Reprise d'études - ENS

Bonjour à tous,

Je remercie par avance ceux qui prendront le temps de lire mon message.

J'ai aujourd'hui 27 ans et travaille depuis 3 ans dans une entreprise privée.

Poussé par ma famille et mon lycée élitiste, j'ai fait une école de commerce sans trop réfléchir et ai fini par obtenir deux masters avant de rentrer dans le monde de l'audit/conseil (rien à voir avec du littéraire donc).
J'ai très vite compris que je n'allais pas pouvoir passer 45 années de ma vie à faire ça et ai donc décidé de m'inscrire en fac l'année dernière.

J'ai toujours été passionné d'histoire et notamment d'histoire militaire, je me suis donc naturellement orienté vers une L1 à distance dans ce domaine. Je le voyais comme un moyen de continuer à apprendre et à me faire plaisir sans vraiment d'objectif final, vu que mon emploi m'occupe 50 ou 60 heures par semaine.

Ayant un solide base de connaissances en histoire de part mes innombrables lectures sur le sujet ces 20 dernières années, j'ai cartonné mon premier semestre avec plus de 15 de moyenne.
J'ai récemment rencontré un étudiant à l'ENS qui m'a expliqué qu'il était possible de rentrer directement sur dossier après une L2 ou une L3.

L'appétit venant en manger, mes questions sont simples : Fait-il sens pour moi de postuler étant donné mon parcours et mon âge ou vais-je être refusé sans ménagement ? Une moyenne de 15 est-elle "décente" pour postuler à l'ENS l'année prochaine ou dois-je encore l'améliorer ?

Après avoir découvert avec effroi le monde de l'entreprise, je tuerais pour me réorienter dans la recherche et travailler à temps plein là dedans...et l'ENS me parait être un bon tremplin pour ça.

Bref connaissez-vous des profils similaires au mien qui sont rentrés à l'ENS ?

Je vous remercie par avance,

Réponses

  • LaoshiLaoshi Membre
    Fait-il sens pour moi de postuler étant donné mon parcours et mon âge ou vais-je être refusé sans ménagement ? Une moyenne de 15 est-elle "décente" pour postuler à l'ENS l'année prochaine ou dois-je encore l'améliorer ?
    Pour moi, cela ne fait pas sens.
    Mais plutôt que de tuer, je t'encourage quand même à présenter ta candidature, sans abandonner ton emploi pour l'instant néanmoins, sauf si tu peux, à 27 ans, vivre de tes rentes.
    Peut-être également, avec ton diplôme d'école de commerce et ton expérience peux-tu trouver un emploi différent de celui que tu occupes à l'heure actuelle.
  • Merci pour cette réponse.

    Quand tu me dis que ça ne fait "pas sens", tu veux dire pour un jury d'admission ou plus largement par rapport à la description que j'ai faite de ma situation ?

    Je ne compte absolument pas quitter mon emploi actuel, c'est simplement que le monde de l'entreprise ne me convient pas. Et j'ai beau faire ce que je veux, je continue à lire des pavés de 800 pages sur des périodes historiques qui me tiennent à coeur...et faire ça à vie m'irait très bien.

    Donc tu penses que mon âge et mon parcours sont rédhibitoires ?

    Je m'excuse au passage pour mes questions qui doivent vous paraître imbéciles...je ne connais strictement rien à l'ENS si ce n'est que c'est la voie royale pour faire de la recherche.
  • LaoshiLaoshi Membre
    Que veux-tu dire par "faire sens" ?
    Est-ce le sens anglais ?
    Bon, cela est sans importance.
    Dis-toi qu'aimer lire des pavés de huit cents pages n'est pas la preuve que tu t'épanouiras dans la recherche (littéraire ?) et surtout que tu y trouveras un débouché rémunérateur.
  • Bonjour,

