"Se laisser aller à" : est-ce du passif ?

Bonjour !

En lisant le manuel Saison 3 de chez Didier, je me suis posé une question sur la forme passive.
Pourriez-vous m'aider à y répondre, s'il vous plaît ?

Pour expliquer le point grammatical de la forme passive, un corpus de quatre exemples a été présenté dans le manuel.
1. Ses idées seront appréciées des lecteurs.
2. Le président a été caricaturé par Plantu.
3. Elle s'est fait recruter pour sa créativité.
4. Il s'était laissé aller à rêvasser toute la journée.

Les trois premières phrases ne me posent pas de problèmes car elles peuvent être mises à la forme active, mais la dernière ne me le semble pas. Bien que je comprenne le sens passif de la phrase ("Il n'a rien fait pour empêcher cet état de rêverie"), je me demande si c'est une forme passive, pourquoi et si elle a sa place dans ce corpus.
Merci beaucoup de m'apporter votre éclairage.

Réponses

  • ricardoricardo Membre
    C'est le sujet (il) qui rêvasse, donc, pour moi, voix active.

    Il a rêvassé toute la journée, parce qu'il s'était laissé aller.

    Attends confirmation ou infirmation.
  • De plus, je n'arrive pas à imaginer un complément d'agent. J'y vois une forme pronominale conjuguée normalement avec l'auxiliaire être. Donc je serais d'accord avec Ricardo, mais il y a peut-être bien quelque chose qui m'échappe. :( A suivre...
  • ricardoricardo Membre
    "Il s'était laissé aller à rêvasser".
    Bien sûr, le "s'était" est une forme pronominale, mais est-ce que l'ensemble "se laisser aller à" ne peut pas être considéré comme une sorte d'auxiliaire ?
    Est-ce qu'il ne faut pas retenir seulement le verbe "rêvasser" (il avait rêvassé)?

    Il avait rêvassé toute la journée par indolence (par laisser-aller).
  • Anne345Anne345 Membre
    7.5 Autres formes du passif :
    [...]
    - des constructions dont le verbe à l'infinitif est introduit par les formes pronominales se faire, se laisser, se voir, s'entendre, véritables auxiliaires de passivation...
    Riegel, p.742
  • Voir cet article :
    http://www.persee.fr/doc/lgge_0458-726x_1999_num_33_135_2203

    Il effectue une analyse beaucoup plus fouillée que celles de Riegel et al. et du Bon usage ; elle est particulièrement intéressante pour ceux qui veulent approfondir le sujet suivant : se laisser + infinitif : dans quelle mesure est-ce une forme passive ?
    Voir plus particulièrement le point 3 de cet article.
  • LaoshiLaoshi Membre
    Oui. Cet article est vraiment intéressant et permet de nuancer de façon beaucoup plus fine la réponse : forme passive, car au départ tout de même, ce n'en est pas vraiment une.
  • sacadossacados Membre
    Excusez-moi d'avoir tardé à vous répondre. Je remercie tous ceux qui ont bien voulu se pencher sur la question que j'ai posée. J'ai lu avec un grand intérêt l'article indiqué par Roméo31 et je l'en remercie. Il est très détaillé. Si j'ai bien compris, ma phrase "Il s'était laissé à rêvasser" se rapprocherait de "ils se laissaient aller à des états d'âme" citée dans l'article et n'aurait pas un véritable sens passif puisque le sujet "ils" a finalement déclenché cet état et peut l'arrêter s'il le veut. Idem pour le fait de rêvasser. À la place des auteurs du manuel Saison 3, je n'aurais pas mis cet exemple dans le corpus destiné à illustrer la forme passive, mais plutôt dans celui des "Auxiliaires dans les constructions dites "passives"". J'espère que j'aurais bien fait.
  • LaoshiLaoshi Membre
    Disons qu'il ne s'agit pas à proprement parler d'une forme passive classique (verbe être + ...), mais que la part de responsabilité du sujet est discutable.
  • sacadossacados Membre
    Je vois bien maintenant. C'est une forme du passif que je ne connaissais pas. Merci encore.
  • Difficile de dire sans avoir la leçon sous les yeux, mais j’imagine que l’objectif de ce manuel est de pointer l’aspect simplificateur de la conception classique voix active = le sujet est l’agent (c’est lui qui accomplit l’action > le chat mange la souris) et voix passive = le sujet est le patient (c’est lui qui subit l’action > la souris est mangée par le chat), puisqu’il existe des phrases à la voix active où le sujet n’est pas ou seulement partiellement agent et inversement des voix passives où le sujet n’est pas le patient.

    Voix active, sujet non agent
    :
    Un exemple classique, si je dis : La vitre a cassé, on voit que la construction est typiquement active et pourtant le sujet n’est absolument pas l’agent du cassage ; il en est incontestablement le patient.
    Une autre phrase : L’élève a obtenu une bonne note à son devoir.
    S’il obtient une bonne note, c’est sans doute parce qu’il a tout fait pour (bien travailler, bien préparer son antisèche, bien copier sur son voisin, bien soudoyer le correcteur, etc.), il a donc été agent, mais en amont de l’obtention. Quant à l’obtention elle-même, il en est le bénéficiaire, mais non l’agent (d’ailleurs, on pourrait également imaginer qu’il a obtenu une bonne note non parce qu’il a tout fait pour, mais parce que le correcteur s’est trompé, était bourré, a mis une note au pif, etc. toute chose qui permet de voir que l’élève est très peu agent dans cette histoire). Pourtant, là encore on a une voix typiquement active.

    Voix passive, sujet non patient :
    Le pays est traversé de long en large par l’expédition.
    Le pays n’est pas le patient de la traversée, mais le lieu où se déroule cette action.

    Comparer avec Son corps était traversé d’une épée, où là, corps est bien le patient du procès.

    Un très léger changement dans la 4e phrase du corpus proposé par la manuel permet de montrer que le rêvasseur n’est pas forcément tout à fait maître de sa rêvasserie – peut-être est-il même sous l’emprise de ce phénomène et sa volonté sera alors bien impuissante à l’en sortir.

    La rêverie s’est emparée de lui.
    Il s’est laissé emparer par la rêverie.


    Si le sujet t’intéresse, tu peux entrer sur un moteur de recherche diathèse.
  • Anne345Anne345 Membre
    Il s'agit d'une méthode de FLE !
    La leçon se trouve page 61
    https://www.editionsdidier.com/ressources/feuilleteur/Saison_3/
  • sacados a écrit:
    Je vois bien maintenant. C'est une forme du passif que je ne connaissais pas. Merci encore.

    De rien, sacados ! :)

    Oui, la forme canonique du passif (cf. dernier message de Laoshi) n'est pas la seule forme de la voix passive.
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