Pourquoi parle-t-on des élèves ou des filières qui sont soit littéraires soit scientifiques ?

Bonjour,

Je me permets de relancer un sujet qui n'a pas eu de réponse.

Pourquoi parle-t-on des élèves ou des filières qui sont soit littéraires soit scientifiques ?

Un gros lourd de ma connaissance dit un jour « ce qui compte, c’est la logique », et vu le contexte de la discussion, il voulait magnifier les compétences des ingénieurs et des matheux au détriment des matières littéraires.
Mais en maths, on peut voir des pages où il est question de définitions, de théorèmes avec tout plein de signes voulant dire «implique que», « est équivalent à », « quel que soit », «il existe », etc. Des pages qui semblent démontrer des choses compliquées à partir d’autres choses compliquées mais qui semblent seulement car elles racontent n’importe quoi et sont tout à fait illogiques.

Dans un livre d'histoire, j’ai été épaté un jour parce que l'auteur démontrait en deux pages de texte français et sans signe cabalistique une chose très intéressante.
Dans le Wictionnaire, je lis pour l’étymologie de « science » :
« du latin scientia (« connaissance »), lui-même du verbe scire (« savoir ») ». Il y a donc, d’après moi, beaucoup de sciences dont le français, la philosophie, l’histoire etc. Des sciences qui utilisent des mots normaux et des phrases normales.

Ma question est : pourquoi beaucoup de gens parlent de sciences uniquement pour les maths, la physique, la chimie et compagnie ? Ou pourquoi un historien ne serait-il pas un scientifique ?

D’autres gens, mieux portés à attribuer à des gens sachant écrire des livres d’histoire ou de philosophie le titre de scientifiques parlent-ils alors pour les maths et autres le qualificatif « dur » : les « sciences dures » ou « exacte » : les « sciences exactes » ? L’histoire, le français ou la philosophie seraient-ils des sciences molles ? Ou ces domaines seraient-ils des sciences fausses ? Ces sciences s'appellent aussi des sciences humaines, pourquoi ?

Quelque chose m’échappe là-dedans.

Réponses

  • L’histoire, le français ou la philosophie seraient-ils des sciences molles ?
    Bien sûr que non, mais elles ne peuvent, je crois être qualifiées de sciences exactes.
    Voltaire le disait bien, dès qu'il s'agit de métaphysique, les hommes ne peuvent s'entendre.
  • JehanJehan Modérateur
    Des pages qui semblent démontrer des choses compliquées à partir d’autres choses compliquées mais qui semblent seulement car elles racontent n’importe quoi et sont tout à fait illogiques.
    Ces pages de démonstrations mathématiques te semblent raconter "n'importe quoi" parce qu'elles raisonnent dans l'absolu, sans se référer à des données concrètes. Mais ces raisonnements n'ont rien d'illogique, puisqu'ils peuvent être appliqués pertinemment à des cas concrets par les ingénieurs, les physiciens, etc. Enfin, bon, je laisse le soin de mieux t'expliquer ça à de plus matheux que moi.
  • Hippocampe a écrit:
    Mais en maths, on peut voir des pages où il est question de définitions, de théorèmes avec tout plein de signes voulant dire «implique que», « est équivalent à », « quel que soit », «il existe », etc. Des pages qui semblent démontrer des choses compliquées à partir d’autres choses compliquées mais qui semblent seulement car elles racontent n’importe quoi et sont tout à fait illogiques.
    Il ne s'agit pas là d'une question de science mais d'une question de formalisme. Les mathématiciens (physiciens, etc.) utilisent un formalisme particulier pour gagner en clarté, donc en efficacité ; nous faisons tous la même chose quand nous écrivons "2498" au lieu de "deux-mille-quatre-cent-quatre-vingt-dix-huit" : on voit immédiatement que la première option (l'usage de signes conventionnels) est plus facile à comprendre et à utiliser quand on en a l'habitude, et elle permet en plus de s'affranchir de la langue et des mots par lesquels on exprime la même idée abstraite (le même nombre). Et pourtant on peut toujours lire, mettre des mots sur "2498" en français, en allemand, en mandarin...

    Ce formalisme permet une grande efficacité qu'on met à profit en physique que la physique s'est mathématisée avec la révolution scientifique de la Renaissance, mais le même formalisme logique est employé en sémantique par exemple, ou dans tout domaine où on doit être particulièrement vigilant concernant les articulations logiques qui forment le corps du propos.

    Les sciences historiques par exemple s'en passent facilement parce que la thèse consiste (au hasard) à montrer en quoi telle ou telle chose peut être considérée comme une cause d'un événement. Autrement dit le sens des mots est usuel et la logique conventionnelle, on s'appuie sur des indices empiriques qui sont immédiatement partageables entre tous les hommes. Une thèse mathématique en revanche avance un raisonnement démontrant un énoncé où les articulations logiques et les définitions sont fondamentales ; par exemple, dans "la racine carrée de 2 ne peut pas être exprimée comme le quotient de deux nombres entiers", parce qu'il n'est fait référence à aucun objet empirique immédiatement partageable entre nous, rien ne garantirait qu'on parle bien de la même chose, sans définition ! De plus, la formulation "en français" ne donne pas vraiment d'indice pour une démonstration, alors que réfléchir à une expression formalisée rend les choses plus claires : "Quels que soient les nombres entiers qu'on considère, si on en divise un par un autre, le résultat est différent de la racine carrée de 2". (Au passage, on peut remarquer que l'argumentation avec des exemples, adaptée en histoire, est hors de question pour cet énoncé mathématique : on veut prouver que le résultat de la division est différent pour tous les nombres.)
    Hippocampe a écrit:
    Dans le Wi[k]tionnaire, je lis pour l’étymologie de « science » :
    « du latin scientia (« connaissance »), lui-même du verbe scire (« savoir ») ». Il y a donc, d’après moi, beaucoup de sciences dont le français, la philosophie, l’histoire etc. Des sciences qui utilisent des mots normaux et des phrases normales.
    L'étymologie, c'est le passé de la forme du mot et l'histoire des significations rattachées à cette forme, pas vraiment le présent de son emploi, qui est plutôt décrit par la définition, produite en fonction de l'usage (observé ou parfois souhaité) à un moment donné.
    Hippocampe a écrit:
    Ma question est : pourquoi beaucoup de gens parlent de sciences uniquement pour les maths, la physique, la chimie et compagnie ? Ou pourquoi un historien ne serait-il pas un scientifique ?
    Pourquoi l'usage (aujourd'hui) est-il ainsi ? On peut avancer plusieurs explications, dont principalement une perception différente par les locuteurs : quand on parle, on réfléchit assez peu, on prend les mots qui s'adaptent le mieux en fonction de la manière dont on perçoit ce qu'on veut exprimer. Idem pour "dur".

    Il ne me semble pas qu'on parle de "science humaine" pour le français, mais pour la linguistique oui. L'épistémologie s'intéresse à ce qui est appelé "science" ; l'auteur essentiel à ce sujet est sans aucun doute Popper :) .
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