Bonjour,

Ne serait-il pas possible d'inscrire ici :

1/ les poèmes des internautes

2/ les poèmes de nos auteurs préférés

plutôt que de les trouver au hasard du site, répartis un peu partout ?

Merci.
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Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    Normalement, cette rubrique est consacrée à l'historique et au fonctionnement du site.
    Il me semble que nos poèmes personnels seraient mieux placés en "Sujets variés".
  • webmestrewebmestre Administrateur
    Bonjour,

    En effet, la rubrique "sujets variés", mal intitulée, regroupe entre autres les textes littéraires écrits par les internautes.
  • OK. Donc, on pourra désormais trouver dans "Sujets variés", la rubrique "Poèmes divers".
  • En hommage à Yves Bonnefoy :
    La salamandre surprise s'immobilise
    Et feint la mort.
    Tel est le premier pas de la conscience dans les pierres.
    Le mythe le plus pur,
    Un grand feu traversé, qui est esprit.


    La salamandre était à mi-hauteur
    Du mur, dans la clarté de nos fenêtres.
    Son regard n'était qu'une pierre,
    Mais je voyais son cœur battre éternel.


    O ma complice et ma pensée, allégorie
    De tout ce qui est pur,
    Que j'aime qui resserre ainsi son silence
    La seule force de joie.


    Que j'aime qui s'accorde aux astres par l'inerte
    Masse de tout corps,
    Que j'aime qui attend l'heure de sa victoire,
    Et qui retient son souffle et tient au sol.


    Du mouvement et de l'immobilité de Douve,
    éd. Mercure de France
  • Un hommage à Christine de Pisan, première femme de lettres française (même si elle est née en Italie) d'une part, à vivre de sa plume d'autre part. En son temps, c'est remarquable.
    Seulette suis, sans amis demeurée

    Seulette suis, sans amis demeurée
    Seulette suis et seulette veux être,
    Seulette m'a mon doux ami laissée.
    Seulette suis, sans compagnon ni maître, Seulette suis, dolente et
    courroucée,
    Seulette suis, en langueur malaisée,
    Seulette suis, plus que nulle égarée,
    Seulette suis, sans ami demeurée.
    *
    Seulette suis à huis ou à fenêtre,
    Seulette suis en un anglet muciée,
    Seulette suis pour moi de pleurs repaître, Seulette suis, dolente ou apaisée,
    Seulette suis, rien qui tant messiée,
    Seulette suis, en ma chambre enserrée,
    Seulette suis, sans ami demeurée.
    *
    Seulette suis partout et en tout aître,
    Seulette suis, que je marche ou je siée, Seulette suis, plus qu'autre rien
    terrestre, Seulette suis, de chacun délaissée,
    Seulette suis, durement abaissée,
    Seulette suis, souvent toute éplorée,
    Seulette suis, sans ami demeurée.
    *
    Princes, or est ma douleur commencée
    Seulette suis, de tout deuil menacée,
    Seulette suis, plus teinte que morée,
    Seulette suis, sans ami demeurée.
    *
    Seulette suis, sans amis demeurée.
  • Extrait de Dans le leurre des mots ...

    Ô poésie,

    Je ne puis m'empêcher de te nommer

    Par ton nom que l'on n'aime plus parmi ceux qui errent

    Aujourd'hui dans les ruines de la parole.

    Je prends le risque de m'adresser à toi, directement,

    Comme dans l'éloquence des époques

    Où l'on plaçait, la veille des jours de fête,

    Au plus haut des colonnes des grandes salles,

    Des guirlandes de feuilles et de fruits.


    Je le fais, confiant que la mémoire,

    Enseignant ses mots simples à ceux qui cherchent

    À faire être le sens malgré l'énigme,

    Leur fera déchiffrer, sur ses grandes pages,

    Ton nom un et multiple, où brûleront

    En silence, un feu clair,

    Les sarments de leurs doutes et de leurs peurs.


