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Études de lettres après une licence 3 de droit — Forum littéraire

Études de lettres après une licence 3 de droit

Bonjour,

Je suis assez désespérée et j'ai besoin de votre aide aujourd'hui, ma vie en dépend.

Je suis étudiante en L3 de Droit privé (après un bac S).

Très influençable et influencée depuis toujours je pense j'ai renoncé à faire un bac L après ma seconde alors même que le français était ma matière préférée et de loin. J'aime les arts plastiques, j'aime le Cri d'Édouard Munch, les romans dostoïevskiens, je suis fanatique de Rimbaud.

Les univers que la littérature et l'art en général créent autour de moi m'exaltent, me voyagent. Ça me permet de saisir l'insaisissable. J'aimais le dessin aussi mais j'ai arrêté.

J'ai mon master de Droit en tête. Dans deux ans ça serait fini et la rémunération et très intéressante mais au-delà de ça les perspectives d'évolution dans le métier son connues pour être particulièrement folles.

Seulement voilà : on m'apprend des stratégies pour "protéger" X ou la société Tartampion. "Protéger" n'est pas le terme approprié. Ce sont des stratégies que je juge lamentables pour organiser la vie en société de façon malhonnête.

Ça ne me correspond pas.

D'autant que je suis extrêmement solitaire à tel point que je deviens de plus en plus allergique au contact avec les autres.

Je suis dégoûtée par plein de choses. Je crois que j'ai besoin de m'isoler.

J'ai besoin de calme.

Je remets de plus en plus en cause mon orientation. Ça me dégoûte ce que j'étudie et je serai au "cœur" du processus si je continue. Et ça m'intéresse pas même sans les "magouilles". J'en ai rien à faire de la mise à mort principe de l'unicité du patrimoine d'Aubry et Rau par le législateur en 2010 par la création de l'EIRL par exemple. Même si ça peut être amusant d'en parler vite fait au détour d'une discussion sans intérêt je m'en fous. Mais ça m'intéresse pas du tout c'est un truc de dingue. C'est qu'un exemple parmi des centaines que j'ai en tête.

J'ai besoin des ondes que j'aime. J'aimerais écrire des livres et des poèmes pour exalter mes lecteurs tout comme j'ai pu être exaltée plus jeune.

Je pense à ma vie à long terme : des clients entreprises banques contrats stratégies financières arnaques (et une part d'argent non négligeable qui va avec il faut le dire) OU une vie de tranquillité bercée par l'Art (je considère la littérature comme un art). Le choix est vite fait à ce jour.

Mon rêve ? (familier finalement ...) : enseigner les lettres à la fac et me remettre à la peinture mais pas en simple hobby ou sinon en big hobby enfin vous voyez l'idée.

Que faire ? Avez-vous connu cette situation ? Je ne sais même pas comment une réorientation se déroulerait. Est-ce qu'il est encore possible d'être un jour prof de lettres à l'université ? Je manque indéniablement de culture littéraire à ce jour car j'ai plus ou moins laissé tomber quand j'ai laissé tomber mes rêves en seconde. Faut-il faire une prépa pour avoir la chance d'enseigner les lettres un jour ? Pourrais-je me réorienter dès le prochain semestre ? Comment éviter toute perte de temps tout en ne partant toutefois pas dans le domaine littéraire avec des lacunes irrémédiables ?

Le temps a (un peu) passé, j'ai 22 ans (j'ai toujours été une élève moyenne voire excellente mais j'ai fait des erreurs de parcours d'où mon retard actuel d'un an). Tout recommencer en L1 serait pas évident pour moi sachant que dans 2 ans c'était prévu pour être fini.

Je suis paumée. Mais complet.

Mille excuses pour le pavé mais ma vie se joue en ce moment.

Par pitié j'ai besoin d'aide. Et je vous garantis toute ma plus grande gratitude à chaque réponse de votre part.

Merci encore.

Réponses

  • Si tu te posais quelques instants et que tu faisais la somme de tes compétences, pas de tes rêves même s'ils pourront rentrer dans ta vie. Regarde où tu en es de ton cursus, de tes diplômes, de tes connaissances. Ce sera une base.
    Si tu regardais autour de toi où tu pourrais trouver conseil avisé.
    Si tu terminais ton cursus.
    Si tu en faisais un projet où ton altruisme pourrait trouver sa place.
    Si tu te faisais un peu confiance. :)
  • Merci beaucoup pour cette réponse rapide et pertinente.
    Tu as senti la balance des intérêts entre ma vie actuelle et ce que j'aimerais faire à ce jour.

