Peut-on encore choquer en littérature ?

A notre époque, je n'imagine plus le choc possible. Entendons-nous bien, je ne parle pas d'un choc médiatique issu d'accusations quelconques, d'un buzz provoqué par un auteur pseudo-littéraire, mais bien d'un ébranlement, d'une remise en question de valeurs entrainant une évolution notable de la société, des perceptions.

Rabelais, Shakespeare, Voltaire, Goethe, Flaubert, Rimbaud et bien d'autres ont révolutionné et façonné des pensées par leur écrits, ont ouverts de nouveaux horizons et par le choc, ont remis en question des siècles de méprises, d'injustice. Pensez-vous que cela soit encore possible? Il subsiste tout de même des aberrations à dénoncer, des voies à tracer, et pourtant de mon point de vue, la nouveauté, la vraie nouveauté a disparu. Les best-sellers, les livres à sensation, font pâle figure devant des classiques.

Je ne remets pas en cause le talent, certains écrivains contemporains sont très doués, mais peuvent-ils apporter quelque chose de nouveau? Peuvent-ils encore choquer?
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Réponses

  • Bonsoir Dostoïevs'kitch!
    Eh bien à mon humble avis, tu as raison. je pense qu'à notre époque, il est de plus en plus dur de trouver des oeuvres qui remettent radicalement en cause notre société, et ce pour plusieurs raisons.
    Tout d'abord, je pense que dans une société basée sur la loi du profit, il est difficile pour un auteur ayant des idées novatrices de trouver une maison d'édition qui lui permettrait de faire partager ses idées avec le plus grand nombre, c'est-à-dire qu'une maison d'édition accepterait de publier "à perte" dans un but philanthropique, car soyons réalistes, ce type d'ouvrage se vendrait moins bien que Le Diable s'habille en prada (je dis ça sans aucun jugement aucun, je le cite à titre d'exemple).
    Ensuite, je pense que notre époque ne met pas du tout en avant la remise en question, puisque, comme le montre bien la mouvance actuelle, on préfère stigmatiser que réfléchir. De plus, on le voit bien avec certains films, la remise en cause des normes est plus une affaire de mode qu'un veritable objectif (en général).
    Enfin, il faudrait un véritable événement marquant (comme l'a été en son temps la découverte de l'Amérique) ou une chose que l'on ne pleut plus accepter (comme la monarchie) pour que s'opère une véritable prise de conscience débouchant sur une réflexion profonde sur notre monde. Je pense donc que notre époque ne favorise pas la nouveauté, le changement, même si je reste persuadée qu'il existe des personnes qui seraient capables de le faire si on leur en laissait les moyens. voilà!!
  • Bâ Membre
    Bonsoir à tous!


    Je me demandais si ce n'était pas aussi le fait que l'on ait à peu près tout le droit de dire sur tout, à notre époque, c'est-à-dire, l'absence de bienséance, qui nous empêcherait de choquer et d'être choqué...
  • Je suis d'accord avec vous sur chaque point, hormis le principal: je pense qu'on peut encore choquer. Notre société est encore pleine de taboos même si bon nombre sont tombés, et pour créer un véritable choc culturel il "suffit" (plus facile à dire qu'à faire) de proposer une alternative à nos préconçus, bousculer la démocratie, les concepts judéo-chrétiens et à mon avis le choc est tout proche. Le monde est en train de changer, les consciences s'éveillent... Je ne sais pas d'où ça va venir ni à quoi ça va ressembler mais j'ai la conviction qu'un auteur va sortir de l'ombre, émerger pour proposer une révolution culturelle.
  • pertinente question Dostoïevquiche (oups)

    Je pense que oui, une oeuvre peut encore créer des bouleversements ds la manière de voire, de penser le monde etc... mais pr avoir des résultats concrets et significatifs, le livre ne suffit plus. C'est pour cela qu'on pourrait provisoirement élargir la définition de la littérature. En effet, tout est issus de la littérature, puisque tout est écrit (oula) : internet, la tv, la radio etc ... toutes ces nouvelles technologies sont de formidables outils pr une idée nouvelle (une manière de voire, de penser etc..) qui ne demande qu'à s'exprimer, se faire comprendre et avoir de l'ascendant sur l'avenir.

