Grammaire française Participe passé

Bonjour,

Je suis toujours gêné par l'emploi du conditionnel dans un récit au passé dans certains cas, alors qu'il semble que ce soit l'usage en littérature.

Un exemple : "Pierre, qui serait le père de ses deux enfants, devint l'amant de Françoise."
J'aurais plutôt écrit : "Pierre, qui sera le père de ses deux enfants, devint etc."

Avec l'emploi du conditionnel, on émet un doute sur la paternité de Pierre, ce qui est un contre-sens ici. L'emploi du futur est, par contre, sans équivoque.
Je viens pourtant de lire une phrase équivalente dans les mémoires d'un écrivain, par ailleurs agrégé de lettres.
Qu'en pensez-vous ?
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Réponses

  • Il ne s'agit pas de la valeur modale du conditionnel, qui exprimerait une hypothèse, mais de sa valeur temporelle de futur dans le passé.
    C'est plus net avec devenir : "Pierre, qui deviendrait le père de ses deux enfants, devint l'amant de Françoise."
  • Les deux temps peuvent s'employer, avec une petite nuance entre les deux, que Wagner et Pinchon présentent de la façon suivante :
    Le narrateur évoque au moyen du futur des faits qui sont passés par rapport à lui, mais qui étaient à venir par rapport au moment où se situe l'histoire racontée". Puis : "Dans les narrations historiques, le conditionnel entre quelquefois en concurrence avec le futur. Comme le futur, il traduit une relation chronologique de postériorité. A la différence du futur, il présente un fait comme étranger à l'actualité soit du narrateur, soit du personnage mis en scène.
    http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2010/03/15/conditionnel-historique/
    http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2010/03/22/ceci-est-bien-une-pipe/
  • paulangpaulang Membre
    Dans ce cas, ce serait donc un fait étranger à l'actualité du personnage tant il est certain (quoi que par les temps qui courent) qu'il n'a pas eu les deux enfants avant d'être amant, l'actualité étant qu'il devint amant ?
    L'emploi du conditionnel est ici bien compliqué quand le futur, qui ne pose aucun problème de compréhension, exprime exactement la même chose.
  • Disons que ça ne donne pas tout à fait la même impression - Vous ne sentez pas la différence ?
  • paulangpaulang Membre
    Principales valeurs du conditionnel présent :
    Futur du passé = Le fait se déroule dans l’avenir par rapport à un fait du passé.

    Principales valeurs du futur simple :
    Futur historique = Un fait passé situé après d’autres faits passés.

    Pour voir une différence dans ces définitions avouez qu'il faut quand même être "pinailleur". Attention, cela n'est pas bien vu ici. ;)
  • :)
    Oui, bien sûr dans les deux cas il s’agit d’évoquer des faits postérieurs à un point de référence, mais – j’ai laissé plus haut la parole aux pros, je dis maintenant les choses à ma façon – avec le futur j’ai l’impression qu’on se contente de me donner une information de façon neutre et/ou que l’évènement futur appartient à un futur pas trop éloigné par rapport au point de référence et/ou que cet évènement était plus ou moins prévu, qu'il faisait partie de l'ordre des choses.
    Avec le conditionnel, je trouve qu'on a une dimension plus prophétique et/ou plus emphatique et/ou que l’évènement appartient à un futur plus lointain et/ou qu'il était pas tout à fait dans l'ordre des choses.

