Expressions dans une lettre de Verlaine à Rimbaud

Bonjour,

J'aurais besoin d'une aide à la compréhension (ou à la vérification) sur quelques points de la lettre de Verlaine à Rimbaud suivante, je me permets d'intervenir dans le texte:

(3 juillet 1873)

En mer

Mon ami,

Je ne sais si tu seras encore à Londres quand ceci t’arrivera. Je tiens pourtant à te dire que tu dois, au fond, comprendre, enfin, qu’il me fallait absolument partir, que cette vie violente et toute de scènes sans motif que ta fantaisie ne pouvait m’aller foutre plus !
***** ne pouvait m'aller foutre plus!
J'ai un peu de mal avec cette construction. Je comprends qu'il n'en peut plus.
Seulement, comme je t’aimais immensément (Honni soit qui mal y pense !) je tiens aussi à te confirmer que si – d’ici à 3 jours, je ne suis pas r’avec ma femme, dans des conditions parfaites, je me brûle la gueule : 3 jours d’hôtel, un rivolvita, ça coûte : de là, ma « pingrerie » de tantôt. Tu devrais me pardonner. – Si, comme c’est trop probâbe,
***** Probâbe = probable, c'est du belge c'est ça ?
je dois faire cette dernière connerie, je la ferai du moins en brave con. – Ma dernière pensée, mon ami, sera pour toi, pour toi qui m’appelais du pier
***** Pier= quai, jetée ?
tantôt, et que je n’ai pas voulu rejoindre, parce qu’il fallait que je claquasse — ENFIN !

Veux-tu que je t’embrasse en crevant?

Ton pauvre

P. Verlaine

(...)

Avec mes remerciements d'avance si quelqu'un peut m'éclairer.

Bonne soirée.

Christophe

Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    Bonsoir.

    ne pouvait m'aller foutre plus = ne pouvait vraiment plus me convenir.
    Ici, foutre est une simple interjection utilisée comme adverbe, et servant à renforcer le terme qui suit.
    Autres exemples trouvés dans le Trésor de la langue française :
    B. [Foutre se trouve inséré dans l'énoncé] Ghil est un imbécile. Moréas N'en est foutre pas un lui (VERLAINE, Œuvres compl., t. 3, Invect., 1896, p. 317). Les jours de bataille, j'ai toujours été volontaire pour aller à l'abordage et ce n'était foutre pas pour les beaux yeux du roi (AYMÉ, Vogue, 1944, p. 167)

    Je pense que l'écriture "probâbe" est une simple fantaisie épistolaire de Verlaine.

    Un pier est effectivement une jetée (en terme de marine) ou un quai perpendiculaire à l'axe d'un fleuve.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Ckrystobal a écrit:
    ***** Probâbe = probable, c'est du belge c'est ça ?
    Plutôt la prononciation parisienne populaire, je pense, du moins pour la disparition du "l". Moins sûr pour l'accent circonflexe.
  • Après avoir effectué une recherche, j'étais tombé sur ceci:

    [url]https://books.google.fr/books?id=axjIa7plSXEC&pg=PA160&lpg=PA160&dq=probâbe&source=bl&ots=vFQXw4frfv&sig=mlASCjVv9STBZPsxj7_3exsOcUo&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwju24jd267NAhUKI8AKHcvHCCsQ6AEIHDAA#v=onepage&q=probâbe&f=false[/url]

    Et étant donné que Bruxelles faisait partie de leur périple, j'en avait fait cette interprétation...

    Merci à tous pour vos interventions.

    Christophe.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Oui, c'est plus convaincant.
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