    Yves Bonnefoy
  • fandixhuit a écrit:
    Un hommage à Christine de Pisan, première femme de lettres française (même si elle est née en Italie) d'une part, à vivre de sa plume d'autre part. En son temps, c'est remarquable.

    Sans oublier Marie de France, dont on connaît bien les lais et de nombreuses autres femmes troubadours. J'ai cité Christine car vivre de sa plume, donc être une "femme publique" me paraît fort courageux à cette époque.
  • Dans les jardins les grands lis se referment
    une puis deux puis trois
    pauvres fleurs tombées en pâmoison
    dans une mer de brume et de sanglots
    fleurs qui naissez des larmes
    tendez votre corolle.
  • Tu te coucheras sur la terre simple,
    De qui tenais-tu qu'elle t'appartînt ?


    Du ciel inchangé l'errante lumière
    Recommencera l'éternel matin.


    Tu croiras renaître aux heures profondes
    Du feu renoncé, du feu mal éteint.


    Mais l'ange viendra de ses mains de cendre
    Etouffer l'ardeur qui n'a pas de fin.


    Y.B.
  • Si j'avais su



    Si j'avais su, ma sœur, qu'un volcan peut garder – pour lui – sa foudre,

    si longtemps que des arbres et des herbes peuvent, à nouveau, pousser sur ses pentes,

    si j'avais su qu'une ville peut nous habiter,

    avec tant de force que l'on croit, pour finir, y avoir appris la parole,

    si j'avais su que le corps de celle ou de celui qu'on aime, est plus imposant à prendre avec soi

    que la Taïga russe,

    que ce corps est un soleil nocturne, avec son vent et l'incendie au fond des yeux,

    si j'avais su qu'on a parfois des soifs de Chaman, de chèvres sèches,

    des soifs de montagne,

    et qu'il nous vient des bouches de tous les continents,

    si j'avais su qu'il faut, chaque syllabe, s'émanciper encore,

    si j'avais su que le nom d'étranger désigne celle et celui qui apportent une nouvelle,

    si j'avais su qu'il est si bon de manger – couché sous l'arbre – les fruits tombés au sol

    et de dormir, le ventre plein, aux heures qui blanchissent la roche !

    Si j'avais su que l'océan roule sur ses vagues

    qu'en plissant les yeux, entre nos cils, on peut y entrevoir, riant avec les naufragés,

    de grands chevaux à vif,

    si j'avais su que mes deux yeux voyaient deux mondes ensemble,

    si j'avais su que l'écriture est une riposte de la nuit,

    pour se donner des yeux pointus

    et qu'il existe des hasards beaux comme des lanternes de folie,

    si j'avais su que l'amour fou apprend à compter dans d'autres langues,

    si j'avais su que nous serions 100 000 à nous battre,

    comme des camarades d'un même souffle, avec cette même joie au bord des yeux,

    si j'avais su qu'on n'en a jamais fini de naître,

    qu'il faut apprendre à inventer son corps et à parler avec ses os,

    si j'avais su qu'il existait un poète appelé Maïakovski,

    si j'avais su que sa poésie ferait fleurir les morts qui dorment dans mes bottes

    et que j'en serais changé en forêt murmurante,

    si j'avais su qu'il faut changer de sexe,

    s'en donner de très grands et d'autres sans emphase,

    si j'avais su que les colombes viennent chanter, le matin, quand les corbeaux se sont tus,

    avec l'hiver qui s'en va

    et que ce chant accompagne toute la journée !

    si j'avais su que l'on pouvait aimer jusqu'à oublier le nombre de ses doigts,

    si j'avais su que les forces vives se télescopent là où le mouvement ne s'arrête pas,

    si j'avais su qu'arrivé au bord de certains fleuves, je ne pourrais imaginer l'autre rive,

    si j'avais su que les chiffres deviendraient des oiseaux,

    le jour où j'aurais compris les mathématiques.





