Fiches méthode Bac de français 2021

Bonjour / bonsoir tout le monde !
Je traîne sur ce forum depuis pas mal de temps maintenant, et il se trouve que je suis un peu en galère sur un devoir de littérature (TL) là maintenant... On travaille sur Madame Bovary, et pour la rentrée nous avons à répondre à la question type bac (sur 12) "L'écriture de Madame Bovary relève-t-elle de l'inspiration ?". J'y ai réfléchi, j'ai pas mal de pistes, le problème c'est que toutes vont à peu près dans le même sens, c'est-à-dire que ce serait plus une sorte d'exercice de style qu'une affaire d'inspiration (par rapport au fait que Mme Bovary soit plus une sorte de "cure anti-lyrisme", si on peut dire ça comme ça, après La Tentation de Saint Antoine, que le sujet vienne de faits divers, que Flaubert aille à l'opposé de ses penchants naturels au niveau du style -et qu'il s'en plaigne pas mal dans sa correspondance d'ailleurs-, qu'il s'appuie beaucoup sur des observations méticuleuses et des recherches...)
Du coup je suis un peu perdue, ça me parait bizarre de répondre uniquement dans un sens, j'ai bien cherché une alternative mais ça fait très tiré par les cheveux et je crains de tomber dans le hors-sujet voire l'incompréhension totale de la question. Je me demande s'il n'y a pas quelque chose que j'ai manqué dans ma lecture ou que j'ai mal compris par rapport à cette idée d'inspiration... En bref, je bloque un peu là. :/

Donc voilà, si vous avez des pistes, des idées, des corrections à apporter sur ce que j'ai écrit plus haut, je vous serais super méga reconnaissante de m'éclairer un petit peu. ^^

Merciiii ! :D
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Réponses

  • Flaubert écrit ceci dans une lettre à Louise Colet (24/4/1852) :
    J'en conçois pourtant un, moi, un style qui serait beau, que quelqu'un fera quelque jour, dans dix ans ou dans dix siècles, et qui serait rythmé comme le vers, précis comme le langage des sciences, et avec des ondulations, des ronflements de violoncelle, des aigrettes de feu ; un style qui vous entrerait dans l'idée comme un coup de stylet, et où votre pensée voguerait sur des surfaces lisses, comme lorsqu'on file dans un canot avec bon vent arrière.

    Ce programme me semble assez bien rempli dans l'écriture de Madame Bovary.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    3 févr. modifié
    Regarde ces pages du site, tu pourrais y trouver des éléments de réponse :
    https://www.etudes-litteraires.com/madame-bovary.php

    et il faut absolument aborder la question de l'ironie comme correctif aux excès, comme retour à un équilibre...
  • ToyaToya Membre
    Merci beaucoup pour ces réponses !

    Jacques, merci beaucoup pour cette citation que je vais garder sous le coude. Elle rend en bien compte de l'importance du style chez Flaubert, en effet...
    Jean-Luc, j'avais déjà lu cette page (qui m'a été très utile d'ailleurs), mais merci ! Il y a juste quelque chose que j'ai du mal à saisir : nous avons travaillé sur l'ironie en cours, mai je ne comprends pas vraiment ce que vous entendez par "retour à un équilibre"...
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Il est caractéristique du style de Flaubert que l'ironie ait une valeur correctrice d'antidote.
    Quand son imagination s'enflamme et se perd dans les rêveries romantiques, il en vient brusquement à dévaluer sa vision par une mise à distance. Par exemple dans la chambre où Emma rejoint Léon la rêverie sentimentale est dénigrée par la présence d'un infâme chromo de la Tour de Nesles.
    A l'inverse, quand il ne supporte plus les platitudes désespérantes du réel, il s'évade dans le fantastique : voir la fin des noces campagnardes ou l'agonie d'Emma (l'écoeurante énumération des symptômes est sublimée par la vision du mendiant)...
    Ainsi Flaubert cherche-t-il un équilibre entre ses "deux bonshommes" intérieurs.
  • à Louise Colet :
    « Chère Louise, tu n'as point, je crois, l'idée du genre ce bouquin ; autant je suis débraillé dans mes autres livres, autant dans ce lui-ci je tâche d'être boutonné et de suivre une ligne droite géométrique. Nul lyrisme, pas de réflexions, personnalité de l'auteur absente. Ce sera triste à lire ; il y aura des choses atroces de misère et de fétidité. »
    Le 13 juin 1852 : « Bovary m'ennuie : Cela tient au sujet et aux retranchements perpétuels que je fais ».
    Le 22 juillet 1852 : « Quelle chienne de prose que la prose ! Ca n'est jamais fini ; il y a toujours à refaire. Une bonne phrase de prose doit être comme un vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi sonore. »
    Le 6 avril 1853: « Comme je vais lentement ! Et qui est-ce qui s'apercevra jamais des profondes combinaisons que m'aura demandées un livre si simple ? Quelle mécanique que le naturel, et comme il faut de ruses pour être vrai ! »

    Voir les brouillons, les notes, les schémas ...
    https://flaubert.revues.org/2171?file=1
  • En passant ,est-ce que Flaubert était un auteur romantique avant d'écrire Mme Bovary ?