    Des intellectuels comme Finkielkraut (bête des médias..) ou Slama l'ont bien compris.

    Pourquoi le théatre Elizabethain (dsl je ne suis pas du tt sûr pr l'ortho) d'aujourd'hui ne serait il pas Youtube, Dailymotion etc .. ?

    Il faut vivre avec son temps comme dit ce bon vieux adage populaire.

    Je ne demande pas si l'on peut se poser sur la lune en bicyclette mais en fusée... le problème de compréhension vient du fait que l'on doit choisir entre la bicyclette et la fusée puisque l'on a qu'un seul terme qui est : littérature. Ceux qui choisissent la bicyclette (choix qui correspond au 19ème siècle, or nous sommes au 21ème...) verront tout de suite que la littérature ne peut plus "choquer", quoi de plus logique ? Bien sûr qu'un simple livre n'a plus le pouvoir qu'il avait avant l'arriver des toutes ces nouvelles TIC (téléphone, radio,tv, internet etc...). Et justement, il peut reprendre ce pouvoir en s'appuyant sur ces dernières, en acceptant de transformer son identité (voilà qui prouve une fois de plus la dangerosité de l'immobilité, de l'inadaptation...). En quelques sortes, l'internet, la tv, la radio etc... du passé , c'est le livre.

    Si je prend la bonne vieille définition de la littérature qui la restreint au livre, la question ne reviendrait elle pas plus à " La littérature à t elle encore un rôle aujourd'hui ?" ?
    A cela je dirai : plus que jamais et celui ci va grandissant malgré tout ce que l'on peut croire. Car le livre (je parle de celui qui aurait vraiment le potentiel de remettre gravement en cause, car pr moi il existe) est presque une relique aujourd'hui, il bénéficie d'un caractère presque sacré, d'une crédibilité relevant de celle du sage du village. Mais effectivement il ne touche pas les masses. Il ne l'a d'ailleurs jamais fait, la différence c'est qu'aujourd'hui, les masses ont bcp plus d'influence sur la société. Elles en ont acquis suffisamment pr obliger l'intellectuel à mettre le nez dehors, si je puis me permettre.

    Nightingale Si il parait bien difficile de trouver des oeuvres qui remettent radicalement en cause notre société c'est peut être parce que tout simplement (et je vous l'accorde, cela est très présomptueux) la société à de moins en moins à se remettre en cause.

    Nightingale :

    "Enfin, il faudrait un véritable événement marquant [...] ou une chose que l'on ne pleut plus accepter [...] pour que s'opère une véritable prise de conscience "

    Accepte tu l'immense pauvreté, la misère et les affres que bcp de terriens endurent alors que d'autres détruisent la planète en se payant des voyages ds l'espace ? voilà une "chose" qui légitimerait une oeuvre "coup de poing" non ? donc il y a encore moyen que la littérature choc , non ?
    Que la vie de certains soit évalués (de par son compte en numéraire) 20 milliards de fois celle d'autres ne vous dérange pas ? pr le tourisme spatiale on dira : c'est leur argent, ils en font ce qu'ils veulent. Mais où sont les responsables des innondations, des maladies par pollutions ou plus simplement des maux du travail aliénnant ? et qui est à même d'affirmer que les possédeur mérite leur statu et ce qu'il entraine ? Proudhon disait de la propriété : c'est le vol.

    Je pense qu'il ne faut pas rendre le capitalisme (la logique du profit) responsable de tout nos maux (si vous y voyez une incohérence avec le paragraphe précédent, dites le moi et je détaillerai). Pourquoi ne pas essayer de l'exploiter tel qu'il est en faveur d'une idée novatrice, de prendre ce qu'il nous apporte pr atteindre nos but ? de savoir le juguler, le façonner selon notre volonté.