    Si j'avais su tout cela, ma sœur, je n'aurais pas eu besoin de vivre.


    Samaël Steiner
  • Au pied des fleurs laissées jaillira notre stèle
    Dans mille cœurs blessés des ombres immortelles
    Luiront dessus les chœurs de Nissa la bella
    Je me tiens parmi ceux qui seront tombés là

    Pauvres enfants meurtris douleur inconsolée
    Amis venus d'ailleurs mon peuple désolé
    Un trait sanguinaire a voulu rompre ta foule
    Fou qui croit tel dessein ton âtre nul ne foule

    Au sein de la cité nous nous sommes levés
    En regardant demain pour nos peurs enlever
    Un rayon d'azur croît dans nos colliers de pleurs
    Chérissons-le toujours contemplez son ampleur
  • Les terrasses, étranges, boitent :
    Les pintes éparses, en sang,
    Peuplent l’océan des chairs moites.
    Tant de couvertures en rang…

    Les ombres des images atroces
    Soufflent sur l’âtre du souvenir…
    Toujours rouges, honteuses, féroces,
    Pleines des larmes de l’avenir.

    Paris pesante écrase les sourires,
    Silencieuse… Et Bruxelles aussi
    S’en vient pleurer les meurtres des martyres.
    Ankara, Bamako… Deuil infini.

    Mais vos gueules, journaux, longues gerbes verbeuses !
    Nous ne savons plus vivre avec ce vague effroi :
    Crever sur le trottoir, dans les merdes bourbeuses,
    Sous le coup de versets mollardés dans l’air froid…

    Les vers perdus dans la blessure immense
    Des attentats meurent avec Alep…
    Vois l’Occident sombrer dans la démence !
    Chaque matin pique comme une guêpe.

    Paris prétend retrouver la vie…
    Mais tout sonne faux. Tout est fêlé.
    Les fleurs funèbres ôtent l’envie
    De vivre avec l’espoir mutilé.

    Là-bas gît la lyre brisée,
    Au Bataclan, dans les bars secs,
    Les flots de sang, traumatisée.
    Allons… Il faut chanter avec.
  • Quel brûlot de poème !

    Si celui-ci est de vous, pourquoi l'avoir encadré ?
  • Dans un souci de mise en valeur, tout simplement. Mea culpa... Brûlot dans quel sens ?
  • Car sa lecture me procure des effets semblables à ceux de l'absinthe, et que l'emploi de ce terme m'économise ainsi d'en dire plus ici.

    Il symbolise également à mon sens quelques vers de ce poème, au delà de leur dureté, dont pour exemple :

    Anikètos a écrit:
    Mais vos gueules, journaux, longues gerbes verbeuses !
  • MON PAYS

    Je vous viens d'un pays en dedans des souffrances
    Où je dois me créer grâce à mes créatures ;
    J'y possède depuis mon premier souvenir
    Un cheval immobile qui mâche de biais
    Son trèfle et j'y possède ce trèfle qui lui tire
    En gamin sur les dents pour être enfin mangé.


    Dans ce pays en dedans des souffrances,
    Le chuchotis du Temps n'alourdit plus les branches,
    Les mots tombent de moi, sans poids, plus nuls qu'un songe
    Où jamais ne s'émut que le remous d'une ombre;
    Trop imagés de mort pour n'être pas présages,
    Mes héros délivrés m'ont laissé leurs blessures.


    Dans ce pays en dedans des souffrances,
    Voici ma joie, oui, joie, - semblable à ma torture :
    J'y murmure très seul des silences plus ténus
    Que moi-même ou parfois, triste plaisir trop pur,
    Au paradis de l'art d'où nul ne revient plus,
    Je poursuis sans nul but l'aventure des nues.


    Seuls les jeux des oiseaux, des ruisseaux, des herbages,
    M'aident lorsque je veux descendre en votre sang
    Pour céder tous mes cris à l'amour des vivants,
    (Oh ! pleurs, détruirez-vous d'eux à moi la distance ?)
    A l'amour des passants, moi qui suis de passage
    Et qui ne prétends plus qu'à mon trop haut tourment.