    On peut en effet entrer à l'ENS sur dossier en L3 ou en M1. C'est d'ailleurs généralement plutôt pour le M1 que les gens postulent, mais en théorie je crois que c'est censé être un régime dérogatoire.
    D'un côté, si tu postules dès l'année prochaine, c'est-à-dire après une L2, tu seras donc plutôt en avance par rapport à la majorité des candidats...
    D'un autre, évidemment, vu ton âge et étant donné que tu as en fait déjà validé un master par le passé, ton profil risque de poser problème au jury (qui n'est probablement pas confronté très souvent à ce genre de situation).
    Je ne sais pas s'il existe des précédents, et il faut bien avouer que les critères de la sélection sur dossier sont assez opaques. Mais il n'est pas absurde de tenter sa chance : tu verras bien quelle réponse on te fait. D'ici là, il est peut-être possible de contacter le service d'admission pour leur demander si ta candidature pourrait être retenue. Dans le cas contraire, le passage par l'ENS, même s'il peut aider, n'est pas non plus nécessaire.

    Après, il faut bien prendre conscience d'une chose : si même les normaliens entrés à l'école à 20 ans et qui ont les pieds dans ce monde-là en continu depuis lors rencontrent de grandes difficultés pour faire de la recherche et sont bien souvent obligés d'y renoncer (du moins après leur thèse), après une coupure de plusieurs années avec le monde universitaire et surtout les concours - car sans l'agrégation, il est très difficile d'envisager d'obtenir un contrat doctoral, et elle n'est pas si facile à avoir en histoire - il semble encore moins probable d'avoir un jour un poste d'enseignant-chercheur.
    Il ne faut pas non plus se faire d'illusion sur la réalité de la recherche aujourd'hui et sur l'épanouissement intellectuel qu'on pourrait véritablement y trouver... De fait, lire de son côté, produire une réflexion propre (et non soumise à des enjeux de pouvoir), si on en est capable et si on en trouve le temps, est sans doute parfois plus enrichissant et constitue peut-être une relation plus saine au savoir que ce qu'on trouve à l'université.

    J'espère que cette réponse ne te semblera pas trop pessimiste et que tu en retiendras surtout qu'il ne faut pas pour autant hésiter à tenter ta chance, ou en tout cas à continuer cette licence d'histoire si cela te passionne !
  • Il n'est à mon avis pas impossible que tu sois pris sur dossierà l'ENS en postulant à la fin de ta L3. Le choix du master sera très stratégique : en histoire antique ou médiévale, ils ont beaucoup plus de mal à faire le plein, globalement c'est plus facile d'être pris (je parle pour l'ENS de Lyon que je connais).

    Après, pour faire de la recherche, il faut absolument avoir l'agrégation d'histoire ; ce qui implique de s'investir à fond pendant un an (voire deux ou trois..), et demande donc des sacrifices familiaux, pour forcément évident à 30 ans... De plus, il faut être très bon en géo (1/4 des épreuves écrites, 1/3 de l'oral, et c'est souvent ce qui fait la différence, car en histoire, tout le monde est bon...). Ensuite, il faut avoir un très bon sujet de recherche (pas évident en histoire militaire qui n'est pas forcément "à la mode", et qui a déjà été très travaillée, il faut trouver des biais pour renouveller). Il faut aussi s'investir beaucoup dans le monde de la recherche (organisation de journées d'études, implication dans la vie du laboratoire, etc.). Et par la suite, absolument rien n'est certain, même avec tous ces critères réunis, beaucoup de normaliens-agrégés enseignent ensuite dans le secondaire.

    Comme le souligne Laoshi, il est très différent d'aimer lire de l'histoire et de faire de la recherche ; quand on fait de la recherche, on ne lit finalement pas tant que ça, ou plutôt on "butine" ci et là ce qu'ont écrit les autres et on travaille sur nos archives/sources ; tout en restant sur un sujet extrêmement précis (je ne critique pas, j'adore faire cela, mais ça ne convient pas à tout le monde). As-tu pensé à être professeur dans le secondaire ? Le Capes d'HG est abordable, y compris pour des profils de reconversion (et pourquoi pas l'agreg si le Capes marche bien), cela te permettrait d'avoir un travail stable, dans tes centres d'intérêts, et même si c'est très chronophage les premières années, tu auras plus de temps par la suite pour lire sur tes sujets de prédilection.