    J'acheverai mon propos en disant simplement qu'aujoud'hui le monde évolue si vite que c'est à peine si nous avons le temps de voir les grands boulversements. Au temps de Rabelais, tout était trés lent, un livre comme Gargantua ne pouvait pas passer inaperçu. Et n'exagérons rien tout de même, la terre ne c'est pas arrêté de tourner quand l'Amérique a été découverte... ne crystalisons pas l'histoire ! Des évènements comme la fin de la monarchie, la révolution française ne se sont pas fait en un jour ni uniquement grâce à une poignée de penseurs.

    ce sujet est trés interessant, je vous invite à venir sur Team Speak (logiciel pr dialoguer par internet , à condition d'avoir un micro) ou skype.
  • Merci xavier pour cette belle et docte réplique :) ( ainsi que nigthingale, bâ et marcanciel, il va sans dire ;p).

    Je pense que tu as raison en affirmant que la littérature doit évoluer si elle veut encore choquer mais quelques freins s'opposent à la "littérature novatrice". Tout d'abord l'apparition d'une classe moyenne qui a bouleversée l'ordre établi du 2% d'élite intellectuelle et du 98% d'autres. Aujourd'hui, tout le monde (vivant moyennement dans un pays développé) peut lire, critiquer, faire part de ses impressions et donc prendre parti dans la vie intellectuelle générale. Cette démocratisation de l'intellect mène forcément, selon moi, à une disparition du "choc littéraire". Plus encore grâce à Internet et aux télécommunications, par lesquels les avis divergents se rencontrent presque instantanément.
    Ensuite, on assiste à une véritable censure par l'excès. Ce fouillis d'ouvrages (il faudrait faire le compte mais je pense pouvoir dire sans trop me tromper que le nombre de livres édités en une année est astronomique) entraîne l'étouffement de certaines théories. Qui pourrait prétendre avoir tout lu?

    Peut-être la suppression des droits fondamentaux comme le droit d'expression, pendant une période totalitaire, serait le seul moyen de voir réapparaître des ouvrages choquants (loin de moi l'idée de vouloir replonger dans une dictature :)); je n'en suis même pas sûr, notre niveau technologique couvrirait sûrement les remous fait par certains défenseurs de droits.
    Je ne suis pas partisan du "on a déjà tout vu", je pense que la nouveauté, de nouveaux modes de pensées peuvent éclore, mais je doute surtout de leurs retentissements.
  • "Au poète indivis d'attester la double vocation de l'homme. Et c'est hausser devant l'esprit un miroir plus sensibles à ses chances spirituelles. C'est évoquer dans le siècle même une période plus digne de l'homme originel. C'est associer enfin plus hardiment l'âme collective à la circulation des énergies spirituelles dans le monde. Face au nucléaire, la lampe d'argile du poète suffira-t-elle à son propos ?
    - Oui, si d'argile se souvient l'homme.

    Et c'est assez, pour le poète, d'être la mauvaise conscience de son temps."

    Saint John Perse
    discours Nobel 1960 (coquilles possibles, de mémoire)
  • je pense que la nouveauté, de nouveaux modes de pensées peuvent éclore, mais je doute surtout de leurs retentissements.
    Une personne porteuse d'une idée totalement novatrice en est consciente. La personne sera guidée par la force de conviction, la certitude qu'elle a une vérité à dire, un message de remise en question à transmettre, à faire entendre, ou plus simplement une idée révolutionnaire à répandre. Elle sera portée par cette conviction qui pourrai même carrément devenir ça raison d'être. Elle employera donc tout les moyens pr arriver à "sortir du lot", ce qui serai la moindre des choses. Je ne pense pas qu'elle sera noyé, dilué, dissuadé, oublié ds ces flots de textes qui nous innonde continuellement. La vérité fini toujours par triompher, enfin je crois :) , et mieux vaut y croire ...