    En droit on doit toujours être dans le truc, être à jour, on n'a pas la droit à l'erreur car on s'occupe de personnes qui nous payent (parfois grassement) pour les "protéger"ou les défendre mais plus encore et c'est là le point le plus important ils placent toute leur confiance en nous et pour ça on ne peut les décevoir on doit être hyper rigoureux, hyper dispo, bref "hyper là", c'est la moindre des choses (enfin c'est ma vision). On doit être connectés au sein d'un ordre juridique en constante évolution. C'est pas vraiment dans ma vision de la vie notamment car je trouve que tout ça ne sert à rien. Si les personnes étaient mieux éduquées selon une éducation plus humaniste (au sens de Rabelais) on réussirait à en faire des hommes meilleurs et nous pourrions obéir à un corps de règles plus simple sans vouloir se faire des sales coups mais aussi sans devoir s'en prémunir en permanence, situation ne pouvant aboutir qu'à alimenter un monde plein de vices et une déperdition de l'humanité. En fait ce doit être un dégoût général qui m'envahit.

    La somme de mes compétences commence à s'étoffer, je me surprends à devenir de plus en plus compétente quant aux différents problèmes juridiques pouvant affecter les personnes et plus particulièrement les personnes morales telles que les sociétés même si bien sûr je ne suis pas pro non plus. Ça prend forme et c'est vrai que ça me plaît en soi de devenir compétente en dépit de mes aspirations réelles.

    Là où ton message me permet de beaucoup avancer également est qu'il me permet de prendre le problème sous l'angle de la temporalité ... Il serait peut-être préférable in fine de continuer dans mon domaine (qui me demande une quantité de travail assez conséquente avec le jeu des options et des qualifications que j'ai choisi) tout en n'excluant pas à long terme de m'ancrer dans des projets littéraires par exemple ...
    Mais en même temps ça doit être un tel bonheur d'enseigner les lettres dans une vie de tranquillité pour transmettre sa passion à des élèves en soif de savoir ...

    Des avis ?

    Je vais procéder à une analyse plus fine de ma situation suivant ton conseil.
    En ce qui concerne le conseil avisé que tu suggères je pourrais me rendre à la faculté de lettres de ma ville dans un premier temps.

    Merci encore :)
  • Noknok,

    Dans l'école où j'enseigne, un jeune collègue contractuel vient d'arriver après avoir fini des études de droit. Il est assez critique quand il parle de son domaine et de ceux qui en font leur métier. Pour l'instant, enseigner le français lui plaît assez bien. A l'inverse, une collègue agrégée de lettres a repris ses études et a choisi le droit dans l'espoir de quitter l'enseignement pour devenir magistrate. Manifestement, les sources d'insatisfaction existent dans les deux domaines !

    Je ne vous connais pas, et il m'est difficile de vous donner des conseils. Cela dit, voici ce que j'aimerais tout de même vous dire :

    1. Il me semble qu'il ne faut pas dramatiser. Votre vie ne dépend ni de vos études, ni de votre travail. Certes, les études et le travail que l'on exerce ont un impact réel sur notre vie, mais notre vie ne dépend pas de cela. Heureusement !

    2. Vous faites des études de droit et vous avez une passion pour l'art. Vous semblez aussi avoir des valeurs humanistes. Ne pourriez-vous pas allier les deux ? J'ignore si le droit de la propriété intellectuelle existe, mais si tel est le cas, cela pourrait-il vous intéresser ? Seriez-vous intéressée à l'idée de mettre vos compétences de juriste au service d'associations ou d'individus qui incarnent des valeurs auxquelles vous êtes sensible ? Peut-être pourriez-vous vous réorienter au sein même de votre discipline. Le droit ne se limite pas au droit privé.

    3. Votre vision de l'enseignement des lettres est très touchante, mais elle relève de la caricature. Vous parlez "d'enseigner les lettres dans une vie de tranquillité pour transmettre (votre) passion à des élèves en soif de savoir" ! Je suis prêt à parier que ce genre de déclaration ferait bien rire - ou du moins sourire - la plupart des enseignants. J'ignore si les enseignants qui fréquentent ce forum se retrouveront dans cette formule, mais en ce qui me concerne je ne m'y retrouve pas du tout. Pourtant, j'aime bien mon métier et je le vis plutôt bien. Une vision plus claire et plus juste du métier d'enseignant vous aiderait sûrement à faire le bon choix. Je ne crois pas que l'on réfléchisse correctement quand on met en balance les inconvénients d'une situation connue et les avantages d'une situation fantasmée.

    4. Si vous décidez de vous réorienter, pourquoi ne pas solliciter une entrée en L3 si cela est possible. Ainsi, vous bénéficieriez d'une année généraliste sans pour autant recommencer en première année. A l'université, j'ai une amie qui a fait ainsi après avoir commencé ses études par un cursus en musicologie. Malgré un début un peu différent, elle a obtenu l'agrégation de lettres du premier coup. Enfin, sachez qu'il n'est pas obligatoire de faire une classe préparatoire pour réussir quoi que ce soit. Le fait que beaucoup d'enseignants soient passés par la classe préparatoire ne signifie pas que la chose soit nécessaire. Ne pas avoir fait de classe préparatoire n'est pas rédhibitoire.