    Et lorsqu'au sol enfin j'accède en égaré,
    J'y suis contrebandier d'indicibles souffrances
    En me cachant de tous je les porte au marché,
    Contre elles dans un coin je demande en silence
    De ce vin qu'il me faut pour ne pas trop pleurer,
    Mais je n'insiste pas, je suis contrebandier.

    Armand Robin Ma Vie Sans Moi, Pays (1ère partie)

    Avant sa publication en volume,
    ce poème est paru d'abord dans la revue Volontés en mai 1939.
  • Te prendre et te perdre
    crier encore ton nom aux approches du sommeil
    te prendre et te déprendre
    plus belle et plus radieuse
    quand le soir saigne au bord des routes.
  • Bourdon

    S'il arrive qu'un jour Elle frappe à sa porte
    Le réveil en silence égrènera l'absence
    L'horizon déchiré qu'un mauvais vent emporte
    S'obscurcira encor comme un jour de potence

    S'il arrive qu'un jour Elle chasse l'été
    Ne laissant que mains vides et la mémoire en feu
    Sans soleil et sans lune dans un monde à côté
    A l'étoupe du gris il gommera le bleu

    S'il arrivait qu'un jour il oubliait de vivre
    Sur fond de cor de nuit dans la maison sans fleurs
    Il faudrait bien que vienne en lui après le givre
    Un matin de chagrin de toutes les couleurs
    Voyageurs
    Sûrs de nos moyens, nous ne devrions pas dénigrer mais coudoyer le monde, ne pas le brutaliser ni le certifier sottement, mais lui marquer combien nous lui sommes attachés, et sans l’avoir spacieusement produit. Nous garderions indemne vers l’intérieur une étoile naine au bord de son nid, tel un enfant forestier dans le carré de son abri, tandis que ses parents abattraient à la hache le seul bois nécessaire à leur convenance.
    Hommes aux vieux regards, nous vous en prions : au va et vient du dur pendule, faites fermenter. Sans trop d’aigreur ni de secousses, sans trop de haine ni trop d’idéal.
    Monde aux bleus regards, te voici lavé, rêvant l’avenir. Et quelles miroitantes oreilles !

    René Char 1980 Effilage du sac de jute
  • Un jour dans la rue j’ai vu
    d’abord une très jeune femme qui tenait l’amour en laisse
    puis un vieux monsieur avec un col qui faisait peur
    qui s’amusait beaucoup
    tirés par leur maîtresse les petits chiens jappaient
    et l’un d’eux comme à l’accoutumée perdit son collier juste sous mes doigts
    non ce ne sont pas des perles, juste des petites attaches qui tiennent dur à la chair
    - Et vous fouillez souvent les ordures de la ville ?
    - Pour y trouver de quoi rompre ma peine
    dans le collier un coquillage pas une vaine étoile
    mais rassure-toi ta main reverra la nuit
    dans ce coquillage aux cercles éblouissants
    il y a ta voix tes yeux
    si beaux qu’on dirait des noctuelles
    l’aube s’étend à tes pieds nappe posée sur le silence des mondes
    descends vite l'amour pleure
  • Un poème de rentrée ?
    Grammaire

    Peut-être et toujours peut-être
    adverbes que vous m'ennuyez
    avec vos presque et presque pas
    quand fleurissent les apostrophes

    Et vous points et virgules
    qui grouillez dans les viviers
    où nagent les subjonctifs
    je vous empaquette vous ficelle

    Soyez maudits paragraphes
    pour que les prophéties s'accomplissent
    bâtards honteux des grammairiens
    et mauvais joueurs de syntaxe

    Sucez vos impératifs
    et laissez-nous dormir
    une bonne fois
    c'est la nuit
    et la canicule.


    Philippe Soupault
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