    Car en écrivant Mme Bovary , il torpille volontairement le romantisme .
  • ToyaToya Membre
    Jacques : Je me suis doutée que c'était involontaire, en fait j'ai lu "Louise Colet" presque par automatisme... :)

    Floreale, merci beaucoup ! J'avais déjà utilisé quelques unes de ces citations dans ma réponse, mais c'est toujours utiles d'avoir le plus de références possibles ! :D

    Euphoriane, je me posais justement la question... Je ne connais de Flaubert que Madame Bovary, du coup ça m'intrigue un peu...
  • Mais oui, il a admiré Hugo, Goethe, Byron... Il y a eu la Tentation de Saint-Antoine, etc... Toute sa vie, il a senti cette fameuse dualité qu'il exprime dans un passage célèbre. En fait, son réalisme n'exclut jamais la puissance du moi et son exaltation, même retenue et tempérée par un regard "chirurgical" sur les êtres et les choses. Ce qu'il bannit, c'est le romanesque, dont il se moque ou montre les limites, parfois d'une façon si cruelle. La mort d'Emma est, comme l'a dit Jean-Luc, une des scènes les plus "inspirées" (c'est votre sujet), la plus surréelle (et moi, je dis surréaliste) du roman. Finalement, c'est l'expression qui se substitue à l'action, la magie des mots qui nous donne à voir tout à fait autre chose que les pauvres anecdotes journalistiques qui ont servi de base au roman. Et cette opération de transmutation relève bien de l'inspiration ; le réalisme de Flaubert ne consiste pas à copier le réel (comme chez Duranty, Champfleury, ou le premier Huysmans), il est dans l'épaisseur ressentie d'un regard qui opère moins une expérimentation sur le monde que sur le langage lui-même. C'est finalement un réaliste de la sensation, d'où le gros travail de l'écrivain.
  • En effet , d'ailleurs , le réalisme tente d'atteindre l'objectivité mais c'est moins subjectif que les romantiques .

    La description de la mort d'Emma est hyperréaliste , mais je ne sais pas pourquoi , j'ai toujours en tête que le surréalisme est en quelques sortes du naturalisme .
    Dans la bête humaine de Zola , après avoir lu quelques extraits , je trouve que les scènes décrites sont très crues , voire surréalistes , on est comme plongé directement dans une action (l'imagination peut parfois jouer des tours ).

    Mais je ne vois pas en quoi Zola est classé pour un naturaliste (influence du darwinisme) à part sa théorie de l’hérédité ?

    Hugo que vous avez cité avant , ne semble pas être un auteur romantique mais plutôt un réaliste .

    Est-ce que l'aspect lyrique du romantisme est vraiment la principale opposition face au réalisme ?
  • Vous soulevez de points très intéressants. Je ne sais par quel bout les prendre...
    Pour ce qui est des "cases" où l'on fait entrer les auteurs, il faut savoir qu'ils en sont souvent eux-mêmes responsables ; ensuite, leurs épigones, leurs partisans, l'Histoire même fait le reste.
    Mais les auteurs disent parfois une chose et en font une autre, et heureusement pour nous. Si j'aime autant Zola, c'est justement parce qu'il dépasse de beaucoup le programme naturaliste dans ses chefs-d'œuvre. Heureusement qu'il n'en est pas resté à Thérèse Raquin et à ces préceptes étriqués qui condamnaient la littérature au dessèchement ! Heureusement qu'il y a eu des romans comme l'Assommoir ou l'Œuvre pour que l'on passe enfin du naturalisme déjà mort aux puissants feux du supernaturalisme ! Pour Hugo, c'est un peu différent, mais il est vrai que le romantisme exacerbé d'Hernani méritait de se fondre dans une sincérité plus grande, acquise sans doute par les épreuves (comme quoi la vie, c'est tout de même important pour les poètes).
    Le Réalisme a eu ses dogmes, bien sûr aussi ses transgressions (Madame Bovary, l'Éducation sentimentale), mais quid du réalisme ? Je pense que c'est un serpent de mer. Une bête mythique. On est toujours le réaliste de quelque chose. Quand je vide avec succès mon inconscient sur une feuille vierge, n'ai-je pas fait acte d'hyperréalisme absolu ? Que mon regard soit objectif (dur à réaliser, n'est-ce pas ?) ou subjectif (presque toujours), je suis réaliste pour peu que je sois sincère, et si je suis sincère, je dis vrai. Et la seule réalité qu'il me soit possible de (re)créer, c'est précisément cette vérité. Ou alors je suis un faiseur, un imitateur, un traître (je peux aussi m'amuser, j'aime les pastiches).
    J'emploie souvent le terme "surréaliste" ; il est pourtant bien assez galvaudé, et je reprends sa banalisation chez mes élèves. Mais, malgré tout, nous ne sommes plus au temps de Breton et de ses Manifestes, et je crois qu'il faut donner au mot un sens plus étendu, plus universel, sans datation, sans enfermement dans l'Histoire (le Surréalisme est mort en 1970, de toute manière). Je m'expliquerai un jour plus longuement à ce sujet.
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