Si le théâtre est producteur d'émotion, c'est qu'il est miroir du monde...

Bonjour,

J'ai eu ce sujet de dissertation à rendre et je suis complètement bloqué: "Si le théâtre est producteur d'émotion, c'est qu'il est miroir du monde, mais miroir étrange: il rapproche, il grossit, il syncope. Chez lui, l'impossible est roi, il travaille avec, il est fait pour le dire: il est le lieu où figurent ensemble les catégories qui s'excluent: les contradictions du réel y trouvent leur place mais au lieu de les camoufler, il les exhibe." Commentez cette citation de Anne Ubersfeld.

J'ai travaillé sur l'analyse du sujet évidemment et j'ai un plan mais j'ai l'impression que mon raisonnement ne va pas assez loin ou même que je suis hors sujet, pourriez vous m'aider ?

problématique: De quelle manière le théâtre devient-il un moyen de relativiser la réalité, comment le théâtre devient-il un exutoire ?

I. Le théâtre est représentatif de la réalité
- mimesis
- satirique
-didactique

II. Un monde de convention pour dire l'impossible
- esthétique du texte
- limites des règles des trois unités et de la vraisemblance
- l'illusion

III. Le lieu de toutes les contradictions
(et la je bloque) parce que je ne sais pas trop quoi dire ou si mais ça peut revenir dans le II.

Pouvez vous me dire ce que vous en pensez ? Si je fais fausse route ou s'il y a un moyen de nuancer et de rendre mon plan plus pertinent ?
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Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour,

    C'est un bon début.

    Cependant une partie importante est passée sous silence "le théâtre est producteur d'émotion".
    Vois la poétique d'Aristote https://www.wikiwand.com/fr/Po%C3%A9tique_(Aristote)

    Ensuite le thème du miroir déformant est peu exploité en tant que tel.

    Enfin le heurt entre certaines notions n'est pas vraiment identifié : vraisemblance et vérité, macrocosme et microcosme, réalité et art (choix, focalisation sur le personnage)...

    Il te faut reprendre la problématique à partir des notions de plaisir, d'imitation déformante, de vérité esthétique... Le paradoxe est bien que la mimesis débouche sur une autre réalité plus signifiante.
  • Merci de ta réponse,

    Alors, je reprends ces termes dans un autre plan que j'ai supprimé ensuite parce que je m'embrouillais les pinceaux:

    Problématique: comment le théâtre, à travers un reflet du monde qu'il déforme, parvient-il à créer l'émotion chez le spectateur ?

    I. Le théâtre est représentatif d'une réalité sociale, qu'il déforme jusqu'à la caricature

    II. (ambiguïté de la vraisemblance par rapport au réel) Mais c'est une belle caricature, une caricature qui distraire, qui plait

    III. Cette ambiguïté permet au spectateur de prendre conscience de lui en étant confronté à ses contradictions.

    Que veux-tu dire par vérité esthétique ?
  • Sur quel exemples vous appuyez-vous ? Quelles pièces avez-vous lues ? A combien de représentations théâtrales avez-vous assisté ?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    La problématique est meilleure, mais encore imparfaite.

    D'abord le plaisir esthétique : la réalité à l'état brut ne produit que rarement le plaisir parce qu'elle est informe, confuse et souvent laide ou repoussante. Or le théâtre est une imitation de la réalité. Pour qu'il puisse produire ce plaisir qui fait défaut à la réalité, il va la déformer selon des règles propres au genre. L'art va ainsi produire un plaisir esthétique.

    Maintenant revenons-en à la déformation.
    Tu as choisi la caricature sociale, mais ce n'est qu'une toute petite partie de la déformation.
    Ces distorsions sont
    - la contraction du temps,
    - la contraction de l'espace,
    - la focalisation sur le personnage,
    - la révélation de l'intériorité,
    - la symbolisation,
    - l'invitation faite au spectateur de se transformer en voyeur puis en juge,
    - parfois l'irruption d'un au-delà de l'homme...

    Finalement la vérité théâtrale consiste à nous révéler quelque chose de l'homme...
  • Les exemples sur lesquels je m'appuie me viennent au fur et à mesure de la rédaction de mon plan (pièces de théâtre antiques et classiques le plus souvent)

    j'ai lu plusieurs pièces: Sophocles (Antigone), Plaute (La comédie fantôme), j'ai lu la Poétique d'Aristote, plusieurs pièces de Corneille (Le Cid, Médée, l'Illusion Comique), Shakespeare (Roméo et Juliette, Hamlett), la vie est un songe (Calderon), Molière (Tartuffe, Dom Juan, l'Avare, Le malade imaginaire, les femmes savantes), Ben Jonhson (Volpone), Hugo (Hernani, Ruy Blas), Phèdres (Racine et Sénèque) et d'autres qui ne me viennent pas en tête.