    Il ne faut pas exagérer non plus, si l'idée est bonne, il n'y a pas de raison qu'elle ne puisse se frayer un chemin jusqu'à l'expression politique, jusqu'à la reconnaissance générale. Les infos sont extraordinairement sélectionnées de nos jours, aussi invraissemblable que cela puisse paraitre. C'est comme les vidéos marrantes et celles qui ne le sont pas, il y a une sélection par le marché impitoyable du net.

    Bref, moi j'y crois :p
  • Est-ce que l'auteur cherche à choquer son public ou est-ce le public est trop pudique pour les auteurs qu'il lise?

    La pornographie ne choque pas tout le monde, tout dépend de ses expériences, ses attentes, ses limites morales.


    il me semble que le lecteur qui est choqué est celui qui a choisi de lire un écrit qui risque de le choquer........
  • C'est la méprise que j'attendais :P.

    Je ne parle pas d'un choc au sens commun du terme, pas un choc de "bonnes moeurs", mais un véritable ébranlement littéraire. Là est toute là différence :).
  • Ah bon ;)

    Et quelle est la nature exacte du choc littéraire chez Shakespeare, Goethe et Flaubert?
  • Le "choc" est possible aussi vrai que l'art perdure et qu'un type, dans son coin, nanti de sa singularité boulimique, nous ressort le monde tout teinté de lui, inédit.
    Aussi ce ne sont pas les seules bonnes moeurs qui sont bouleversées, mais le monde entier des choses biffé avec malheurs et bonheurs dans une langue inouïe.

    Peut-être nous faudra-t-il du temps pour l'entendre, cette langue, noyée dans les clameurs en série, mais je crois avec la ferveur du mystique qu'elle finira toujours par tomber dans les bonnes oreilles.

    Et puis, comme le disait Kantor (à peu de choses près ) :

    L'art sauvera l'individu, pas l'humanité.

    Alors les lames de fond, moi...
  • Régulièrement de nouveaux romans font l'objet de critiques très sévères car ils choquent les lecteurs. Alors bien sûr ce ne sont pas des scènes osées qui font l'objet de ces critiques. Le "choc" vient plutôt de ce que les lecteurs ne savent plus faire la différence entre réalité et fiction.
    Ainsi "Da Vinci Code" a choqué car beaucoup de lecteurs ont cru aux soi-disant révélations de ce roman.
    En ce moment c'est "Paul est mort" de Marie Darrieusseq qui choque, et pas à cause des descriptions très crues du cadavre d'un petit garçon. Non, ce qui choque c'est qu'une femme ose décrire la douleur de perdre un enfant alors qu'elle même n'a jamais vécu ce drame. A-t-on reproché à Victor Hugo de n'avoir jamais vécu comme un "misérable"? Non. Je pense donc qu'il serait temps de revenir à une certaine logique en littérature : décrire un cadavre en détail peut être choquant. Parler de quelque chose qu'on a pas vécu, et en étant en plus réaliste, c'est juste être capable d'imagination. N'est-ce pas là ce qu'on demande à un écrivain?
  • Il fait vraiment faire preuve de peu d'esprit critique pour croire aux "révélations" de Da VC !
    Et choc littéraire ? un bon polar, rien de plus
    Mais Dostoïevskich n'entendait pas choc littéraire dans le sens "choquant". Davantage dans le rôle d'un Rimbaud avec La lettre du voyant
  • DV... Ce qui m'a choqué moi c'est qu'un éditeur a osé édité ça et qu'un réalisateur en a fait un film.

    Enfin passons.

    Pour répondre au sujet: je trouve qu'il existe des personnes qui choquent en littérature par leur côté anti-conformisme, par la "révolte" qui transparaît dans leur écriture. Un auteur? Moreau.
  • Un polar à base de conspiration, d'ésotérisme et de religion.
    Brrr, j'en tremble rien que d'y penser. C'est pas comme si c'était anodin et parfaitement banal.
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