    5. Lorsque vous parlez d'enseigner les lettres, vous parlez à chaque fois d'enseigner à la fac. Or, vous devez savoir que les postes d'enseignants à la fac sont extrêmement rares. Parmi mes amis, un seul a réussi à obtenir un poste de maître de conférence après avoir fini sa thèse. Les autres, qui sont pourtant agrégés et parfois même docteurs, sont tous dans le secondaire. Quelques-uns essaient d'obtenir un poste en classe préparatoire. Vouloir devenir enseignant à la fac peut être un objectif, mais c'est un objectif que l'on ne peut pas poursuivre raisonnablement sans avoir de plan B. Lorsque l'on envisage de devenir professeur de lettres, il faut être prêt à enseigner dans le secondaire (y compris au collège), car c'est le lot de l'écrasante majorité des enseignants, y compris des agrégés. Toute proportion gardée, se lancer dans des études de lettres pour enseigner à la fac c'est un peu comme faire Sciences Po pour devenir ministre ou secrétaire d'Etat. C'est possible, mais c'est très incertain !

    Je vous souhaite bonne chance dans la suite de votre parcours.

    Au plaisir,
    FC.
  • Bonjour à tous ! J’ignore si vous verrez ce message étant donné les messages précédents datant d’au moins 1 an et plus, mais me voici en deuxième année de droit à me poser des questions concernant mon avenir. BESOIN DE CONSEILS EN URGENCE

    Avant de faire du droit, j’ai toujours désiré être avocate, sans avoir étudié de droit avant l’université. Arrivée en droit, les métiers de la justice ne m’intéressent pas, que ce soit l’avocature ou la magistrature. Ayant fait un bac littéraire, j’ai toujours eu d’excellents résultats dans les dominantes littéraires: français et littérature, langues, histoire. Ce sont des matières que j’ai énormément appréciées durant mes années lycées, sans compter les activités théâtrales qui m’ont permis de m’exercer à l’art oratoire.

    En droit, bien que la littérature subsiste dans la rédaction, il s’agit d’un raisonnement tellement différent, je dirais entre la littérature et la science exacte. Beaucoup de rigueur et de précision, un raisonnement logique auquel je me plie et que j’apprécie quelque part, certes.

    Cependant, la littérature me manque grandement: c’est surtout l’aspect de réflexion qui me manque. En droit, la solution sera A ou B, et c’est tout, il s’agit d’une réalité pratique. On explore, certes, les éléments autour de ce droit, car, avant tout, ce sont des humains qui sont au service de la loi: j’entends ici, la morale notamment. Il y a, ainsi, un énorme aspect critique sur les conséquences d’une décision au regard des parties concernées: la partie faible au contrat, par exemple, au regard de l’équilibre des parties, la logique indemnitaire en responsabilité civile, la bonne foi/mauvaise foi, etc, oui j’ai vraiment aimé mon cours de droit des contrats de L2 ^^.Cependant, la réalité apparaît différente, dans un monde où la recherche du meilleur salaire domine, et la prétention de certaines personnalités dans le monde du droit, on ne dépeint malheureusement plus cet aspect de réflexion, et de recul sur le droit. Ce qui compte sur la copie, c’est le résultat, et non plus l’aspect humaniste. Fort heureusement, bon nombre d’associations juridiques tendent à mettre en avant ce côté du droit: on pourrait parler de littérature juridique. Toutefois, la majorité semble détachée de cet aspect-là, et je me souviens même d’une réplique d’un chargé de TD en première année de droit constitutionnel (matière demandant pourtant une grande réflexion, surtout dans la théorie de l’État) qui disait très sûr de lui « le droit n’a rien à voir avec la morale, détrompez-vous ». « Il n’y a pas de morale dans le droit. »

    Ainsi, j’aimerais savoir si vous pensez qu’il est possible de bifurquer vers une L3 littératures, ou vaut mieux tout reprendre de 0 en L1 lettres modernes, afin de ne pas partir avec des lacunes.

    J’ai aussi la crainte quelque part d’avoir fait 2 années d’études pour un rien, mais je me rassure en me disant que beaucoup vont vers les classes prépas après le lycée (équivalent de 2 ans), pour reprendre en faculté de droit, en licence.

    J’attends vos réponses avec beaucoup de patience et de bienveillance, et surtout, je suis ouverte à toute opportunité. Merci à vous !

  • loglog Membre
    14 juin modifié

    Pourquoi ne pas bifurquer vers la philosophie du droit, et/ou l'histoire du droit, qui peuvent combiner un aspect plus réflexif à la même matière première ? Certes, cela n'ouvre pas énormément de débouchés, mais les lettres non plus en dehors de l'enseignement.

    Par ailleurs "rigueur et précision, un raisonnement logique" sont aussi, je pense, des qualités strictement nécessaires au travail en lettres ; en tout cas en lettres classiques.

  • Bonsoir @unejuristelitteraire, sache que je me trouve dans un cas similaire au tien. J'entame mon bac+5 en droit et je viens simultanément de m'inscrire en L1 de lettres modernes. Si tu veux qu'on échange sur le sujet, n'hésite pas à me contacter ! 😁

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