    Pour vous, la phrase est la même (non pas dans son sens, on est bien d'accord, mais dans sa coloration) quel que soit le temps employé ?
  • paulangpaulang Membre
    "Pierre, qui serait le père de ses deux enfants, devint l'amant de Françoise."
    "Pierre, qui sera le père de ses deux enfants, devint l'amant de Françoise."
    Pour ma part, avec une valeur futur du passé je ne ressens pas de nuance probante entre ces deux temps. C'est pourquoi je verrais davantage dans ce conditionnel l'expression d'une incertitude quant à la paternité (le narrateur ne sais pas). D'ailleurs, laquelle des deux personnes représente ses ? En principe Françoise, mais qui sait ! :)
    A vrai dire, je pense surtout que le conditionnel est ici difficilement justifiable.
  • LaoshiLaoshi Membre
    Je trouve que tu as raison.
    La première phrase est équivoque.C'est-y le père ou non, qu'en sait-on, mon bon monsieur ?
    Pour enlever ce doute, il faudrait rajouter un mot du style plus tard, par la suite
    ...Pierre, qui serait plus tard le père de ses deux enfants, devint l'amant de Françoise.
    Et d'ailleurs, pourquoi ne pas écrire plus simplement :
    Pierre devint l'amant de Françoise, elle en eut deux enfants.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Pierre devint l'amant de Françoise, elle en eut deux enfants.
    ou
    Pierre devint l'amant de Françoise, dont il eut deux enfants.
    Question de point de vue !
  • Pourquoi tant d'imagination envers ce qui n'est que l'application de la règle normale de concordance des temps, et non la mode, souvent critiquée, du futur de narration ?
  • LaoshiLaoshi Membre
    Pierre devint l'amant de Françoise, dont il eut deux enfants.
    Question de point de vue !
    Oui, question de point de vue. Pour moi, ce sont les femmes qui accouchent. Ces enfants-là, on est sûr que Françoise les a eus, tandis que Pierre, ah, Pierre... peut-être a-t-il abandonné Françoise, sans savoir même qu'elle avait accouché de jumeaux de son fait...
    Bon, je délire.
  • DeliaDelia Membre
    Pierre serait le père : c'est ce qu'on murmure en ville, les gens sont si méchants...
  • paulangpaulang Membre
    Je ne mettais pas la fidélité de Françoise en cause, je soulignais seulement, à tort ou à raison, que ses peut tout aussi bien représenter Pierre.
    Car enfin, qui serait le père de ses enfants est une expression curieuse. Les enfants appartiendraient à la femme et pas à l'homme qui serait cantonné au statut de père. C'est vrai que la femme est possessive, mais enfin tout de même... Bonjour Delia. ;)

    Tout ceci ne dit pas, si l'on s'en tient à l'acception d'Anne, quelle nuance apporte dans cette phrase l'emploi du conditionnel par rapport au futur. Je n'en vois strictement aucune conformément (jusqu'à démonstration contraire) aux définitions rappelées plus haut.
  • paulangpaulang Membre
    Vous m'apporterez des oranges ? Si oui, profitez de l'occasion pour m'instruire de cette fameuse ou fumeuse nuance.
  • paulang a écrit:
    C'est pourquoi je verrais davantage dans ce conditionnel l'expression d'une incertitude quant à la paternité

    Le conditionnel à valeur modale et avec un sens d'incertitude ne serait pas impossible dans l’absolu, sauf que cette option est rendue caduque par la suite de la phrase.

    S’il s’agissait d’un conditionnel d’incertitude, cela signifierait que les deux enfants existent déjà au moment où l’on décrit les faits :

    Pierre, qui serait (c'est ce qu'on dit, c'est ce qu'on croit, mais ma foi le doute subsiste) le père de ses deux enfants (d'ores et déjà nés), [ne supportait plus Françoise].

    Avec « devint son amant », ce n’est plus possible, ou alors, j’ai loupé un truc dans mes cours de biologie. Donc, ce conditionnel ne peut avoir qu’une valeur temporelle de futur.

    Pierre, qui serait (dans un avenir plus ou moins lointain – et cela je vous l’affirme, c’est une certitude, il sera le père des enfants de Françoise) le père de ses deux enfants, devint son amant.

    On pourrait d’ailleurs tout aussi bien mettre un temps passé

    Pierre, qui fut (plus tard, bien sûr - les enfants ne sont pas encore nés) le père de ses deux enfants, devint l’amant de Françoise.


    Allez paulang, avant les oranges et votre future incarcération, voici un petit os de rien du tout à ronger – vous nous résumez ça pour demain !
    https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00718652/document
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