    j'ai aussi lu beckett, Fin de Partie et l'Eden Cinéma de Duras (mais très peu d'œuvres récentes)

    J'ai vu très peu de représentations (quelques unes des représentations des oeuvres citées précédemment sur YouTube) - Je vais remédier à cela d'ailleurs :)


    Jean Luc: je comprends, il est vrai que j'ai voulu être trop rapide ! Pour la devinette, je réfléchie mais je ne vois pas ... je manque peut être de sensibilité théâtrale ? Pour moi, le théâtre nous apprend que l'homme est plein de contradictions mais je ne pense pas que ce soit la réponse attendue --'
  • Le théâtre est producteur d'émotion par le jeu des acteurs. N'oubliez pas cette composante essentielle.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Il n'y a pas de devinette.
    Le théâtre focalise sur l'homme, ne serait-ce que par la mimesis des acteurs.
    Nos regards sont portés sur l'homme et sur sa vérité intérieure révélée par le texte et le jeu des acteurs.
    Le dramaturge peut pointer sur les contradictions humaines, mais pas seulement. La lorgnette examine aussi les souffrances, les ridicules, les espoirs, la quête d'un salut, les angoisses...
  • Donc la problématique doit s'axer sur le fait que le théâtre se focalise sur l'homme dans tous ses aspects ?

    Comment le théâtre, à travers un reflet du monde qu'il déforme, parvient-il pousser à son paroxysme les réflexions de l'homme sur lui-même ?
  • Le théâtre : miroir fidèle ou déformant ?
    Dans votre vie à vous, rien n’arrive. Rien qui aille d’un bout à l’autre. Rien ne commence, rien ne finit. Ça vaut la peine d’aller au théâtre pour voir quelque chose qui arrive. Vous entendez ! Qui arrive pour de bon ! Qui commence et qui finisse !
    Paul Claudel. In L’échange, pièce en trois actes.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Tu progresses.

    Pourquoi (ou à la rigueur comment) le théâtre est-il conduit à déformer la réalité qu’il prétend imiter pour produire une vérité forte et signifiante sur l’homme ?
  • Pour compléter la citation de Floréale :
    LECHY ELBERNON. (elle prend position et en avant la musique !). — Il y a la scène et la salle.
    Tout étant clos, les gens viennent là le soir et ils sont assis par rangées les uns derrière les autres, regardant.
    Regardant.
    MARTHE. — Quoi ? Qu'est-ce qu'ils regardent puisque tout est fermé ?
    LECHY ELBERNON. — Ils regardent le rideau de la scène.
    Et ce qu'il y a derrière quand il est levé.
    Attention ! attention ! il va arriver quelque chose !
    Quelque chose de pas vrai comme si c'était vrai !
    MARTHE. — Mais puisque ce n'est pas vrai !
    LECHY ELBERNON. — Le vrai ! Le vrai, tout le monde sent bien que c'est un rideau !
    Tout le monde sent bien qu'il y a quelque chose derrière.
    THOMAS POLLOCK NAGEOIRE. — Un autre rideau ?
    LECHY ELBERNON. — Une patience ! Ce que nous appelons une patience !
    Quelque chose qui fait prendre patience ! Un rideau qui bouge !
    Dans votre vie à vous, rien n'arrive. Rien qui aille d'un bout à l'autre. Rien ne commence, rien ne finit.
    Ça vaut la peine d'aller au théâtre pour voir quelque chose qui arrive. Vous entendez ! Qui arrive pour de bon! Qui commence et qui finisse !
  • Merci beaucoup ! :)

    Du coup pour le plan:

    I. Une réalité déformée
    - caricature sociale
    - les unités de temps et de lieu
    - focalisation sur le personnage
    - focalisation dans l'époque
    - symbolisation

    II. Déformée dans le but de produire l'émotion
    - jeu d'acteur
    - catharsis
    - plaisir esthétique
    - travail du texte
    - thème choisi

    III. atteinte de la vérité absolue ?
    - conscience de soi
    - illusion et réalité

    Mais où dois-je mettre la portée didactique et satirique du théâtre ?

    Je suis désolée, j'ai vraiment du mal avec ce sujet --'
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    J'essaierai de répondre plus tard.
  • D'accord merci beaucoup pour ta patience :)

    Je tente un autre plan

    I. le théâtre comme représentation du monde
    a) tentative de reproduction de la vie (mimésis)
    b) fonction didactique du théâtre
    c) pouvoir de révélation

    II. réalité dépassée par le théâtre
    a) illusion de la réalité
    b) la vraisemblance
    c) le plaisir esthétique

    III. de l'émotion à la réflexion
    a) enjeux cathartiques
    b)
    c) connaissance d'une vérité absolue

    un peu d'aide pour me dire s'il vaut quelque chose ?
  • Le théâtre est aussi le lieu d'émotions collectives. Le spectateur fait partie du public qui réagit.
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