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Réponses

  • Il convient, je pense, de garder un minimum d'esprit critique vis à vis de ce rationalisme qui fait de la raison une faculté absolue. Est-il besoin de rappeler que c'est cette même raison qui permis la fabrication d'armes destructrices comme la bombe atomique ? Est-il besoin de rappeler quelles prouesses techniques il faut mettre en oeuvre pour organiser l'extermination massive d'une population ?

    Comme souvent, il faut ici nuancer son jugement et se garder de proposer un avis catégorique (Pour ou contre les Lumières) trop vite.
    Je prends pour exemple toutes ces "philosophies de l'histoire" qui diffusent l'idée (déjà largement répandue) que l'histoire de l'humanité a un sens: celui du progrès. Tout l'humanisme en est empreint. Hegel (pour qui la raison gouverne le monde) en est convaincu. Le marxisme creusera le sillon (même si Marx lui-même n'a jamais affirmé que l'histoire suive une progression linéaire).
    Et au final ? En lieu et place de ces "lendemains qui chantent" qui nous étaient promis, nous avons trouvé les purges et les goulags.

    "l’homme en bref enfin malgré les progrès de l’alimentation et de l’élimination des déchets est en train de maigrir" (Beckett)

    D'un autre côté, renier leur héritage serait fermer les yeux sur une période de l'histoire particulièrement riches en toutes sortes de productions artistiques ou philosophiques. Ce serait oublier tous ces hommes qui se sont battus pour des valeurs en lesquelles ils croyaient. Ce serait renier la beauté de leur combat pour la dignité de l'homme (Pour Pascal et Descartes c'est la pensée qui fait la dignité de l'homme, pour Voltaire c'est l'action). Amener l'homme à faire un usage autonome de sa raison c'est, à mon sens, une noble cause.
    En outre, les écrits que nous ont légués les philosophes des lumières gardent toute leur actualité. Relisez donc un "Candide". Quel vivacité dans l'écriture ! Et quel piquant !

    Même si on peut être tenté d'idéaliser ces auteurs, ils restent avant tout des hommes. Et comme tous les hommes ils sont habités de passions contradictoires: Voltaire était bel et bien tiraillé entre son profond respect de la dignité humaine et son amour pour l'argent. (Il a par exemple relancé l'économie du petit village de Ferney où il s'est installé, mais tandis que ses employés gagnaient tout juste de quoi vivre, il gagnait le centuple sans que cela ne lui pose aucun problème moral)

    En bref... Les Lumières ? Ni pour, ni contre, bien au contraire !
  • Au fond, à quoi peut-il bien servir d'être pour ou contre les Lumières, ou quelque mouvement que ce soit qui remonte à un si lointain passé?
    Plus intéressant est bien sûr d'essayer de comprendre en quoi nous leur sommes redevables, que ce soit en positif ou en négatif.
    Mais si elles devaient être réinventées aujourd'hui, quelle seraient-elles, ces Lumières? Et auraient-elles encore quelquechose à voir avec celles du XVIIIème?
  • "En fait, c'est un peu comme si on était passé de la bougie à l'électricité. Les peintres des grottes de Lascaux ou d'Altamira n'avaient pas l'électricité ; les artistes du Moyen-Age non plus. Pourquoi la "Renaissance" a-t-elle été baptisée ainsi ? Parce que c'était la redécouverte de la culture gréco-romaine que les moines avait soigneusement gardé dans leurs monastères et que les grand penseurs arabes, comme Averroès, sont venus réveiller en Occident. Le tournant qui s'est opéré à la Renaissance, c'est un changement radical du rapport entre la raison et la foi : la raison, au lieu d'être au service de la foi, prenait son autonomie par rapport aux autorités religieuses. Ce mouvement s'est poursuivi, et renforcé, avec le développement de l'esprit scientifique et technique, et les philosophies rationalistes, puis "laïques", jusqu'à parvenir à "l'humanisme athée". L'électricité est-elle supérieure à la bougie ?"
  • Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
  • Il faut en outre rappeler que les Lumiières, que l'on borne aux penseurs du XVIIIeme siècle, ont eu des prédecesseurs, et notamment ceux que l'on appelle "Les libertins érudits". Je pense plus particulièrement à Cyrano de Bergerac, Gassendi, Le Mothe la Vayer, Naudé, ... et les grands scientifiques (sceptiques ou non) qui ont su remettre en question des principes millénaires parfois, comme Vanini (brûlé), Bruno (brûlé), Galilée (presque brûlé), etc. Et avant eux, il y avait encore Montaigne. Et avant ce dernier, de nombreux philosophes des époques grecques et latines. Et avant eux, etc. Chaque époque a porté ses propres lumières. Les Lumières, c'est l'avenir en pensée. Maintenant, il nous reste plus qu'à savoir quelles sont (ou seront) les Lumières du XXIème siècle.

