fonction de brièveté. S'il est d'ordinaire employé en subordonnée et/ou accompagné d'un adverbe de temps, comment l'emploieriez-vous sans l'un (principale postérieure) ni l'autre ?


    Plus particulièrement, lors d'une phrase (très) longue ayant pour intérêt de décrire les différentes étapes d'une action passée, comment opteriez-vous pour l'un, ou pour l'autre ?


    Attendu qu'il n'y a rien de plus clair qu'un exemple, le voici :


    « C'était une fin digne du reste, comme si le ciel, ignivome, eut soudain jeté son lest de bolides enflammés ; lesquels eurent alors crépité en milliers de fragments lumineux, puis eurent laissé après eux ce voile de poussière incandescente, dont l'espoir pulvérulent avait réduit en poudre la suie noire de désespoir. »


    J'ai conscience que cet exemple, isolé de son contexte, peut paraître alambiqué, mais je ne m'intéresse ici qu'à la valeur des temps. Aussi, cet extrait vous semble-t-il correct ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi ?


    Je vous remercie d'avance

  • JehanJehan Modérateur
    20 août modifié

    Bonsoir.

    En tout cas, écris " eût jeté" avec un accent, ce n'est pas un passé antérieur, mais un plus-que-parfait du subjonctif. Il est ici l'équivalent d'un plus-que-parfait de l'indicatif à valeur d'hypothèse, dans la subordonnée introduite par comme si .

    comme si le ciel eût jeté = comme si le ciel avait jeté. (fait fictif, simple imagination)

    Mais je ne comprends pas trop la suite. Le ciel n'ayant pas réellement jeté les bolides (puisque c'est simplement "comme si") la description des actions de ces bolides ne peut être que fictive elle aussi. Dans ce cas maintenir le plus-que-parfait du subjonctif.

    Lesquels eussent alors crépité ( = auraient crépité) en milliers de fragments lumineux, puis eussent laissé (= auraient laissé) après eux ce voile de poussière incandescente, dont l'espoir pulvérulent aurait réduit en poudre la suie noire de désespoir.

    Si malgré tout tu entends décrire l'action réelle de ces bolides fictifs (ce qui est un peu bizarre quand même), au lieu de l'adverbe de temps alors, utilise l'adverbe de temps bientôt et garde le passé antérieur , avant de revenir au passé simple.

    Lesquels eurent bientôt crépité en milliers de fragments lumineux, puis laissèrent après eux ce voile de poussière incandescente,

    Quant à la fin de la phrase...

    dont l'espoir pulvérulent avait réduit en poudre la suie noire de désespoir.

    J'ai le plus grand mal à en comprendre le sens. Un espoir pulvérulent, un espoir à consistance de poudre, cela n'a pas grand sens. Et je me demande comment cet espoir poudreux peut réduire en poudre la suie, qui est déjà elle-même une poudre. C'est à mon avis très mal formulé.

  • ZajZaj Membre

    Bonsoir,

    Je te remercie de nouveau pour ta réponse.

    De façon à être plus concis qu'en privé, je ne m'attarderai ici qu'à propos de deux questions et d'un exemple plus concret.

    1re : « dont l’espoir pulvérulent aurait réduit en poudre la suie noire de désespoir. »

    L’utilisation du conditionnel quant à la conclusion me dérange, car bien que la description soit sujette à subjectivité, le résultat n’est pas censé l’être.

    2e : « Lesquels eurent bientôt crépité en milliers de fragments lumineux, puis laissèrent après eux ce voile de poussière incandescente, »

    Mon récit est au passé, or, je raconte une scène dont mes personnages viennent tout juste d’être témoins, nous sommes de fait au passé du passé. Pour quelle raison revenir au passé simple ?


    Quoi qu’il en soit, le passé antérieur me tourmente dès lors que je sors des terrains battus. Je suis souvent tenté de l’employer pour son attribut de brièveté, sans ressentir le besoin d’y ajouter un adverbe de temps (comme l’on différencie plus aisément le passé simple de l’imparfait), mais je crains souvent que la phrase ne soit mal comprise. Peut-être ai-je tort, et peut-être le passé antérieur ne doit-il être employé qu’en subordonnée, et accompagné d’un adverbe de temps ?

    Second exemple (plus à même de représenter ma question initiale) :

    « […] et vous l’auriez tout de même vite perçue, cette fenêtre du rêve ouverte sur le réel ; ce songe à la véracité manifeste qui eut rugi la vérité mieux que ne l’eût fait l’évidente réalité. »

    J’ai ici choisi le passé antérieur, car l’action est brève et comporte un début, un milieu et une fin ; mais son emploi est-il correct, sans adverbe de temps ni proposition principale postérieure ?