    Je ne veux pas te décourager, je trouve ton profil et ton projet très intéressants, mais ce sont des choses qu'on dit à tous les étudiants d'HG :) !
  • latucancita a écrit:
    Il ne faut pas non plus se faire d'illusion sur la réalité de la recherche aujourd'hui et sur l'épanouissement intellectuel qu'on pourrait véritablement y trouver... De fait, lire de son côté, produire une réflexion propre (et non soumise à des enjeux de pouvoir), si on en est capable et si on en trouve le temps, est sans doute parfois plus enrichissant et constitue peut-être une relation plus saine au savoir que ce qu'on trouve à l'université.

    Bonjour

    Ton message est intéressant, je pense également a une reconversion.

    Pourrais-tu développer l’idée ? Comment décrirais-tu la "relation au savoir" a l’université que tu dis peu saine ? Est-ce d'une hyper-spécialisation dont tu veux parler, de la compétition pour les budgets et du foisonnement de la bureaucratie ?

    Comment se portent les filières littéraires a l’université et quel est ton ressenti sur la recherche lettres/philo/sciences humaines ?

    J'ai un pressentiment mais je suis si loin de ce domaine...

    Tous avis d'autres littéraires sur ces questions sont bienvenus.

    Merci !
  • Je reste un peu perplexe quand je vois l'ENS considérée comme le premier choix dans ce genre de situation, en raison de mon propre parcours : je n'ai pas tenu à khûber ma khâgne, et je ne le regrette pas vraiment (peut-être parce que j'ai la grande chance de faire partie des non-normaliens qui ont décroché un contrat doctoral puis des contrats d'ATER). Bien entendu, l'ENS, c'est très bien, mais je doute que ce soit adapté pour tout projet de reconversion. L'université proprement dite existe aussi, indépendamment de la grandeur et de l'aura de l'ENS.
    Concernant la recherche, soyons clairs : pour se lancer dans un doctorat, il faut avoir le filet de sécurité d'un poste ou d'un emploi, mais peu de métiers s'accordent bien avec le travail représenté par les études doctorales - y compris l'enseignement (c'est plus simple si l'on est agrégé, et sans HSA).

    Se lancer dans un doctorat, aujourd'hui, ça veut dire espérer obtenir ce beau diplôme, obtenir la possibilité de demander la qualification et de candidater à un poste, pouvoir devenir chercheur associé (bénévole...) d'une équipe de recherche, avoir la pleine légitimité pour colloquer, avoir accès à quelques sections réservées dans certains concours (ENA par exemple).
    Espérer obtenir un poste de MCF, c'est une toute autre affaire. Il y en a peu. La concurrence est redoutable, certains candidats sont exceptionnels et il est logique qu'ils soient retenus. Le reste fonctionne à peu près selon la logique de l'accumulation des expériences de cours et de recherche, ce qui favorise, forcément, ceux qui ont suivi le parcours-type et engrangent les avantages éventuels. Par exemple, en étant ATER, je fais l'équivalent de 192h de TD cette année ; quelqu'un qui a un autre métier à côté et qui veut faire des vacations pour consolider son CV universitaire ne peut pas faire ce nombre d'heures-là en un an... De même, quand on a la chance d'avoir un contrat ou une bourse, on peut bien plus facilement colloquer, avoir le temps de chercher, d'écrire des articles.

    Comme doctorant en fin de thèse je connais la recherche en lettres, mais je n'ai pas encore eu des responsabilités administratives égales à celles d'un MCF, évidemment. C'est un aspect du métier à considérer, et qui est généralement peu apprécié car on s'éloigne de l'âme de la profession.
    Lorsqu'on est chercheur, on est aussi, évidemment, expert, mais attention : la recherche n'est pas qu'une question d'érudition et d'expertise passive, pour ainsi dire.
  • Merci, je ne sais pas si ton message est adressé a mes questions. Celles-ci dépassent le cas particulier de l'ENS et concernent l’université de lettres en général.

    Tous avis sont bienvenus!
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