    dur, dur... :/
  • Je considère tout auteur qui "apporte" quelque manière différente de voir, quelque information supplémentaire, quelque réflexion supplémentaire, comme faisant partie des lumières.
    Averroès en fut une et bien d'autres philosophes musulmans et arabisants avant lui.
    Toute culture est porteuse de lumière; sans les Chinois, les Hindous, les Perses, les Egyptiens, les Grecs, en serions-nous là où nous sommes aujourd'hui, et les "Lumières" auraient-elles été ce qu'elles l'ont?
  • Que pensez-vous de ce jugement de Paul Guth, dans son Histoire de la littérature française :
    On descend du XVIIe au XVIIIe siècle comme on descendrait de l'Himalaya à la Beauce, du pays des géants à celui des pygmées. Au XVIIe siècle, des génies à crinière de lion traversaient des galeries de parade et se donnaient, réciproquement, un spectacle de magnificence. Au XVIIIe, tout se rétrécit : le cerveau, l'épée du gentilhomme, réduite à un dard d'insecte, la perruque, le jabot, les manchettes, les appartements, les passions, la voix, le style.
    Ce jugement n'est-il pas un peu excessif ? C'est vrai qu'on pense à lexemple de Molière et de sa Troupe. On pense aussi aux philosophes des Lumières qui, au nom de la raison, combattent la passion.
  • Pures foutaises ! CE jugement est... honteux. Comment dire que Voltaire est un pygmée par rapport à Molière ? Cela ne veut rien dire. En ce qui concerne la pymétification de la voix et des passions au XVIIIème, je ne peux que rappeler que Mozart, Haydn ou encore Bach sont des auteurs de ce siècle ! De plus les cerveaux sont loin d'avoir rétrécis au XVIIIème... Quelles absurdités !
  • Au moins ça fait réagir. ;) Moi aussi j'aime beaucoup Voltaire et les musiciens cités, même si l'auteur parlait surtout des écrivains. Finalement, on cherche toujours à comparer pour chercher le siècle qui fut le meilleur, le plus intelligent, le plus passionné, etc. Ca ne sert pas à grand chose.
    Mais les philosophes du XVIIIe eux-mêmes ont ainsi baptisé ce siècle "siècle des Lumières". Un de mes amis disait : "Ils étaient comme des gamins qui ne se sentent plus parce qu'ils ont osé s'affranchir de la tutelle pater-maternelle. Ou comme des poulains qui découvrent leur toute jeune force qui les fait galoper dans la prairie. Mais avec l'âge on revient à la raison et on se dit que les vieux n'avaient pas tort en tout."
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Krystyna et Mozart,

    On aurait tort de négliger l'avis de Paul Guth qui nous a quittés il y a peu. Ce Gersois, agrégé de lettres et écrivain qui a connu une certaine notoriété avec sa série des Naïfs inspirée de son expérience d'enseignant, est un fin connaisseur de la littérature.

    Si l'on examine ce qui est advenu à la tragédie, nous devons bien reconnaître que Voltaire est bien en dessous de Racine et de Corneille. D'une manière générale, la tragédie a connu son apogée pendant trente ans seulement au XVIIe siècle, puis a sombré au cours du XVIIIe. Le grand siècle est aussi celui des moralistes et de la perfection classique. Les envols du baroque héroï-comique cornélien et l'aura sacrée de la tragédie racinienne nous ont emmenés sur les hauteurs. C'est un siècle aristocratique, aux exigences morales élevées notamment dans le service du royaume.
    Le XVIIIe siècle nous fait entrer dans l'époque moderne avec les privilèges qu'il accorde à la désacralisation de l'aventure humaine et à la dérision, en particulier avec les premiers antihéros. Bien entendu, il ne s'agit que de tendances générales.
    Je ne crois pas que Guth méprise le XVIIIe siècle français, il préfère simplement l'élévation du siècle de Louis XIV, la gloire du classicisme français, donc une certaine forme d'élitisme exigeant. Il l'exprime tout simplement avec force, donc sans nuance.
  • Tu as raison Jean-Luc, et je ne veux pas remettre en question l'avis d'un éminent critique, qui connait certainement mieux la littérature que moi ; mais je crois que son manque de nuance me gène, car pour moi, il ne peut pas écrire haut et fort que le cerveau des intellectuels du XVIIIème est plus petit que celui des intellectuels du XVIIème. Les tragédies de Voltaire ne sont pas inférieures à celles de Racine (il faudrait tout de même nuancer quelque peu, je le concède) : la preuve c'est qu'elles furent les plus gros succès du XVIIIème .
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Mozart,

    Petit cerveau est une affirmation au milieu d'autres appréciations qui raccourcissent tous les aspects de la vie sociale.

    La science moderne nous a appris que l'intelligence n'était pas proportionnelle à la taille du cerveau. Guth n'a pas prétendu que le XVIIIe siècle était moins intelligent que son prédécesseur, seulement plus terre à terre, moins grandiose, que ses vues étaient moins élevées, plus partisanes. Il me semble que le mot cœur aurait été plus approprié. Le XVIIe siècle s'est montré plus métaphysique, plus aristocratique et moins bourgeois. Le XVIIIe siècle est bien celui de l'accession de la bourgeoisie à la conduite des affaires. Voilà ce que personnellement je crois comprendre dans ce rapetissement généralisé.
  • C'est l'AUFKLÄRUNG en allemagne, pas l'auflarung ...
    Je vu plusieurs fois cette erreur, et cela me semblait important de la corriger :)
  • Une bande de prétentieux au goître endémique menée par le plus vaniteux et plus insolent de tous :Voltaire! (rires)
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