    Merci d'avance.

    Je vous souhaite une bonne soirée.

  • JehanJehan Modérateur
    21 août modifié

    Bonjour.

    Pour ta première question, effectivement, conserver le plus-que-parfait de l'indicatif serait plus judicieux.

    Pour ta deuxième question...

    Le passé antérieur n'implique pas en soi une action brève... Il implique en priorité une action accomplie, achevée, par rapport à un autre verbe au passé simple. Ceci dans le cas d'une proposition subordonnée. Son utilisation pour marquer - comme dans ta phrase - une action rapide en proposition indépendante découle de cet aspect "accompli". L'action passée est présentée comme quasiment déjà achevée au moment même où elle a lieu. Mais pour cet emploi en indépendante, il est nécessaire d'adjoindre une précision temporelle (ici l'adverbe bientôt).

    Les deux verbes de ta phrase auraient très bien pu être tous deux au passé simple ( actions passées successives) :

    Lesquels crépitèrent bientôt en milliers de fragments lumineux, puis laissèrent après eux ce voile de poussière incandescente,

    Mais seul le premier me semble transformable en passé antérieur, eurent crépité soulignant davantage la rapidité d'un processus très vite achevé, comme je viens d'expliquer. Il est peu pertinent de vouloir souligner la rapidité de "laisser un voile de poussière". On voit mal le côté "très vite achevé" avec ce verbe laisser qui suggère plutôt une certaine persistance de ce voile après les crépitements. C'est pourquoi j'ai proposé :

    Lesquels eurent bientôt crépité en milliers de fragments lumineux, puis laissèrent après eux ce voile de poussière incandescente...

    Quant à :

    et vous l’auriez tout de même vite perçue, cette fenêtre du rêve ouverte sur le réel ; ce songe à la véracité manifeste qui eut rugi la vérité mieux que ne l’eût fait l’évidente réalité.

    Du fait de l'homonymie avec le subjonctif plus-que-parfait "eût rugi" et de la proximité du subjonctif "eût fait" , le passé antérieur eut rugi - sans adverbe temporel de surcroît, prête ici sérieusement à confusion. Pour exprimer clairement que l'action de rugir a bien été réelle (indicatif) et non supposée (subjonctif), un passé composé suffit : ce songe à la véracité manifeste qui a rugi la vérité mieux que ne l’eût fait l’évidente réalité.

  • ZajZaj Membre

    Bonjour,

    Encore merci, Jehan. Cependant, si ta réponse quant au passé antérieur m’est limpide, une nouvelle (et dernière) question me taraude l’esprit :

    « […] ce songe à la véracité manifeste qui a rugi la vérité mieux que ne l’eût fait l’évidente réalité. »

    Pourrais-tu m’expliquer pour quelle raison tu as employé le passé composé ? Puisque mon récit est au passé, il s’agit une fois de plus d’un passé du passé ; et si, comme je l’ai compris, utiliser le passé antérieur sans adverbe temporel prête à confusion, alors le plus-que-parfait me paraît être la seule alternative correcte.

    D’après la question initiale de McConnell, Gide mêlait les temps du discours à ceux du récit, certes, mais il écrivait à la première personne – ce qui, à mon sens, le lui a permis.

    Pour ma part, le passé composé me semble proscrit au sein d’un récit raconté à la troisième personne et écrit au passé.

    Merci

  • JehanJehan Modérateur

    J'aurais pu aussi employer le passé simple rugit, mais l'homonymie avec le présent aurait créé une équivoque.

    Quoi que tu penses, le passé composé n'est absolument pas proscrit dans un récit au passé à la troisième personne. Il ne manque pas d'auteurs qui alternent les deux dans leurs narration. Cela dit, tu as raison : ici, le plus-que-parfait est un autre choix possible, et sans doute meilleur.

  • ZajZaj Membre

    Bonjour,

    Merci pour ta réponse, et je précise que la mienne n’avait rien de hautain. En effet, je n’ai fait qu’exposer mes difficultés, et ce dans le désir d’apprendre. Dès qu’il est question d’un passé du passé, il ne m’est pas naturel d’employer le passé simple ou composé avec le plus-que-parfait. Ceux-ci me donnent l’impression d’un saut temporel, lequel altérerait le sens de la phrase.

    Quoi qu’il en soit, merci pour ton temps, Jehan. 🙂

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